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La ChroniqueReportage· N° 7761

RÉCIT : 1 198 jours après Surrey, Los Angeles met un prix sur l'accusé de l'assassinat de Nijjar

Le FBI a fait de Satinderjeet Singh, dit Goldy Brar, le 543e nom de sa liste des dix fugitifs les plus recherchés, le 28 septembre 2026, à Los Angeles.

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  1. Le FBI a fait de Satinderjeet Singh, dit Goldy Brar, le 543e nom de sa liste des dix fugitifs les plus recherchés, le 28 septembre 2026, à Los Angeles.
  2. Un stationnement à Surrey
  3. Le FBI a fait de Satinderjeet Singh, dit Goldy Brar, le 543e nom de sa liste des dix fugitifs les plus recherchés, le 28 septembre 2026 , à Los Angeles.
Transparence

Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.

Un stationnement à Surrey

Le 543e nom

Le FBI a fait de Satinderjeet Singh, dit Goldy Brar, le 543e nom de sa liste des dix fugitifs les plus recherchés, le 28 septembre 2026, à Los Angeles.

Une récompense l'accompagne. Jusqu'à 1 million de dollars américains pour qui aidera à l'arrêter.

Brar est accusé aux États-Unis d'avoir ordonné, avec Lawrence Bishnoi, l'assassinat de Hardeep Singh Nijjar. Il n'a pas été jugé.

Trois lettres

Dans les documents du FBI, la victime n'a pas de nom. Elle a des initiales. « H.S.N. »

Un dirigeant politique et religieux en vue, écrit le FBI. Originaire du Pendjab. Installé au Canada.

Il avait 45 ans. Il était citoyen canadien, rappelle CBC News.

Il présidait le gurdwara Guru Nanak, selon La Presse canadienne. Il militait pour un État sikh indépendant. Il critiquait ouvertement le gouvernement indien, écrit le National Post.

Le 18 juin 2023, deux tireurs ont fait feu sur lui alors qu'il quittait, dans sa camionnette, le stationnement du temple sikh Guru Nanak de Surrey. Il en est mort.

Trois ans et trois mois plus tard, son nom tient en trois lettres dans un acte d'accusation américain.

Un temple. Une ville. Trois lettres.

Trois lettres dans un acte, un nom dans une ville.

Un million de dollars

Sur tous les téléphones

Patrick Grandy dirige le bureau du FBI à Los Angeles. Il promet que le visage de Brar sera diffusé « sur tous les téléphones du monde » jusqu'à sa capture.

Brar est considéré comme extrêmement violent, armé et dangereux. Le public est prié de ne pas l'approcher.

Un « ennemi du public », a dit Grandy, cité par CBC. Le mot est fort. L'affiche aussi.

Le FBI dit qu'il est basé aux États-Unis. Le FBI dit qu'il a vécu en Californie et dans diverses régions du Canada. Le Globe and Mail ajoute des liens avec le Mexique.

Quelque part en Californie

Où est-il ?

« Nous ne connaissons pas sa position exacte », a admis Grandy, selon CTV News.

La GRC était à la tribune. Si l'on savait où il se trouve, a dit la sous-commissaire Lisa Moreland, on ne serait pas là aujourd'hui, rapporte le Globe.

Le FBI mise sur son entourage. L'ajout du trafiquant canadien Ryan Wedding à la même liste, l'an dernier, a aidé à le retrouver en janvier, rappelle le Globe.

Depuis 1950, 28 personnes recherchées pour des crimes commis dans la région de Los Angeles ont été ajoutées à la liste, précise le FBI.

Chaque téléphone porte son visage, aucun ne dit où.

Opération Hard Ball

Trente-sept accusés

Le 7 juillet 2026, le bureau du procureur fédéral de Los Angeles a levé le secret sur trois actes d'accusation.

37 accusés. Trois groupes criminels basés en Inde. Racket. Extorsion. Stupéfiants. Assassinats ciblés.

L'enquête est menée par le FBI, la police de Los Angeles et la GRC. Le procureur fédéral adjoint Bill Essayli dit travailler avec les polices du Canada, d'Europe et d'Asie.

Ce jour-là, 24 accusés étaient arrêtés ou déjà détenus. Depuis, quatre fugitifs ont été capturés et un est mort, selon le FBI. Cinq restent introuvables.

Brar. Major Singh. Sukhraj Singh Kang. Un homme connu seulement sous le nom de Kamal. Gurpreet Singh.

Trois actes d'accusation. Un seul vise l'entreprise Bishnoi, dont Brar serait l'un des chefs, selon le FBI.

