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La ChroniqueEnquête· N° 7774

DOSSIER : Le droit de 100 % signé par Trump sur les médicaments brevetés épargne l'Europe et ignore le Canada

Un droit de 100 % frappe depuis 0 h 01, ce mardi 29 septembre, les médicaments brevetés importés aux États-Unis par les fabricants qui n'ont conclu aucune entente avec Washington.

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  1. Un droit de 100 % frappe depuis 0 h 01, ce mardi 29 septembre, les médicaments brevetés importés aux États-Unis par les fabricants qui n'ont conclu aucune entente avec Washington.
  2. Un droit de 100 % frappe depuis 0 h 01 , ce mardi 29 septembre , les médicaments brevetés importés aux États-Unis par les fabricants qui n'ont conclu aucune entente avec Washington.
  3. Le prix du produit, une deuxième fois.
Transparence

Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.

Un flacon à la frontière

Mardi, 0 h 01

Un droit de 100 % frappe depuis 0 h 01, ce mardi 29 septembre, les médicaments brevetés importés aux États-Unis par les fabricants qui n'ont conclu aucune entente avec Washington.

Cent pour cent. Le prix du produit, une deuxième fois. À la douane.

Le texte qui l'impose est une proclamation de Donald Trump. Le mot Canada n'y figure pas.

Ce que tient la main

Un flacon de pilules pèse quelques grammes. On le secoue. Ça fait un petit bruit sec. On le tend au comptoir. On attend la monnaie.

Le flacon ne dit pas où la molécule a été fabriquée. Il ne dit pas qui détient le brevet. Il ne dit pas quel accord le couvre.

Depuis ce matin, ces trois questions décident de son prix à la frontière américaine.

Ce flacon-là, on le prend chaque matin, ou chaque semaine, parfois depuis des années.

Le flacon, lui, ne sait rien. Ce matin, pourtant, il porte un tarif.

Un flacon léger porte désormais une question lourde.

Cent, quinze, vingt, zéro

La grille du 2 avril

La proclamation date du 2 avril 2026. Elle fixe le droit par défaut à 100 % sur les médicaments brevetés et leurs ingrédients.

Le texte est long. La grille, elle, tient en quelques chiffres.

Puis elle ouvre des portes. Une par une.

Le taux tombe à 15 % pour l'Union européenne, le Japon, la Corée du Sud, la Suisse et le Liechtenstein. Le taux tombe à 10 % pour le Royaume-Uni, dans le texte d'avril. Le taux tombe à 20 % pour l'entreprise dont le plan de relocalisation est approuvé par le secrétaire au Commerce.

Le taux tombe à zéro pour celle qui y ajoute une entente de prix dite de la nation la plus favorisée. Le taux tombe à zéro pour les médicaments orphelins, la médecine nucléaire, les thérapies cellulaires et géniques.

Les génériques, à part

Les génériques et les biosimilaires ne sont pas visés. Pas pour l'instant, précise le texte.

Le Royaume-Uni, lui, ne serait plus soumis du tout au droit, selon CNN.

Cent. Quinze. Dix. Vingt. Zéro. Pour le Canada, la grille se lit vite.

Six portes. Six noms. Aucun n'est le nôtre.

Cent par défaut, et des rabais pour ceux qui ont une ligne.

Du 2 avril au 29 septembre

Le 31 juillet, dix-sept noms

La clause (4) de la proclamation fixe deux dates. Pas une de plus.

Le 31 juillet, le droit s'appliquait aux entreprises nommées à l'annexe III. Elles sont 17, selon le Service des délégués commerciaux du Canada.

Le 29 septembre, il s'applique à toutes les autres. Pour elles, septembre est arrivé comme prévu.

D'abord les grands. Puis tout le monde. La seconde vague ne distingue personne.

Le 23 septembre, un avis technique

Six jours avant l'échéance, le Bureau de l'industrie et de la sécurité publiait au Federal Register un avis de corrections techniques. Lui aussi entre en vigueur le 29 septembre.

Il y répète la règle des génériques. Pour l'instant, les droits pharmaceutiques de l'article 232 ne s'appliquent pas à eux.

Six mois entre la signature et l'échéance. Le temps de négocier. Pour ceux qui avaient une table.

Le calendrier n'a rien de secret. Il était écrit depuis avril.

Six mois de préavis, pour qui avait un interlocuteur.

Une ligne pour l'Europe

Le mot absent

Le texte ne nomme pas le Canada. Le texte ne nomme pas le Mexique. Le texte ne nomme pas l'Accord Canada–États-Unis–Mexique.

