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La ChroniqueOpinion· N° 7712

OPINION : Carney court après l'Inde et Manille, il achète une assurance, pas une Amérique de rechange

Mark Carney a fixé une échéance à New York, le 22 septembre 2026. Les négociations commerciales avec l'Inde devraient aboutir d'ici le sommet du G20, les 14 et 15 décembre, a-t-il dit selon l'Associated Press.

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  1. Mark Carney a fixé une échéance à New York, le 22 septembre 2026. Les négociations commerciales avec l'Inde devraient aboutir d'ici le sommet du G20, les 14 et 15 décembre, a-t-il dit selon l'Associated Press.
  2. Un jour de camions vers le sud
  3. Le 22 septembre, à New York
Transparence

Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.

Un jour de camions vers le sud

Le 22 septembre, à New York

Mark Carney a fixé une échéance à New York, le 22 septembre 2026. Les négociations commerciales avec l'Inde devraient aboutir d'ici le sommet du G20, les 14 et 15 décembre, a-t-il dit selon l'Associated Press.

Je fais une prédiction. Il signera peut-être. Et la carte de nos exportations ne bougera presque pas.

Pas par manque de volonté. Par arithmétique.

Pour la voir, il faut une unité. Je propose celle-ci : un jour d'exportations vers les États-Unis.

1,6 milliard par jour

En juillet, le Canada a exporté pour 76,1 milliards de dollars de marchandises, selon Statistique Canada. Les pays autres que les États-Unis en ont reçu 25,6 milliards.

Le reste, environ 50,5 milliards, est parti vers le sud. En un mois de 31 jours, cela fait à peu près 1,6 milliard par jour.

Un jour, c'est une file de camions au pont Ambassador. Le moteur qui tourne au ralenti, le chauffeur qui tend ses papiers, la barrière qui se lève. Des milliers de fois.

C'est l'unité de ce texte. Elle va servir à peser l'Inde, Manille, Jakarta et le Mercosur.

Chaque jour, 1,6 milliard traverse vers le sud.

Deux jours et demi d'Amérique

3,9 milliards en un an

Le 21 septembre, Affaires mondiales Canada a publié les chiffres de l'Inde. Ils sont honnêtes. Il faut les lire jusqu'au bout.

En 2025, le commerce de marchandises entre les deux pays a atteint 13,6 milliards. Les exportations canadiennes vers l'Inde : 3,9 milliards. Surtout des légumes, des combustibles et de la pâte de bois.

Divisez 3,9 milliards par 1,6 milliard par jour.

Un an d'Inde, deux jours et demi d'Amérique.

Pas une semaine. Pas trois jours.

Sidhu a aussi rencontré à Mumbai des dirigeants de Mahindra, de JSW, de Bajaj et de CAE. Il annonce une mission commerciale d'Équipe Canada en Inde le mois prochain. Le ministère ajoute que quatre rondes de négociations sont terminées.

Je le dis tôt, parce que tout le reste en découle. Je suis pour cet accord. Je suis contre l'idée qu'il remplacera quoi que ce soit.

70 milliards en 2030

L'objectif affiché est plus grand. Le ministre du Commerce international, Maninder Sidhu, veut doubler le commerce bilatéral pour le porter à 70 milliards par an d'ici 2030, marchandises et services compris.

En 2025, ce commerce total était de 30,4 milliards. Les services en formaient près des deux tiers. Les exportations de services vers l'Inde atteignaient 15,2 milliards, surtout liées aux études, précise le ministère.

Autrement dit, notre premier produit vendu à l'Inde, ce sont des places d'étudiants. Au même moment, les titulaires de permis d'études au Canada ont reculé de 140 827 en un an, selon Statistique Canada.

Ce texte est du côté de ceux qui négocient ailleurs, contre la demande américaine d'août de surveiller ces négociations. Parce qu'en juillet, la part américaine de nos exportations est tombée à son plus bas depuis 1997, hors pandémie.

Petit client, grande porte. Il faut garder la porte.

Manille à plus de 90 %

Le 22 septembre, à Manille

Le même jour, à Manille, Maninder Sidhu parlait à Reuters. Les négociations de libre-échange avec les Philippines et avec l'ANASE, l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est, sont achevées à plus de 90 %, a-t-il dit.

Ottawa veut que les deux accords soient prêts pour la visite de Mark Carney à Manille, en novembre.

La déclaration commune des ministres de l'ANASE et du Canada, datée du 22 septembre, va dans le même sens. Elle vise une conclusion d'ici le sommet de l'ANASE, en novembre, et une signature en 2027.

