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La ChroniqueLettre ouverte· N° 7658

LETTRE OUVERTE : À vous, Anna Kelly, le Canada ne dit pas merci sous un tarif de 50 %

Madame, une plaque de rue a suffi. Le 23 septembre, le conseil municipal d'Ottawa a voté, à l'unanimité, pour lancer le changement de nom de Trump Avenue, dans le quartier Central Park, rapporte TIME. La motion avait été déposée le 9 septembre par le conseiller Riley Brockington.

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  1. Madame, une plaque de rue a suffi. Le 23 septembre, le conseil municipal d'Ottawa a voté, à l'unanimité, pour lancer le changement de nom de Trump Avenue, dans le quartier Central Park, rapporte TIME. La motion avait été déposée le 9 septembre par le conseiller Riley Brockington.
  2. Madame, une plaque de rue a suffi.
  3. Le 23 septembre , le conseil municipal d'Ottawa a voté, à l'unanimité, pour lancer le changement de nom de Trump Avenue, dans le quartier Central Park, rapporte TIME.
Transparence

Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.

Une plaque de rue

Mercredi, Trump Avenue

Madame, une plaque de rue a suffi.

Le 23 septembre, le conseil municipal d'Ottawa a voté, à l'unanimité, pour lancer le changement de nom de Trump Avenue, dans le quartier Central Park, rapporte TIME. La motion avait été déposée le 9 septembre par le conseiller Riley Brockington.

Une plaque. Deux mots sur un panneau. Une rue résidentielle, nommée à une époque où votre président était un promoteur new-yorkais.

Rien de plus.

Jeudi, votre réponse

Vous avez répondu. À TIME, vous avez qualifié ce vote de geste sans importance. Puis vous avez écrit que ces administrations locales devraient remercier le président Trump d'avoir défendu leur pays. Et conclure un bon accord.

Le 24 septembre, à 21 h 09, Radio-Canada et La Presse canadienne publiaient votre déclaration. La dépêche portait d'abord sur autre chose : le risque militaire américain que notre premier ministre dit avoir étudié.

Je vous écris parce que votre phrase mérite une réponse. Pas celle d'une ville. Celle de quelqu'un qui habite ce pays.

Une plaque changée, et Washington répond par une facture.

Madison Park, Manhattan Crescent

Un quartier qui rêvait de New York

Il faut connaître la rue pour mesurer votre réponse.

Trump Avenue est l'une des rues du quartier Central Park, à Ottawa, qui renvoient à New York, rapporte CTV. Il y a Madison Park. Il y a Manhattan Crescent. Il y a Bloomingdale Street, Staten Street.

À l'époque où le quartier s'est construit, votre président était un magnat de l'immobilier célèbre. Pas un chef d'État.

Un maire, un conseiller

Le maire d'Ottawa, Mark Sutcliffe, a dit à la presse, selon TIME, qu'il n'aimait pas voir quoi que ce soit porter le nom d'un homme qui a fait preuve d'hostilité envers le Canada.

Le conseiller Brockington, lui, veut que les résidents choisissent le nouveau nom.

C'est tout. Un conseil municipal. Un vote. Un nom à trouver.

Une rue qui rêvait de New York veut un autre nom.

Ce que vous avez écrit

La déclaration

Relisons-la ensemble, telle que La Presse canadienne l'a traduite.

Le président Trump, écrivez-vous, a fait plus que quiconque pour protéger le peuple canadien. Il a lancé le Golden Dome, un bouclier antimissile qui protégera les deux pays. Il a proposé un accord commercial que vous dites extraordinairement généreux.

Vous parlez d'agriculteurs et de travailleurs américains. Les nôtres n'apparaissent pas.

Puis la conclusion. Au lieu de « gestes insignifiants », ces collectivités devraient « remercier le président Trump d'avoir défendu leur pays ». Et conclure un accord avantageux pour tous.

Relisez-la. Elle ne contient ni un taux de tarif, ni une date de négociation.

Trois choses, une phrase

Vous avez parlé de bouclier. Vous avez parlé d'accord. Vous avez parlé de merci. Tout cela en réponse à une plaque de rue.

Ce n'est pas un hasard de style. C'est une méthode.

La défense d'un côté. Le commerce de l'autre. Et la gratitude pour coudre les deux.

Un bouclier, un accord, un merci : une seule phrase.

Le merci et le tarif

Une phrase, deux leviers

Dépliée, votre phrase dit ceci. La sécurité que Washington fournit se paie en gratitude. La gratitude se prouve en signant.

Un merci exigé, un tarif maintenu.

