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La ChroniqueBillet· N° 7743

BILLET : Trump réserve la glace à Carney et le ciel de Washington à Xi

Pendant qu'Ottawa s'apprêtait à riposter à ses tarifs, Donald Trump a publié le dimanche 6 septembre, à 16 h 08, heure du Pacifique, un dessin sur son réseau Truth Social. Il était 19 h 08 à Ottawa.

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  1. Pendant qu'Ottawa s'apprêtait à riposter à ses tarifs, Donald Trump a publié le dimanche 6 septembre, à 16 h 08, heure du Pacifique, un dessin sur son réseau Truth Social. Il était 19 h 08 à Ottawa.
  2. Un dessin, un dimanche soir
  3. Pendant qu'Ottawa s'apprêtait à riposter à ses tarifs, Donald Trump a publié le dimanche 6 septembre , à 16 h 08, heure du Pacifique, un dessin sur son réseau Truth Social.
Transparence

Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.

Un dessin, un dimanche soir

Le 6 septembre, 16 h 08

Pendant qu'Ottawa s'apprêtait à riposter à ses tarifs, Donald Trump a publié le dimanche 6 septembre, à 16 h 08, heure du Pacifique, un dessin sur son réseau Truth Social. Il était 19 h 08 à Ottawa.

Le dessin tient en une case. Trump, en maillot de USA Hockey, debout. Mark Carney, en chandail de Hockey Canada, étendu sur la glace.

Dans la bulle : « Debout, gouverneur ».

C'est tout. Une case. Deux joueurs. Une bulle.

Plus tôt ce jour-là, Trump avait écrit que le déséquilibre du dollar canadien avec les États-Unis était inacceptable. Que cela durait depuis des années. Mais plus maintenant.

Un geste que tout le monde connaît

Au Canada, on connaît cette image sans l'avoir vue. Le joueur au sol. Le froid de la glace contre la joue. Le bruit des lames qui s'éloignent.

Et l'autre, au-dessus, qui ne tend pas la main.

Dans une patinoire de quartier, cela arrive chaque samedi. On s'en relève. On repart. Personne n'en fait une politique.

Ce soir-là, rapporte CTV News, Carney n'a pas répondu.

Une case suffit quand on connaît le sport.

Ce que Trump a vraiment publié

Une image fixe

Trois jours plus tard, le 9 septembre, Snopes remet les choses en place.

Une animation circule alors, où Trump frappe Carney à coups de bâton. Trump ne l'a pas publiée. Elle porte un filigrane non officiel qui la dit animée par Grok.

Lui a publié une image fixe. Un dessin. Carney au sol, Trump debout, une bulle : « Debout, gouverneur ».

L'animation, elle, a voyagé. Sur Bluesky, sur Reddit, sur X, rapporte Snopes. Des lecteurs ont écrit au site pour demander si c'était vrai. Verdict : plutôt faux.

La nuance compte. Un président qui publie une image fixe n'est pas un président qui publie une scène de coups. Il faut le dire, même quand on n'aime pas l'image.

Huit messages en deux minutes

Entre 16 h 07 et 16 h 09, heure du Pacifique, Trump publie huit messages, selon l'archive consultée par Snopes.

Avant le dessin, une vidéo de golf. Un classement des présidents où il se place au sommet. Après, une image liée à l'Iran. Une illustration de lui-même.

Snopes n'a pas pu établir si l'image elle-même a été produite par l'intelligence artificielle. Le site a posé la question à la Maison-Blanche. Il dit attendre la réponse.

Le dessin n'était donc pas une déclaration. C'était un message parmi huit, un dimanche.

Entre un golf et l'Iran, un premier ministre à terre.

Le hockey, notre sport

Un chandail, pas un maillot

Le choix du sport n'est pas innocent.

Le hockey, c'est le nôtre. Nos patinoires. Nos matins froids. Nos parents dans les gradins, les mains autour d'un café.

Le dessin choisit le terrain où la défaite pique le plus.

La glace, pas le gazon

La vidéo de golf passait deux minutes plus tôt dans le même fil, selon Snopes. Le golf aurait pu servir.

Le dessin a pris la glace.

Au golf, chacun joue sa balle. Au hockey, on se touche. On tombe. On se relève.

Sur la glace, celui qui tombe se relève d'ordinaire seul. On le respecte pour ça.

Notre sport, retourné contre nous.

Dix-neuf jours plus tard

L'Associated Press, 25 septembre

Le dessin aurait pu disparaître dans le flot. Il revient le 25 septembre.

