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La ChroniqueChronique· N° 7728

CHRONIQUE : Trump rebaptise un lac par décret, Ottawa demande la permission à une rue

Le conseil municipal d'Ottawa a voté à l'unanimité, le mercredi 23 septembre, pour retirer le nom de Donald Trump d'une rue résidentielle.

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  1. Le conseil municipal d'Ottawa a voté à l'unanimité, le mercredi 23 septembre, pour retirer le nom de Donald Trump d'une rue résidentielle.
  2. La plaque de Merivale Road
  3. Le conseil municipal d'Ottawa a voté à l'unanimité, le mercredi 23 septembre , pour retirer le nom de Donald Trump d'une rue résidentielle.
Transparence

Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.

La plaque de Merivale Road

Mercredi 23 septembre

Le conseil municipal d'Ottawa a voté à l'unanimité, le mercredi 23 septembre, pour retirer le nom de Donald Trump d'une rue résidentielle.

Une plaque de rue. Du métal, des lames, un nom.

Trump Avenue, dans le quartier Central Park, près de Merivale Road.

La plaque est toujours là. Personne ne l'a dévissée. Elle le restera des mois.

C'est ce détail qui m'intéresse.

Une rue en forme de S

La rue dessine un S. Elle compte environ 65 maisons, selon le New York Times.

Elle croise d'autres rues aux noms new-yorkais : Bloomingdale Street, Whitestone Drive, Staten Way.

Le quartier a été baptisé à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Trump était alors un promoteur immobilier de New York. Rien de plus.

Une rue de banlieue, c'est des entrées de garage, des bacs de recyclage le jeudi, des enfants qui apprennent le vélo sur le trottoir. Personne n'y habite pour le nom.

On lit une plaque le jour où l'on cherche une adresse. Après, plus jamais. Puis, un jour, elle se met à parler.

Une plaque ne change pas de sens. Le monde autour, si.

Un vote sans débat

Une seule voix au micro

Le conseiller du quartier River, Riley Brockington, avait déposé sa motion le 9 septembre.

Le 23, elle est adoptée sans commentaire de personne d'autre que lui, rapporte CBC.

Il parle d'un nouveau départ pour les résidents. Il dit ne plus vouloir offrir de tribune à l'homme dont le nom est sur la plaque.

Personne ne le contredit. Personne ne l'appuie au micro non plus. On vote.

Brockington avait qualifié le nom actuel d'embarras, selon Newsweek, qui cite CBC.

Un vote unanime, c'est rare. Un vote sans débat, aussi. Les deux ensemble disent une chose : le sujet était réglé avant d'entrer dans la salle.

Le maire, après le vote

Le maire, Mark Sutcliffe, n'aime pas l'idée que quoi que ce soit porte le nom d'un homme qui a montré de l'hostilité envers le Canada, a-t-il dit selon le New York Times.

La motion elle-même, selon Global News, affirme que ce nom ne répondrait à aucun critère s'il avait suivi un vrai processus de désignation commémorative.

Les suggestions n'ont pas manqué. Le conseiller Tim Tierney en a énuméré quelques-unes à CNN, selon Newsweek : avenue Obama, avenue Pelosi, avenue du Golfe-du-Mexique. D'autres encore, plus moqueuses.

La moquerie était à portée de main. La Ville a choisi la procédure.

Autrement dit : cette plaque n'aurait jamais dû exister.

Elle existe pourtant depuis plus de vingt ans.

Vingt ans de silence, puis un vote en quelques secondes.

Le décret 14422

Jeudi 27 août, bureau Ovale

Il faut remonter un mois. C'est une antériorité, et elle explique tout.

Le 27 août 2026, Donald Trump a signé le décret 14422. Il rebaptise le lac Ontario « Lake America ».

Le texte donne 30 jours au secrétaire à l'Intérieur, avec le Bureau des noms géographiques, pour faire le changement. Il ordonne de retirer toute mention du lac Ontario du registre fédéral des noms.

Le décret va loin. Toutes les cartes fédérales, tous les contrats, tous les documents de l'administration devront porter le nouveau nom, selon son texte.

Aucune consultation prévue. Un décret unilatéral, notent les chercheurs de The Conversation. Une signature.

Un lac. Un stylo. Trente jours.

Deux jours plus tard, Google

Le 29 août, Google écrit que le registre américain a formellement changé le nom. Trente jours prévus. Deux jours d'exécution.

Le décret : deux jours. La rue : des mois.

Je lis le vote d'Ottawa comme ceci. Ce n'est pas le nouveau nom qui répond à Trump. C'est la lenteur.