Car votre déclaration ne dit pas un mot du tarif de votre président. Il court toujours sur nos marchandises.

On ne dit pas merci à un tarif. On ne dit pas merci à un décret sur notre lac. On ne dit pas merci à une carte couverte d'un autre drapeau. On ne dit pas merci à une menace de 51e État. On ne dit pas merci sous contrainte.

On dit merci quand on est libre de ne pas le dire.

Un vote municipal, un merci exigé

Je suis du côté des travailleurs canadiens qui paient ce tarif, et d'un pays qui a le droit de nommer ses rues. Contre la décision de votre président d'imposer, depuis le 22 août, un tarif de 50 % sur une partie de nos exportations. Parce qu'après un simple vote municipal, la Maison-Blanche a exigé un merci et un accord. Pas le retrait de ce tarif.

Un merci se donne. Il ne se facture pas.

Je ne vous insulte pas. Je vous réponds.

Pas de merci sur commande.

Le bouclier des deux pays

Le Golden Dome

Vous invoquez le Golden Dome. Un bouclier antimissile, écrivez-vous, qui assurera la sécurité des deux pays.

Des deux pays. Le vôtre aussi.

Un bouclier qui protège votre territoire et le nôtre n'est pas un cadeau. C'est une défense commune. On ne remercie pas un voisin de fermer sa propre porte.

Des décennies de ciel partagé

Notre ministre de la Défense l'a rappelé jeudi, selon La Presse canadienne : nos deux pays coopèrent depuis des décennies pour assurer la sécurité de l'Amérique du Nord.

Des décennies. Pas une faveur récente. Une alliance.

La transformer en créance, c'est l'abîmer.

Une défense commune ne se facture pas à un seul des deux.

Le 22 août

Le tarif

Les faits, d'abord. Dans les mots de notre gouvernement.

Le ministère canadien des Finances l'écrit le 25 août : les États-Unis imposent un tarif de 50 % sur 27,6 G$ de marchandises canadiennes, en vigueur depuis le 22 août.

Selon Al Jazeera, cela touche environ 5 % de nos exportations vers les États-Unis. De l'électronique. De la machinerie industrielle. Des produits laitiers. Par-dessus les tarifs déjà en place sur l'acier, le bois d'œuvre et l'automobile.

Trois jours de pourparlers à Washington, selon Al Jazeera. Puis minuit. Puis le tarif.

La riposte

Le Canada a répondu dollar pour dollar. Depuis le 8 septembre, des contre-tarifs de 15, 25 et 50 % frappent 27,6 G$ d'importations américaines, écrit le ministère.

La riposte vise l'acier, les produits laitiers, les électroménagers, la machinerie agricole, les pâtes et papiers, l'électronique.

Le même communiqué annonce 7,5 G$ pour les travailleurs et les entreprises touchés. Le ministre François-Philippe Champagne résume : les États-Unis ont trop demandé, trop peu offert, et le Canada a choisi de défendre les siens.

Voilà le décor.

C'est dans ce décor que vous nous demandez un merci.

Vingt-sept milliards taxés, et une gratitude réclamée.

Ce que nous avons entendu

Un lac, une carte

Il faut aussi vous dire ce qui s'entend, d'ici, depuis un mois.

Il y a le lac. En août, selon TIME, votre président a signé un décret pour que le lac Ontario devienne « lac Amérique » dans les documents fédéraux américains.

Il y a la carte. Ces dernières semaines, selon La Presse canadienne, il a publié des images générées par intelligence artificielle montrant l'Amérique du Nord couverte du drapeau américain. Canada compris.

Il y a le 51e État. Depuis deux ans, rappelle La Presse canadienne, il menace à répétition de faire du Canada un État américain, par la coercition économique.

Il y a la rue, enfin. La nôtre.

Chacun de ces gestes, pris seul, se discute. Ensemble, ils dessinent une pression.

Un pays qui « se détruit »

Cette semaine encore, selon CTV, il a écrit que le Canada se détruit en laissant entrer des millions de personnes sans contrôle.

Les données de Statistique Canada, rapportées le même jour, disent autre chose. L'immigration est en baisse de 4,2 % sur un an.

Vous appelez notre geste insignifiant. Je vous accorde qu'il est petit. Il répond à des gestes qui ne l'étaient pas.

On renomme notre lac. Nous renommons une rue.

Le risque à l'extrême

Mercredi, au New York Times

Le même mercredi, notre premier ministre, Mark Carney, a dit au New York Times qu'il avait étudié la possibilité d'une action militaire américaine contre le Canada.

Un risque extrême, a-t-il précisé. Pas un scénario de base. Mais il serait irresponsable de ne pas s'y préparer, selon CTV.