Ce jour-là, l'Associated Press publie le bilan de la visite d'État de Xi Jinping à Washington. Six journalistes signent.

Le dessin avait fait l'actualité, le 6. Il n'avait pas encore de contraste.

Au milieu du texte, une phrase. Trump a même publié une image de lui-même en uniforme de hockey américain, dominant Carney recroquevillé sur la glace.

Le même texte, deux traitements

L'agence pose l'image à côté d'autre chose. La déférence de Trump envers Xi.

Il y a moins d'un an, rappelle l'AP, les deux hommes se livraient une bataille de tarifs qui menaçait de plonger l'économie mondiale en récession.

Trump s'est montré déférent envers Xi tout en fulminant contre Ottawa, écrit l'AP. Il annonce des droits de 50 % sur des importations canadiennes. Il interdit des produits canadiens, dont les motos et l'alcool, à compter de mardi.

Le dessin date du 6 septembre. Sa lecture, du 25.

Au milieu d'un bilan sur Taïwan, l'Iran, l'Ukraine et l'intelligence artificielle, il revient comme un témoin. L'AP n'en fait pas un titre. Elle en fait une preuve.

Dix-neuf jours. Une relecture. Dix-neuf jours ont suffi pour qu'une blague devienne une pièce à conviction.

Chaque image change de sens selon son voisin de page.

Un B-2 et quatre F-22

La pelouse Sud, 24 septembre

Le 24 septembre, la Maison-Blanche reçoit Xi Jinping sur la pelouse Sud. Sa dernière visite remontait à plus de dix ans, soulignait la Maison-Blanche le 21 septembre.

Le bureau de la première dame en fait le récit le lendemain.

Il y a la Vieille Garde de l'armée, ses fifres et ses tambours. Il y a le peloton de drill silencieux des Marines. Il y a un bombardier B-2 dans le ciel. Il y a quatre chasseurs F-22 à ses côtés. Il y a un dîner d'État dans la salle Est.

Et un thé, dans le salon Rouge. Madame Peng visite le Musée national d'art asiatique avec la première dame. On lui montre un disque de jade de la dynastie Shang.

Deux politesses

À Carney, un dessin sur la glace. À Xi, le ciel de Washington.

Tapis rouge pour Pékin, glace pour Ottawa.

Je ne reproche pas le protocole. Une visite d'État a ses rites. Je regarde seulement ce que le rite dit, posé à côté du dessin.

Ce texte dit que le dessin n'est pas d'abord une insulte. C'est une mesure. Il montre qui l'on peut frapper sans conséquence.

Rite pour l'un, caricature pour l'autre.

Les deux qui ont riposté

Une phrase de l'AP

L'Associated Press écrit une phrase que je relis trois fois.

Seuls la Chine et le Canada ont riposté aux tarifs de Trump, l'an dernier, par des tarifs de leur cru.

Deux pays. Le même geste. Le même refus de plier. Les deux ont tenu. Un seul a été servi.

Deux réponses de Trump

À la Chine, un dîner d'État. Au Canada, un dessin.

À la Chine, une trêve commerciale prolongée de deux mois, jusqu'au 10 janvier 2027, selon l'AP. Au Canada, des droits de 50 % et une interdiction qui entre en vigueur mardi.

À la Chine, un président qui parle de gentleman. Au Canada, un président qui parle de gouverneur.

Même geste. Deux traitements. Un seul critère. Le traitement ne suit pas le geste. Il suit autre chose.

Et pourtant, les deux ont fait la même chose.

Même riposte, deux menus.

Le mot de Jeff Moon

Frapper vers le bas

L'AP a posé la question à Jeff Moon, ancien responsable du commerce américain. Sa réponse est courte.

« Trump est un intimidateur qui aime frapper vers le bas quand il le peut », dit-il. Et qui s'arrête quand il ne le peut plus.

Moon rappelle que le Canada envoie environ 70 % de ses exportations aux États-Unis.

Quand on ne peut plus

Quand Pékin a restreint ses exportations de minéraux critiques, frapper vers le bas n'était plus possible, dit Moon.

Moon ne parle pas de caractère. Il parle de rapport de force. Soixante-dix pour cent, c'est la prise. C'est là que le coup porte.

Voilà le mécanisme. Pas l'humeur. Le levier.

Moon ne nomme pas une vertu. Il nomme une limite. Et cette limite s'appelle Pékin.

Celui qui tient un robinet reçoit un dîner. Celui qui dépend d'un client reçoit un dessin.

On ne caricature pas celui qui tient le robinet.