Un décret se signe seul. Une rue, chez nous, se consulte.

Un lac rebaptisé sans demander, une rue qui demande.

Neuf brise-glaces sur onze

Ce que le décret invoque

Il faut lire le décret. Il a ses arguments, et ils ne sont pas tous creux.

Le décret invoque la garde côtière : les États-Unis fourniraient 9 des 11 brise-glaces des Grands Lacs. Le décret invoque l'argent : près de 4 milliards de dollars investis en dix ans dans l'écosystème des Grands Lacs, contre bien moins du côté canadien, selon lui. Le décret invoque l'histoire : le fort d'Oswego, la guerre de 1812 à Sackets Harbor.

Il affirme que la partie la plus profonde du lac est en territoire américain, et que les États-Unis revendiquent donc la majeure partie de son volume. Il parle de centaines de milliers d'emplois américains liés au transport maritime des Grands Lacs et du Saint-Laurent.

Ce sont ses chiffres. Je les rapporte comme les siens.

Ontari'io

Même vrais, ils ne font pas un nom. On ne rebaptise pas un lac partagé parce qu'on a plus de brise-glaces.

Mark Carney a rappelé, selon Newsweek, que le mot Ontario vient du wendat. Il le traduit ainsi : le lac est beau, le lac est grand.

Le nom est plus vieux que les deux pays. Le décret, lui, a un mois. Le lac ne vote pas. Le lac ne signe rien.

Renommer le lac d'un allié, c'est un mauvais coup. Il n'arme personne contre Pékin ou Moscou. Il humilie un voisin.

On peut compter les brise-glaces. On ne compte pas un nom.

MapQuest dit non

La règle de Google

Le décret ne vaut que pour l'administration fédérale américaine. Il ne peut rien imposer au Canada ni aux cartographes privés.

Google l'a appliqué quand même. Sa règle, écrite le 29 août : mettre à jour ses cartes selon les sources gouvernementales officielles.

Aux États-Unis, on voit désormais « Lake America ». Au Canada, « Lake Ontario ». Ailleurs, les deux noms.

Apple a fait le même choix pour ses utilisateurs américains, selon CBS News. Sur Google, aux États-Unis, une recherche du lac Ontario mène désormais à « Lake America », toujours selon CBS News.

Un registre fédéral a suffi. Pas une loi. Pas un traité.

Numéro un des téléchargements

MapQuest a refusé dès le 27 août. « Nous ne le changeons pas », a écrit l'entreprise, selon CBS News.

Une entreprise de Denver, née en 1996, a dit non. Son application est devenue la première application gratuite de la boutique d'Apple. Son usage a été multiplié par environ cinquante, toujours selon CBS News.

Deux géants ont suivi le registre. Un service qu'on croyait oublié a suivi le lac. Les utilisateurs aussi.

Le marché a tranché dans un sens. Les géants, dans l'autre.

Une carte obéit au registre, ou à ceux qui la lisent.

68 % des Américains

Du 28 au 31 août

Le décret ne parle pas au nom des Américains. YouGov l'a mesuré, pour The Economist, du 28 au 31 août.

68 % des Américains désapprouvent le changement de nom. 17 % l'approuvent.

Les démocrates désapprouvent à 85 %. Les indépendants, à 77 %. Même les républicains sont un peu plus nombreux à désapprouver qu'à approuver : 41 % contre 37 %.

Les partisans MAGA à part

Seuls les républicains qui se disent MAGA approuvent : 47 % pour, 29 % contre. Les autres républicains désapprouvent à 67 %.

Le même sondage note un record : 22 % des Américains voient désormais le Canada comme peu amical ou ennemi.

Et 58 % s'opposent à une hausse des tarifs sur les produits canadiens.

De ce côté-ci, l'humeur est connue. TIME cite un sondage Abacus du début de septembre : 82 % des Canadiens ont une impression négative de Trump. Le politologue Thomas Juneau, de l'Université d'Ottawa, voit dans le vote une illustration de cette humeur.

Le décret n'est pas l'Amérique. Il est une décision, signée par un homme, soutenue par une minorité. Une minorité fidèle. Une minorité quand même.

Ottawa ne vote pas contre un peuple. Elle retire un nom.

Deux Américains sur trois auraient laissé le lac tranquille.

« Un geste sans signification »

La Maison-Blanche à TIME

La Maison-Blanche a répondu. Sa porte-parole Anna Kelly parle d'un « geste sans signification », selon TIME.

