CRITIQUE : Navarro reproche à Ottawa de s'allier à Pékin quand sa liste y fait entrer le homard américain
Peter Navarro, conseiller commercial de Donald Trump, a accusé les Canadiens, le lundi 28 septembre au Bureau ovale, de se mettre au lit avec la Chine pour la monter contre les États-Unis, rapporte Radio-Canada.
- Peter Navarro, conseiller commercial de Donald Trump, a accusé les Canadiens, le lundi 28 septembre au Bureau ovale, de se mettre au lit avec la Chine pour la monter contre les États-Unis, rapporte Radio-Canada.
- Le 28 septembre, au Bureau ovale
- La veille, la Maison-Blanche publiait une liste de produits américains que Pékin pourra importer à droits réduits.
Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.
Un homard dans la glace
Le 28 septembre, au Bureau ovale
Peter Navarro, conseiller commercial de Donald Trump, a accusé les Canadiens, le lundi 28 septembre au Bureau ovale, de se mettre au lit avec la Chine pour la monter contre les États-Unis, rapporte Radio-Canada.
La veille, la Maison-Blanche publiait une liste de produits américains que Pékin pourra importer à droits réduits.
Sur cette liste, il y a un homard.
Une caisse, une glace
Un homard vivant voyage mal et cher. Des pinces entourées d'élastiques. De la glace qui fond dans une caisse de polystyrène. Un vol de nuit vers l'Asie.
Le pêcheur qui l'a remonté ne connaît pas l'acheteur de Shanghai. Il connaît le prix au quai. Il connaît le froid dans les mains à l'aube. Il connaît le poids d'un casier plein.
Ce homard-là peut venir de Nouvelle-Écosse ou du Maine. Le même animal. Deux drapeaux.
Il ne vote pas. Il ne négocie pas. Il se vend.
Deux drapeaux, un seul animal.
Ce que Navarro a dit
Le Bureau ovale, lundi
Derrière Trump, Navarro a d'abord parlé des négociateurs canadiens. Au premier mandat de Trump, ils étaient « les plus difficiles et les plus arrogants », selon la traduction de Radio-Canada.
Puis il a dressé une liste. Le Canada profiterait des États-Unis dans presque tous les domaines, selon lui : le bois d'œuvre, l'aluminium, l'acier, les produits laitiers.
Puis cette phrase, sur les Canadiens. Ils sont en train de céder leur pays, a-t-il ajouté.
Ils aiment s'en prendre à Trump parce que cela rapporte politiquement, a-t-il encore dit, mais ce sont les Canadiens qui en font les frais.
Quatre produits. Quatre griefs. Une accusation.
Dans ce que rapportent Radio-Canada et La Presse canadienne, Navarro ne dit pas un mot de la liste publiée la veille.
Le bois d'œuvre, d'abord
Selon La Presse canadienne, il a aussi affirmé qu'Ottawa « s'allie » avec Pékin, alors que Trump a lui-même accueilli Xi Jinping à Washington la semaine précédente.
Radio-Canada a choisi un adverbe pour décrire la scène. Ironiquement.
Je vais être plus précis que l'adverbe. Je vais lire la liste. Ligne par ligne. Sans adverbe.
Un reproche se vérifie. Une liste aussi.
Mille six cent dix-neuf lignes
La liste chinoise
Le 27 septembre, la Maison-Blanche a mis en ligne les documents du nouveau Conseil du commerce États-Unis–Chine.
L'un d'eux s'intitule, en chinois, liste des produits importés par la Chine. Il compte 1 619 lignes tarifaires. Ce sont des produits américains.
En retour, Washington réduirait ses droits sur 77 catégories de produits chinois : jouets, décorations de Noël, feux d'artifice, vaisselle, rapporte l'Associated Press.
Il y a les procédures de travail. Il y a les termes de référence. Il y a deux listes.
Chaque liste vaut environ 30 milliards de dollars américains, d'après les termes de référence publiés le même jour. Les valeurs ont été calculées sur le commerce bilatéral de 2024.
Et pourtant, ni la liste ni les termes de référence ne mentionnent le Canada.
Soixante-dix-sept en retour
Plus de 90 % des produits bénéficieraient du taux de la nation la plus favorisée, a indiqué le ministère chinois du Commerce, selon l'AP. Les droits propres à chaque pays disparaîtraient en pratique.
Voici mes trois critères, avant tout jugement. La liste tient-elle la ligne face à Pékin ? Est-elle cohérente avec ce que Washington exige de ses alliés ? Et qui paie ce qu'elle ouvre ?
Le premier regarde Pékin. Le deuxième regarde Washington. Le troisième regarde le quai.
