OPINION : Kitimat double son GNL, un bon coup dont la cargaison ne nous appartient pas
Un réservoir qui n'existe pas encore a trouvé ses futurs acheteurs le 28 septembre 2026, à Kitimat, sur la côte nord de la Colombie-Britannique.
- Un réservoir qui n'existe pas encore a trouvé ses futurs acheteurs le 28 septembre 2026, à Kitimat, sur la côte nord de la Colombie-Britannique.
- Le 28 septembre, un milliard
- Un réservoir qui n'existe pas encore a trouvé ses futurs acheteurs le 28 septembre 2026 , à Kitimat, sur la côte nord de la Colombie-Britannique.
Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.
Un réservoir à Kitimat
Le 28 septembre, un milliard
Un réservoir qui n'existe pas encore a trouvé ses futurs acheteurs le 28 septembre 2026, à Kitimat, sur la côte nord de la Colombie-Britannique.
Cinq Premières Nations. Gitga'at, Gitxaała, Haisla, Kitselas, Kitsumkalum.
Leur société en commandite s'appelle MNT Investments. Elle pourra placer jusqu'à 1 milliard de dollars dans une entité créée pour acheter le futur réservoir de GNL de la phase 2. C'est ce qu'écrit LNG Canada.
L'entreprise y voit l'une des plus grandes participations autochtones dans une infrastructure canadienne majeure. Je le note. Je le salue. Puis je regarde dedans.
Moins 160 degrés
Dans ce genre de réservoir, le gaz naturel dort liquide. Il est refroidi à environ moins 160 degrés Celsius, rappelle CBC News.
À ce froid-là, l'acier se couvre de givre. Un gant brûle. La peau aussi.
La Nation haisla compte plus de 2 000 membres, selon la fiche fédérale du projet. L'usine est bâtie sur son territoire traditionnel.
Des familles vivent à côté de l'un des plus gros investissements privés du pays. Elles entendront les grues. Longtemps. Bien avant le premier revenu du réservoir.
Le premier propriétaire d'ici achètera le contenant.
Vingt-huit millions de tonnes
Deux trains de plus
La décision finale d'investissement porte la capacité de Kitimat de 14 à 28 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié par année.
Le double. Exactement.
Deux nouvelles unités de liquéfaction, que l'industrie appelle des trains. Un réservoir de GNL. Un réservoir de condensats. Un poste de chargement de plus.
La phase 1 avait deux trains. La phase 2 en ajoute deux. Le site avait été conçu dès le départ pour quatre, dit LNG Canada.
Le long des 670 kilomètres du gazoduc Coastal GasLink, cinq nouvelles stations de compression pousseront plus de gaz vers la côte.
Les cinq partenaires ont signé ensemble. Shell. Petronas. PetroChina. Mitsubishi. KOGAS.
Vancouver, 11 h
Le lendemain, Mark Carney devait le souligner à Vancouver, à 11 h, heure du Pacifique. Son bureau parle d'un investissement « historique » dans l'énergie canadienne.
Le ministre de l'Énergie, Tim Hodgson, parle d'« un immense vote de confiance envers le Canada ». Il ajoute que le pays se remet à bâtir, et que le monde le remarque.
Le Bureau des grands projets prévoit que Kitimat deviendra la deuxième usine de GNL du monde. Il y attend 33 milliards de dollars de capitaux privés.
Fluor date le début de la production à juin 2025. Quinze mois plus tard, on double. Vite. Très vite.
Deux trains de plus, et la porte de l'Asie s'élargit.
Loin de Washington
Dix jours jusqu'en Asie
Je tiens la décision du 28 septembre pour un bon coup. Je le dis d'entrée. La suite ne sera pas tendre.
Les États-Unis achètent la part du lion des exportations canadiennes de pétrole et de gaz, rappelle le Globe and Mail. Chaque tonne qui part vers l'ouest desserre un peu cette main.
Un pays qui vend surtout à un seul client négocie à genoux. Je ne boude pas ce plaisir.
Selon LNG Canada, une cargaison de Kitimat atteint l'Asie en une dizaine de jours. C'est environ la moitié du trajet depuis la côte américaine du golfe, par Panama.
La fiche fédérale évoque des partenaires en Asie et en Europe. Depuis Kitimat, la route courte mène à l'Asie.
Mitsubishi parle de sécurité énergétique pour le Japon. KOGAS parle de la demande de toute l'Asie. Deux alliés. Deux clients.
La guerre américaine contre l'Iran a quasiment fermé le détroit d'Hormuz, écrit le Globe. Le prix du gaz livré par mer a grimpé. Le moment est bien choisi.
