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La ChroniqueÉditorial· N° 7773

ÉDITORIAL : Le contribuable américain paie une pub de 2024 dont la Maison-Blanche n'a retiré que le logo

Entre deux jeux de football, les 26 et 27 septembre, un président marche seul dans un couloir et promet la « bataille finale ».

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  1. Entre deux jeux de football, les 26 et 27 septembre, un président marche seul dans un couloir et promet la « bataille finale ».
  2. Trente secondes en noir et blanc
  3. Entre deux jeux de football, les 26 et 27 septembre , un président marche seul dans un couloir et promet la « bataille finale ».
Transparence

Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.

Un dimanche de football

Trente secondes en noir et blanc

Entre deux jeux de football, les 26 et 27 septembre, un président marche seul dans un couloir et promet la « bataille finale ».

Trente secondes. Noir et blanc. À la dernière seconde, une ligne en bas de l'écran : « Payé par le gouvernement des États-Unis ».

Avant cette ligne, sa voix jure de « démolir l'État profond ». Elle promet de chasser « les fauteurs de guerre » du gouvernement. Elle promet de « mettre en déroute » les médias qu'il dit faux.

Dans le salon, rien ne bouge. La télécommande reste dans la main. Le sifflet de l'arbitre revient, la foule du stade remonte dans les haut-parleurs.

La ligne en bas de l'écran

Cette dernière seconde est la seule qui compte ici. Elle dit qui paie.

Selon PolitiFact, la pub a joué pendant des matchs et des émissions ces deux jours-là. Selon ABC News, Fox l'a diffusée pendant le football universitaire le samedi, puis à Fox News Sunday.

Le lundi, au Sénat, le démocrate Chuck Schumer l'a dit à sa façon, selon l'AP. Les Américains voulaient regarder le football. Pas avaler cette propagande « à leurs propres frais ».

Le téléspectateur américain n'a rien commandé. Il n'a rien signé. Il n'a rien voté.

Et pourtant, la facture est à son nom.

Le match était gratuit. La pub, non.

La même pub, en janvier 2024

Un couloir déjà vu

Ce couloir, l'Amérique l'a déjà vu.

Trump a publié la même vidéo sur Truth Social en janvier 2024, selon NBC News. Il était alors candidat à la présidence.

PolitiFact relève des versions presque identiques en janvier et en octobre 2024. Elles se terminaient par un appel à texter ou à voter pour lui.

Selon ABC News, le son vient d'un arrêt de campagne au Michigan, en juin 2023. Un discours de candidat. Un micro de candidat.

Ce qui manque à la fin

En 2024, une phrase fermait la vidéo : « Joignez-vous au combat du président Trump pour sauver l'Amérique ». Puis venait le logo de campagne.

En 2026, la vidéo s'arrête juste avant. Elle ajoute sa propre ligne, celle du gouvernement.

Le couloir n'a pas changé. Les « scélérats » dont il faut libérer l'Amérique « une fois pour toutes » non plus.

Ils ont coupé le logo, pas la campagne.

Même couloir, nouveau payeur.

Du côté de qui paie

Un principe, pas un parti

Nous sommes du côté du contribuable américain, contre la décision de la Maison-Blanche de lui faire payer une pub de campagne recyclée, parce que la version des 26 et 27 septembre ne diffère de celle de 2024 que par sa dernière seconde.

Ce n'est pas le camp démocrate que nous choisissons. Des démocrates ont eu tort sur ce terrain, et nous l'écrirons plus bas.

C'est un principe. L'argent public n'achète pas le visage d'un dirigeant.

Trump a le droit de vanter son bilan. Son parti peut payer. Le Trésor, non.

La frontière est vieille. Elle est simple. Le parti paie la campagne. L'État paie l'État.

Le communiqué du 25 septembre

La décision n'a pas de visage. Elle a une signature.

Le 25 septembre, la Maison-Blanche a publié un communiqué pour défendre ses « messages d'intérêt public ». Elle y juge les attaques « hautement malhonnêtes ».

Le 27, son directeur des communications, Steven Cheung, a écrit sur X qu'il ne fallait pas laisser les « fausses nouvelles » mentir sur ces messages « épiques ».

Épiques. C'est le mot choisi pour des messages payés par le public.

Un visage de président n'est pas un service public.

1,4 ou 1,7 million

Deux planchers, une même firme

Trois pubs en moins d'une semaine, selon l'AP.

Une pub sur le communisme, à l'antenne à partir du mercredi 23 septembre. Une pub sur le mont Rushmore, d'une minute, tirée du discours du 250e anniversaire. Une pub sur la « bataille finale », de trente secondes.

