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La ChroniqueAnalyse· N° 7716

FACT-CHECK : La « dernière heure » de Greer ne tient pas, le verrou dénoncé par Carney reste sans texte

Jamieson Greer a répété sur CNBC, le 25 septembre, que le Canada avait réclamé un allègement pour les camions lourds dans les dernières heures des pourparlers d'août.

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  1. Jamieson Greer a répété sur CNBC, le 25 septembre, que le Canada avait réclamé un allègement pour les camions lourds dans les dernières heures des pourparlers d'août.
  2. Seize heures, un vendredi
  3. L'affirmation du 25 septembre
Transparence

Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.

Seize heures, un vendredi

L'affirmation du 25 septembre

Jamieson Greer a répété sur CNBC, le 25 septembre, que le Canada avait réclamé un allègement pour les camions lourds dans les dernières heures des pourparlers d'août.

Ce récit est trompeur.

L'heure exacte vient d'un autre ministre. Le 27 août, le secrétaire au Commerce Howard Lutnick a affirmé aux journalistes que les mots « camions moyens et lourds » avaient été prononcés le vendredi à 16 h.

Une heure. Un jour. Une accusation.

Ce qui roule en Ontario

Ces camions ont des noms. Certains modèles de la série F de Ford et le Silverado de General Motors sont assemblés dans des usines de l'Ontario, selon CBC.

Ceux qui les assemblent ne comptent pas en heures de négociation. Ils comptent en quarts, dans le sifflement des outils pneumatiques.

Pour eux, rien d'une querelle d'horloge. Un camion laissé hors de l'accord reste sous la mesure américaine distincte qui le vise, selon Greer lui-même.

L'horloge est à Washington. Le camion, dans une usine ontarienne.

Seize heures pour Washington, des quarts entiers pour l'Ontario.

Deux versions

Celle de Washington

Washington tient une version. Le 26 août, Greer l'a exposée à CBC.

L'entente était conclue le mardi soir. Le Canada obtenait, selon lui, le meilleur accord offert à un pays de la planète.

Puis Dominic LeBlanc est rentré à Ottawa. Il a parlé aux premiers ministres des provinces. Il a parlé au premier ministre. À son retour, dit Greer, le Canada avait des demandes supplémentaires, trop lourdes pour les États-Unis.

La faute, donc, est canadienne.

Celle d'Ottawa

Ottawa en tient une autre. Le 22 août, Mark Carney a énuméré trois changements américains de dernière minute. La portée des tarifs sur l'automobile. Un frein aux autres accords commerciaux du Canada. Des limites à nos protections de la langue et de la culture.

Dans son allocution du même jour, il ajoutait que Washington avait essayé, sur la langue et la culture, jusqu'à la toute dernière minute. Ils ont trop demandé et trop peu offert, résumait-il.

La faute, donc, est américaine.

Deux versions, aucune page publiée.

Ni Ottawa ni Washington n'a rendu public le texte du projet d'accord, rapportait CBC le 26 août. Greer invoque la confidentialité que les deux camps se doivent.

Je vérifie donc ce qui peut l'être. Les camions. Les autres accords. La langue.

Qui a raison sur vendredi, 16 h ?

Deux horloges, et pas une page pour les départager.

Le mardi de l'entente

Une poignée de main

Il faut d'abord remettre les jours dans l'ordre.

Mardi soir, 18 août, Greer et LeBlanc se serrent la main devant le bureau du représentant américain. Il ne reste, assurent-ils aux caméras, qu'à mettre les points sur les i, selon CBC.

Le soir même, Trump prolonge le sursis tarifaire de trois jours. Greer dira plus tard que l'entente fixait des taux précis, des pourcentages précis.

Les deux camps s'accordent ces jours de plus, dit Greer, « pour tout mettre sur papier ».

Pour tout mettre sur papier.

Vendredi soir

Vendredi soir, 21 août, Carney rappelle ses négociateurs à Ottawa. Quelques heures plus tard, les droits de 50 % frappent une série de produits canadiens, rapporte La Presse canadienne.

Entre le mardi et le vendredi, trois jours. C'est dans ces trois jours que chacun place la faute de l'autre.

Sur papier, justement, rien n'a survécu.

Aucun des deux gouvernements n'a montré ce qui était écrit le mardi. Ni ce qui avait changé le vendredi.

Trois jours pour écrire, et rien d'écrit à montrer.

Les camions selon Washington

Vendredi, 16 h

Voici la version américaine, sous sa meilleure forme.