Le paragraphe avant les citations
Malgré les critiques qui rappellent, selon CBC News, que doubler le GNL fera bondir les émissions de la production gazière de la province, le chantier est lancé.
Le NPD et les conservateurs de la province appuient tous deux le projet avant le scrutin du 24 octobre, selon CBC News. Les verts demandent un moratoire.
J'ai eu envie d'applaudir. Je l'avoue. Puis j'ai relu le paragraphe qui précède les citations des partenaires.
Et pourtant, une seule phrase de ce paragraphe change tout le reste.
Je le dis ainsi. Kitimat diversifie nos clients. Pas nos propriétaires.
Le gaz est d'ici. La cargaison, non.
Bon coup d'abord, et la facture de propriété ensuite.
La cargaison des autres
Chacun enlève sa part
La phrase tient en une ligne. LNG Canada continuera d'opérer selon une structure où chacun des cinq partenaires enlève sa part proportionnelle du GNL produit.
Autrement dit, pas de caisse commune. La cargaison se partage à la sortie. Au prorata.
Shell porte le chiffre le plus lourd. C'est pourtant la troisième ligne qu'on relira deux fois.
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Cinq sociétés mères
Elle appartient à Shell, groupe basé à Londres, pour 40 %.
Elle appartient à Petronas, société d'État malaisienne, pour 25 %.
Elle appartient à PetroChina pour 15 %.
Elle appartient à Mitsubishi, conglomérat japonais, pour 15 %.
Elle appartient à KOGAS, société d'État sud-coréenne, pour 5 %.
Aucune n'a son siège au Canada.
Cinq noms. Aucun d'ici.
Chaque tonne quitte le port au nom d'un autre.
Quinze pour cent pour PetroChina
4,2 millions de tonnes
Reprenons la troisième ligne.
The Energy Mix décrit PetroChina comme une société contrôlée par l'État chinois. Elle enlèvera 15 % de ce qui sortira de Kitimat.
À pleine capacité, 15 % de 28 millions de tonnes, cela ferait 4,2 millions de tonnes par année. C'est un calcul. Pas une annonce.
Ce n'est pas une prise de contrôle. C'est une part. Une part d'une usine que nous présentons comme notre réponse à la dépendance.
La fiche fédérale du projet ne nomme aucun des cinq partenaires. Ni Shell. Ni PetroChina.
Où ira-t-elle ?
Le mot de PetroChina
Le patron de PetroChina Canada, Zhiyong Liu, se dit fier d'être parmi les partenaires qui ont approuvé la phase 2.
Il parle de stabiliser l'approvisionnement mondial. Il parle de fournir « l'énergie à faible émission de carbone dont le monde a besoin ».
À Kitimat, le torchage de la phase 1 a dépassé les permis provinciaux. Le régulateur a émis une ordonnance le 21 avril, rapporte The Energy Mix.
Pékin est la première menace pour l'Occident. Ce n'est pas une raison pour renoncer à Kitimat. C'est une raison pour compter, chaque année, les tonnes qu'enlève une société qu'il contrôle.
Nous voulions fuir un client trop puissant. Nous restons avec cinq propriétaires étrangers. Dont un que Pékin tient.
Pékin n'a pas acheté Kitimat, il en remplit des cales.
Le contrat d'Irving
7,5 milliards américains
Le 29 septembre, Fluor a annoncé que sa coentreprise avec JGC Corporation construira la phase 2. De l'ingénierie à la mise en service.
Fluor inscrira sa part, 7,5 milliards de dollars américains, au troisième trimestre de son exercice 2026.
Son siège est à Irving, au Texas. Le chantier, lui, est britanno-colombien.
La même coentreprise a livré la phase 1, remise en octobre 2025, rappelle Fluor.
Les travaux passeront par une coentreprise canadienne, à parts égales entre Fluor Canada et une filiale de JGC. Les bottes seront sur la côte du Pacifique. La part du contrat, elle, ira dans les livres d'une société texane.
MidOcean dans la part de Petronas
Il y a plus fin. En septembre 2025, l'américaine MidOcean Energy a acquis une participation de 20 % dans des actifs clés de Petronas au Canada, dont sa part de LNG Canada. C'est le Globe qui le rapporte.
On bâtit Kitimat pour dépendre moins de Washington. Le contrat de l'usine se compte à Irving. Une fraction de la part de Petronas passe par une société américaine.
Ce n'est pas un scandale. C'est la carte réelle du capital. Elle ne suit pas nos discours.
La diversification a aussi une adresse au Texas.
Trente-trois milliards privés
Le risque des actionnaires
L'argument inverse est fort. Il mérite sa meilleure forme.