Le robinet des terres rares

Soixante-dix, quatre-vingt-sept

Le robinet a des chiffres. La Chine comptait pour plus de 70 % de l'extraction mondiale de terres rares et plus de 87 % du raffinage et de la production en 2024, rappelle CNBC, d'après le Service géologique des États-Unis.

L'an dernier, Pékin a placé sept terres rares sous contrôle à l'exportation. Son excédent commercial mondial a atteint un record de 1 200 milliards de dollars en 2025, même si ses ventes aux États-Unis ont baissé.

Ford a arrêté une semaine la production de l'Explorer à Chicago, faute d'aimants, écrit la chaîne. Soudain, les États-Unis connaissaient la vulnérabilité qu'ils voulaient créer chez Pékin : dépendre de ce que l'autre peut retenir.

Un aimant manque. Une chaîne s'arrête. Le ton change.

Un gentleman

Trump disait naguère de la Chine qu'elle menaçait l'économie américaine. Il dit maintenant de Xi : « C'est un grand gentleman, on s'entend très bien », rapporte l'Associated Press.

Michael Kovrig, ancien diplomate canadien détenu par la Chine pendant le premier mandat de Trump, résume la partie. Xi et Trump se sont livré un concours de levier, dit-il. Xi l'a emporté.

Kovrig connaît le sujet de près. Pékin l'a détenu. Il parle de levier, pas de personnalité.

Chez Trump, le respect suit les chaînes d'approvisionnement.

Taïwan comme monnaie

Quatorze milliards en attente

La déférence a un prix, et il n'est pas canadien.

Un programme d'armement de 14 milliards de dollars pour Taïwan attend l'approbation de Trump depuis des mois, écrit CNBC. Après avoir rencontré Xi à Pékin en mai, Trump l'a dit en suspens. Un très bon jeton de négociation, selon lui.

Ce que Xi demande

Sur l'Iran et l'Ukraine, aucune percée, note l'AP.

À Washington, Xi a pressé Trump en privé de s'en tenir à la position correcte d'opposition à l'indépendance de Taïwan, rapporte l'AP. Taipei a dénoncé une présentation qui déforme les faits.

Ottawa n'a rien à dire sur ce marchandage. Il n'est pas à la table.

Voilà le mauvais coup de la semaine. Pas le dessin. Le jeton.

Je suis du côté de Taïwan, et je le dis sans détour. Un armement promis à une démocratie ne se met pas en gage.

Une île démocratique mise dans la balance d'un marchandage. Un allié canadien moqué pour sa dépendance. Les deux gestes servent le même joueur : Pékin.

Taïwan n'est pas un jeton. Le Canada, pas un décor.

Ce que le Canada n'a pas

Pas de robinet

Il faut dire le fait qui dérange.

Le Canada n'a pas de terres rares à fermer du jour au lendemain. Il n'a pas de robinet capable d'arrêter une chaîne de montage américaine en une semaine. Il a un client qui achète 70 % de ses exportations.

Il a riposté quand même. Ses contre-tarifs visaient près de 28 milliards de dollars de produits américains à compter du mardi 8 septembre, selon CTV News.

Il tient pourtant une carte que la case ne montre pas. Le Canada est le plus grand marché d'exportation des États-Unis, rappelle l'AP.

La riposte ne suffit pas

Pas de robinet. Pas de dîner.

La riposte n'a pas acheté le respect. Elle a acheté un dessin.

C'est la leçon amère de ces trois semaines. Riposter ne suffit pas. Il faut un levier.

Et pourtant, la dépendance n'est pas une fatalité de la géographie. Elle est une somme de choix, faits année après année.

La dignité ne se proclame pas. Elle se construit en dépendant moins.

Sans levier, la riposte se dessine en caricature.

Retour au dessin

La même case, relue

Revenons à la case du 6 septembre. Elle n'a pas changé d'un trait. Notre regard, si.

Le 6, elle ressemblait à une moquerie de cour d'école. Le 25, après le B-2 et le dîner d'État, elle se lit autrement.

Celui qui est au sol est celui qu'on peut frapper sans frais. Celui qui est debout est celui qui ne peut plus frapper Pékin.

Une carte du levier

Le dessin n'est plus une blague. C'est une carte.

Il ne montre pas les autres joueurs. Il ne montre pas l'arbitre. Il ne montre pas la foule.

La glace, c'est la dépendance. Le chandail, c'est le pays. La bulle, c'est la vieille idée du gouverneur, déjà servie à Justin Trudeau, rappelle CTV News.

