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La ChroniqueÉditorial· N° 7724

ÉDITORIAL : Trump exempte notre pétrole et taxe nos bâtons de hockey, nous ne serons pas son puits

Jamieson Greer a résumé en trois mots, le 25 septembre, ce que Washington tire encore du Canada.

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  1. Jamieson Greer a résumé en trois mots, le 25 septembre, ce que Washington tire encore du Canada.
  2. Jamieson Greer a résumé en trois mots, le 25 septembre , ce que Washington tire encore du Canada.
  3. Le représentant américain au Commerce parlait surtout de la Chine, ce vendredi matin, à la chaîne CNBC.
Transparence

Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.

Le bâton et le baril

Vendredi, sur CNBC

Jamieson Greer a résumé en trois mots, le 25 septembre, ce que Washington tire encore du Canada.

Pétrole. Gaz. Potasse. Pas le bâton de hockey.

Le représentant américain au Commerce parlait surtout de la Chine, ce vendredi matin, à la chaîne CNBC. On l'a interrogé sur nous au passage. Il a répondu comme un client parle de son fournisseur.

Trois mots. Trois matières premières. Aucun objet fini.

Ce qu'il n'a pas nommé

Il n'a pas nommé le bâton de hockey. Celui qui vient du Canada paie 50 % de droits à la frontière américaine depuis le 22 août.

Il n'a pas nommé nos produits laitiers, visés par l'une des trois proclamations du 20 juillet.

Il n'a pas nommé les armoires de cuisine, frappées par un tarif sectoriel distinct, selon La Presse canadienne.

Il n'a pas nommé l'alcool canadien, dont une partie sera refoulée à la frontière dès le 29 septembre.

Il n'a pas nommé les mains.

Un baril passe par un tuyau. Un bâton passe par des mains : celles qui poncent, qui collent, qui emballent, dans le bourdonnement d'une machine qui ne s'arrête qu'au changement de quart.

Greer a compté nos ressources. Pas nos mains.

Pétrole, gaz, potasse

« Aucune urgence »

Il faut relire ses phrases, telles que CBC et La Presse canadienne les ont rapportées.

Il y a le confort. Le président Trump, dit Greer, est « à l'aise là où nous en sommes avec le Canada ».

Il y a le calendrier. Les Canadiens « nous appellent de temps en temps ». Il n'y a aucune urgence de son côté, ajoute-t-il.

Il y a l'inventaire, enfin : « On obtient encore d'eux ce qu'il nous faut, pétrole, gaz, potasse. »

Un client satisfait

Ce qu'il nous faut. Le pronom porte tout. Nous, c'est l'Amérique qui achète. Eux, c'est nous qui livrons.

Un client satisfait ne rappelle pas. Il attend la livraison.

À l'aise. Pas pressé. Servi.

Et pourtant, rien de ce que dit Greer n'est faux. Le commerce continue. Les produits agricoles, précise-t-il, traversent la frontière dans les deux sens.

C'est justement ce qui devrait nous inquiéter. Pour Washington, un fournisseur qui livre n'a pas besoin d'un accord.

Aucune urgence, puisque rien ne manque chez eux.

La liste du 20 juillet

Hors de la liste

Le 20 juillet, Donald Trump a signé trois proclamations en vertu de l'article 338 d'une loi tarifaire de 1930. La Maison-Blanche en a publié le résumé le même jour.

Le texte annonce 50 % de droits sur des produits canadiens, « du vin aux bâtons de hockey, au ciment ».

Plus bas, une ligne. Ces droits ne s'appliqueront ni à l'énergie, ni à la potasse, ni au poisson, ni aux minéraux critiques.

La doctrine tient dans cette ligne. Écrite, signée, datée.

Sur la liste

Sur la liste, le vin. Sur la liste, le bâton de hockey. Sur la liste, le ciment. Hors de la liste, ce qui sort du sol et de la mer.

Le pétrole passe, le bâton de hockey paie.

Nous sommes du côté de ceux qui transforment au Canada. Contre la doctrine du fournisseur, écrite par la Maison-Blanche le 20 juillet et résumée par Greer le 25 septembre. Parce que cette liste exempte ce qui sort du sol, et taxe à 50 % une part de ce qui sort de nos ateliers.

Un droit de douane se paie à la frontière, par l'importateur, puis par l'acheteur. Il se paie aussi, plus tard, par celui qui fabriquait.

Exempter, c'est déjà choisir ce que nous resterons.

