CHRONIQUE : Gillibrand veut rembourser les Américains, Trump bannit mardi la bière et le cidre canadiens
La sénatrice Kirsten Gillibrand a rappelé jeudi, le 24 septembre, que des brasseries de l'État de New York font leur bière avec de l'orge maltée au Canada.
- La sénatrice Kirsten Gillibrand a rappelé jeudi, le 24 septembre, que des brasseries de l'État de New York font leur bière avec de l'orge maltée au Canada.
- Une brasserie, fin septembre
- Dans une brasserie, n'importe laquelle, c'est l'heure calme.
Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.
Une brasserie, fin septembre
L'orge du nord
La sénatrice Kirsten Gillibrand a rappelé jeudi, le 24 septembre, que des brasseries de l'État de New York font leur bière avec de l'orge maltée au Canada.
Dans une brasserie, n'importe laquelle, c'est l'heure calme. Les cuves chuintent. Un sac d'orge, rugueux sous la main, attend contre le mur. Personne ne lit l'étiquette d'origine.
Le malt vient du nord. La bière part vers le sud de l'État. Le client ne pense pas à la frontière.
Le client commande une pinte. Il ne demande pas d'où vient l'orge. Il ne le demandera pas mardi non plus.
C'était l'ordre des choses. Un ordre tranquille.
Mardi, autre chose
Le 29 septembre, cet ordre change de nature. Ce jour-là, la bière canadienne n'entrera plus aux États-Unis. Le cidre non plus. Le vin, les spiritueux, certains produits laitiers, les motos, la mélasse non plus.
C'est la liste que rapporte le Press-Republican de Plattsburgh.
La brasserie ne perd pas son orge mardi. Elle perd son voisin de tablette.
Deux pays dans le même verre.
Jeudi, une conférence virtuelle
Le 24 septembre
Le 24 septembre, Gillibrand tient une conférence de presse virtuelle. Son bureau publie un communiqué le même jour.
Elle réclame l'adoption de sa loi. Le nom en anglais forme un jeu de mots : BAD DEAL, le mauvais marché. Le jeu est voulu. Il vise Trump.
Le titre complet parle de bannir des droits d'un autre âge et de rétablir des prélèvements équitables.
Trois promesses
La loi abrogerait tous les droits imposés en vertu de l'article 338 de la loi tarifaire de 1930. Elle rembourserait aux Américains tous les droits déjà payés sous cette autorité. Elle arrêterait l'interdiction prévue pour mardi.
Elle veut que la loi abroge. Elle veut que la loi rembourse. Elle veut que la loi arrête ce qui commence mardi.
Abroger. Rembourser. Arrêter.
Trois verbes. Aucun n'est au présent.
La semaine précédente, Gillibrand a déposé le texte au Sénat avec Peter Welch, du Vermont. Jacky Rosen, du Nevada, et Amy Klobuchar, du Minnesota, le coparrainent.
Trois verbes au conditionnel contre une date au présent.
Ce que dit le texte
H.R. 10175
Le texte existe déjà à la Chambre. Le représentant Brad Schneider, de l'Illinois, l'a déposé le 27 août, sous le numéro H.R. 10175.
Sa section 2 est courte. L'article 338 de la loi tarifaire de 1930 est abrogé. Toute proclamation présidentielle fondée sur lui devient nulle et sans effet.
Sept représentants le coparrainent, dont Tim Kennedy, de New York, selon le texte déposé.
Puis vient le remboursement. Le président doit prendre les mesures nécessaires pour rembourser les droits perçus en vertu de ces proclamations. Avant, pendant ou après l'entrée en vigueur de la loi.
Ce que le texte ne dit pas
Le texte ne dit pas de délai. Il ne dit pas comment. Il ne dit pas si le remboursement irait à l'importeur, au détaillant ou au client.
Il dit seulement : rembourser.
Il ne touche pas non plus aux autres tarifs. Ni à l'acier, ni à l'aluminium frappés au nom de la sécurité nationale. Il vise un seul article, celui de 1930. C'est sa force. C'est aussi sa limite.
C'est peu. C'est aussi un aveu écrit dans une loi. Ces droits auraient été pris à tort.
Un importateur qui a payé en août lira ce mot deux fois. Un client qui a payé plus cher sa bouteille ne le lira pas. Il ne saura même pas qu'il est concerné.
Rembourser, c'est reconnaître qui a payé.
Un article jamais utilisé
Le 20 juillet, le 8 septembre
L'article 338 date de 1930. Aucun président ne l'avait expressément invoqué pour imposer des tarifs avant Donald Trump, selon le Service de recherche du Congrès.
