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La ChroniqueReportage· N° 7727

RÉCIT : Trump parle 37 minutes sans dire Canada, Carney quitte l'ONU sans rendez-vous avec Washington

Le mardi 22 septembre, Donald Trump a parlé 37 minutes devant la 81e session de l'Assemblée générale des Nations unies.

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  1. Le mardi 22 septembre, Donald Trump a parlé 37 minutes devant la 81e session de l'Assemblée générale des Nations unies.
  2. Mardi 22 septembre, salle de l'Assemblée
  3. Le mardi 22 septembre , Donald Trump a parlé 37 minutes devant la 81e session de l'Assemblée générale des Nations unies.
Transparence

Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.

Trente-sept minutes

Mardi 22 septembre, salle de l'Assemblée

Le mardi 22 septembre, Donald Trump a parlé 37 minutes devant la 81e session de l'Assemblée générale des Nations unies.

Mark Carney était dans la salle. L'Associated Press le confirme. Il a assisté au discours.

Le président a nommé l'Iran. Le Venezuela. Cuba. Le Mexique. Il a nommé l'ONU, pour la critiquer.

Il n'a pas nommé le Canada.

Trente-sept minutes, et pas une fois Canada.

Il y a un an, à la même tribune, Trump avait parlé près d'une heure, rappelle CTV. Le téléprompteur s'était arrêté. Cette année, il a été plus court.

Un nom qui ne vient pas

Tout le monde connaît ce moment, à l'école. L'appel des noms. La main prête à se lever. On attend le sien, on tend l'oreille.

Le nom n'est pas venu. Ni au début. Ni à la fin.

Ce récit tient en sept jours. Du samedi au samedi. Il ne contient aucune rencontre entre Ottawa et Washington.

Il contient beaucoup d'autres rencontres. C'est ce contraste que je date, jour par jour, avec ce que les documents disent. Rien de plus.

Un voisin qui se tait en dit plus qu'un voisin qui crie.

Samedi, sur la colline

Une question directe

Le samedi 19 septembre, Carney sort d'une retraite du caucus, sur la colline du Parlement.

Une question l'attend. Rencontrera-t-il Trump à New York ?

« Nous rencontrerons beaucoup de dirigeants à New York », répond-il, selon CTV News.

Pas de oui. Pas de non.

New York marquera pourtant une première. Les deux hommes ne se sont pas trouvés face à face depuis l'échec des pourparlers commerciaux, rappelle CTV.

Le Mexique, et la souveraineté

La semaine précédente, la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a dit que son pays se rapprochait d'un accord avec Trump.

Qu'est-ce que cela signifie pour le Canada ? « Cela signifie que nous sommes un pays souverain », répond Carney, selon CTV.

La réponse est courte. Elle annonce la semaine.

Au pays, l'humeur n'est pas au rapprochement. À Toronto, un café a rayé l'americano de son menu pour servir un « canadiano », rapporte l'Associated Press.

Le mois dernier, Carney a rappelé ses négociateurs de Washington. Selon lui, les Américains avaient ajouté des exigences inacceptables à la onzième heure. Washington, lui, blâme le Canada pour l'impasse, écrit CTV.

Deux versions. Aucune date pour la suite.

Deux récits de l'échec, et pas de calendrier.

Dimanche, Saint-Pierre

Un archipel français

Le dimanche 20 septembre, Carney rencontre Emmanuel Macron à Saint-Pierre-et-Miquelon, selon le compte rendu de son cabinet.

Ils parlent d'espace. De défense. D'énergie. D'intelligence artificielle. De feux de forêt.

Ils parlent aussi de l'Ukraine, de la sécurité européenne, de l'Arctique.

Ils conviennent de bâtir une alliance pour l'avenir entre le Canada et l'Union européenne.

Le moment n'est pas neutre. La semaine d'avant, Ursula von der Leyen avait ouvert la porte à un statut de membre associé de l'Union pour le Canada, rappelle La Presse canadienne.

Rendez-vous à New York

Le compte rendu se termine par une promesse. Les deux dirigeants poursuivront leurs discussions à New York, pendant l'Assemblée générale.

Un rendez-vous avec Paris est donc écrit d'avance.

Un rendez-vous avec Washington ne l'est pas.

La semaine commence sur un bout de France posé au large de Terre-Neuve. Puis New York.

Avant New York, la semaine passe par l'Europe.

Lundi, rien de confirmé

Le breffage des fonctionnaires

Avant le départ, de hauts fonctionnaires ont renseigné les journalistes. Carney rencontrera des dirigeants et des gens d'affaires.

On leur demande s'il verra Trump. Ou même quelqu'un de son administration.