Je dois lui accorder une chose. Elle a en partie raison. Sur les tarifs, oui. Sur le sens, non.

Rebaptiser une rue ne baisse pas un seul tarif. Une nouvelle ronde de droits de 50 % a frappé des produits canadiens plus tôt en septembre, rappelle Global News. Le Canada a riposté par des droits équivalents, selon CBC.

Aucune usine ne rouvre parce qu'une plaque tombe. Aucun emploi ne revient.

Début septembre, dans un article de CBS News sur le lac, une porte-parole de la Maison-Blanche disait que l'administration se battait très fort pour protéger les industries et les travailleurs américains.

Et pourtant, un mois plus tôt

Et pourtant, un mois plus tôt, c'est la Maison-Blanche qui signait un décret pour changer le nom d'un lac.

Si le geste d'Ottawa ne signifie rien, celui du 27 août signifiait quoi ?

Les deux sont des gestes. La différence est ailleurs. L'un a été signé seul. L'autre devra convaincre une rue.

Et le geste qu'on dit vide a tout de même obtenu une réponse de la Maison-Blanche.

Sans signification, dit-on, et pourtant on y répond.

Vingt et un contre vingt et un

Janvier 2021

Ce n'est pas la première tentative.

En 2021, après le premier mandat de Trump, Brockington avait sondé les résidents. 21 pour. 21 contre. 20 sans réponse, selon The Conversation.

La règle exigeait alors plus de la moitié des résidents. Vingt et un. Vingt et un. Vingt. Le projet est mort.

Beaucoup d'opposants craignaient l'ennui de changer leur adresse, rapporte CBC.

Le prix d'une adresse

Je comprends ces vingt et un-là. Je ne les méprise pas.

On peut détester un nom et aimer sa maison. On peut trouver la plaque gênante et redouter la paperasse.

En 2021, le nom a gagné par défaut. En 2026, le conseil vote à l'unanimité. Entre les deux, un lac.

Le 21 contre 21 était la photo d'un quartier. Pas celle d'un pays. Personne, en 2021, n'a été forcé. C'est ce qui rend 2026 possible.

Et pourtant, la décision ne revient pas au conseil. Elle revient à la rue.

Vingt et un pour, vingt et un contre, et la plaque est restée.

75 % plus un

La règle de la Ville

Depuis 2021, la barre a monté. Il faut plus de 75 % des résidents et propriétaires de la rue, écrit The Conversation.

La politique de désignation commémorative de la Ville le précise. Il faut une demande de changement de nom de voie. Il faut une somme, non remboursable, pour la déposer. Il faut une approbation de 75 % plus un des résidents et propriétaires. Il faut une concordance du conseiller de quartier. Il faut une vérification par les services du Code du bâtiment. Il faut une consultation publique de soixante jours.

Six conditions. En face, un décret. Il tient en une signature.

Soixante-cinq portes

La même politique décourage les changements de noms commémoratifs. Elle admet toutefois une révision quand la personne honorée, encore vivante, ne répond plus aux critères qui lui ont valu l'honneur.

La Ville peut même refuser d'aller de l'avant si le changement n'est pas responsable sur le plan opérationnel ou financier, dit sa politique. Une porte de sortie. Écrite d'avance.

Brockington mènera la consultation. Un groupe de travail étudiera les noms. Le nouveau pourrait garder le thème new-yorkais, ou s'en éloigner, a-t-il dit selon Global News. L'objectif : un nouveau nom soumis au prochain conseil en avril, mai ou juin, selon CBC.

Soixante-cinq portes, environ. Il en faudra les trois quarts, et une de plus.

Il faut les trois quarts d'une rue pour défaire une signature.

Ce que coûte une adresse

Sans déménager

Voici ce qu'on oublie quand on applaudit un vote.

Changer d'adresse sans déménager, c'est une drôle de chose. On ne fait pas de boîtes. On refait ses papiers.

Changer d'adresse, c'est le permis de conduire. Changer d'adresse, c'est la carte d'assurance maladie. Changer d'adresse, c'est la banque, l'assureur, l'employeur, l'école des enfants. Changer d'adresse, c'est expliquer au livreur que la maison n'a pas bougé.

Le nom qu'on retire à Trump, c'est d'abord l'adresse de quelqu'un.

Le lac, lui, n'a pas d'adresse. Personne ne refait son permis parce qu'un registre américain l'appelle autrement. Le décret a choisi une cible qui n'oblige personne à remplir un formulaire.