Il a refusé d'entrer dans les détails. Il a parlé de gestion du risque.

Le journal a tenu à le préciser : Carney n'a pas employé le mot invasion. Le mot était celui du Times.

Jeudi, McGuinty

Jeudi, notre ministre de la Défense, David McGuinty, a relativisé. « C'est normal », a-t-il dit, selon La Presse canadienne. Toutes les armées du monde, a-t-il ajouté, analysent des scénarios de risque.

Il a rappelé que le Canada et les États-Unis entretiennent l'une des relations militaires les plus importantes du monde.

Relisez votre phrase à côté de la sienne. Vous parlez de défense pour obtenir un accord. Notre ministre parle de défense pour rappeler une alliance.

Ce n'est pas la même langue.

Et pourtant, c'est ce jeudi-là que votre déclaration parle de défense pour réclamer un merci.

Un pays étudie un risque. L'autre réclame un merci.

Greer, Paparo et le 22 août

Le meilleur accord, dit Washington

Je vous dois votre meilleur argument. Sous sa forme la plus forte.

Le 22 août, le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, affirmait que le Canada avait refusé de finaliser l'accord aux conditions convenues. Washington offrait, disait-il, le meilleur traitement accordé à un grand exportateur. De nouvelles demandes canadiennes auraient tout rompu, selon Al Jazeera.

Si c'est vrai, le tarif est le prix d'un refus canadien. Et votre « bon accord » est une main tendue.

L'amiral Paparo

Vous pourriez ajouter ceci. En septembre, l'amiral Samuel Paparo, chef du Commandement américain du Pacifique, a jugé « absolument et totalement absurde » l'idée d'un ordre d'envahir le Canada, selon La Presse canadienne.

Et en mai 2025, votre président jugeait très improbable l'usage de la force contre le Canada, rappelle CTV.

Cet argument se prend au sérieux. Il demande une preuve. Pas un haussement d'épaules.

Votre meilleur argument, entendu jusqu'au bout.

Une tutelle, pas un accord

Les conditions de la dernière heure

La preuve, la voici. Le 22 août, Mark Carney a expliqué pourquoi il rappelait ses négociateurs à Ottawa.

Dans les derniers jours, a-t-il dit, Washington avait proposé de nouvelles conditions, injustes et peu rentables, qui mettaient en doute la fiabilité de tout accord. Il a ajouté, selon Al Jazeera, que Washington avait tenté de limiter la capacité du Canada à conclure des accords avec d'autres pays.

Un accord qui choisit nos partenaires

Un accord qui dit à un pays avec qui commercer n'est plus un accord. C'est une tutelle.

Le Canada vend en Europe, en Asie, bientôt davantage en Inde. Aucun accord ne peut lui interdire de choisir.

Un pays qui ne choisit plus ses clients n'est plus tout à fait un pays.

Et un amiral qui juge l'invasion absurde ne retire pas un tarif. Il rassure sur ce qui n'arrivera pas. Il ne dit rien de ce qui arrive déjà, chaque jour, à la frontière.

Et pourtant, c'est ce qui arrive déjà que vous nous demandez de remercier.

Une main tendue qui choisit nos partenaires n'est plus tendue.

Une rue, une interview, nos contre-tarifs

Un geste, oui

Je vous accorde trois choses. Elles me coûtent.

Je préfère vous les dire moi-même. Vous les auriez trouvées.

La première. Renommer Trump Avenue est un geste symbolique. Il ne protège aucun emploi. Il ne lève aucun tarif. Vous avez raison : il ne règle rien.

La deuxième. Les propos de notre premier ministre au Times ont été critiqués ici même. L'ancien ministre de la Défense Peter MacKay a dit sur CTV qu'ils faisaient passer le Canada de la riposte à la provocation. Et qu'ils ne jouaient pas en notre faveur.

Notre riposte aussi se paie

La troisième. Nos contre-tarifs ne sont pas gratuits. Une taxe sur 27,6 G$ d'importations américaines se paie d'abord par l'importateur canadien. Puis par l'acheteur canadien.

C'est vrai, et cela ne change pas ceci : votre tarif a ouvert la séquence, le 22 août. Et votre déclaration demande un merci en échange.

Ce pays paie des deux côtés. Je l'écris aussi pour ne pas me mentir.

Nous payons votre taxe et la nôtre. On nous demande merci.

Qui paie ici

6,4 % en août

Le taux de chômage canadien était de 6,4 % en août, rapporte CTV. Statistique Canada a noté des pertes d'emplois accélérées dans les industries qui dépendent du commerce, après l'imposition de vos tarifs.