Il nomme l'Europe. Il nomme le Japon, la Corée, la Suisse, le Liechtenstein. Il nomme le Royaume-Uni.

L'Europe a sa ligne. Le Canada, aucune.

Le Japon a la sienne. La Corée aussi. La Suisse aussi.

Voisin, allié, partenaire de l'accord. Trois titres. Aucune ligne.

Aucune exemption de l'ACEUM

Le Service des délégués commerciaux du Canada l'écrit sans détour dans sa foire aux questions, mise à jour le 27 août : aucune exemption n'existe pour les marchandises conformes à l'ACEUM.

Pour certaines autres catégories de l'article 232, les marchandises conformes à l'accord obtiennent des exemptions partielles, selon la même page. Pour les médicaments brevetés, rien.

Rien. Pas une note. Pas un renvoi.

Ce dossier dit donc ceci : ce 100 % sert d'abord à arracher des ententes de prix, et il laisse le plus proche allié sans ligne à lui.

Voisin de palier, et traité comme un inconnu.

Le même mardi

Deux textes, une heure

Le 29 septembre n'est pas seulement la date des médicaments.

À la même heure, 0 h 01, entraient en vigueur les interdictions d'importer certains alcools, des sous-produits laitiers, de la mélasse et des motos du Canada, selon une autre proclamation de la Maison-Blanche, signée le 8 septembre.

Deux textes. Une heure. Un même voisin.

Punir, négocier

Les deux textes n'ont pas la même logique. Le premier punit. Le second négocie des prix.

Ils ont pourtant un trait commun. Ni l'un ni l'autre ne protège les produits conformes à l'ACEUM. Pour les interdictions, Beer Canada l'a dit à Global News dès lundi.

Un exportateur canadien pouvait donc, ce mardi matin, lire deux avis. L'un lui ferme une porte. L'autre lui fixe un prix d'entrée.

Pour une entreprise qui fabrique à la fois des médicaments et autre chose, la journée commence par deux lectures.

Le traité, lui, n'apparaît dans aucun des deux.

Deux proclamations, un seul voisin, aucun traité.

Dix milliards vers le sud

Le profil d'Ottawa

Innovation, Sciences et Développement économique Canada tient un profil du secteur pharmaceutique. Sa dernière mise à jour date du 23 juillet.

En 2025, le Canada a exporté pour environ 14,5 milliards de dollars de produits pharmaceutiques. Les États-Unis en ont reçu 70,4 %. Soit environ 10,2 milliards.

Sept dollars sur dix. Un seul client. Plus des deux tiers de nos ventes de médicaments à l'étranger.

La part inconnue

Combien de ces dix milliards sont des médicaments brevetés, fabriqués par des entreprises sans entente ? Aucun des documents consultés ne le chiffre.

Une partie est générique, donc épargnée. Une partie vient de multinationales couvertes par une entente. Le reste…

Le reste n'a pas de chiffre. Il a des adresses.

Le profil ne dit pas non plus combien d'emplois dépendent des ventes brevetées au sud.

Le gouvernement fédéral publie un profil. Il ne publie pas, du moins pas dans ce profil, la part exposée.

Dix milliards exposés, et personne pour compter la part frappée.

Toronto, Montréal, Vancouver

Trente-cinq mille sept cents

La fabrication pharmaceutique employait environ 35 700 personnes au Canada en 2025, selon le même profil. En cinq ans, l'emploi a crû d'environ 9,8 %.

Le secteur se concentre surtout dans les régions de Toronto, de Montréal et de Vancouver.

Trois villes. Des laboratoires. Des lignes de remplissage. Des salles blanches.

Près de 10 % de croissance en cinq ans. Un secteur qui grandissait.

Des blouses et des gants

Dans une salle blanche, on entre en blouse, en bonnet, en couvre-chaussures. Les gants de nitrile collent un peu aux doigts. Le bruit des machines est régulier, presque doux.

Personne, là-dedans, ne négocie avec le secrétaire au Commerce.

On y remplit des flacons. On y vérifie des lots. On y signe des feuilles de contrôle.

Le droit de 100 % ne vise pas ces gestes. Il vise l'adresse où ils se font.

Salle blanche sans drapeau, facture avec adresse.

Vingt-six ententes

Le 31 août

Au 31 août, 26 fabricants avaient signé une entente de prix de la nation la plus favorisée avec Washington, selon Life Science Daily News. Ils représentaient environ 89 % du marché des médicaments de marque.

Les grandes sociétés qui ont signé échappent au droit, confirme CNN.

Vingt-six signatures. Près de neuf dixièmes du marché de marque.