Lutnick soutient que les camions moyens et lourds sont apparus dans la négociation le vendredi à 16 h. Il a ajouté, selon CBC, que les Canadiens l'avaient fait pour saborder l'accord.

C'est une accusation. Elle vise une intention. Aucun document ne l'accompagne.

Deux ministres. Une heure. Aucun procès-verbal.

Une mesure à part

Greer, le 26 août, a donné l'argument de fond. Les États-Unis ont une mesure de l'article 232 sur les autos et les camionnettes. Les camions moyens et lourds relèvent d'une autre mesure. Elle est distincte. Son économie diffère. Ses taux effectifs aussi.

Ramener ces camions à la fin, a-t-il dit, revenait à décréter que le mot autos désignait tout, de la petite Escort au plus gros camion.

L'argument n'est pas absurde. Un accord sur les voitures n'est pas forcément un accord sur les poids lourds.

Il se pèse. Il ne se balaie pas.

Pour Washington, le mot autos s'arrêtait à la camionnette.

Les camions selon Charette

Fin juillet, par écrit

La négociatrice en chef du Canada, Janice Charette, a répondu le 28 août, à CBC.

Le Canada, a-t-elle dit, a toujours parlé de l'ensemble de son secteur automobile. Lutnick, a-t-elle ajouté, n'était pas à la table de négociation.

Elle a précisé à Politico, le 31 août, que ses propositions envoyées aux États-Unis vers la fin juillet incluaient clairement les camions. Chaque note, chaque document, selon elle.

Lundi, mardi, mercredi, jeudi

Ottawa les a soulevés lundi. Ottawa les a soulevés mardi. Ottawa les a soulevés mercredi. Ottawa les a soulevés jeudi. Ottawa les a soulevés vendredi, aussi, selon Charette.

Lutnick n'a retenu que le dernier.

Dans la salle, a raconté Charette à Politico, elle glissait « et moyens et lourds » chaque fois que Washington ramenait l'allègement aux seuls véhicules légers. C'en devenait presque drôle, dit-elle.

Selon Politico, Carney affirme qu'aucune justification n'a été donnée pour cette exclusion. Elle est venue après l'accord sur une baisse du tarif des voitures, de 25 à 15 %.

Charette, elle, résume ainsi : les stylos sont posés, la porte reste ouverte. La confiance, dit-elle, se gagne dans les petits caractères.

Cinq jours de suite, puis un seul retenu.

Les mots de Greer

Pendant des semaines

Et pourtant, la meilleure pièce contre Greer vient de Greer.

Le 26 août, à CBC, il l'a dit lui-même. Pendant des semaines, il avait été clair avec ses collègues canadiens sur ce qu'il pouvait offrir. Y compris sur l'automobile.

Greer a dit « pendant des semaines ». Greer a dit que la mesure sur les camions était distincte. Greer a dit que les Canadiens voulaient obtenir autant qu'ils le pouvaient.

Trois phrases. Une seule chronologie.

Autrement dit, tout indique que la frontière entre autos et camions se discutait bien avant le vendredi. Un désaccord connu depuis des semaines n'est pas une demande de dernière heure.

« Ça me ressemble »

Le président lui-même a brouillé la ligne. Interrogé sur CNN au sujet d'ajouts américains de dernière minute, Donald Trump a répondu : « Ça me ressemble. »

Greer a parlé d'une remarque lancée à la volée.

Sur les camions, le récit de la dernière heure est donc trompeur. Ils étaient au dossier avant, selon la négociatrice canadienne. Et Greer décrit lui-même des semaines d'échanges sur l'automobile.

Greer date une demande que ses propres semaines contredisent.

Un verrou sans texte

Aucun « le Canada devra »

Deuxième point. Carney accuse Washington d'avoir voulu restreindre la capacité du Canada à conclure d'autres accords commerciaux.

Greer nie. Le 26 août, il a jugé que cette description allait bien au-delà de ce qui avait été discuté.

Il n'y avait aucun texte de ce genre, a-t-il dit. Il n'y avait pas de « le Canada devra ». Il n'y avait qu'une invitation à se coordonner, pays à pays.

Son motif est connu. Si Washington baisse ses tarifs sur l'acier et l'aluminium, dit-il, le Canada ne peut pas devenir une porte d'entrée pour le métal d'autres pays.

L'inquiétude est réelle. Le texte, lui, manque.

Consultation, interdiction ou veto

Charette confirme l'absence de texte sur ce point, selon Politico. Elle ajoute que le sujet est arrivé tard.

Consultation, interdiction ou veto ?