« Rien n'est confirmé pour l'instant », répond l'un d'eux, sous le couvert de l'anonymat, selon CTV News.

Le thème de l'Assemblée, cette année, parle de restaurer la confiance. Les États-Unis, eux, se sont retirés de l'Organisation mondiale de la santé et de l'UNESCO, rappelle La Presse canadienne.

Dans une déclaration, Carney annonce que le Canada entend aider à façonner l'ordre international qu'on refait. Il promet de s'asseoir avec des partenaires anciens et nouveaux.

Un retard d'avion

Le lundi 21 septembre, le Canada lance une coalition des Partenaires pour le multilatéralisme. Avec l'Australie, la Barbade, le Brésil, l'Union européenne, l'Inde et le Kenya, selon le cabinet du premier ministre.

Carney n'y est pas. Un cafouillage du contrôle aérien dans les aéroports de New York l'a retardé, rapporte l'Associated Press.

Je lis cette semaine comme une absence choisie des deux côtés. Pas une brouille. Une absence.

Trump ne nommera pas le Canada. Carney ne cherchera pas Washington. Chacun parlera ailleurs. Pas de rendez-vous. Pas de refus non plus.

Rien de confirmé, ce lundi-là, sauf la distance.

Mardi, le discours

L'hémisphère occidental

Le discours de Trump a un centre. L'hémisphère occidental.

Il a parlé du Venezuela, dont il revendique le pétrole comme butin, selon CBC. Il a parlé de l'Iran, qu'il menace d'anéantissement. Il a parlé de Cuba, qu'il traite d'État failli. Il a parlé de l'ONU, qu'il critique durement. Il a parlé de la Cour pénale internationale, qu'il accuse d'agir hors de tout contrôle, rapporte CBC.

La délégation cubaine a quitté la salle.

Pour Shannon O'Neil, du Council on Foreign Relations, ce message prépare les États-Unis à affirmer leur contrôle, sinon leur domination, sur l'hémisphère, selon CBC. Trump a aussi prédit un accord avec l'Iran juste après les élections de mi-mandat du 3 novembre.

De la guerre de la Russie contre l'Ukraine, il a dit peu. Il a plaidé pour une fin. Sans nouvelle initiative de paix, écrit CBC. Kyiv attend plus que des vœux.

Du Canada, il n'a rien dit.

Le Mexique nommé

Le voisin du Sud a eu sa phrase. Trump a qualifié le Mexique d'épicentre de la violence des cartels.

Le voisin du Nord n'a rien eu. Ni reproche. Ni menace. Ni mot.

CBC y lit une preuve. Le président a de plus grandes préoccupations que sa guerre commerciale avec le Canada.

Un départ de délégation se voit. CBC l'a filmé. Le silence, lui, ne se filme pas.

Le Mexique a eu sa phrase. Le Canada n'a pas eu la sienne.

Mardi, l'autre agenda

Amman, Santiago, Luanda

Pendant ce temps, Carney remplit son propre agenda.

Il a rencontré le roi Abdallah II de Jordanie. Il a rencontré le président du Chili, José Antonio Kast. Il a rencontré le président de l'Angola, João Lourenço. Il a rencontré un ministre des Émirats arabes unis, selon l'Associated Press.

Il y a un an, à la même Assemblée, le Canada reconnaissait l'État palestinien. Trump avait alors dit que ce geste pourrait nuire à un accord commercial, rappelle La Presse canadienne.

Cette année, il a coprésidé avec le Royaume-Uni et la France une réunion sur la solution à deux États. Il a annoncé 100 millions de dollars d'aide pour la Palestine, selon son cabinet.

Deux agendas parallèles

Le même jour, Trump et des membres de son administration rencontraient Volodymyr Zelensky, rapporte CBC. Le président devait aussi voir les dirigeants des pays du Golfe.

Deux agendas. Un même bâtiment. Aucune case commune.

Je ne sais pas si quelqu'un a demandé une rencontre, d'un côté ou de l'autre. Aucun document que j'ai lu ne le dit.

Ce que les documents disent, c'est la liste. La liste ne contient pas Washington. Une liste. Aucun nom américain.

Deux agendas, un même couloir, aucune case commune.

« Ceux qu'on ne voit pas d'habitude »

La question de l'AP

Mardi, en conférence de presse à l'ONU, on demande à Carney s'il a échangé avec Trump ou son administration.

Il répond qu'il voit cette grande réunion comme l'occasion de rencontrer ceux qu'on ne voit pas d'habitude, rapporte l'Associated Press.

Ce n'est pas un oui. Ce n'est pas un non. C'est une préférence. Il ne dit pas qu'il refuse de voir Trump. Il dit qu'il préfère voir les autres.