Le sel et le ciment

Le 8 septembre

Le 8 septembre, le président a signé cinq autres proclamations. Des interdictions d'entrée, effectives le 29 septembre. Et une retouche de la liste, effective le 15 septembre.

La fiche publiée ce jour-là par la Maison-Blanche explique la retouche. On retire certains produits, comme le sel gemme et le ciment. On en ajoute d'autres, des véhicules tout-terrain aux produits laitiers.

Le motif est écrit : mieux servir l'intérêt public.

L'intérêt public de qui ?

Le sel des routes

Le sel gemme, c'est celui qu'on répand sur les routes l'hiver. Le 18 août, le sénateur du Kansas Jerry Moran avait pressé le bureau de Greer. Il lui demandait de tenir compte de l'effet des tarifs sur le sel pour les entreprises, les administrations locales et les contribuables de son État, selon le Service de recherche du Congrès.

Le ciment, c'est celui des chantiers.

Trois semaines après cet appel, le sel était retiré de la liste. Ce qu'il nous faut, disait Greer.

Le sel sort. Le bâton reste.

La même fiche annonce aussi le retrait des produits canadiens des catalogues fédéraux d'achat, qui gèrent plus de 50 milliards de dollars de marchés publics, selon la Maison-Blanche.

Tout indique que la liste bouge au rythme du besoin américain.

Retirer le sel de la liste, c'est avouer le besoin.

Des filiales au nord

Rapatrier

Greer a donné la clé lui-même, vendredi. Son président, a-t-il dit selon Global News, a ses tarifs sur l'acier, l'aluminium et l'automobile pour rapatrier la production.

Rapatrier. Le mot est honnête. Il dit où doivent aller les usines.

Au sud.

Lu à côté de la liste du 20 juillet, le modèle se dessine. Ce qui se fabrique devrait se fabriquer là-bas. Ce qui se creuse pourrait rester ici, pourvu qu'il traverse sans frais.

Les images suivent le mot. Depuis l'échec d'août, rappelle CBC, Trump a publié une carte de l'Amérique du Nord où le drapeau américain recouvre le Canada. Puis un dessin où il se tient au-dessus de Carney, étendu pendant un match de hockey : « Debout, gouverneur. »

Un match de hockey. Un gouverneur. Pas un premier ministre.

Le mot de Carney

Mark Carney avait nommé ce modèle, dans une vidéo diffusée par CBC le 1er septembre. Ottawa, a-t-il dit, ne peut accepter des conditions qui feraient de nos industries des « filiales » des industries américaines, rapporte le Service de recherche du Congrès.

Sinon, a-t-il ajouté, ces industries seraient graduellement démantelées au Canada, puis effacées.

Démantelées. Puis effacées. Deux verbes, un calendrier.

Une filiale ne décide pas de ses produits. Elle livre ce qu'on lui commande.

Autrement dit, le fournisseur de Greer et la filiale de Carney sont la même chose, vue de chaque côté de la frontière.

Rapatrier chez eux, c'est vider chez nous.

Ce qu'on ne remplace pas

63 % du brut importé

L'exemption a une raison. Elle tient dans quelques chiffres.

En 2025, le Canada a fourni 63 % du pétrole brut importé par les États-Unis, et presque la totalité de leur gaz naturel importé. Ces données viennent d'un portrait publié en mai par la Régie de l'énergie du Canada, repris vendredi par BNN Bloomberg.

Ce qu'il nous faut, c'est ce brut. Ce qu'il nous faut, c'est ce gaz. Ce qu'il nous faut, c'est la potasse du plus grand producteur du monde, selon BNN Bloomberg.

Lundi, Trump a bien évoqué une potasse du Bélarus, moins chère. Il s'est ensuite ravisé en partie : on continuera avec le Canada, a-t-il dit, selon La Presse canadienne.

Qui remplace un voisin qui fournit presque tout le gaz ?

L'engrais des champs

Jason Kenney, ancien premier ministre de l'Alberta, l'a résumé à La Presse canadienne, selon BNN. Une taxe à l'exportation sur le carburant et la potasse, disait-il, toucherait les républicains qui conduisent des F-150 et épandent de l'engrais dans leurs champs.

L'exemption est un bon calcul pour Washington. Elle protège l'agriculteur américain.

Elle épargne aussi, et il faut l'écrire, les travailleurs du pétrole albertain et ceux des mines de potasse de la Saskatchewan. Un acte utile reste utile, même signé par celui qui taxe le reste.

Ce qu'on ne peut pas remplacer, on le laisse passer.