Combien ? La Maison-Blanche ne le dit pas.

Les seuls chiffres viennent d'AdImpact, une firme qui suit les dépenses publicitaires. Ils bougent d'un jour à l'autre.

Selon l'Associated Press, le 28 septembre, les trois pubs avaient coûté plus de 1,4 million de dollars américains.

Selon NBC News, AdImpact estimait la dépense à plus de 1,7 million. ABC News reprend ce plancher le même jour.

NBC ajoute une réserve : la firme ne voit pas toutes les diffusions, sur toutes les chaînes câblées, dans tous les marchés.

Nous ne faisons pas de moyenne. Nous donnons l'écart : 300 000 dollars entre deux lectures d'une même firme.

Plus de 12 000 dollars la seconde

Selon TIME, qui cite CNBC et AdImpact, la seule pub du couloir avait coûté plus de 362 000 dollars. Celle bâtie sur la chanson Love Me, de JMSN, près de 920 000.

Le chanteur, lui, a écrit qu'il n'autoriserait jamais sa musique pour un programme politique. Selon TIME, son accord n'aurait pas été obtenu.

Trente secondes à plus de 362 000 dollars. Plus de 12 000 dollars la seconde.

L'AP prévient aussi : la vraie somme pourrait être bien plus élevée, selon que les chaînes ont classé ces spots comme politiques ou non.

Un plancher, donc. Pas un total.

Chaque seconde a un prix, et aucun crédit n'a de nom.

Aucun crédit nommé

Les lettres du 24 septembre

« Payé par le gouvernement des États-Unis. » Mais quel ministère ? Quel crédit voté par le Congrès ?

Selon l'AP, la Maison-Blanche n'a pas dit quelle partie du gouvernement paie. NBC écrit la même chose.

Le 24 septembre, quatre démocrates des comités des crédits ont écrit à la cheffe de cabinet Susie Wiles. Patty Murray, Jack Reed, Rosa DeLauro, Steny Hoyer.

Ils exigent le retrait de la pub et un compte complet des fonds fédéraux utilisés. Leur formule est courte : « Si le président Trump veut qu'on l'aime, il peut payer lui-même. »

Le même jour, selon TIME, la sénatrice Maggie Hassan demandait le coût, les agences, les sous-traitants et la source de l'argent.

La lettre des quatre met en copie Russell Vought, directeur du budget. Elle reproche à son bureau de ne pas protéger l'argent des contribuables.

Quatre jours sans réponse

Au 28 septembre, rien. Pas de montant officiel. Pas d'agence. La question reste sans chiffre.

L'avocat Brett Kappel, spécialiste de l'éthique gouvernementale, le dit à PolitiFact : la légalité dépend de l'agence dont l'argent est utilisé.

Autrement dit, taire le crédit revient à taire la règle qui s'applique.

Pas de crédit nommé, pas de fautif désigné.

Section 718

Une phrase de la loi de 2026

La règle tient en une phrase. Elle est dans la loi de crédits de 2026, à la section 718 de la division E.

Aucune partie d'un crédit ne peut servir, « directement ou indirectement », à des fins « de publicité ou de propagande » aux États-Unis sans l'autorisation du Congrès.

C'est le texte que citent les quatre démocrates. Selon TIME, les lois de crédits reprennent cette interdiction chaque année depuis les années 1950.

« La loi n'est pas compliquée », écrivent-ils. Selon eux, ce n'est pas la première fois que l'administration l'enfreint.

La seule sortie prévue est une autorisation du Congrès. Le communiqué de la Maison-Blanche n'en invoque aucune.

Trois interdits, un seul suffit

Le Government Accountability Office, le vérificateur du Congrès, en a fixé la lecture. Trois choses sont interdites, selon PolitiFact : l'autoglorification, la propagande cachée, le matériel purement partisan.

Une seule suffit.

La pub du couloir ne tombe pas sous le deuxième interdit : elle dit qui paie. Restent les deux autres.

Une seule des trois fautes suffit à rendre la dépense illégale.

Bush, Obama, Biden, Wilson

La liste de la Maison-Blanche

La Maison-Blanche a une défense. Elle n'est pas faible, et nous la donnons entière.

Tous les présidents l'ont fait, dit le communiqué du 25 septembre. George W. Bush a expliqué à la télévision sa loi sur les médicaments de Medicare.

Obama a annoncé les subventions de l'Obamacare et sa période d'inscription. Biden a versé, selon la Maison-Blanche, des centaines de millions dans une campagne de santé publique.

Le communiqué remonte plus loin. Wilson avait son Comité de l'information publique. Roosevelt, son Bureau de l'information de guerre.