Il ajoute que les partenaires travaillent avec le Canada parce qu'il est prévisible, fiable, fidèle à ses principes. Dans un monde qui ne l'est pas.

Une réponse sans nom

Il parle de réalisme fondé sur les valeurs. D'alliances calibrées. De prendre le monde tel qu'il est.

Le mot États-Unis n'est pas dans la réponse. Le mot Trump non plus.

Le politologue Srdjan Vucetic, de l'Université d'Ottawa, juge que ce message porte, surtout dans les pays du Nord, selon l'Associated Press.

Mardi, deux hommes ont évité de se nommer dans le même bâtiment. L'un à la tribune. L'autre au micro de la presse.

Et pourtant, jamais les deux pays n'ont eu autant à se dire.

Il a dit ceux qu'on ne voit pas, pas celui qu'on évite.

Ce que le silence coûte

72,5 % des exportations

Il faut poser ici le fait qui dérange ce récit.

Les États-Unis ont reçu 72,5 % des exportations de marchandises du Canada en 2025. C'est le rapport commercial annuel du gouvernement, cité par TIME.

Aucune coalition de puissances moyennes ne remplace ce client-là en une semaine. Ni en un an.

Carney vise à doubler en dix ans le commerce hors des États-Unis, selon l'Associated Press. Dix ans. Le silence, lui, se paie tout de suite.

Les pourparlers commerciaux ont pris fin dans l'acrimonie le mois dernier, écrit La Presse canadienne. Le plus petit des deux paie le plus cher.

Le mot hostile

Washington n'est pas muet partout. La semaine précédente, Trump a dit qu'une adhésion du Canada comme membre associé de l'Union européenne pourrait être un « acte hostile », rapporte La Presse canadienne.

Il se tait à la tribune. Il parle ailleurs.

Et l'absence de rencontre n'est pas une rupture signée. Aucun document ne ferme la porte. Aucun ne l'ouvre.

Et pourtant, le silence canadien a aussi ses critiques. Des critiques canadiens, cités sans nom par La Presse canadienne, reprochent à Ottawa de ne pas dénoncer la coercition américaine. Ils citent les sanctions visant une juge canadienne pour son travail à la Cour pénale internationale.

C'est vrai, et cela ne change pas ceci. Pendant sept jours, personne n'a franchi le couloir.

Le silence coûte plus cher au plus petit des deux.

Mercredi, les océans

Le communiqué de 12 h 19

Le mercredi 23 septembre, à 12 h 19, le cabinet du premier ministre publie le bilan de la visite.

Le communiqué nomme la coalition pour le multilatéralisme. Le communiqué nomme l'alliance OceanEye, coprésidée avec Ursula von der Leyen. Le communiqué nomme la conférence Notre océan, à Halifax, les 10 et 11 mai 2027.

Il annonce plus de 16 millions de dollars pour la biosécurité mondiale.

Trois voix y sont citées. Carney, Anand, et l'ambassadeur David Lametti. Le monde peut compter sur le Canada, y dit le premier ministre.

Trois pays nommés

En marge de l'Assemblée, écrit le cabinet, le premier ministre a rencontré des dirigeants du Chili, de l'Angola et de la Jordanie. Pour diversifier les relations diplomatiques, commerciales et de sécurité du Canada.

Diversifier. Le verbe dit la politique.

Le communiqué ne mentionne pas les États-Unis. Pas une fois. Pas une ligne. Pas une note.

Après son discours sur les océans, Carney rentre au Canada, selon l'Associated Press.

Le bilan nomme trois pays. Il omet le seul voisin.

La plus longue frontière

Pas même un reproche

Revenons au mardi. C'est là que la semaine bascule.

Le Canada, écrit l'Associated Press, est le pays de l'autre côté de la plus longue frontière internationale du monde. Et maintenant à l'autre bout d'une guerre commerciale qui s'aggrave.

Ce pays-là n'a pas eu un mot en 37 minutes. Pas une syllabe. Il n'était ni cible, ni exemple, ni partenaire.

Un adversaire, on le nomme. Un allié, on le nomme. Un voisin qu'on ne nomme plus…

Un voisin effacé du discours

Il existe une indifférence plus lourde que la menace. Elle ne fait pas de manchette. Elle ne se chiffre pas.

Le Canada a appris qu'il pouvait être absent d'un discours américain sur l'hémisphère occidental. Lui qui en occupe presque tout le nord.

J'avoue que cette absence m'a plus troublé qu'une insulte. Une insulte se réfute. Un silence, on ne sait pas à qui y répondre. C'est le silence d'une cuisine après une dispute : personne ne parle, tout le monde écoute.