Une politique mondiale

« On leur a donné un accord »

Washington a une réponse. Elle mérite d'être entendue sous sa meilleure forme.

Notre politique commerciale est mondiale, a plaidé Greer, selon BNN Bloomberg. Elle vise le Canada, la Chine, le Royaume-Uni, le Brésil. Le message : rien de personnel.

Puis, sur l'impasse d'août : « On leur a donné un accord, ils sont partis. »

Là où est la croissance

Plus tôt dans la semaine, sur Bloomberg Television, il est allé plus loin, selon le Toronto Sun. S'opposer à Trump est politiquement populaire au Canada, a-t-il reconnu. Mais la croissance et la consommation sont aux États-Unis. Pas en Europe, pas au Brésil, pas en Chine.

Le chroniqueur Brian Lilley a repris ces mots dans le Toronto Sun. Il accuse Mark Carney de faire passer la politique avant les chèques de paie. Il aligne un chômage de 6,4 % ici contre 4,1 % au sud, et une croissance réelle plus faible au nord depuis le retour de Trump.

Voilà leur meilleur argument. Le Canada se battrait pour les sondages, et les travailleurs paieraient la facture.

Il se prend au sérieux. Les chiffres existent. Le chômage aussi.

Depuis quand une politique mondiale porte-t-elle le nom d'un seul pays ?

Leur argument le plus fort se juge sur pièces.

Un article de 1930

Invoqué pour la première fois

La pièce existe. Elle est dans le texte même des mesures.

L'article 338 date de 1930. Aucun président ne l'avait expressément invoqué pour imposer des tarifs avant Donald Trump, écrit le Service de recherche du Congrès dans son rapport du 14 septembre.

Un seul pays. Une seule loi. Aucun précédent.

Il ne vise pas le monde. Il vise le Canada. Et il frappe sans égard à l'Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), celui qui devait justement protéger nos échanges.

BNN Bloomberg le relève aussi : Washington a des tarifs mondiaux, et il a des mesures propres au Canada.

Dans la case de Pékin

La Maison-Blanche l'écrit elle-même, dans sa fiche du 8 septembre. Depuis un an et demi, deux pays seulement ont riposté plutôt que de négocier : la République populaire de Chine et le Canada.

Une politique mondiale ne range pas son plus proche allié dans la case de Pékin.

Et pourtant, c'est la case qu'on nous assigne, entre deux proclamations.

Quant à l'accord « donné », les deux capitales s'accusent encore d'avoir changé les termes à la dernière minute.

Une loi de 1930 pour un seul pays n'a rien de mondial.

Nos propres tuyaux

Un chiffre qui nous dérange

Nous devons à Greer une vérité qui nous gêne.

Il a raison sur le volume. De janvier à juillet, le Canada a exporté pour 234 milliards de dollars américains de biens vers les États-Unis, selon les données du Census Bureau reprises par BNN Bloomberg. À la même période de 2024, avant le second mandat de Trump, c'était 241 milliards.

Une baisse d'environ 3 %. Pas un effondrement. Greer appelle ça un commerce fort. Sur ce point, il n'a pas tort.

En juillet, selon Statistique Canada, les deux tiers de nos exportations prenaient encore la route du sud.

Le robinet ouvert

Nos pipelines ne vont pas au sud par hasard. En 2025, les États-Unis ont reçu 90,8 % de nos exportations d'hydrocarbures, en volume, selon la Régie de l'énergie du Canada.

Mark Carney, rappelle BNN Bloomberg, ne voit pas l'intérêt de mettre l'énergie sur la table. Le président de Trans Mountain, Mark Maki, y voit une voie vers la destruction mutuelle assurée.

Nous avons choisi de ne pas fermer le robinet. Ce choix se défend. C'est aussi le choix d'un fournisseur.

C'est vrai, et cela ne change pas ceci : la liste du 20 juillet a été écrite à Washington. Pas à Ottawa.

Nos tuyaux mènent au sud. Nous les avons posés.

L'usine qu'on éteint

Jusqu'à 100 %

Voici ce qui vient.

Depuis le 15 septembre, la liste révisée touche aussi des articles déjà frappés au titre de l'article 232, comme l'acier, l'aluminium ou l'automobile. Selon la Maison-Blanche, citée par le Service de recherche du Congrès, les deux droits s'additionnent : jusqu'à 100 % sur certains articles.

En 1965, le Pacte de l'automobile cousait nos usines aux leurs. En 2026, une loi de 1930 les sépare.

En 2025, environ 90 % de nos exportations automobiles allaient aux États-Unis, selon le même rapport.