Le 20 juillet, Trump a signé trois proclamations : droits de 50 % contre ce qu'il appelle une discrimination canadienne sur l'alcool, les produits laitiers et les véhicules. Le 8 septembre, il a signé les interdictions qui entrent en vigueur mardi, toujours selon le même service.
Des tarifs, puis des interdictions. Une escalade en deux marches.
Du côté de ceux qui paient
Je suis du côté de ceux qui paient ces droits. Les importateurs et les ménages américains. Les brasseurs et les producteurs canadiens.
Je suis contre les proclamations de Donald Trump fondées sur l'article 338. Parce que mardi, une loi de 1930 jamais utilisée avant cet été fermera la frontière à des produits entiers.
Mardi, une loi de 1930 bannit notre bière.
Vieille loi, politique neuve, facture présente.
Cinquante pour cent, puis le mur
Le plafond de la loi
Pourquoi 50 % ? Parce que c'est le maximum.
L'article 338 permet au président d'imposer des droits pour compenser une discrimination. Jusqu'à 50 %, pas plus, explique le Service de recherche du Congrès.
Une fois le plafond atteint, la loi offre une marche suivante.
La marche suivante
Si le pays visé maintient ou accroît sa discrimination, le président peut exclure ses produits du territoire.
Exclure. Pas taxer. Exclure.
C'est ce qui arrive mardi.
Trump a pris le maximum. Puis l'étape d'après. En moins de deux mois.
Une loi de 1930 avait prévu l'escalade. Il suffisait que quelqu'un la monte.
Au bout du plafond, il n'y a qu'un mur.
Qui paie un droit de douane
Jusqu'à 10 milliards par année
Un droit de douane se paie à la frontière. Par l'importateur. Puis, souvent, par celui qui achète.
Personne ne l'affiche. Tout le monde le paie.
Les nouveaux droits de 50 % pourraient coûter jusqu'à 10 milliards de dollars par année aux entreprises et aux ménages américains, affirme le communiqué de Gillibrand.
L'État de New York importe à lui seul plus de 20 milliards de dollars de biens canadiens chaque année, selon le même document.
La liste de l'été
Le Press-Republican énumère les produits frappés par les droits. Du papier. De l'acier. De l'aluminium. Du fromage. Des articles de cuir. Des bateaux à moteur. Des matelas. Des lampes.
Un matelas taxé ne se voit pas. On le paie une fois, en se disant que tout augmente. On tâte le tissu au magasin. On ne tâte pas le droit de douane.
La sénatrice avance un autre chiffre : les familles de New York paieraient déjà plus de 5 500 dollars de plus à cause des tarifs et d'autres politiques de Trump. Le chiffre est le sien. Je le rapporte comme tel.
Le droit se perçoit à la douane. Il se paie à la caisse.
Ce qui traverse chaque jour
Potasse, orge, électricité
Gillibrand dresse l'inventaire de ce qui passe la frontière, selon le Press-Republican. Son communiqué rappelle que le Canada est l'un des plus grands marchés d'exportation de l'État, pour les biens comme pour les services.
Plus de la moitié des exportations agroalimentaires de l'État partent vers le nord. Les agriculteurs du nord de l'État fertilisent leurs champs avec de la potasse canadienne. Des brasseries, de l'ouest de l'État à Long Island, utilisent de l'orge maltée au Canada. De l'électricité canadienne chauffe des maisons et des entreprises.
Les tarifs ont fait grimper le coût de tout cela, dit-elle.
Une économie cousue
Ce n'est pas un commerce entre étrangers. C'est une couture.
La potasse part d'un côté. Le blé revient de l'autre. L'orge traverse, devient malt, revient en bière.
Chaque point de couture a désormais un prix. Et le fil appartient à celui qui signe les proclamations.
La sénatrice ne parle pas du Canada comme d'un fournisseur. Elle en parle comme d'une moitié de l'économie de sa région.
On ne coupe pas une couture sans abîmer les deux pans.
Six dollars vingt-sept
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Le chiffre de la sénatrice
Jeudi, Gillibrand lance un chiffre qui frappe. Le mazout coûte aux New-Yorkais 6,27 $ le gallon, dit-elle, selon CNY Central.
Elle ajoute que les prix de l'épicerie, de l'essence, de l'électricité et du logement explosent, à cause des tarifs de Trump et de sa politique étrangère.
Le chiffre frappe. Il porte mal.
Ce que dit l'EIA
Voici le fait qui dérange mon camp. Le mazout n'est pas d'abord une affaire de tarifs canadiens.