Ce serait le premier accord de libre-échange de l'ANASE avec un partenaire nord-américain, note le texte.

Seizième partenaire

Et pourtant, la même déclaration donne l'échelle. En 2025, le Canada était le 16e partenaire commercial de l'ANASE.

Seizième partenaire commercial. Dixième source d'investissement étranger direct.

Pour dix pays. C'est peu. C'est une porte.

Sidhu mise sur l'énergie. Plus de cinq projets de gaz naturel liquéfié sont en développement sur la côte du Pacifique, tous tournés vers l'Asie, a-t-il dit à Reuters.

« Le plan A a toujours été la diversification », a-t-il ajouté, quoi qu'il arrive avec nos partenaires.

Seizième aujourd'hui. Premier Nord-Américain demain, peut-être.

Jakarta signé, Mercosur relancé

Signé, pas en vigueur

Le troisième nom de la liste est déjà écrit. L'accord de partenariat économique global avec l'Indonésie est signé. Il n'est pas en vigueur, selon le registre des accords d'Affaires mondiales Canada.

Signé ne veut pas dire ouvert. Entre la plume et le quai, il y a la ratification.

Le quatrième nom a une longue histoire. Les négociations avec le Mercosur, suspendues depuis 2021, ont repris en septembre 2025 après une rencontre à Brasilia entre Maninder Sidhu et le ministre brésilien des Affaires étrangères, Mauro Vieira, selon le cabinet Gardiner Roberts.

Dix-huit pays à la table

Le Forum des politiques publiques a fait le compte le 10 septembre. Le Canada négocie avec six partenaires, soit dix-huit pays au total.

Il est déjà le seul pays du G7 à avoir des accords avec tous les autres membres du G7. Il a quinze autres accords, avec 51 pays, écrit l'auteur, Steve Verheul, ancien négociateur en chef du Canada pour l'ACEUM et l'accord avec l'Europe.

Il y a l'Indonésie, signée. Il y a les Philippines, à plus de 90 %. Il y a l'ANASE, visée pour novembre. Il y a le Mercosur, relancé. Il y a l'Inde, promise pour décembre.

Des accords, le Canada en a beaucoup. Des clients hors d'Amérique, beaucoup moins.

Voilà la vraie question de la diversification. Elle n'est pas juridique. Elle est commerciale.

Signer est facile. Vendre, beaucoup moins.

Ce que Washington voulait surveiller

Août, les pourparlers rompus

Il y a pourtant une chose que ces accords valent déjà. Washington l'a dit sans le vouloir.

Pendant les discussions d'août, les États-Unis ont réclamé une forme de droit de regard sur les négociations du Canada avec d'autres pays, écrit le Forum des politiques publiques. Le texte parle d'une demande « apparente ».

Les pourparlers ont échoué en août. Washington a ensuite imposé de nouveaux droits de 50 % sur des produits canadiens. Reuters, le 3 septembre, y voit un test plus dur à venir pour nos exportateurs.

Le prix d'une option

On ne demande pas à surveiller ce qui ne vaut rien.

Mark Carney l'a formulé à sa manière, cité par le Forum. Nos liens étroits avec les États-Unis « sont devenus des faiblesses que nous devons corriger ».

Si l'Inde, Manille et le Mercosur ne pesaient vraiment rien, personne à Washington ne voudrait lire nos brouillons.

Washington l'a compris. Nous aussi.

La diversification vaut d'abord comme option. Le droit de signer ailleurs. Le droit de dire non sans perdre tous ses clients.

Le Forum juge ces efforts américains pour limiter nos négociations « particulièrement préoccupants ». Il recommande de préserver avant tout notre capacité à négocier hors d'Amérique du Nord.

Un droit qu'on veut vous prendre a une valeur.

66,35 %

La gravité, selon EDC

Voici maintenant l'objection la plus forte, et elle vient de gens sérieux.

La géographie gagne toujours. Le seul poids de la gravité attire les exportateurs vers le marché américain, a dit l'économiste en chef d'Exportation et développement Canada, Stuart Bergman, à Reuters le 3 septembre.

Verheul l'écrit aussi. La géographie, l'histoire et l'attraction de l'économie américaine feront probablement des États-Unis notre principale destination.

C'est vrai. Et le chiffre de juillet dit quelque chose de neuf.

Le plus bas depuis 1997

La part américaine était de 72,64 % il y a un an, selon Reuters. La part américaine était de 69,39 % en juin. La part américaine est tombée à 66,35 % en juillet.

C'est le plus bas depuis 1997, hors pandémie, note le Forum. Depuis le début de l'année, la part tourne autour de 68 %, contre 73 % un an plus tôt.