Une prison en Inde

Lawrence Bishnoi a 33 ans. Il est emprisonné en Inde depuis 2015, rapporte CBC.

Selon l'acte d'accusation cité par le FBI, il dirigeait son organisation depuis sa cellule, avec des téléphones de contrebande.

Brar, 32 ans, parlait en son nom, selon le FBI. Le National Post le décrit comme un ami d'enfance de Bishnoi, venu au Canada après leurs années d'université.

De mars 2024 à juillet 2025, le groupe aurait volé environ 520 kilogrammes de cocaïne à des gangs rivaux autour de Los Angeles, selon l'acte.

Une cellule en Inde, un réseau accusé jusqu'à Surrey.

Le prix et la question

Une lecture

Je le lis comme un progrès. Je le dis sans réserve.

Un progrès réel. Mesurable. Daté.

Je le lis aussi comme un silence.

Les documents du FBI décrivent un gang. Ils ne parlent d'aucun gouvernement.

Or, le 18 septembre 2023, un premier ministre canadien évoquait à la Chambre des communes des allégations crédibles liant des agents du gouvernement indien à ce meurtre. L'Inde a toujours nié.

Décembre à Ottawa

Pendant qu'Ottawa prépare la visite de Narendra Modi, confirmée pour décembre par Mark Carney selon CTV News, la chasse à l'homme se mène à Los Angeles.

J'hésite à écrire ce texte. Accuser un État sans preuve serait une faute. Me taire sur la question en serait une autre.

Voici ma lecture. La chaîne criminelle avance. La question d'État, elle, n'a plus de voix officielle.

L'accusé a un prix. La question, aucun.

Million en avant, question en arrière.

Septembre 2023

Des allégations crédibles

Le 18 septembre 2023, Justin Trudeau parle aux Communes d'allégations crédibles.

Toute implication d'un gouvernement étranger dans la mort d'un citoyen canadien, en sol canadien, serait selon lui une violation inacceptable de notre souveraineté, rappelle CBC.

Le gouvernement de Narendra Modi nie avoir ordonné des exécutions extrajudiciaires au Canada. Son ministre des Affaires étrangères qualifie d'abord l'allégation d'« absurde », selon CBC.

Six diplomates

En 2024, la GRC et le gouvernement accusent des diplomates et des agents consulaires indiens d'activités clandestines liées à des homicides et à de l'extorsion, rappelle CTV News.

Ottawa expulse six diplomates. New Delhi en renvoie six. Six contre six.

En octobre 2024, devant la commission sur l'ingérence étrangère, Trudeau nomme Bishnoi comme un lien criminel entre le gouvernement indien et la violence au Canada, selon le National Post.

Un nom revient. Celui du gang que le FBI poursuit aujourd'hui.

L'accusation de 2023 a brisé la relation diplomatique, écrit CBC. En juin 2025, Mark Carney invitait pourtant Modi au sommet du G7 en Alberta. Il fallait, disait-il, le dirigeant du pays le plus peuplé du monde autour de la table.

En 2024, Bishnoi était déjà nommé à côté d'un État.

Quatre accusés à New Westminster

Mai 2024

En mai 2024, la GRC arrête quatre ressortissants indiens dans la vingtaine, arrivés au Canada avec des visas temporaires, selon CBC.

Karan Brar. Kamalpreet Singh. Karanpreet Singh. Amandeep Singh.

Selon des sources citées par CBC, ils auraient joué des rôles distincts. Tireurs. Chauffeurs. Guetteurs.

Ils sont accusés de meurtre au premier degré. Ils sont accusés de complot en vue de commettre un meurtre. Ils n'ont pas été jugés.

Le dossier est devant la Cour suprême de la Colombie-Britannique, à New Westminster, selon La Presse canadienne.

Des renseignements protégés

Le 19 février 2026, La Presse canadienne rapporte que le procureur général fédéral veut soustraire certains renseignements à la divulgation dans ce procès.

Le motif invoqué est la protection des relations internationales et de la sécurité nationale, en vertu de la Loi sur la preuve au Canada.

Quatre avis, reçus en 2024 et en 2025, signalaient des renseignements sensibles ou potentiellement préjudiciables. L'avis de demande a été déposé en Cour fédérale.

Relations internationales. Dans un procès pour meurtre à Surrey.

Pour un meurtre à Surrey, des pages fermées au nom de l'État.

Le récit change

Une affaire de gang

Global News a titré une de ses vidéos sur l'opération Hard Ball ainsi : des arrestations qui redessinent le récit de l'assassinat de Nijjar.

Le récit, en effet, a changé.