Le 9 septembre, l'Agence américaine d'information sur l'énergie prévoyait des stocks de distillats sous les 100 millions de barils en septembre. Elle estimait les marges du diesel au-dessus de 2 $ le gallon d'août à novembre.
La détente, écrit-elle, suppose un retour du trafic normal des pétroliers dans le détroit d'Ormuz. Les faibles stocks pourraient aussi faire monter le mazout résidentiel dans le Nord-Est.
Ormuz. Des stocks bas. Des raffineries en entretien. Pas le cidre de mardi.
La sénatrice le sait en partie, puisqu'elle accuse aussi la politique étrangère. Et pourtant, elle place le chiffre au cœur d'une conférence sur le Canada.
C'est vrai, et cela ne change pas qui paie la bière interdite, le matelas taxé, le fromage à 50 %.
À bon combat, chiffres exacts.
Ce que Washington reproche
Le fromage et les tablettes
L'objection de la Maison-Blanche a sa forme forte. Le Canada discriminerait les produits américains.
Le grief existe. Il faut le dire. Il faut aussi le lire jusqu'au bout.
Ses détaillants obtiennent des parts du contingent de fromage prévu par l'accord avec l'Union européenne, pas des contingents laitiers de l'accord nord-américain, selon le Service de recherche du Congrès.
Et les régies provinciales ont retiré la plupart des alcools américains des tablettes, rappelle le Press-Republican.
La riposte d'Ottawa
Ottawa a aussi imposé des contre-tarifs sur environ 27,6 milliards de dollars canadiens de produits américains, à 15, 25 ou 50 %, écrit Hashtag Investing.
Vu de Washington, la boucle est simple. Le Canada a frappé. Trump répond.
Et pourtant, la boucle a un début. Il faut le dater.
Toute riposte prétend être la première réponse.
Le début de la boucle
Les tablettes vidées, d'abord
Les provinces ont vidé leurs tablettes en réponse aux tarifs imposés par Trump en vertu de la loi sur les pouvoirs économiques d'urgence, écrit le Service de recherche du Congrès.
Ces tarifs-là, la Cour suprême des États-Unis a jugé en février 2026 que la loi ne permettait pas au président de les imposer, selon le même service.
Le grief de l'alcool répond donc à une taxe que la plus haute cour américaine a jugée non autorisée par la loi.
Le fromage, déjà jugé
Sur les contingents laitiers, un premier groupe spécial de l'accord nord-américain a donné tort au Canada en 2021. Un second lui a donné raison en 2023, rappelle le même rapport.
Le même rapport ajoute un fait moins commode pour Ottawa. En juin 2025, le Parlement canadien a adopté une loi qui interdit d'élargir les contingents laitiers dans les négociations futures. Le Canada a donc, lui aussi, fermé une porte par la loi.
Le différend avait pourtant un tribunal. Il avait un verdict.
L'article 338 a remplacé le tribunal par une proclamation.
Proclamer, c'est trancher sans appel.
Quatre sénateurs démocrates
Six semaines avant le scrutin
Autre fait qui dérange. Les quatre parrains de la loi au Sénat sont démocrates : Gillibrand, Welch, Rosen, Klobuchar.
Les Américains votent le 3 novembre. Le Sénat part en période de travail dans les États du 5 octobre au 6 novembre, selon Hashtag Investing.
Il reste une fenêtre étroite. Il faut encore une majorité au Sénat. Il faut encore une majorité à la Chambre. Il faut encore les deux tiers des voix dans chaque chambre pour renverser un veto du président.
Personne ne parie sur ce calendrier.
Une loi aussi de campagne
Cette loi est donc aussi une pièce de campagne. Elle promet de baisser les coûts dans une année électorale. Gillibrand accuse Trump et les républicains d'avoir rendu la vie plus chère que jamais.
C'est de bonne guerre en politique américaine. Ce n'est pas une raison de rejeter le texte.
Un projet partisan peut dire vrai. Celui-ci dit une chose vraie : les droits de l'article 338 ont été payés par des Américains.
Un texte partisan peut porter une facture exacte.
La note de mardi
Ce qui ne passera plus
Mardi, les camions chargés de bière canadienne ne passeront plus. Le cidre restera au nord. Les motos aussi.
Il y a le distributeur américain. Il vendait ces bières depuis des années. Il y a le restaurant près de la frontière. Sa carte offrait des cidres du Québec.
Il y a le brasseur canadien. Il perd un marché d'un trait de plume. Il y a le motocycliste. Il attendait une livraison. Il y a le client. Il paiera plus cher ce qui reste.
