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La ChroniqueOpinion· N° 7723

OPINION : Trump brandit la potasse de Loukachenko contre le Canada, puis recule à côté de Zelensky

Donald Trump a annoncé le 21 septembre que les États-Unis négociaient un « énorme accord » pour acheter la potasse du Bélarus, à un prix « bien moins cher » que celui payé au Canada.

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  1. Donald Trump a annoncé le 21 septembre que les États-Unis négociaient un « énorme accord » pour acheter la potasse du Bélarus, à un prix « bien moins cher » que celui payé au Canada.
  2. Truth Social, 21 septembre
  3. Le Bélarus, c'est Alexandre Loukachenko.
Transparence

Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.

Un lundi, une annonce

Truth Social, 21 septembre

Donald Trump a annoncé le 21 septembre que les États-Unis négociaient un « énorme accord » pour acheter la potasse du Bélarus, à un prix « bien moins cher » que celui payé au Canada.

Le Bélarus, c'est Alexandre Loukachenko.

Et une cargaison de 30 000 tonnes de potasse bélarusse est déjà attendue à La Nouvelle-Orléans en octobre. La première en quatre ans, selon la firme Argus, citée par Radio Free Europe.

Un message. Un navire. Un nom.

Sous la prairie

Cette annonce vise une province précise. Onze des douze mines de potasse actives au Canada sont en Saskatchewan, selon Ressources naturelles Canada, citée par CBC.

Des puits profonds. Des machines qui mordent le minerai dans un grondement continu. Des trains qui descendent vers le sud.

On peut mettre la potasse sur des trains vers les États du maïs, résume l'économiste Erin Weir à La Presse canadienne. Le Bélarus, lui, n'a pas de rail jusqu'au Midwest.

Le mineur ne lit pas les réseaux sociaux au fond du puits. Il apprend la nouvelle en remontant.

Une annonce de plus. Une menace de plus.

Une ligne sur un écran, et une province relit son contrat.

Bien moins cher

Le texte

Relisons la promesse.

Les États-Unis travaillent à un énorme accord sur la potasse du Bélarus, a écrit Trump. Le prix serait nettement inférieur à celui payé au Canada. Une très bonne nouvelle pour les agriculteurs et les éleveurs américains, selon lui.

Pas de volume. Pas de calendrier. Pas de route.

Seulement un prix, et un pays à humilier.

La potasse canadienne n'est pourtant frappée d'aucun tarif américain. Elle en est exemptée, rappelle La Presse canadienne. Trump la menace quand même.

Exemptée. Menacée. Achetée.

Le message

Balázs Jarábik, de la Fondation Carnegie, l'a relevé le 25 septembre. L'annonce n'a précisé ni volumes, ni échéancier, ni itinéraire.

Elle ressemble d'abord, écrit-il, à un message de politique intérieure avant les élections de mi-mandat. Une promesse d'engrais moins cher aux fermiers. Et un instrument de plus pour faire pression sur le Canada.

Un message électoral. Une pression sur Ottawa. Deux usages pour une phrase.

Le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, a refusé de spéculer sur les motifs. Il a seulement évoqué, selon CBC, la pression des États agricoles du Midwest avant le vote.

Bien moins cher, sans une tonne précisée.

La caisse de Loukachenko

Une devise

Il faut dire ce que l'on achèterait.

La potasse de Minsk est la première exportation du pays. La potasse de Minsk a rapporté plus d'un milliard de dollars en 2024, selon les estimations citées par Radio Free Europe. La potasse de Minsk voyage désormais par les rails et les ports de la Russie.

Belaruskali, le producteur d'État, est l'une des plus grandes sources de devises du gouvernement de Loukachenko, écrit le même média.

La potasse remplit la caisse de Loukachenko.

Les sanctions occidentales datent de la répression brutale des manifestations de 2020, rappelle Radio Free Europe. Loukachenko a trouvé des acheteurs malgré elles. Moins qu'avant. Assez pour tenir.

Un allié de Moscou

Le Bélarus, proche allié de la Russie, aide Moscou dans ses attaques contre l'Ukraine depuis l'invasion à grande échelle, rappelle La Presse canadienne.

Scott Moe l'a écrit le jour même. Plus de 40 pays, dont le Canada et ses alliés, sanctionnent le Bélarus pour son soutien à l'invasion. Acheter cette potasse, c'est soutenir l'agression russe, dit-il.

Il l'appelle la « potasse de sang ».

Je suis du côté des mineurs de la Saskatchewan et de l'Ukraine. Contre l'annonce du 21 septembre. Parce qu'elle présente comme un rabais la devise d'un régime qui aide Moscou dans sa guerre.