Le capital est privé. 33 milliards de dollars, selon le Bureau des grands projets. Aucun contribuable ne les avance.
Supposons que le marché du GNL se retourne au démarrage de la phase 2, au début des années 2030. Les cinq partenaires encaisseraient la perte. Pas le Trésor.
Même Coastal GasLink, selon TC Energy, a structuré son entente pour limiter son exposition aux dépassements de coûts.
Pourquoi réclamer la cargaison quand on ne porte pas le risque ?
Cinquante ans de licence
Parce que l'État porte autre chose que du capital.
Le budget de 2025 a porté la durée maximale des licences d'exportation de GNL de 40 à 50 ans. Le projet de loi C-15 a reçu la sanction royale le 26 mars.
Il prévoit aussi de rétablir la déduction pour amortissement accéléré sur l'équipement des usines de GNL à faibles émissions.
Le 2 juillet, Ottawa et Victoria ont signé une entente pour accélérer les permis, le financement et la construction des grands corridors. Celui de Kitimat en fait partie.
Richard Brooks, de Stand.earth, voit dans la phase 2 un projet qui dépendra de « crédits tirés des contribuables », selon The Energy Mix. C'est la voix d'un militant. Les mesures, elles, sont sur la fiche fédérale.
Le capital est privé. Le temps est public. La règle aussi. L'impôt différé aussi.
Ottawa n'avance pas l'argent, il avance cinquante ans.
Cinquante milliards pour les trésors
Une estimation à trois voix
Je dois publier le chiffre qui me dérange le plus.
LNG Canada estime, avec les gouvernements de la Colombie-Britannique et du Canada, que la phase 2 pourrait rapporter plus de 50 milliards de dollars aux trésors publics. Sur la durée du projet.
C'est plus que les 33 milliards de capital privé. Si l'estimation tient, les gouvernements toucheront davantage que ce que les partenaires auront investi.
C'est vrai. Je l'écris. Cela ne change pas ce qui suit.
Le chiffre additionne les dépenses directes, les impôts, les redevances et l'activité indirecte. Il s'étale sur la vie d'une usine. Ce n'est pas un chèque. C'est une estimation portée par celui qui construit.
Quatre mille casques
La phase 2 accueillera jusqu'à 4 000 emplois de construction au sommet du chantier de Kitimat. Environ 2 100 autres le long du gazoduc.
Une fois terminée, elle ajoutera environ 90 postes permanents et 150 postes de sous-traitants. Il y en a déjà plus de 400.
Plus de 50 000 Canadiens ont contribué à la phase 1, et plus de 25 000 au gazoduc, selon LNG Canada.
La pluie de la côte tambourinera sur des milliers de casques. Ces salaires-là resteront ici. Tant mieux.
Et pourtant, ni la paie ni la redevance ne changent le nom inscrit sur la tonne chargée.
Une rente n'est pas une cargaison.
Quand Hormuz fait monter le prix
La marge du négoce
Shell l'a écrit le 29 septembre, cité par CNBC. La phase 2 relie les ressources canadiennes à son portefeuille mondial de GNL. À sa capacité de négoce. À sa clientèle.
La phrase est honnête. Elle dit à qui sert l'usine.
Hodgson parle de confiance. Shell parle de portefeuille. Les deux ont raison. Ce ne sont pas les mêmes poches.
Le Globe rapporte que les négociants voient durer la crainte de pénurie bien au-delà de l'hiver.
Quand le prix du gaz livré par mer grimpe, la marge du négoce va à celui qui possède la cargaison. Ici, aux salles de marché de cinq sociétés étrangères.
Le gaz est parti
Le gaz est extrait dans le nord-est de la province, souvent par fracturation, rappelle CBC News.
Le gaz est poussé sur 670 kilomètres de tuyau.
Le gaz est liquéfié par des travailleurs d'ici, dans un froid de moins 160 degrés.
Le gaz est chargé à Kitimat au nom de cinq sociétés étrangères.
Et la part enlevée au nom d'une société mère canadienne, sur 28 millions de tonnes, se compte vite.
Zéro.
Le méthanier part. Le quai se vide. Le froid s'en va avec son propriétaire.
Le soudeur aura bâti le froid. Il ne le vendra pas. La famille qui entend la torchère gronder la nuit n'en fixera pas le prix.
Zéro, c'est notre part de la cargaison.
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Le contenant et le contenu
Un milliard pour de l'acier
Revenons au réservoir.
À Kitimat, c'est la pièce de la phase 2 dont la propriété autochtone est écrite noir sur blanc. Cinq nations. Jusqu'à un milliard.