Le quart qui ne revient pas

Les usines ne ferment pas par décret. Elles ferment par soustraction.

Une usine ne ferme pas d'un coup. On coupe un quart. Puis un autre. Puis la ligne de nuit. Puis il reste le silence d'une presse arrêtée, et des gants posés sur un établi.

C'est ce que Carney appelait un démantèlement graduel.

Un pays qui ne fabrique plus ses bâtons de hockey, qui ne coupe plus ses armoires, qui ne fait plus que remplir des wagons de potasse…

Je l'avoue. La première fois que j'ai lu la phrase de Greer, j'ai été soulagé. Le pétrole passe, donc la paie de l'Alberta aussi. Puis j'ai relu la liste.

Le soulagement était le piège.

Personne ne ferme une usine en un seul jour.

Le téléphone de LeBlanc

Moncton, vendredi

À Moncton, le même vendredi, Dominic LeBlanc a répondu sans hausser le ton.

Le ministre responsable du Commerce Canada–États-Unis parle à Greer quelques fois par semaine, dont cet après-midi-là, rapporte CBC. Les propos de Greer, dit-il, concordent avec leurs conversations.

« Je n'attends pas près du téléphone », a-t-il ajouté. Le travail de bonne foi continue, dit-il. Ottawa reste prêt à parler.

Pas de supplique. Pas de rupture.

Frank McKenna, ancien ambassadeur à Washington, invite à se méfier de ce discours sans urgence. Les élections de mi-mandat approchent, dit-il à CBC, et le coût de la vie y pèse.

Un record ailleurs

Statistique Canada donne au ministre un appui. En juillet, nos exportations vers les pays autres que les États-Unis ont atteint un sommet de 25,6 milliards de dollars, en hausse de 7,4 %.

Vers les États-Unis, elles ont reculé de 6,6 %. Le brut et l'or ont mené la baisse.

Et pourtant, regardons ce qui a mené la hausse. Du minerai de fer, du combustible nucléaire et du pétrole brut vers les Pays-Bas. Du minerai de cuivre vers l'Allemagne. Des produits divers vers la Chine.

Les avions font exception. Leurs exportations ont bondi de 80,1 % en juillet, vers des destinations outre-mer.

Même ailleurs, nous vendons d'abord ce qui sort du sol.

Deux exigences

À Washington

Nous exigeons deux choses. Une de chaque côté de la frontière.

De Washington, nous exigeons la fin du tri. Un partenaire ne sépare pas un allié entre ses roches et ses ateliers.

Nous ne serons pas le réservoir qui passe sans frais. Nous ne serons pas la filiale que Carney refusait le 1er septembre. Nous ne serons pas le voisin rangé avec Pékin dans une fiche du 8 septembre. Nous ne serons pas le fournisseur qui appelle « de temps en temps ». Nous ne serons pas la carrière d'une politique qui rapatrie.

Voilà la ligne.

À Ottawa

D'Ottawa, nous exigeons une règle simple. Qu'aucun accord ne baisse un tarif en échange de ce statut. Que le prochain texte, s'il vient, soit jugé sur ce qu'il laisse fabriquer ici, pas seulement sur ce qu'il laisse passer.

Ce n'est pas une exigence de parti. C'est une exigence de pays.

Pas de tarif plus bas contre un pays plus petit.

Le pays, pas le puits

Mardi 29 septembre

Mardi, le 29 septembre, les interdictions d'entrée commenceront.

Le pétrole continuera de couler. La potasse continuera de rouler vers le sud. Le bâton de hockey paiera ses 50 %. Greer restera à l'aise.

Deux régimes. Une frontière. Aucune urgence.

Un bâton neuf a un poids qu'on reconnaît dans la main. Une proclamation n'en a aucun. Elle pèse plus lourd pourtant.

Ce que nous signerions

Un accord viendra peut-être. Frank McKenna le croit : à un moment, dit-il, la chose sera mûre.

La décision, ce jour-là, sera la nôtre.

Si Washington allège le tarif mais garde le tri entre nos roches et nos ateliers, signerons-nous quand même ?

Le baril n'attend jamais à la frontière. Le bâton, si.

Le pétrole passe, le bâton paie, le pays ne sera pas un puits.

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). ÉDITORIAL : Trump exempte notre pétrole et taxe nos bâtons de hockey, nous ne serons pas son puits. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/editorial-trump-exempte-notre-petrole-et-taxe-nos-batons-de-hockey-nous-ne-serons-pas

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Maxime Marquette
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