Le bruit d'une porte
Une interdiction ne fait pas de bruit. Pas de sirène. Pas de manifestation. Un code douanier change, et un quai reste vide.
On entend seulement, au matin, un camion qui ne vient pas.
La loi de Gillibrand ne rendra pas ce matin-là. Au mieux, elle rendra l'argent.
Mardi, il n'y aura pas de photo. Il y aura des tablettes. Des tablettes où l'on déplace les bouteilles pour cacher le trou.
Une interdiction se remarque par ce qui manque.
Rembourser, un verbe rare
La clause de remboursement
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Dans cette loi, un mot compte plus que les autres. Rembourser.
D'ordinaire, un droit perçu reste perçu. Cette clause exige l'inverse pour ceux de l'article 338. Elle vise ce qui a été perçu avant, pendant et après.
Elle ne rend pas les commandes perdues. Elle ne rend pas les clients partis. Elle rend une somme.
Rembourser, dans une guerre de tarifs, c'est admettre une chose simple. L'argent perçu à la frontière n'appartenait pas à l'État qui l'a encaissé.
Ce que Gillibrand a déjà tenté
Ce n'est pas sa première tentative. L'an dernier, elle a coparrainé une loi pour mettre fin aux tarifs de Trump et rembourser les petites entreprises, rappelle son communiqué. En mars, une autre, pour exempter les petites entreprises d'une nouvelle série de droits.
Les tarifs, eux, sont toujours là. Et pourtant, ces textes ont laissé une trace.
Une trace compte le jour où un tribunal ou un Congrès cherche qui savait quoi.
La trace d'aujourd'hui sert le procès de demain.
L'Europe, et l'énergie
Une inquiétude de sénatrice
Gillibrand s'inquiète aussi du rapprochement du Canada avec l'Union européenne, poussé en bonne partie par cette guerre de tarifs, selon le Press-Republican. S'il s'arrime à ce bloc, le commerce transfrontalier pourrait devenir encore plus difficile, estime-t-elle.
Elle ne craint pas, pour l'instant, que le Canada coupe l'énergie. Ce serait une guerre armée, pas une guerre commerciale, dit-elle.
Elle espère aussi que les ambitions guerrières du président s'arrêteront à l'Iran. La phrase est dure. Elle est la sienne.
Ce qu'un allié ne fait pas
Elle a raison sur l'énergie. Ottawa n'a pas coupé le courant. Ottawa n'a pas fermé le gaz.
J'avoue une gêne. Il a fallu qu'une sénatrice américaine dise tout haut qu'Ottawa ne couperait pas l'énergie. Qu'on ait eu besoin de le dire, entre ces deux pays, voilà ce qui me serre la gorge.
Il a riposté par des droits, « dollar pour dollar », selon sa formule rapportée par le Service de recherche du Congrès. Il a cherché d'autres clients.
Voilà la différence entre un allié blessé et un adversaire.
L'allié blessé garde la lumière chez le voisin.
La bière reste au nord
Mardi matin
Mardi matin, dans la brasserie, les cuves chuinteront comme avant. L'orge maltée au Canada arrivera peut-être encore. La bière canadienne, elle, n'aura plus de place sur la tablette d'à côté.
Le verre n'aura plus deux pays. Il en aura un, et une facture.
Et pourtant, rien n'oblige cette facture à durer. Un article de loi s'abroge comme il s'adopte.
La part qui revient aux électeurs
Le Congrès peut abroger l'article 338. Il ne l'a pas encore fait. Il en a le pouvoir. Il lui manque des voix.
Ceux qui paient la note de mardi le rappelleront-ils à leurs élus d'ici le 3 novembre ?
La réponse se lira dans un registre de vote.
Et dans une urne.
Mardi, la bière reste au nord, la facture au sud.
Sources :
Sources Primaires :
- Bureau de la sénatrice Kirsten Gillibrand, communiqué repris par Orleans Hub — la loi BAD DEAL et l'interdiction du 29 septembre, 24 septembre 2026
- Congrès des États-Unis — texte du projet de loi H.R. 10175, abrogation de l'article 338 et remboursements, 27 août 2026
- Agence américaine d'information sur l'énergie — perspectives à court terme, distillats et mazout, 9 septembre 2026
Sources Secondaires :
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Citer cet article
Maxime Marquette (2026). CHRONIQUE : Gillibrand veut rembourser les Américains, Trump bannit mardi la bière et le cidre canadiens. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/chronique-gillibrand-veut-rembourser-les-americains-trump-bannit-mardi-la-biere-et-le
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