Ce n'est pas de la morale. C'est une comptabilité.

Rabais pour le fermier, rente pour le régime.

Le mardi, à côté de Zelensky

Vingt-quatre heures

Le lendemain, 22 septembre, Trump a changé de ton.

« Nous continuerons avec le Canada », a-t-il dit aux journalistes, selon La Presse canadienne. Mais le Bélarus voudrait vendre bien moins cher, a-t-il ajouté. Nos fermiers ont besoin de bons prix.

Un lundi pour menacer. Un mardi pour nuancer.

Où a-t-il dit cela ?

À l'Assemblée générale des Nations unies. Pendant une rencontre bilatérale avec le président ukrainien, Volodymyr Zelensky.

Le décor

Le recul sur la potasse de l'allié de Moscou s'est fait assis à côté du président du pays agressé.

Personne n'a dit pourquoi. Le décor l'a dit à sa place.

Une chaise. Un recul.

Mark Carney a répondu le même jour. La potasse canadienne est fiable et concurrentielle, a-t-il dit. Il y voit une occasion de faire grandir l'industrie des engrais des deux côtés de la frontière.

Et pourtant, Trump n'a rien retiré. Il a gardé le Bélarus dans la phrase. Comme un prix de référence.

Reculer d'un pas, en gardant Minsk comme prix de référence.

Ce que Minsk ne peut pas livrer

Tout est déjà vendu

La menace a une limite matérielle.

Minsk n'a pas de réserve cachée, dit Erin Weir. Minsk n'a pas de volumes libres, a reconnu Loukachenko lui-même le 21 septembre : tout est déjà sous contrat. Minsk n'a pas d'accès direct à la mer, et la Lituanie a fermé son transit.

Minsk n'a pas le droit de passer par l'Union européenne, qui maintient ses sanctions sur sa potasse jusqu'en février 2027, selon Carnegie. Minsk n'a pas, surtout, le bon produit. Belaruskali fabrique surtout de la potasse rose. Le marché américain consomme surtout de la blanche, selon un analyste cité par Radio Free Europe.

Il reste les ports russes.

Donc la Russie. Toujours la Russie.

Six contre quinze

Selon les chiffres du Service géologique américain repris par Radio Free Europe, le Bélarus a produit environ 6 millions de tonnes de potasse en 2025. Le Canada, environ 15 millions.

Environ 27 % de la potasse bélarusse part en Chine. Minsk ne se brouillera pas avec son principal acheteur, estime l'économiste Nikolaï Koulbaka, cité par Radio Free Europe.

La Chine d'abord. Le reste ensuite.

Entre 2021 et 2024, les États-Unis ont importé près de 80 % de leur potasse du Canada, selon le même service, cité par La Presse canadienne.

« Nous n'avons pas eu de mal à trouver de la potasse », a dit l'analyste Josh Linville, de StoneX, à Reuters, selon CBC. Ce qui manque aux fermiers, dit-il, c'est le phosphate et l'azote.

Minsk promet ce qu'il a déjà vendu à d'autres.

Le fermier du Midwest

La bonne nouvelle promise

Trump parle au nom des fermiers. Écoutons ce qui les concerne vraiment.

Les prix de la potasse ont bondi après l'invasion de l'Ukraine. Ils ont baissé depuis. Ils restent au-dessus du niveau d'avant-guerre, selon La Presse canadienne.

La guerre de Moscou a donc déjà coûté au fermier américain. Acheter à son allié ne la rendra pas moins chère.

L'annonce n'a donné aucun détail. Elle a surtout créé de l'incertitude, dit Asim Biswas, professeur d'agriculture à l'Université de Guelph.

Le prix qu'on ne fixe pas

Pam Schwann, présidente de l'Association minière de la Saskatchewan, rappelle une évidence. Nos mines ne fixent pas le prix. Elles le subissent, sur un marché mondial.

La potasse de Minsk suivrait la même règle, dit-elle.

Et elle voyagerait plus loin. Par des ports russes, puis par l'océan, puis par des trains américains, selon Weir.

À quoi sert un rabais que personne ne peut livrer ?

Le fermier du Midwest manque d'azote. On lui promet de la potasse.

Fertilizer Canada le résume à sa façon. Une chaîne d'approvisionnement intégrée a soutenu l'abordabilité pour les fermiers nord-américains.

Au Midwest, on paie le prix du monde, pas celui d'un message.

Deux cent cinquante détenus

La meilleure défense de Washington

Il faut maintenant donner à Washington son meilleur argument.