Le mot entente, ici, veut dire prix.

Le bâton et le prix

Le 100 % sert à faire signer. Le 100 % sert à faire baisser les prix américains. Le 100 % sert à faire construire au sud.

Il frappe peu de monde. Il a déjà convaincu presque tout le monde.

C'est un tarif qui réussit quand personne ne le paie.

Et pourtant, il reste ceux qui n'ont pas signé. Ce ne sont pas les plus riches.

Le bâton a parlé. Les grands ont signé. Les petits paient.

Le prix canadien comme étalon

La nation la plus favorisée

Que veut dire nation la plus favorisée, en matière de médicaments ?

La cible américaine est le prix le plus bas payé dans un pays de l'OCDE dont le PIB par habitant atteint au moins 60 % de celui des États-Unis, expliquent les avocates Kristin E. Wall et Sarah Pennington, du cabinet Norton Rose Fulbright, en janvier.

Le modèle GENEROUS, annoncé en novembre 2025, retient huit pays de comparaison. Le Canada en fait partie, selon leur analyse.

Le flacon canadien

Le flacon vendu à Montréal devient ainsi un étalon pour le flacon vendu à Chicago. Le prix payé chez nous devient une donnée dans un calcul fait ailleurs.

Le Conseil d'examen du prix des médicaments brevetés a retiré les États-Unis de sa liste de comparaison au 1er janvier 2026, notent les mêmes avocates. Washington, lui, regarde nos prix.

Le Conseil compare désormais nos prix à ceux de onze pays, dont la France, l'Allemagne, le Japon et le Royaume-Uni, selon Norton Rose Fulbright.

Deux politiques. Un même flacon. Deux sens opposés.

La politique américaine pousse les prix canadiens vers le haut. La politique canadienne les pousse vers le bas. C'est leur résumé.

Un prix bas au Canada devient un argument à Washington. Il pourrait aussi devenir, pour un fabricant, une raison de retarder un lancement chez nous.

Notre prix de pharmacie est devenu une pièce de leur négociation.

Plus de cent fabricants

L'analyse de Brookings

Plus de 100 fabricants produisent au moins un médicament non exempté, selon une analyse préliminaire de Marta Wosinska, de la Brookings Institution, citée par CNN.

La majorité n'a aucune usine. Ils font fabriquer leurs médicaments par des sous-traitants.

Or la concurrence pour la capacité de fabrication sous contrat aux États-Unis atteint un niveau démesuré, dit-elle.

Pas d'usine. Pas de place chez les sous-traitants. Pas d'entente.

Un grand laboratoire négocie à la Maison-Blanche. Un petit négocie avec sa banque.

Les poches moins profondes

Leurs poches ne sont pas aussi profondes, dit Wosinska des petites entreprises. Beaucoup n'auront peut-être pas d'autre choix que de se vendre à de plus grands, rapporte CNN.

Il y a le patient dont la maladie n'intéresse pas les grands laboratoires. Il y a le petit fabricant qui a mis des années sur une molécule. Il y a le sous-traitant qui n'a plus de place sur ses lignes.

Les patients dont les maladies ne sont pas traitées par les grands fabricants pourraient ressentir le choc le plus fort, écrit CNN.

Une molécule encore sous brevet n'a pas de générique pour la remplacer. Quand elle manque, elle manque.

Ce ne sont pas des multinationales. Ce sont des ordonnances.

Épargnés, les géants. Visés, les orphelins du marché.

Les génériques, pour l'instant

La prudence du texte

Il faut accorder à la proclamation ce qu'elle fait bien.

Elle épargne les génériques et les biosimilaires. Elle épargne les médicaments orphelins. Elle épargne les thérapies cellulaires et géniques, la médecine nucléaire, les traitements de fertilité.

Au Canada, les génériques représentaient 79,4 % des ordonnances en 2024, selon le profil fédéral. Ce ne sont pas eux que le tarif vise.

Deux mots qui inquiètent

Ne pas frapper les génériques, c'est éviter de toucher la pilule la plus courante. C'est un choix responsable. Je le nomme comme tel.

Mais le texte dit « pour l'instant ». L'avis du 23 septembre répète la même réserve.

C'est la moitié raisonnable du texte.

Deux mots. Ils suffisent à tenir une industrie en haleine.

Génériques épargnés aujourd'hui, pas promis pour demain.

Cinquante-trois pour cent

La dépendance américaine

Le motif de Washington mérite d'être pris au sérieux.

En 2025, 53 % des médicaments brevetés distribués aux États-Unis étaient fabriqués à l'étranger, selon des chiffres de la FDA cités par Life Science Daily News.