Trois questions, et une liste pour y répondre.
Nos produits, leur liste
La ligne 219
J'ai lu les 1 619 lignes. Je n'y trouve aucun nom de pays. J'y trouve des produits. Ce sont souvent les nôtres.
La liste contient le homard vivant, frais ou réfrigéré, ligne 219. La liste contient le crabe, la crevette nordique, le pétoncle, le concombre de mer. La liste contient la graine de canola, son huile et son tourteau. La liste contient les pois secs, les lentilles, le blé, l'orge, le porc, le bœuf. La liste contient le charbon à coke, les billes et le bois de sciage d'épinette et de sapin.
Même le sirop d'érable. Ligne 977. Même le ginseng américain. Même le whisky.
Même homard, même Pékin
Même homard, même Pékin, autre drapeau.
Je ne dis pas que ces lignes visent le Canada. Rien dans le document ne le dit.
Je dis ce qu'elles font. Elles offrent à nos concurrents du sud, sur le marché chinois, les mêmes portes que nous avons négociées cet hiver.
Ce texte dit donc que la liste du 27 septembre est d'abord ceci : Washington fait avec Pékin ce qu'il reproche à Ottawa, et il le fait sur nos produits.
Deux producteurs de homard, de canola, de bois, de porc. Un client que tous deux courtisent. La liste change l'ordre de la file.
Le même inventaire, signé par un autre voisin.
Sept pour cent, dix-sept pour cent
Le rapport de l'USDA
Le 1er avril 2026, le service agricole extérieur du département américain de l'Agriculture publiait un rapport de son bureau de Pékin.
Le 1er mars 2026, écrit-il, la Chine a levé le droit additionnel de 25 % sur le homard et le crabe des neiges canadiens. Le homard canadien est revenu au taux de la nation la plus favorisée, 7 %.
Le homard américain, lui, restait soumis à un droit effectif de 17 %.
Sept. Dix-sept. Dix points d'écart. Le homard ne connaît pas la différence. Le prix, si.
La levée du droit de 25 % a rendu au homard canadien sa compétitivité-prix, écrit l'USDA.
Cinq cent cinquante millions
En 2025, la Chine a importé pour environ 550 millions de dollars américains de homard vivant du genre Homarus, selon le même rapport.
Le Canada restait premier fournisseur, avec 348 millions, en recul de 43 % sous le droit de représailles. Les États-Unis suivaient, avec plus de 200 millions, en hausse de 26 %.
Cinq cent cinquante millions, c'est la taille du marché. Nous en avions près des deux tiers.
Combien nous en resterait-il ?
Si Pékin applique au homard américain le taux promis pour l'essentiel de la liste, l'écart de dix points fondrait. Sept contre sept.
Dix points. C'était notre avance depuis le 1er mars.
Sept pour cent, c'était notre marge. Ce serait leur rattrapage.
Le bois d'œuvre de Navarro
Une plainte au micro
Navarro a nommé le bois d'œuvre en premier dans sa liste de griefs, lundi.
La liste signée avec Pékin, elle, demande à la Chine de réduire ses droits sur les billes d'épinette et de sapin, sur le sapin de Douglas, sur le bois de sciage de ces mêmes essences.
Le même bois. Le même client. Deux pays. Un seul reproche.
Épinette, sapin, Douglas. Plusieurs lignes, les mêmes essences que les nôtres.
Le client de l'autre côté du Pacifique
Le Canada vend son bois au sud, et Washington le lui reproche. Washington veut vendre le sien à l'ouest, et Pékin l'accueillerait à droits réduits.
Il n'y a rien d'illégal là-dedans. Un pays défend ses scieries. C'est son droit.
Un pays peut vouloir les deux marchés, celui du voisin et celui de la Chine. Il ne peut pas reprocher au voisin de vouloir le second.
Et pourtant, le gouvernement dont le conseiller dénonce notre bois publie une liste où le sien part pour la Chine.
Bois d'œuvre ou trahison, selon le vendeur.
Le canola et les pois
L'arrangement de janvier
En janvier 2026, Ottawa et Pékin ont conclu un arrangement préliminaire, selon Affaires mondiales Canada.
La Chine s'engageait à ramener ses droits sur la graine de canola canadienne à environ 15 % au 1er mars. La Chine s'engageait à épargner le tourteau de canola, le homard, les pois et le crabe de ses droits de représailles jusqu'à la fin de 2026. La Chine s'engageait à accélérer la reprise des exportations de bœuf canadien.
Ce sont exactement les lignes que la liste américaine réclame maintenant pour ses propres producteurs.
Canola, pois, homard, crabe. Les mêmes mots. Deux listes.