Il ne s'agit pas seulement de potasse. Il s'agit de prisonniers politiques.

Le 19 mars, Washington a levé ses sanctions sur la potasse bélarusse, rapporte Radio Free Europe. En échange, Minsk avait libéré un groupe de prisonniers politiques, selon European Pravda. Deux cent cinquante, précise Carnegie.

Deux cent cinquante personnes. Autant de cellules vidées.

Le 16 septembre

Le 16 septembre, l'envoyé américain John Coale a annoncé à Minsk la libération de 25 autres détenus politiques. Washington a levé en échange les sanctions sur deux autres entreprises bélarusses, selon European Pravda.

Carnegie résume la logique. Washington tient la souveraineté du Bélarus pour un objectif en soi. Il ne s'attend pas à ce que Minsk change de camp. Il teste si un engagement économique ciblé peut freiner son absorption par la Russie, tout en obtenant d'autres libérations.

Des gens sont sortis de prison. C'est un fait. C'est un bien.

Sortir de prison n'est jamais un détail.

Vingt-cinq au lieu de deux cent cinquante

Le compte-gouttes

Et pourtant, le compte a changé.

En mars, 250 libérations. En septembre, 25.

Dix fois moins.

Loukachenko veut plus. Les banques occidentales bloquent encore ses paiements, sa compagnie aérienne ne vole pas normalement vers l'Ouest, et Klaipeda reste fermé, rapporte Carnegie.

Carnegie en donne la raison. Minsk refuse de livrer tout le volet humanitaire tant que l'allègement des sanctions ne rapporte pas davantage.

Un groupe plus nombreux reste en prison, écrit Carnegie. Washington a offert de débloquer 43 millions de dollars de paiements de potasse gelés chez Citibank. Minsk a jugé l'offre insuffisante.

Autrement dit, la potasse est la monnaie de l'échange. Chaque libération a un prix. Le prix se règle en tonnes vendues.

Ce que le Canada ajoute

Cette diplomatie n'avait pas besoin du Canada.

Libérer des prisonniers ne demandait pas d'annoncer un prix « bien moins cher » que celui de la Saskatchewan. L'annonce du 21 septembre a fait de la monnaie d'un échange humanitaire une arme commerciale contre un allié.

Le Bélarus, lui, reste intégré à l'infrastructure militaire de la Russie, rappelle Carnegie. L'Union européenne le tient pour co-agresseur de l'Ukraine.

Pour Minsk, ajoute Jarábik, la destination compte moins que la route. Ce que veut Loukachenko, c'est rouvrir le transit par la Lituanie.

Belaruskali détient encore 30 % d'un terminal de vrac à Klaipeda. Il poursuit la Lituanie en arbitrage.

La potasse vers l'Amérique est un prétexte. Le port est l'objectif.

Payer une rançon en engrais n'en fait pas un rabais.

Notre levier, notre refus

La menace était petite

Je dois écrire ce qui dérange mon camp.

La Saskatchewan ne risquait presque rien lundi. Moe l'a dit lui-même mardi, à CBC. Le plan n'était pas réaliste. Le Bélarus expédie toute sa potasse vers l'est, dit-il.

Notre alarme a été plus grande que la menace. Elle a servi le message de Trump autant que notre défense.

Je le regrette. Nous avons crié pour un navire de trente mille tonnes.

Le levier qu'on ne tire pas

Et ce levier, nous refusons de nous en servir. Près de la moitié des exportations canadiennes de potasse vont aux États-Unis, pour 4,2 milliards de dollars, selon Ressources naturelles Canada, citée par La Presse canadienne.

Doug Ford voudrait bloquer la potasse et le pétrole. Moe s'oppose à tout arrêt des exportations et à toute taxe à l'exportation, qui écraseraient l'économie de sa province, dit-il. La province a plutôt imposé une taxe de 50 % sur l'alcool américain.

La concentration de la production, dit Weir, donne pourtant un vrai pouvoir de négociation à la Saskatchewan. Nous le laissons dormir.

Il conseille de prendre Trump avec un grain de sel. Ou un grain de potasse.

C'est vrai, et cela ne change pas ceci : ce n'est pas Regina qui a proposé d'acheter la devise de Loukachenko.

Nous gardons le levier au fourreau. Washington tire le sien.

Klaipeda, Varsovie, Kyiv

Le transit demandé

Voici le coût que l'annonce ne montre pas.

En mai, Washington a demandé à la Lituanie de laisser passer l'engrais bélarusse, a révélé Radio Free Europe. Washington a demandé la même chose à la Pologne. Washington a demandé la même chose à l'Ukraine.