Les exportations vers les autres pays ont augmenté de 7,4 % en juillet. Troisième hausse mensuelle de suite. Un record de 25,6 milliards, selon Statistique Canada.

La gravité existe. Et pourtant, elle vient de perdre six points en un an.

Bergman lui-même juge encourageant de rester sous la barre des 70 %.

La gravité tient. Elle n'est plus immobile.

Du fer, du combustible, du canola

Les Pays-Bas, la Chine, l'Allemagne

Il faut maintenant regarder ce qui a fait le record. C'est là que ça coûte.

Les hausses vers les Pays-Bas portent sur le minerai de fer, le combustible nucléaire et le pétrole brut. Vers l'Allemagne, sur les minerais de cuivre. Vers la Chine, sur des produits variés, écrit Statistique Canada.

Le canola a bondi de 43,2 % en juillet. Les avions et le matériel de transport, de 34,9 %.

Des ressources. Surtout des ressources.

Le reste du tableau suit. L'excédent avec les États-Unis a fondu de 10,3 à 5,9 milliards en un mois. Le déficit avec les autres pays est tombé à 5,1 milliards, son plus bas depuis janvier 2021.

Verheul le dit sans détour : se détourner du marché américain exigera d'abord de vendre plus de ressources naturelles et moins de produits manufacturés.

Seize jours d'Amérique

Revenons à l'unité. Le mois record hors des États-Unis, 25,6 milliards, représente environ seize jours d'exportations vers le sud au rythme de juillet.

Seize jours, c'est beaucoup plus que deux et demi. C'est aussi un record porté par le minerai, le combustible et le pétrole. Pas par l'auto.

Le progrès est réel. Il est minéral. Qui vendra nos pièces d'auto à Manille ?

L'unité change donc de sens. Elle ne mesure plus seulement la taille. Elle mesure qui reste sur le quai.

Le minerai trouve des clients. L'usine cherche les siens.

Huit passages de frontière

L'auto qui traverse

Une voiture assemblée en Ontario peut traverser la frontière jusqu'à huit fois avant l'assemblage final, rappelle le Forum.

Huit fois. Des pièces qui partent, reviennent, repartent. Une chaîne cousue des deux côtés.

Aucun accord avec Manille ne recoud cette chaîne. Aucun accord avec Delhi. Aucun accord avec Brasilia.

L'acier, l'aluminium et l'automobile sont les secteurs les plus exposés aux mesures américaines, écrit Verheul. Ce sont aussi ceux que la diversification sert le moins vite.

Ceux qui attendent

Je pense aux quarts de nuit dans les usines de pièces. Au bruit de la presse qui s'arrête plus tôt. Au casier qu'on vide un vendredi.

Environ 55 000 emplois manufacturiers ont disparu au Canada entre janvier 2025 et janvier 2026, selon des données de la Banque du Canada citées par la BBC.

Ceux-là ne vendraient pas leurs pièces à Jakarta l'an prochain, même avec un accord signé. Ils attendent l'Amérique.

La diversification les protège mal. Elle protège le pays.

C'est ce que je trouve le plus dur à écrire. Je ne sais pas quoi dire à celui qui vide son casier. Sinon que le pays…

Diversifier protège le pays. L'ouvrier, lui, attend.

Le prix de Delhi

Six diplomates expulsés

Il y a un autre coût, et il ne se chiffre pas.

En 2023, le militant sikh canadien Hardeep Singh Nijjar a été abattu en Colombie-Britannique. La Gendarmerie royale a ensuite dit disposer de preuves liant des agents du gouvernement indien à des homicides et à d'autres actes violents au Canada, rappelle l'AP.

Ottawa a expulsé six diplomates indiens. L'Inde a nié toute implication. Elle accuse le Canada d'abriter des séparatistes sikhs.

Le premier voyage depuis 2018

Mark Carney a rebâti vite. Sa visite en Inde plus tôt cette année était la première visite bilatérale d'un premier ministre canadien depuis 2018, selon l'AP.

Le Forum prévient que certains nouveaux marchés poseront des questions éthiques et morales. Le public canadien ne restera pas indifférent aux relations qui mettent nos valeurs en cause, écrit-il.

Je signerais quand même. Mais je voudrais que le dossier Nijjar reste ouvert pendant qu'on signe.

Un accord commercial n'efface pas une enquête. Combien de temps les deux peuvent-ils cohabiter ?

Commerce négociable, justice non négociable.

La troisième voie, déjà

Pierre Trudeau, Stephen Harper

Le Canada a déjà essayé. Plusieurs fois.