Deux présidents de guerre mondiale. Des affiches, de la radio, des films. La comparaison vient de la Maison-Blanche, pas de nous.

Pas sur le bulletin

Vient l'argument juridique. Selon un responsable cité par NBC, « le président n'est pas sur le bulletin ». Et les pubs n'ont « pas d'appel à l'action ».

Le communiqué ajoute que ces messages sont « clairement divulgués ». Aucune source cachée, aucun faux-nez.

« Le patriotisme n'est pas partisan », conclut la Maison-Blanche.

Dans la pub, il y a des « scélérats » à chasser.

Tous l'ont fait, plaide la Maison-Blanche.

L'EPA d'Obama, en 2015

Le 14 décembre 2015

Sur un point, la Maison-Blanche a raison. Et ce point dérange ceux qui l'accusent.

Le 14 décembre 2015, le GAO a conclu que l'Agence de protection de l'environnement d'Obama avait enfreint l'interdiction de propagande.

Sa faute, selon la décision : une campagne en ligne qui ne disait pas que l'EPA en était l'auteure. Jusqu'à 1,8 million de destinataires potentiels.

NBC rappelle que le GAO a aussi épinglé la campagne Medicare de Bush, pour une source mal divulguée.

Un démocrate épinglé. Un républicain aussi. Les deux figurent dans la liste que brandit la Maison-Blanche.

Ici, la source est écrite

La pub du couloir, elle, dit qui paie. En toutes lettres. À la dernière seconde.

Sur la propagande cachée, elle est plus franche que la campagne de l'EPA d'Obama. C'est vrai, et nous l'écrivons.

C'est vrai, et cela ne sauve rien. Le payeur est écrit. Ce qu'il achète ne change pas.

Signer la facture ne la rend pas légale.

Ce n'est pas un vaccin

La liste, reprise une à une

Reprenons la liste du 25 septembre.

Ce n'est pas une loi sur les médicaments expliquée aux aînés, comme sous Bush.

Ce n'est pas une période d'inscription à une assurance, comme sous Obama.

Ce n'est pas une campagne de vaccination, comme sous Biden.

Ce n'est pas un programme fédéral nommé, que le spectateur pourrait utiliser lundi.

Ce n'est pas une information. C'est un couloir, une voix et un « État profond » à démolir.

Voilà la différence.

L'autoglorification, premier interdit

Kathleen Clark, professeure d'éthique juridique à l'Université Washington de Saint-Louis, l'explique à l'AP : les anciens messages aidaient le public à profiter d'un programme précis. Ceux-ci n'en nomment aucun.

Pour Samuel Bagenstos, professeur de droit à l'Université du Michigan, « tout ce que font ces pubs, c'est glorifier Donald Trump ».

Richard Painter, ancien responsable de l'éthique sous Bush, est arrivé à la Maison-Blanche après la campagne Medicare. Selon l'AP, il juge qu'elle frôlait déjà la limite, à cause d'informations trompeuses. Les pubs de Trump, dit-il, ne portent sur aucune politique précise.

L'une parle de l'État profond. L'autre, des communistes et des marxistes. Aucune ne dit où s'inscrire.

Et Wilson ? James Kimble, professeur à Seton Hall qui étudie la propagande intérieure, rappelle à l'AP que la plupart des Américains ne regardent plus ce passé avec fierté.

Drôle de modèle.

Servir le public, ce n'est pas servir un homme.

Les secondes coupées

Pas d'appel à l'action

Revenons à la phrase la plus habile du dossier. Les pubs n'ont « pas d'appel à l'action ».

C'est exact.

Il y en avait un. En janvier 2024, la même vidéo finissait par l'invitation à rejoindre le combat de Trump. Puis par le logo. Et, selon PolitiFact, par l'appel à texter ou à voter.

Ces secondes-là manquent.

L'administration diffuse la version sans l'appel. Puis elle invoque l'absence d'appel comme preuve.

Janvier 2024, septembre 2026

En janvier 2024, la dernière seconde disait : rejoignez-le.

En septembre 2026, elle dit : c'est vous qui payez.

Entre les deux, trente secondes presque identiques.

Personne n'a caché la ligne du payeur. C'est la fin qui a disparu.

Le procédé ne demande ni loi, ni vote, ni débat. Un montage suffit.

Retirer l'appel ne retire pas la campagne.

Cinq républicains disent non

Le 28 septembre, au Sénat

Le non le plus lourd est venu du propre camp du président.