Personne, côté canadien, ne savait lequel, selon elle. Ce qui était clair : un intérêt américain à limiter nos futurs accords pour des produits comme l'acier primaire.

Une source a dit à CBC que Washington voulait voir le Canada appliquer ses tarifs sectoriels à ses partenaires. Les partenaires de libre-échange auraient payé au-delà de leurs volumes de 2025.

Charette avait une consigne. N'accepter, en aucune circonstance, un libellé qui limite la capacité du Canada à conclure de nouveaux accords, a-t-elle dit à Politico.

Politico situe le concept américain le vendredi même de la rupture, dans la salle de rédaction.

Sur ce point, Carney est plausible, mais non démontré. Une demande tardive existe. Sa forme écrite, non.

Une demande tardive, sans une ligne pour la prouver.

La forteresse était canadienne

Le mot d'Ottawa

Il faut maintenant écrire ce qui dérange la version d'Ottawa.

La « forteresse nord-américaine » n'est pas une invention américaine. Greer le rappelle : le terme vient des Canadiens, dit-il, qui le lui répètent depuis un an et demi.

Michael Kovrig, ancien diplomate canadien, le confirme dans le Globe and Mail du 24 septembre. En mai, Carney se disait ouvert à une intégration plus poussée, y compris des options de forteresse nord-américaine dans certains secteurs.

Greer cite un autre précédent. L'Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) prévoit déjà qu'un pays signant un accord de libre-échange avec une économie non marchande, comme la Chine, peut en être exclu.

La Chine, hors du discours

Kovrig ajoute le fait le plus inconfortable. Dans son allocution de 2 700 mots du 22 août, Carney n'a jamais prononcé le mot Chine.

Pas une fois.

Or l'entente conclue avec Pékin en janvier a rouvert des secteurs manufacturiers qui préoccupent Washington, écrit Kovrig. Elle fournit, selon lui, une raison aux mesures américaines.

C'est vrai, et cela ne change pas ceci : une coordination offerte par Ottawa n'est pas un droit de regard exigé par Washington. Kovrig le dit lui-même. Le Canada a offert l'alignement, et les États-Unis en ont retiré la réciprocité.

Washington, écrit-il, demande au Canada de fermer ses options chinoises tout en fermant son propre marché aux voitures canadiennes. Ce n'est plus une forteresse. C'est un mur, avec le Canada dehors.

Offrir l'alignement n'est pas céder son stylo.

La langue jusqu'au vendredi soir

Rien de moins important

Troisième point : la langue et la culture.

Lutnick, le 27 août, a balayé l'affaire. Rien, a-t-il dit selon CBC, ne pourrait moins compter pour l'Amérique que la façon dont parlent les Québécois. Il accuse Carney d'avoir fabriqué l'enjeu pour peser sur l'élection québécoise.

Greer, lui, parle d'un sujet « souligné », très loin d'une ligne rouge. Ce qui intéressait Washington, dit-il, c'était la contribution imposée aux services de diffusion en continu.

La demande était pourtant écrite ailleurs. En mars, le rapport annuel du représentant américain au Commerce sur les obstacles au commerce visait la Loi sur la diffusion continue en ligne et la loi 109 du Québec, selon le Service de recherche du Congrès.

La demande était ancienne. Elle était imprimée.

Retirer une position

Charette décrit l'inverse de Lutnick. Jusqu'à la dernière séance, le vendredi soir, les Américains demandaient encore le retrait de ces dispositions, a-t-elle dit à CBC.

Un détail tranche. Après l'entrevue de Greer, fin août, Dominic LeBlanc s'est félicité sur X que les États-Unis retirent leurs positions sur la découvrabilité et l'étiquetage, rapporte CBC.

On ne retire pas une position qui n'existait pas.

Le ministre attendait aussi, écrivait-il, des clarifications sur les autres positions américaines. Les autres positions, tout l'indique, portent sur les camions et sur nos accords.

Sur ce point, Carney est exact sur la présence de la demande. Il l'est moins si l'on y lit une nouveauté : elle a duré, elle n'a pas surgi.

Et pourtant, la langue n'était pas le dernier verrou. Washington l'a lâchée en quelques jours, et l'accord n'est pas revenu pour autant.

On ne retire que ce qu'on a posé.

Ce qu'une heure a coûté

Quinze pour cent, peut-être sept

Il faut mesurer ce que la dispute a fait tomber.

Il y avait l'automobile, de 25 à 15 %, avec la possibilité de tomber à 7 %, selon Greer. Il y avait l'acier, de 50 à 25 % pour l'essentiel des envois. Il y avait l'aluminium, de 50 à 25 %.