Seulement 15 % des principes actifs brevetés, en volume, étaient produits sur le sol américain, selon la même source.

Plus de la moitié ailleurs. Moins d'un sixième chez soi.

Le bon coup, et sa limite

Rapatrier la fabrication des médicaments critiques réduit une dépendance réelle. Une chaîne plus proche résiste mieux à une crise. C'est un bon coup pour la sécurité de l'Occident.

Et pourtant, l'Occident, ce n'est pas seulement le Midwest. Une usine de Montréal est aussi à l'abri d'une crise dans le Pacifique.

Je partage ce motif. Je ne partage pas sa carte.

Le texte ne fait pas cette différence. Il traite le voisin comme une île lointaine.

Rapatrier, oui. Mais la maison commune avait deux étages.

Vingt pour cent, puis cent

Le 2 avril 2030

Le taux de 20 % accordé aux plans de relocalisation n'est pas éternel. Il remonte à 100 % le 2 avril 2030, selon la proclamation.

L'exemption des entreprises qui ont signé une entente de prix, elle, court jusqu'au 20 janvier 2029. C'est le jour de la prochaine investiture présidentielle.

Deux dates. L'une pousse à construire. L'autre coïncide avec la fin du mandat.

Une ligne de production ne déménage pas en un mois. Elle déménage en années. Le calendrier de 2029 et de 2030 laisse justement ce temps.

Après 2030, le rabais de la relocalisation disparaît. Il ne reste alors, par écrit, que l'entente de prix.

Une usine canadienne

Une usine canadienne peut continuer, si son propriétaire a signé. Une usine canadienne peut attendre, si ses produits sont génériques. Une usine canadienne peut aussi perdre une ligne au profit d'un site américain, si le calcul l'exige.

Aucun document consulté n'annonce un tel départ. Le mécanisme, lui, est écrit.

La proclamation n'a pas besoin de fermer une usine au Canada. Elle rend seulement l'autre adresse moins chère.

Aucune fermeture écrite. Une facture déplacée vers le nord.

La facture selon BIO

L'industrie américaine elle-même

L'opposition ne vient pas seulement du Canada. Même à Washington, le tarif a des adversaires.

Les tarifs sur les médicaments vont augmenter les coûts, freiner la fabrication nationale et détourner des ressources de la recherche, a déclaré John Crowley, président de l'organisation américaine de biotechnologie BIO, selon CNN.

Le lobby de la biotechnologie américaine contre le tarif de son propre président. Le détail dit quelque chose.

Crowley ne défend pas le Canada. Il défend la recherche américaine. Les deux intérêts se croisent ici.

Ce que paie un patient

Un droit de douane se paie à l'importation. Puis il remonte la chaîne. Il finit sur une facture, quelque part.

Pour un médicament de niche, la facture arrive chez un assureur. Chez un hôpital. Chez une famille.

Au comptoir, personne ne parle de l'article 232. On parle de franchise. De couverture. De générique disponible, ou pas.

Les patients pourraient voir moins de médicaments disponibles et des prix plus élevés, préviennent les critiques cités par CNN.

Et pourtant, le tarif est présenté comme une mesure de sécurité. La sécurité de qui, au juste ?

Une sécurité qui se paie au comptoir de la pharmacie.

Pas une ligne pour nous

Le flacon, ce matin

Ce matin, le flacon n'a pas changé de poids. Il a changé de statut.

Fabriqué ici par une entreprise sans entente, il paie cent. Fabriqué en Europe, quinze. Rien, s'il est générique ou couvert par un prix négocié.

Son prix au Canada, lui, sert d'étalon à Washington.

J'avoue une inquiétude simple. Je ne sais pas ce que coûtera, dans deux ans, le flacon que je tends au comptoir. Personne, ce matin, ne peut me le dire.

Ce que nous acceptons de prêter

Laisserons-nous nos prix de pharmacie servir de repère à Washington sans exiger, en retour, la ligne que l'Europe a obtenue ?

La proclamation ne pose pas la question. Elle a été écrite sans nous.

La prochaine version pourrait l'être avec nous. À condition de la demander.

Quinze pour l'Europe, cent par défaut, et pas une ligne pour nous.

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). DOSSIER : Le droit de 100 % signé par Trump sur les médicaments brevetés épargne l'Europe et ignore le Canada. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/dossier-le-droit-de-100-signe-par-trump-sur-les-medicaments-brevetes-epargne-l-europe-et

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MM
Maxime Marquette
Chroniqueur indépendant

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