Six milliards de graine
En 2024, le Canada a exporté pour environ 6 milliards de dollars de graine de canola, selon RBC Économie. La Saskatchewan, l'Alberta et le Manitoba en fournissaient à eux trois environ 4 milliards. En septembre 2024, la Chine en prenait un peu moins de 80 %.
La Chine était aussi, en 2024, le premier marché des fruits de mer de la Colombie-Britannique, 257 millions, et le deuxième de la Nouvelle-Écosse, 610 millions, selon la même analyse.
La trêve n'est garantie que jusqu'à la fin de 2026, et un droit de 15 % sur le canola pourrait encore freiner les ventes, prévient RBC.
Des provinces entières ont un client en Chine. Ce client vient de recevoir une autre offre.
Nos pêcheurs ont négocié la porte. D'autres y entrent.
Quarante-neuf mille voitures
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Le fait qui gêne
Il faut maintenant regarder ce que Navarro vise, et lui accorder ce qui est vrai.
Dans l'arrangement de janvier, Ottawa s'engageait à accorder aux véhicules électriques chinois un contingent initial de 49 000 unités par année, au taux de 6,1 %, selon Affaires mondiales Canada.
Le rapprochement existe. Il a un chiffre, un taux, une date.
Je tiens Pékin pour la première menace qui pèse sur l'Occident. Ce contingent me dérange. Je l'écris.
Ce que ça ne change pas
Navarro a donc un fait. Il n'a pas toute l'histoire.
Il n'invente pas un rapprochement. Il en exagère le sens, et il en oublie un autre.
En février, Trump écrivait qu'une entente avec la Chine ferait mourir le Canada à petit feu, rappelle Radio-Canada. Sept mois plus tard, son administration publie avec Pékin 1 619 lignes d'ouverture.
C'est vrai, notre contingent existe. Cela ne change pas ceci : un pays ne peut pas reprocher à son allié le chemin qu'il emprunte lui-même, avec une liste plus longue.
Quarante-neuf mille voitures contre mille six cent dix-neuf lignes.
Ce que Washington a gardé
Puces, voitures, batteries
Il faut aussi nommer ce que cette liste fait bien. Mon premier critère l'exige.
Les semi-conducteurs, les véhicules électriques et les batteries en sont exclus, rapporte l'AP.
Sur la liste, aucune puce. Sur la liste, aucune batterie. Sur la liste, aucune voiture électrique.
Les secteurs stratégiques restent fermés.
Le droit moyen des États-Unis sur les produits chinois passerait d'environ 22 % à 20,5 %, selon la même dépêche. Il reste loin des quelque 11 % d'avant le retour de Trump.
Trente milliards, une fenêtre
Jamieson Greer, représentant américain au Commerce, parle de biens non sensibles des deux côtés, selon l'AP.
La Chine a exporté vers les États-Unis environ 270 milliards de dollars jusqu'en août, précise l'AP. Trente milliards, c'est une fenêtre, pas une porte. Moins d'un dixième de ce commerce.
Sur mon premier critère, la liste passe. Sans réserve.
Sur la ligne stratégique, Trump ne cède presque rien. C'est un bon coup, et je le nomme comme tel.
Il y a pourtant un revers. Le non stratégique de Washington, c'est notre gagne-pain. Le homard, le canola, le bois ne sont sensibles que pour ceux qui en vivent.
Fermé sur les puces, ouvert sur le homard.
Le même Pékin
Deux poids
Voilà donc la carte complète.
Washington protège ses puces face à Pékin. Washington ouvre à Pékin son homard, son canola, son bois. Washington accuse Ottawa de s'allier à Pékin.
Les trois phrases sont vraies en même temps.
Qui paie l'écart
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La première protège l'Occident. La deuxième concurrence l'allié. La troisième lui reproche d'avoir cherché, avant, le même client.
Celui qui paie la différence n'était pas au Bureau ovale. Celui qui paie pêche en Nouvelle-Écosse. Celui qui paie sème du canola en Saskatchewan. Celui qui paie scie de l'épinette en Colombie-Britannique.
Ses ventes de homard en Chine ont reculé de 43 % en 2025, sous un droit de représailles. Il se remettait à peine.
La concurrence, il la connaît. L'accusation de trahison, moins.
La concurrence est une règle. L'accusation est un choix.
Client commun, porte commune, accusé unique.
Ce que la liste ne dit pas
Selon les procédures de chaque pays
Il faut aussi mesurer les limites de ce document. Elles sont réelles.
Les termes de référence précisent que les réductions futures seront fixées et appliquées selon les procédures juridiques internes de chaque pays. Rien n'est encore en vigueur.