Et le ciel de Washington, lui, n'apparaît pas dans la case. Il était réservé.

Relue, la caricature devient une carte.

Trente-cinq pour cent

Un allié fiable

En 2022, 83 % des Canadiens voyaient les États-Unis comme un partenaire fiable. En 2026, ils sont 35 %, selon le Pew Research Center, cité par CNBC.

Quarante-huit points perdus. En quatre ans. Trente-cinq. Le chiffre parle seul.

Un dessin n'a pas fait ce travail seul. Il y a eu les tarifs. Il y a eu le 51e État. Il y a eu le gouverneur.

Ce qu'on accepte

Il y a aussi ce que nous acceptons. Rire jaune. Partager l'image en disant que c'est grotesque. Passer à autre chose le lundi.

Je me suis surpris à le faire. J'ai regardé la case, j'ai soupiré, j'ai fermé l'écran. C'est ce soupir qui m'inquiète.

Un pays qui soupire devant sa caricature a déjà commencé à s'y habituer. Je ne sais pas combien de cases il faudra pour que ce soupir devienne une habitude.

Soupirer, c'est déjà laisser la case gagner.

La brèche que Pékin attend

Un front qui se défait

La moquerie ne coûte rien à Trump. Elle coûte à l'Occident. Un dessin. Un récit. Un cadeau.

Trump a pris la masse contre ses alliances, écrit CNBC. L'OTAN et ses dépenses. Les troupes en Europe. Le Groenland. Le Canada.

L'approche américaine actuelle consiste à attaquer tous ces pays au lieu de former un front commun, dit Melanie Hart, de l'Atlantic Council, à CNBC.

La Chine se présente au monde comme le contrepoids stable d'États-Unis erratiques et violents, ajoute Ryan Hass, de la Brookings Institution.

Ce que le dessin offre à Pékin

Le réseau de défense américain obtenait 81,4 sur 100 en 2025, contre 18,9 pour la Chine, selon l'institut australien Lowy, cité par CNBC. Voilà l'avantage que Trump dilapide. Il ne l'a pas construit. Il en a hérité.

Pékin n'a pas besoin que nos alliés changent de camp, explique CNBC. Il lui suffit qu'ils hésitent à suivre Washington.

Chaque dessin d'un allié à terre travaille pour ce récit. Gratuitement. Le récit de Pékin a besoin d'un Occident qui se moque de lui-même.

La première menace pour l'Occident reste le pouvoir chinois. Un président qui le sert à table et moque ses voisins lui fait deux cadeaux le même mois.

Deux cadeaux à Pékin, un seul mois.

« Debout », dit la bulle

Se relever comment

La bulle dit : debout. Il faut la prendre au mot. Debout, oui. Mais sur nos patins.

Se relever, pour le Canada, ce n'est pas répondre par un autre dessin. Ce n'est pas crier plus fort.

C'est d'abord refuser le mot. Le Canada n'a pas de gouverneur. Il a un premier ministre.

CNBC le signale en passant : ce mois-ci, l'Union européenne a invité le Canada à devenir son premier « membre associé ».

Le levier qui manque

Un levier se fabrique. Des clients ailleurs. Des minéraux qu'on raffine chez soi. Des alliés qui ne se laissent pas diviser.

Ce n'est pas une revanche. C'est une hygiène.

Et pourtant, rien de cela ne se fait en dix-neuf jours.

Se relever prend plus de temps qu'un dessin.

La glace et le ciel

La case, aujourd'hui

La case du 6 septembre reste en ligne. Trump debout. Carney sur la glace.

Elle ne dit plus seulement une moquerie. Elle dit un classement : ceux qu'on sert à table, ceux qu'on dessine au sol.

Le ciel de Washington, lui, s'est refermé derrière le B-2.

Il ne faut pas attendre la prochaine case pour se mettre au travail. Une case ne se répond pas. Elle se dépasse.

Ce qu'il reste à tenir

Mardi, l'interdiction entre en vigueur. Xi est reparti avec sa trêve.

Dans cinq ans, tiendrons-nous enfin quelque chose que Washington ne pourra pas se permettre de perdre ?

La question n'est pas une question de fierté.

C'est une question de levier. Un minerai raffiné ici. Un client trouvé ailleurs. Un allié qui ne se laisse pas diviser. Chacun efface un trait de la case.

Le ciel au rival, la glace à l'allié.

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). BILLET : Trump réserve la glace à Carney et le ciel de Washington à Xi. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/billet-trump-reserve-la-glace-a-carney-et-le-ciel-de-washington-a-xi

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