En 2023, le premier ministre parlait d'agents d'un État. En 2026, les actes d'accusation américains parlent d'un gang.

Les deux ne s'excluent pas. Trudeau lui-même avait lié Bishnoi au gouvernement indien en 2024. Et pourtant, un seul des deux récits a un acte d'accusation.

Le 1er avril

En mars, le commissaire de la GRC, Mike Duheme, disait ne voir, dans ses dossiers de répression transnationale, aucun lien actuel avec une entité étrangère, selon CTV News.

Le 1er avril, la GRC précisait savoir que des États étrangers mènent des activités d'intimidation au Canada. Elle ne peut pas, dit-elle, établir de liens criminels actuels.

Dans le communiqué du FBI, la victime reste « H.S.N. ». Pas un mot sur un État.

Gang inculpé, État qui nie, question entière.

Ne dire que ce qui est prouvé

La prudence de la preuve

L'argument contraire est fort. Il se défend bien.

On ne poursuit que ce qu'on peut prouver. Les preuves réunies à Los Angeles visent un gang. La GRC ne voit pas de lien criminel actuel avec un État. Accuser un gouvernement sans preuve serait irresponsable.

L'Inde elle-même a obtenu d'Interpol une notice rouge contre Brar, rapporte le National Post.

Le Canada l'avait inscrit dès 2023 parmi ses fugitifs les plus recherchés, par le programme BOLO.

Un État accusé sans preuve publique peut s'en servir. La dénégation devient plus facile. La prudence protège aussi l'enquête.

Relations internationales

Tout cela est vrai. Et pourtant, un détail retourne l'argument.

Si le dossier ne contenait qu'un gang, pourquoi le procureur général invoquerait-il les relations internationales dans le procès de Surrey ?

Le Globe rappelle que les partisans de Nijjar et des sources canadiennes de sécurité nationale soutiennent que sa mort ressemblait à un meurtre commandé par le gouvernement indien. L'Inde nie toute implication.

Les allégations de 2023 et de 2024 n'ont été ni prouvées en public, ni jugées.

Autrement dit, la prudence est juste. Le silence, lui, n'est pas une preuve.

Prudence sur la preuve, silence sur la question.

Ce qu'Ottawa a fait

Septembre 2025

Voici ce qui dérange ma lecture, et je le publie.

Le 29 septembre 2025, le ministre de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, a inscrit le gang Bishnoi sur la liste des entités du Code criminel.

Ses biens au Canada peuvent être gelés ou saisis. Le financer devient une infraction. C'était la 87e entité inscrite.

Le ministère le décrivait comme une organisation criminelle transnationale, opérant surtout depuis l'Inde, présente là où vivent de grandes communautés de la diaspora.

L'inscription peut aussi servir aux décisions d'admissibilité au pays. C'est un outil. Il a été utilisé.

Nulle part où se cacher

Le 28 septembre, le cabinet du ministre a salué l'annonce du FBI, rapporte CTV News. Les accusés de violence et d'intimidation n'ont « nulle part où se cacher », a dit son attaché de presse.

La répression transnationale demeure une « priorité absolue », ajoute le cabinet.

Mark Carney a aussi dit avoir parlé à Narendra Modi de la mort de Nijjar et des poursuites en cours, rapporte CBC.

La GRC avait arrêté les quatre hommes de Surrey dès mai 2024. Elle était à Los Angeles le 28 septembre.

Ottawa n'a pas abandonné le dossier criminel. Je l'écris, parce que c'est vrai.

Ottawa frappe le gang, et c'est un fait.

Ceux qui paient l'extorsion

Des commerces visés

Il faut dire qui vit sous ce gang.

Le gang Bishnoi se livre au meurtre, aux fusillades et aux incendies criminels, écrivait Sécurité publique Canada en 2025. Il sème la peur par l'extorsion et l'intimidation.

Il vise, selon le ministère, les membres en vue des communautés, les commerces et les figures culturelles.

La sous-commissaire Lisa Moreland parle de meurtres, de fusillades, de menaces de mort, d'extorsion et d'incendies criminels. Des vies ravagées, dit-elle.

Un message en pendjabi

En novembre 2023, Bishnoi a revendiqué une fusillade contre la maison vancouveroise d'un acteur et chanteur indien en vue, rapporte Global News.

Dans un message en pendjabi, il prévenait que personne ne pourrait sauver sa cible.

Un commerçant reçoit un appel. Le téléphone sonne le soir. La vitrine reste allumée. La peur décide à sa place.

C'est d'abord eux que protège le million.

L'extorsion ne crie pas, elle encaisse.