Et pourtant, le Canada aussi a choisi de ne pas nommer.

Ne plus être nommé, c'est une autre façon d'être visé.

Samedi, le marbre vert

Deuxième année de suite

Le samedi 26 septembre, en fin d'après-midi, la ministre Anita Anand prend la parole au pupitre de marbre vert, selon La Presse canadienne.

Pour la deuxième année de suite, elle parle à la place de Carney. Ses fonctionnaires invoquent l'horaire.

« Nous faisons face à une rupture, pas à une transition », dit-elle. Les grandes puissances, selon elle, tournent le dos à la coopération économique.

Le but du Canada ? Une plus grande autonomie stratégique.

« La marée n'attend pas », dit-elle aussi. Une image tirée de son enfance en Nouvelle-Écosse, selon ONU Info.

Deux fois « les États-Unis »

Elle a nommé l'Ukraine, pour une paix juste et durable. Elle a nommé les enfants ukrainiens enlevés par la Russie, selon La Presse canadienne. Elle a nommé l'Iran, principale menace à la paix dans sa région, selon ONU Info.

Les États-Unis apparaissent deux fois dans son texte. Pour remercier les pays qui contribuent à la force contre les gangs en Haïti, dont les États-Unis. Pour saluer l'accord de sécurité entre le Groenland, le Danemark et les États-Unis.

Puis une phrase, sans nom. Le Canada ne peut plus se permettre de dépendre à l'excès d'un seul partenaire.

Le Canada travaille avec une coalition pour renforcer l'Ukraine, et coorganisera une conférence sur les enfants ukrainiens détenus, selon le texte publié par Affaires mondiales Canada.

Elle a défendu la Cour pénale internationale, alors que Washington cherche à la démanteler, selon La Presse canadienne.

Tout le monde a compris lequel.

Elle a nommé Washington deux fois, et jamais comme adresse.

Un silence à deux voix

Ce que la semaine révèle

Sept jours. Des dirigeants de trois continents. Une retraite de caucus. Une île française. Une coalition. Un discours. Trois rencontres bilatérales. Un communiqué. Une tribune de marbre vert.

Pas une rencontre avec l'administration américaine dans les documents publiés.

Ce que la semaine révèle, ce n'est pas une rupture. C'est une habitude qui se forme. On ne se nomme plus. On se contourne.

Il y a un an, le 7 octobre 2025, Trump accueillait Carney à la Maison-Blanche, rappelle une photo publiée par CTV. Un an plus tard, la même ville ne les réunit plus.

Les puissances moyennes

Depuis près d'un an, Carney appelle les puissances moyennes à s'unir. Autour d'intérêts communs, et parfois de valeurs communes, plutôt que d'institutions communes, écrit La Presse canadienne.

À Davos, il avait résumé l'idée : si l'on n'est pas à la table, on est au menu, rappelle l'Associated Press.

Cette semaine, il a appliqué la formule. Il a rencontré ceux que Washington ne regarde pas. Il a laissé Washington parler aux autres.

Le Canada compte 41 millions d'habitants, rappelle l'Associated Press. Assez pour peser. Pas assez pour se faire entendre quand le voisin ne veut pas écouter.

C'est une stratégie. C'est aussi un aveu. Le fil entre les deux capitales s'est détendu. Un téléphone qui ne sonne pas, on finit par l'entendre.

Deux pays qui se taisent ne font pas la paix. Ils font l'habitude.

Sept jours sans rendez-vous

Le nom du voisin

Le récit commence par un nom qui ne vient pas. Il finit par un nom prononcé deux fois, pour d'autres causes.

Entre les deux, une semaine documentée. Aucune scène à inventer. Il suffit de lire les listes.

Le voisin ne dit plus notre nom. Nous ne disons plus le sien quand il s'agit de nous.

L'an prochain, la même salle

Êtes-vous prêts à ce que la relation avec les États-Unis se résume, pour des années, à ce silence réciproque ?

L'an prochain, la même salle, la même tribune. On saura alors si le silence était une pause ou une politique.

Trente-sept minutes sans Canada, sept jours sans rendez-vous.

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). RÉCIT : Trump parle 37 minutes sans dire Canada, Carney quitte l'ONU sans rendez-vous avec Washington. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/recit-trump-parle-37-minutes-sans-dire-canada-carney-quitte-l-onu-sans-rendez-vous

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MM
Maxime Marquette
Chroniqueur indépendant

Maxime Marquette écrit l'essentiel des analyses et chroniques publiées sur MadMax — géopolitique, technologie et actualité, sans remplissage.

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