À l'Ukraine.

Un pays en guerre, à qui l'on demande d'ouvrir ses routes à l'une des principales devises de celui qui…

Il faut le dire à Washington comme à Ottawa. Les rails de Kyiv ne sont pas une monnaie d'échange.

Odessa dans la balance

European Pravda l'avait noté en mai. Washington pressait Kyiv de lever ses restrictions sur l'engrais bélarusse, une source importante de financement du régime.

Carnegie évoque aujourd'hui un transit par l'Ukraine, dans un arrangement plus large. Un cessez-le-feu maritime. La réouverture d'Odessa. Un tel accord pèserait bien plus que l'achat annoncé par Trump, écrit Jarábik. Il serait aussi bien plus difficile.

Pendant ce temps, la cargaison de 30 000 tonnes suit sa route vers La Nouvelle-Orléans. Tout indique qu'elle passe par la Russie, puisque Vilnius tient sa porte fermée.

La Lituanie répond par la sécurité. Le Bélarus reste intégré à l'appareil militaire russe, rappelle Carnegie.

Qui paie la différence de prix ?

Le rabais promis au Midwest se négocie aussi sur les rails de Kyiv.

La Nouvelle-Orléans, en octobre

Trente mille tonnes

Revenons au navire.

Trente mille tonnes, c'est peu. Le Canada a fourni près d'un tiers de la potasse mondiale en 2024, selon CBC.

Mais c'est la première cargaison bélarusse aux États-Unis en quatre ans, selon Argus. Tout indique qu'elle n'a pas attendu l'accord annoncé par Trump.

Trente mille tonnes. Une goutte. Un précédent.

Et pourtant, mardi, Trump disait continuer avec le Canada.

La poussière rose

Quand un vraquier décharge, la poussière colle aux gants et aux cils. Rose ou blanche, elle ne dit pas d'où elle vient.

La facture, si. Elle dit Minsk.

Je l'avoue : mardi, en lisant le recul de Trump, j'ai souri. La Saskatchewan gardait son client. Puis j'ai relu la date de la cargaison.

Le sourire est parti.

Client gardé, navire en route.

Le bon coup, le mauvais coup

Ce qui se salue

Un acte se juge à ses effets. Trump en a signé deux sortes.

Un bon coup : 250 prisonniers libérés en mars. Un bon coup : 25 de plus le 16 septembre, et des centaines d'autres que l'envoyé Coale se dit confiant d'obtenir, selon Carnegie.

Ces libérations sont réelles. Elles ont des noms que je ne connais pas. Elles ont des familles qui les connaissent.

Ce qui se refuse

Un mauvais coup : présenter la devise de Minsk comme un rabais contre le Canada. Un mauvais coup : demander à Kyiv d'ouvrir sa route à cette devise. Un mauvais coup : faire l'annonce la veille d'une rencontre avec Zelensky.

Le premier coup protège des vies. Les trois autres affaiblissent l'Ukraine et divisent les alliés.

Deux listes. Un seul président.

Un président peut tenir les deux listes à la fois. Il doit alors les signer toutes les deux.

Washington cherche d'ailleurs l'appui de l'Europe. Son envoyé a rencontré le nouveau premier ministre lituanien et s'est rendu en Lettonie, selon Carnegie.

La ligne est simple. Des prisonniers contre des sanctions, oui. De la potasse contre la Saskatchewan, non.

Libérer des détenus, oui. Monnayer la guerre des autres, non.

Une tonne de potasse

Le sac sur l'épaule

Un sac d'engrais pèse sur l'épaule de la même façon, qu'il vienne de Saskatchewan ou de Soligorsk.

Ce qui change, c'est où va l'argent.

En Saskatchewan, il paie des mineurs, des trains, des villes. À Minsk, il remplit la caisse d'un régime que plus de 40 pays sanctionnent.

Le même grain. Deux destinations. Deux guerres de différence.

Un navire se décharge en quelques jours. Une habitude commerciale se défait en années.

Octobre

Que dirons-nous, en octobre, quand la cargaison de Minsk accostera à La Nouvelle-Orléans ?

Le mardi, Trump a reculé. Le navire, non.

Il avance.

Il a reculé à côté de Zelensky. La caisse de Loukachenko attend sa cargaison.

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). OPINION : Trump brandit la potasse de Loukachenko contre le Canada, puis recule à côté de Zelensky. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/opinion-trump-brandit-la-potasse-de-loukachenko-contre-le-canada-puis-recule-a-cote

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MM
Maxime Marquette
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