Soixante-dix milliards

Un partenaire fiable

En novembre 2025, Mark Carney qualifiait l'Inde de « partenaire commercial fiable », rapporte CTV News.

Le 2 mars 2026, il rencontrait Narendra Modi à New Delhi.

La semaine dernière, il a confirmé que Modi viendra au Canada en décembre.

Depuis l'arrivée de Carney, le ton envers l'Inde a changé, écrit CTV News. Les expulsions de 2024 semblent loin.

Les deux pays veulent conclure un accord commercial d'ici la fin de l'année. L'objectif est de doubler les échanges, à 70 milliards de dollars par année d'ici 2030.

Le stationnement, trois ans après

Un million de dollars sur un homme. Soixante-dix milliards sur une relation.

Je ne dis pas que l'un achète l'autre. Je dis qu'ils se croisent en décembre.

Un stationnement de gurdwara, le soir, c'est des portières qui claquent, des salutations, des pas sur l'asphalte mouillé. C'est là qu'une diaspora se retrouve.

Les communautés sikhes canadiennes s'inquiètent depuis longtemps de la répression transnationale liée à l'Inde, rappelle CTV News.

Elles ont maintenant un visage sur une affiche. Elles n'ont pas de réponse publique à la question de 2023.

Soixante-dix milliards et un million se croisent en décembre.

Les cinq qui manquent

Quatre autres fugitifs

Brar n'est pas seul. Quatre autres accusés de l'opération Hard Ball restent en fuite.

Le FBI demande de ne pas les approcher. Le FBI demande aussi d'appeler son numéro sans frais, anonymement si l'on veut.

Chaque affiche est une porte entrouverte. Il suffit d'une voix.

Une conférence commune

Le 28 septembre, la GRC et le FBI tenaient leur première grande conférence commune depuis un reportage du New York Times sur une fissure entre les deux corps de police, rapporte le Globe.

Selon ce reportage, le directeur du FBI, Kash Patel, aurait « temporairement suspendu » la coopération après un message publié le 27 août. La GRC n'a trouvé aucun signe d'interruption du partage de renseignements, écrit le Globe.

Ce lundi-là, les deux polices parlaient d'une seule voix.

Le procureur Bill Essayli y voit la détermination de l'administration à frapper les gangs criminels transnationaux de toute la force de la loi.

C'est un bon coup de Washington pour la sécurité du Canada. Il se juge sur un fait. L'accusé est sur la liste, et la GRC est à la tribune.

Cinq fugitifs, et le premier d'entre eux vaut un million.

Ce que la liste révèle

Une adresse pour le crime

Voilà ce que ce million révèle.

Le crime a une adresse judiciaire, Los Angeles.

Le crime a un acte d'accusation.

Le crime a une affiche.

Le crime a une récompense.

Le crime a un numéro sans frais.

La question posée à la Chambre en 2023 n'a rien de tout cela. Aucun acte d'accusation ne vise un agent d'État.

Avant décembre

Et pourtant, elle n'a pas disparu. Elle attend dans des pages protégées, à New Westminster.

Je ne demande pas à Ottawa d'accuser New Delhi. Il n'a pas la preuve publique pour le faire.

Je lui demande de dire où en est la question que son propre premier ministre a posée en 2023.

Ce jour-là, Trudeau parlait de souveraineté. Le mot n'a pas vieilli. La question non plus.

Si la réponse est « nulle part »…

Le crime a une adresse, la question n'en a pas.

La question avant l'accord

Trois ans et trois mois

Trois ans et trois mois ont passé depuis Surrey.

L'accusé a une affiche. Le dossier des quatre accusés est devant la Cour suprême de la Colombie-Britannique. Modi viendra en décembre.

Le FBI cherche. La GRC cherche. Un tribunal de New Westminster entend. Ottawa négocie.

Chacun fait son métier. Aucun ne répond à la question de 2023.

Le 28 septembre, Ottawa a salué une affiche. Dans les pages lues, il n'a rien dit de nouveau sur 2023.

Avant la signature

Un accord commercial avec New Delhi doit-il attendre que la question de 2023 reçoive une réponse, ou peut-il passer devant ?

L'affiche restera au mur.

Les initiales, elles, restent dans l'acte.

Le nom, à Surrey.

Un prix à Los Angeles, trois lettres pour un citoyen de Surrey.

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). RÉCIT : 1 198 jours après Surrey, Los Angeles met un prix sur l'accusé de l'assassinat de Nijjar. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/recit-1-198-jours-apres-surrey-los-angeles-met-un-prix-sur-l-accuse-de-l-assassinat

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MM
Maxime Marquette
Chroniqueur indépendant

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