Je salue ce milliard. Il est rare. Il revient à des nations qui vivront à côté du chantier. De ses camions. De sa torchère.
Le 14 juillet, LNG Canada avait annoncé l'option. Le 28 septembre, la décision finale lui donne corps.
Ce que le réservoir garde
Et pourtant, un réservoir garde ce qu'on lui confie. Il ne le possède pas.
Le GNL qui y dormira appartiendra aux cinq partenaires. Au prorata.
Un réservoir plein ne fait pas de bruit. Le froid reste derrière l'acier, en silence, jusqu'au méthanier.
Voilà notre modèle en une image. L'acier d'ici. Le froid des autres.
On peut lire ce réservoir comme une porte ou comme un plafond. Je le lis comme une porte. À condition qu'on la pousse.
Ils posséderont l'acier, d'autres posséderont le froid.
Début des années 2030
Un marché qui aura bougé
La phase 2 doit entrer en exploitation commerciale au début des années 2030, selon CNBC.
TC Energy prévoit d'amorcer l'expansion du gazoduc au début de 2027.
Les partenaires visaient une décision d'ici la fin de l'année, rappelle le Globe. Ils l'ont prise avec trois mois d'avance.
Le 30 juin 2025, première cargaison, selon LNG Canada. Le 28 septembre 2026, décision de doubler. Au début des années 2030, mise en service.
Entre-temps, le marché aura changé de visage. The Energy Mix cite des analystes qui voient venir une surabondance mondiale de gaz. D'autres voient la pénurie. Personne ne connaît le prix de la première tonne.
Si le prix d'Hormuz tient jusque-là…
Des parts à vendre
En janvier, Shell et Mitsubishi cherchaient à vendre leurs parts, selon The Energy Mix.
Le Globe écrit que certains partenaires veulent encaisser une portion de leur participation. Le capital-investissement mondial frappe à la porte.
Qui enlèvera la part de Mitsubishi quand le premier méthanier de la phase 2 quittera le quai ?
La cargaison n'a pas seulement des propriétaires étrangers. Elle a des propriétaires mobiles. Des parts qui se vendent. Des noms qui changent.
Rien ne dit à qui appartiendra la prochaine part.
Souverains sur la règle
Ce que nous possédons
Nous possédons la règle. C'est le Parlement qui a voté la loi allongeant les licences d'exportation.
Nous possédons la licence. Le Régulateur canadien de l'énergie a relevé la limite annuelle de celle de LNG Canada avant la phase 2.
Nous possédons la voie rapide. Le projet a été renvoyé au Bureau des grands projets le 11 septembre 2025.
Nous possédons une part du tuyau. TC Energy, de Calgary, détient 35 % de Coastal GasLink et l'exploite, selon le Globe.
Nous ne possédons pas la tonne.
Un pays propriétaire du sol
Voilà ce que Kitimat révèle. Le Canada diversifie ses acheteurs sans diversifier ses propriétaires. Il écrit la règle. Il ne fait pas le commerce.
Ce n'est pas une faute de Carney. La structure où chacun enlève sa part vient de la phase 1. La phase 2 la prolonge. Sans la discuter.
Le bon coup reste bon. Il est incomplet.
Souverains sur la règle, absents de la marchandise.
Un réservoir ne suffit pas
La troisième phase
Le 28 septembre, cinq sociétés étrangères ont décidé de doubler Kitimat. Cinq Premières Nations ont obtenu un réservoir. Les gouvernements ont obtenu une estimation.
La prochaine table ne sera pas la même. Le Canada y arrivera avec une usine qui tourne. Un gazoduc qui double. Une licence de cinquante ans à offrir.
Ce que nous signerons
Pour une troisième phase, exigerions-nous une part de la cargaison, quitte à faire fuir le capital qui paie les deux premières ?
Le réservoir sera là. Plein de froid.
Il dira ce que nous avons su posséder. Et ce que nous avons laissé partir.
Un bon coup d'ici, une cargaison d'ailleurs.
Sources :
Sources Primaires :
- LNG Canada — décision finale d'investissement de la phase 2, 28 septembre 2026
- Fluor — contrat de construction de la phase 2, 29 septembre 2026
- Bureau des grands projets — fiche LNG Canada Phase 2, consultée le 29 septembre 2026
Sources Secondaires :
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Citer cet article
Maxime Marquette (2026). OPINION : Kitimat double son GNL, un bon coup dont la cargaison ne nous appartient pas. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/opinion-kitimat-double-son-gnl-un-bon-coup-dont-la-cargaison-ne-nous-appartient-pas
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