Il y a John Thune, chef de la majorité au Sénat. Le 28 septembre, devant les journalistes, il a dit selon l'AP : « Ça ne devrait pas être payé avec l'argent des contribuables. »

Il y a Mike Rounds, autre républicain du Dakota du Sud : « Ce n'est pas quelque chose que j'aurais fait. »

Il y a John Kennedy, de Louisiane. La veille, sur CBS, il disait qu'aucun élu ne devrait dépenser l'argent public « en pubs privées pour lui-même ». Il se mettait lui-même dans la liste, avec Trump et Kristi Noem.

Il y a Thom Tillis, qui a jugé la chose « inappropriée » et l'a comparée aux pratiques de Viktor Orbán, selon TIME.

Il y a Thomas Massie, battu à sa primaire par un rival appuyé par Trump. Il parle de « républiques bananières ».

Un non sans audience

Selon TIME, Kennedy visait aussi l'ex-secrétaire à la Sécurité intérieure, critiquée pour 220 millions de dollars de publicité. Il ne ménage pas les siens.

Ces cinq voix ne sont pas démocrates. Elles ont dit non à voix haute. C'est un bon coup, et nous le nommons.

Et pourtant, un non au micro ne retire aucune pub des ondes.

Selon l'AP, les présidents républicains des comités des crédits n'ont pas répondu. Avec les deux chambres aux mains des républicains, tout contrôle devrait venir des alliés de Trump.

Cinq voix républicaines, et pas une facture.

Un arbitre absent

La plainte du 25 septembre

Le 25 septembre, l'organisme Public Citizen a porté plainte auprès du GAO et du Bureau du conseiller spécial, l'OSC.

La plainte invoque la loi contre la propagande et la loi Hatch, qui limite l'activité politique des employés fédéraux.

Le président échappe à la loi Hatch, rappelle TIME. Son personnel, non.

Une plainte au GAO. Une plainte à l'OSC. Une plainte de plus dans une pile, selon l'organisme.

Public Citizen dit avoir déposé une douzaine de plaintes de ce type à l'OSC en un an, toutes ignorées à sa connaissance.

Une douzaine. Et la treizième…

Celui qui applique la loi

Les experts consultés par PolitiFact le disent : avec l'administration Trump chargée d'appliquer ces lois, la sanction reste très peu probable.

Celui qui aurait enfreint la règle est aussi celui qui la fait respecter.

Il reste le Congrès. Et le calendrier.

Selon l'AP, un contrôle a peu de chances de venir avant les élections de mi-mandat de novembre.

Quand le joueur tient le sifflet, personne n'arbitre.

Vu d'ici

Un allié qu'on regarde

Pourquoi un chroniqueur québécois s'en mêle-t-il ?

Parce que Washington est le centre de gravité de l'Occident. Ses règles tiennent debout celles de ses alliés.

Richard Painter, ancien responsable de l'éthique à la Maison-Blanche de Bush, dit à l'AP que cela ressemble « de plus en plus » aux méthodes des régimes autoritaires.

Nous n'irons pas jusque-là. Nous écrivons ce que le dossier montre : un budget public qui paie un visage.

Un allié qui laisse filer une règle aussi simple enseigne quelque chose. À ses citoyens d'abord. À ses alliés ensuite.

Une peur de citoyen

Je l'avoue : ce qui m'inquiète n'est pas la pub. C'est la semaine d'après.

Trois pubs en moins d'une semaine, selon l'AP. La troisième vient d'une campagne. Et la quatrième ?

Et pourtant, on s'habitue vite à une ligne en bas de l'écran. On ne la lit plus. On attend le botté d'envoi.

Ce qu'on ne lit plus finit par passer.

La facture avant novembre

Une facture, ligne par ligne

Nous exigeons une chose simple. La facture.

Le crédit utilisé. L'agence qui paie. Le montant par pub. Les chaînes. Les dates de diffusion.

C'est ce que les démocrates des crédits ont demandé le 24 septembre. C'est ce que Maggie Hassan a demandé le même jour. C'est ce que la majorité républicaine peut exiger de son propre président.

Rien de plus. Rien de moins.

Et pourtant, la Maison-Blanche répond par Wilson et Roosevelt.

Novembre, la seule échéance

Le Sénat de John Thune ira-t-il jusqu'à exiger cette facture, ou laissera-t-il le contribuable payer la prochaine dernière seconde ?

Le couloir est prêt. Le montage prend trente secondes.

Dimanche prochain, il y aura un match, et une pause publicitaire.

Sans son logo, la pub porte maintenant le nom du contribuable.

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). ÉDITORIAL : Le contribuable américain paie une pub de 2024 dont la Maison-Blanche n'a retiré que le logo. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/editorial-le-contribuable-americain-paie-une-pub-de-2024-dont-la-maison-blanche

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Maxime Marquette
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