La « troisième option » de Pierre Trudeau. Le Plan d'action sur les marchés mondiaux de Stephen Harper. Les deux n'ont eu qu'un succès limité, rappelle le Forum.

L'accord avec l'Europe en donne une mesure récente. Seulement 60 % de sa valeur potentielle est exploitée, selon Affaires mondiales Canada cité par le Forum.

Le bœuf qui n'est pas parti

Le Forum cite le bœuf. Malgré un accès préférentiel en Europe, peu de producteurs canadiens ont changé de marché. Les règles européennes sur les hormones et le lavage des carcasses étaient trop coûteuses à suivre.

La relation américaine était trop rodée, trop fluide, trop payante pour justifier l'effort.

Un accès n'est pas un client. Un client n'est pas une habitude.

Et pourtant, la différence d'aujourd'hui est nommée par le même auteur.

Hier, on diversifiait par principe. Aujourd'hui, par nécessité.

Plus de 30 % du commerce mondial

Ce qui a changé

La différence cruciale, écrit Verheul, c'est que les États-Unis sont devenus un partenaire peu fiable, voire hostile. D'où un appui populaire sans précédent à la diversification.

Pierre Trudeau n'avait pas de droits de 50 % sur le dos. Stephen Harper non plus.

L'Union européenne et les douze pays de l'Accord de partenariat transpacifique global et progressiste pèsent ensemble plus de 30 % du commerce mondial, selon le Forum. Plus du double de la part qui touche les États-Unis.

Membre associé

La semaine précédente, Mark Carney a évoqué la perspective que le Canada devienne le premier membre associé de l'Union européenne, rapporte l'AP.

Des liens plus profonds avec l'Europe empêcheraient qu'un seul pays contrôle nos marchés ou mine notre souveraineté, a-t-il plaidé, selon la même dépêche.

C'est le bon argument. Il n'est pas commercial. Il est politique.

Il ne promet pas un client de remplacement. Il promet qu'aucun client ne pourra plus nous dicter nos autres contrats.

L'Europe ne remplace pas l'Amérique. Elle empêche qu'on nous enferme.

Une assurance, pas une rechange

300 milliards de plus

Le gouvernement veut doubler les exportations hors des États-Unis en dix ans. Cela représente 300 milliards de commerce supplémentaire, selon le Forum.

C'est possible. Juillet a montré un rythme record. Mais le chemin se compte en années. L'usine, elle, compte en semaines.

Une assurance ne remplace pas la maison. Elle permet de dormir.

Le vrai calcul

Le calcul honnête tient en trois lignes.

L'Inde, en marchandises : deux jours et demi d'Amérique par an. Le record hors États-Unis : seize jours par mois. Le reste du mois : l'Amérique.

Ce n'est pas une Amérique de rechange : l'Inde pèse deux jours et demi. Ce n'est pas un client pour l'usine : le record de juillet vient du minerai. Ce n'est pas un coup de tête : quatre rondes de négociations avec l'Inde sont terminées. Ce n'est pas un détail pour Washington : il voulait regarder nos négociations. Ce n'est pas gratuit : le dossier Nijjar pèse entre les deux pays.

C'est une assurance.

La diversification ne nous libère pas des États-Unis. Elle nous libère de leur permission.

C'est moins spectaculaire qu'une Amérique de rechange. C'est plus solide.

On n'achète pas un autre voisin. On achète une sortie de secours.

Le droit de signer vaut plus que Manille

Novembre, décembre

Novembre, Manille. Décembre, le G20 et peut-être l'Inde. 2027, la signature prévue avec l'ANASE.

Chaque date apportera une photo et une poignée de main. Aucune n'apporterait, d'ici l'hiver, un nouveau client à l'usine de pièces d'Ontario.

Il faudra le dire aux ouvriers, sans slogan. Leur dire aussi pourquoi il faut signer quand même.

Sans promesse. Avec les chiffres.

Notre part

Nos emplois d'usine peuvent-ils attendre que Delhi et Manille deviennent de vrais clients ?

Le droit de négocier ailleurs, Washington voulait le surveiller. Nous l'avons gardé.

Il ne nourrit pas encore une usine. Il empêche qu'on la ferme sur ordre.

Deux jours et demi d'Amérique, une assurance, et le droit de signer.

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). OPINION : Carney court après l'Inde et Manille, il achète une assurance, pas une Amérique de rechange. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/opinion-carney-court-apres-l-inde-et-manille-il-achete-une-assurance-pas-une-amerique

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Maxime Marquette
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