Plus de 90 % des lignes, dit Pékin selon l'AP. Pas toutes. Le taux exact du homard américain n'est pas écrit dans la liste.
Une révision par an
Les deux capitales ne prévoient pas d'ajuster les listes plus d'une fois par année, selon les termes de référence.
D'autres rencontres entre Trump et Xi sont prévues en novembre et en décembre, rapporte l'AP.
Le document ne fixe aucun calendrier d'application. Chaque capitale garde la main sur le sien.
Une liste n'est pas un tarif. Pas encore.
La porte n'est donc pas encore ouverte. Elle est désignée…
Une liste désigne. Un tarif ouvre.
L'expo de Qingdao
Le bureau agricole de Pékin
Le rapport de l'USDA se termine par une section sur la promotion commerciale. Elle ne cache rien.
Le bureau agricole américain de Pékin continue d'accompagner les exportateurs américains dans les salons de fruits de mer en Chine, écrit-il.
Il cite l'exposition annuelle des pêches de Qingdao, l'une des plus grandes du monde.
Qingdao, c'est un salon. On y serre des mains. On y vend du homard.
La Chine cherche à diversifier ses fournisseurs de fruits de mer, note aussi le rapport, ce qui aiguise la concurrence entre pays exportateurs.
Contre les fournisseurs concurrents
Le but, selon le rapport : mieux positionner le homard américain face aux fournisseurs concurrents.
Le premier fournisseur concurrent, dans le même rapport, s'appelle le Canada.
Et pourtant, le rapport ne parle nulle part de se mettre au lit avec Pékin. Il parle d'exportateurs.
L'USDA fait son travail. Il défend ses exportateurs. C'est exactement ce qu'Ottawa a fait en janvier.
C'est le mot juste. Il devrait valoir pour tout le monde.
Chez eux, vendre à Pékin s'appelle exporter.
Arrogants, disait-il
Céder son pays
Revenons à la phrase de Navarro. Ils sont en train de céder leur pays, disait-il des Canadiens.
Céder, c'est accorder quelque chose qu'on n'est pas obligé d'accorder. La liste du 27 septembre accorde à Pékin 77 catégories à droits réduits. Elle demande en échange un accès pour 1 619 lignes.
C'est un échange. Je ne l'appellerai pas une trahison. Je demande seulement le même mot pour nous.
Le mot est lourd. Il mérite une preuve. La liste n'en fournit pas.
Céder, dans la bouche de Navarro, vise un gouvernement. Dans les faits, le mot tombe sur des pêcheurs.
Le bon mot
J'avoue une lassitude. Chaque semaine, un conseiller de Washington nous décrit en adversaire, et chaque semaine, il faut répondre avec des lignes tarifaires.
C'est fastidieux. C'est aussi la seule réponse qui tienne.
Arrogant, c'est un mot sur un caractère. Je préfère les lignes : elles se vérifient.
Arrogant, disait Navarro. Le mot convient mal à un pays qui a négocié pour ses pêcheurs pendant que son voisin l'accusait.
Négocier pour ses pêcheurs n'est pas céder son pays.
Même Pékin pour tous
Le quai, l'hiver prochain
Depuis mars, le homard canadien entre en Chine à 7 %, et l'américain à 17 %, selon l'USDA. L'hiver prochain, si la liste s'applique, ils pourraient se croiser au même taux.
Le pêcheur de Nouvelle-Écosse ne lira pas les termes de référence. Il verra le prix au quai.
Entre les deux, un conseiller aura parlé d'arrogance. Le prix au quai, lui, ne parle pas.
La question du pêcheur
À qui Ottawa devra-t-il rendre des comptes, aux pêcheurs qui ont retrouvé leur client chinois ou aux conseillers qui l'accusent de s'allier à Pékin ?
La liste américaine ne pose pas la question. Elle y répond pour les siens.
Ottawa doit répondre pour les nôtres. Avec des lignes, des taux, des dates.
Même Pékin pour tous. Le reproche, pour nous seuls.
Sources :
Sources Primaires :
- Maison-Blanche — liste des 1 619 produits américains que la Chine importera à droits réduits, 27 septembre 2026
- Département de l'Agriculture des États-Unis — homard canadien à 7 %, américain à 17 % en Chine, 1er avril 2026
- Affaires mondiales Canada — arrangement préliminaire Canada-Chine, canola et véhicules électriques, 16 janvier 2026
Sources Secondaires :
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Citer cet article
Maxime Marquette (2026). CRITIQUE : Navarro reproche à Ottawa de s'allier à Pékin quand sa liste y fait entrer le homard américain. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/critique-navarro-reproche-a-ottawa-de-s-allier-a-pekin-quand-sa-liste-y-fait-entrer-le
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