Le nom sur l'enveloppe

Il y a une enveloppe qu'on ouvre dans l'entrée, avec son nom et sa rue. Le papier fait un petit bruit sec. On ne lit plus l'adresse depuis longtemps.

Pour soixante-cinq foyers, l'adresse est devenue une opinion.

J'avoue que j'aurais voté pour. J'avoue aussi que je n'aurais pas aimé refaire mes papiers pour un président étranger.

La plaque, maintenant, pèse sur ceux qui vivent dessous. Pas sur celui dont elle porte le nom.

Lui ne remplira aucun formulaire. Une rue paie. Un lac, jamais.

Le décret ne coûte rien à son signataire. La plaque coûte à la rue.

La diplomatie des noms

Glasgow, 1986

Les chercheurs appellent ça la diplomatie toponymique, écrivent Reuben Rose-Redwood, CindyAnn Rose-Redwood et Derek H. Alderman dans The Conversation.

On a rebaptisé une place à Glasgow, en 1986, près du consulat sud-africain : Nelson Mandela Place, contre l'apartheid. On a rebaptisé des rues et des places près d'ambassades et de consulats russes, en soutien à l'Ukraine. On a rebaptisé, en 2023, un square Donald-Trump à Petach Tikvah, en Israël, devenu square des États-Unis.

Le nom est une lettre qu'une ville envoie à un pays. Courte. Lisible. Datée.

Le Maroc, Hyderabad

D'autres gouvernements font l'inverse, notent les auteurs. Une autoroute de 655 milles porte le nom du président au Maroc. Une avenue Donald-Trump existe à Hyderabad, en Inde.

Les chercheurs y voient un hommage devenu monnaie d'échange dans les négociations.

Ottawa fait le geste contraire. Elle retire un hommage au lieu d'en offrir un.

Elle n'achète rien. Elle ne quémande rien.

Glasgow l'avait fait contre un régime. Ottawa le fait contre une signature.

Elle rejoint une autre famille de villes. Celles qui ont renommé une place pour Mandela. Celles qui ont renommé une rue pour l'Ukraine.

Certains offrent une autoroute. Ottawa reprend une avenue.

Huit Trump sur la carte

Des îles, des lacs, un ruisseau

Le Canada compte huit lieux géographiques officiels nommés Trump, selon The Conversation. Aucun ne l'a été pour le président.

Il y a les îles Trump, à Terre-Neuve-et-Labrador. Il y a le lac Trump et le ruisseau Trump, en Ontario. Il y avait un lac Trump au Québec, devenu lac du Porc-Épic.

Le seul honneur officiel rendu à l'homme, c'est cette avenue d'Ottawa.

Les îles, les lacs, le ruisseau garderont leur nom. Ils ne doivent rien au président. Leur nom est plus ancien que sa carrière.

Cinq ans après la mort

La Commission des noms géographiques de l'Ontario ne soutient pas les noms commémoratifs avant cinq ans après le décès de la personne, rappellent les auteurs. Elle n'a aucune autorité sur les rues d'Ottawa.

La règle est sage. Un vivant peut changer. Il peut même rebaptiser un lac. Le nom reste. L'honneur part.

Et pourtant, Ottawa avait fait l'inverse, pour un simple thème de quartier.

Si la rue dit non…

On ne grave pas un vivant sur une plaque de métal.

Une rue qui décide

Deux façons de nommer

Un président a rebaptisé un lac partagé par deux pays, contre l'avis de deux Américains sur trois. Google a suivi en deux jours, Apple peu après.

Une ville rebaptisera peut-être une rue, si les trois quarts de ses résidents le veulent. Au printemps, au mieux.

Je préfère la lenteur. Lentement. Proprement. Rue par rue. Elle est la preuve qu'ici, un nom appartient à ceux qui l'habitent.

Ce n'est pas une faiblesse. C'est une frontière.

D'un côté, un nom décidé d'en haut, appliqué par des entreprises. De l'autre, un nom soumis à ceux qui reçoivent le courrier.

La plaque, au printemps

Si c'était votre adresse, voteriez-vous pour la changer ?

La plaque restera sur sa rue cet hiver. Elle connaîtra le sel, la glace, le vent qui siffle dans les poteaux. Elle attendra la neige, puis les voisins.

Le décret a pris deux jours. La permission prendra le temps qu'il faut.

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). CHRONIQUE : Trump rebaptise un lac par décret, Ottawa demande la permission à une rue. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/chronique-trump-rebaptise-un-lac-par-decret-ottawa-demande-la-permission-a-une-rue

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MM
Maxime Marquette
Chroniqueur indépendant

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