C'était, dit Greer, un tremplin. Il n'existe plus.

Quinze pour cent sur les voitures, peut-être sept, si…

Témiscaming, à la mi-septembre

À la place, les droits de 50 % sont entrés en vigueur le 22 août.

Fin août, la société Rayonier Advanced Materials annonçait l'arrêt, pour une durée indéterminée, de son complexe de Témiscaming à la mi-septembre. Environ 400 travailleurs syndiqués sont touchés, selon Politico et Northern Ontario Business.

L'entreprise invoque l'ampleur des tarifs américains, avec les difficultés anciennes des pâtes et papiers. La ville compte environ 2 400 habitants.

Un vendredi à 16 h, on se disputait un mot. Moins d'un mois plus tard, à Témiscaming, une usine devait s'arrêter.

Le cadenas sur une barrière ne sait pas qui avait l'heure juste.

Pour Unifor, Daniel Cloutier dit que les travailleurs absorbent le choc d'un affrontement qu'ils n'ont pas commencé et ne contrôlent pas.

Ils n'étaient pas dans la salle. Ils paient la note.

Personne, à Témiscaming, ne se disputait l'heure.

Un mois plus tard

Le 25 septembre, sur CNBC

Le 25 septembre, Greer a repris le même récit. Washington a offert au Canada son meilleur accord, dit-il, et Ottawa a voulu un allègement sur les poids lourds dans les dernières heures, rapporte La Presse canadienne.

La même dépêche rappelle la version de Carney. Restreindre nos autres accords. Limiter nos protections de la langue et de la culture.

Un mois. Les mêmes phrases. Aucune pièce nouvelle.

À quoi sert l'horloge

Le 26 août, Greer disait à CBC que Washington n'avait rien interdit du Canada. Peut-être le faudrait-il, ajoutait-il.

Le 8 septembre, selon la Maison-Blanche, les interdictions d'entrée étaient signées.

Treize jours.

C'est la fonction du récit de la dernière heure. Désigner qui a rompu, pour que la mesure suivante passe pour une réponse.

Et pourtant, aucune page n'a été publiée depuis.

Qui possède la dernière heure possède la riposte suivante.

Trois points, trois degrés

Pour Washington

Voici où mène la vérification.

Les camions. L'affirmation de Greer est trompeuse. Les poids lourds figuraient au dossier avant les dernières heures, selon la négociatrice canadienne. Greer décrit lui-même des semaines d'échanges sur l'automobile.

Les autres accords. L'accusation de Carney est plausible, non démontrée. Une demande tardive de coordination existe. Sans texte, selon les deux négociateurs.

Pour Ottawa

La langue. La version de Carney est exacte sur la persistance de la demande. Elle force le trait si l'on y lit une nouveauté.

Qui a changé les termes à la dernière minute ? Sur les autres accords, la demande tardive venait de Washington, selon Ottawa. Greer ne nie pas l'avoir soulevée. Il en conteste la portée.

Sur les camions, rien ne démontre qu'Ottawa ait innové le vendredi.

Un point trompeur. Un point sans preuve. Un point exact, mais gonflé.

Personne n'a raison en entier. Mais une seule version est démentie par les mots de son propre auteur : celle de Greer.

Trompeur d'un côté, sans preuve écrite de l'autre.

La page qui manque

Ce que les notes diraient

Ce classement peut bouger. Il suffit d'une page.

Il faudrait voir les propositions canadiennes de fin juillet, que Charette dit avoir envoyées. Il faudrait voir le brouillon américain du vendredi. Il faudrait voir la clause de la nation la plus favorisée que Kovrig dit disparue de ce brouillon.

Je n'ai pas pu recouper cette dernière affirmation. Je l'écris comme telle.

Aucune n'est publique.

Au lecteur

J'aurais voulu une page. Je n'ai que des voix, toutes intéressées.

Jugerons-nous le prochain accord sur ce qu'on nous en racontera, ou sur ce qu'on nous en montrera ?

Seize heures, un vendredi, restera une heure contestée. Une page tournée, elle, fait un bruit que tout le monde entend.

Le verdict attend son document.

La dernière heure appartiendra à qui publiera la première page.

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). FACT-CHECK : La « dernière heure » de Greer ne tient pas, le verrou dénoncé par Carney reste sans texte. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/fact-check-la-derniere-heure-de-greer-ne-tient-pas-le-verrou-denonce-par-carney-reste

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MM
Maxime Marquette
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