Les deux pays calculent le chômage autrement, précise CTV. La tendance, elle, se lit sans traduction.

En 2025, selon TIME, les États-Unis recevaient 72,5 % de nos exportations de marchandises. Trois caisses sur quatre prennent votre route.

Le tarif ne frappe pas un gouvernement. Il frappe une commande, un contrat, une paie.

Les usines qui exportent

Un tarif de 50 % sortirait de fait des centaines de produits canadiens du marché américain, disait un spécialiste du commerce de l'Université McGill à Al Jazeera, juste avant le 22 août.

Ce sont des usines. Ce sont des quarts de nuit. Ce sont des comptes refaits à la table de la cuisine.

Le bruit d'une chaîne qui ralentit. Une lettre de mise à pied qu'on plie en deux. Le froid d'un stationnement d'usine au petit matin, quand on ne sait pas si on reviendra lundi.

Ils ne votent pas au conseil d'Ottawa. Ils n'ont renommé aucune rue.

Le merci que vous demandez, ce sont eux qui le paieraient.

Ce que nous bâtissons

L'Inde, l'Europe

Pendant ce temps, nous ne restons pas assis devant votre porte.

Le premier ministre indien Narendra Modi viendra au Canada en décembre pour signer un accord commercial, a confirmé Carney le 22 septembre, selon CTV. Le Canada a rejoint le programme européen SAFE. Il a demandé à entrer dans la Force expéditionnaire conjointe dirigée par Londres, rapporte TIME.

D'autres routes. Pas contre vous. À côté de vous.

Pendant que vous demandez un merci, nous signons ailleurs. Ce n'est pas une menace. C'est une assurance.

Le F-35 qui vole quand même

Et pourtant, nous restons vos alliés. Le 23 septembre, le premier F-35 aux couleurs canadiennes a volé à Fort Worth, au Texas. Le premier nouveau chasseur à porter nos couleurs depuis 44 ans, selon CTV.

Carney fait réexaminer la commande des 72 appareils restants, sur 88, face au Gripen suédois. Il parle de capacités, de dépendances stratégiques, de retombées économiques.

Voilà une souveraineté adulte. Acheter chez vous quand c'est juste. Chercher ailleurs quand la dépendance devient un risque.

Un allié qui diversifie n'est pas un allié qui part.

Le 22 octobre

Séparer ce qui doit l'être

Voici ce que je vous demande, madame Kelly, dans votre fonction.

Je vous demande de séparer la défense du commerce. Je vous demande de retirer le merci de vos communiqués. Je vous demande de remettre la levée du tarif sur la table. Je vous demande de le faire sans conditions sur les partenaires que le Canada peut choisir. Je vous demande de laisser nos villes nommer leurs rues.

C'est la plus petite des souverainetés. Elle dit toutes les autres.

Deux mois après le tarif

Je vous propose une date : le 22 octobre. Deux mois jour pour jour après l'entrée en vigueur du tarif.

D'ici là, une reprise des négociations, sans exigence de gratitude. C'est peu. C'est possible. C'est ce que font deux voisins qui défendent ensemble le même ciel depuis des décennies.

Si la date passe sans réponse, ce sera aussi une réponse.

Deux mois, c'est long pour une usine. C'est court pour une diplomatie. C'est assez pour un geste.

Un accord se négocie debout. Pas en disant merci.

Merci après le tarif

La plaque, bientôt

Trump Avenue changera de nom. Les résidents choisiront, dit le conseiller Brockington.

Une plaque tombera. Une autre sera vissée. Personne, ce jour-là, ne vous demandera votre avis.

Un petit chantier. Quelques poteaux. Quelques adresses à changer.

Le tarif, lui, ne se dévisse pas au tournevis. Il reste signé à Washington.

À la caisse comme à l'usine

Combien sommes-nous prêts à payer, chacun, à la caisse comme à l'usine, pour que notre gratitude envers nos voisins reste un choix et pas une condition ?

Je connais la réponse d'Ottawa la ville. J'attends celle du pays.

Et la vôtre, madame, d'ici le 22 octobre.

Le Canada dira merci quand le tarif tombera. Pas avant.

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). LETTRE OUVERTE : À vous, Anna Kelly, le Canada ne dit pas merci sous un tarif de 50 %. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/lettre-ouverte-a-vous-anna-kelly-le-canada-ne-dit-pas-merci-sous-un-tarif-de-50

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MM
Maxime Marquette
Chroniqueur indépendant

Maxime Marquette écrit l'essentiel des analyses et chroniques publiées sur MadMax — géopolitique, technologie et actualité, sans remplissage.

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