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La ChroniqueAnalyse· N° 7722

ANALYSE : Sous les tarifs, le boycottage cède sur la route, l'avion ne regagne que 3 581 retours

Statistique Canada a publié le 22 septembre 2026 un chiffre que l'industrie attendait depuis presque trois ans. En juillet, les retours en avion des Canadiens depuis les États-Unis ont augmenté de 0,6 %.

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  1. Statistique Canada a publié le 22 septembre 2026 un chiffre que l'industrie attendait depuis presque trois ans. En juillet, les retours en avion des Canadiens depuis les États-Unis ont augmenté de 0,6 %.
  2. Statistique Canada a publié le 22 septembre 2026 un chiffre que l'industrie attendait depuis presque trois ans.
  3. En juillet, les retours en avion des Canadiens depuis les États-Unis ont augmenté de 0,6 % .
Transparence

Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.

567 047 retours en avion

Juillet, un premier plus

Statistique Canada a publié le 22 septembre 2026 un chiffre que l'industrie attendait depuis presque trois ans. En juillet, les retours en avion des Canadiens depuis les États-Unis ont augmenté de 0,6 %.

C'est la première hausse depuis août 2023. C'est la fin d'une série de 34 mois de baisses.

Le compte exact : 567 047 retours en avion. Un par un. Une valise par tapis.

On entend le tapis à bagages repartir en grinçant. On reconnaît sa valise au ruban noué à la poignée. On rentre.

Sur 108 743 perdus

Il faut maintenant poser ce chiffre à côté des deux autres juillets. Statistique Canada les donne dans le même tableau.

Juillet 2024 : 672 209 retours en avion. Juillet 2025 : 563 466. Juillet 2026 : 567 047.

3 581 retours regagnés sur 108 743 perdus.

Trois pour cent.

Voilà ce que rend le premier plus en 34 mois, sur ce que l'avion avait perdu en un an.

Plus 0,6 %, après trente-quatre mois de moins.

Trente-quatre mois vers le bas

Depuis août 2023

La série commence avant les tarifs. Août 2023 est la dernière hausse d'avant, selon Statistique Canada.

Puis vient 2025. Les voyages des Canadiens vers le sud s'effondrent. Les passages de retour depuis les États-Unis baissent de 25,4 % sur l'année, écrit l'agence dans un bilan publié le 22 juillet.

Le creux tombe en juillet 2025. Près d'un tiers de moins qu'un an plus tôt.

En 2024, les Canadiens avaient fait 39 millions de passages de retour depuis les États-Unis. Les trois quarts de tous leurs retours de l'étranger. À la fin de 2025, ce n'était plus que les deux tiers.

Depuis 1972, une baisse de plus de 30 % n'avait été vue qu'une seule fois, rappelle l'agence. En septembre 2001.

Septembre 2001. Juillet 2025. Deux chocs. Un seul provoqué par la politique d'un allié.

Avril, mai, juin

Puis la pente ralentit. TheTravel a relevé les chiffres mensuels de l'agence pour l'avion.

Moins 7,1 % en avril. Moins 3,2 % en mai. Moins 1,2 % en juin. Plus 0,6 % en juillet.

Chaque mois perdait moins que le précédent. Juillet a franchi la ligne. De justesse.

Et pourtant, ces pourcentages se mesurent contre 2025, une année déjà effondrée, prévient TheTravel.

Perdre moins, ce n'est pas regagner.

La route passe avant l'avion

2 168 046 retours en auto

Le vrai mouvement de juillet n'est pas dans le ciel. Il est sur l'autoroute.

Les retours en automobile depuis les États-Unis ont augmenté de 12,6 % en un an. Ils atteignent 2 168 046, selon le tableau de Statistique Canada.

Au total, les Canadiens sont revenus de 2,8 millions de voyages au sud en juillet. C'est 10,1 % de plus qu'en juillet 2025.

C'est le quatrième mois de hausse de suite. Après quinze mois de baisses.

Et c'est encore 25,6 % sous juillet 2024.

Six sur dix, le jour même

Parmi ces retours en auto, 59,8 % sont des allers-retours dans la journée.

Le plein d'essence. Le colis au bureau de poste de l'autre côté. La visite éclair. On tend le passeport par la fenêtre, le moteur tourne, on repart.

L'auto avait le plus perdu. Juillet 2024 comptait 3 001 539 retours en automobile. Juillet 2025, 1 925 929.

Elle regagne aussi le plus vite : 242 117 retours de plus en un an. Près du quart de ce qui avait disparu.

Ce texte dit une chose que le titre de juillet cache. Le boycottage ne cède pas d'abord dans l'avion des vacances. Il cède sur la route courte, celle qu'on peut décider le matin même.

Le matin même. Sur un coup de tête.

Statistique Canada l'avait noté pour 2025 : il est plus facile de changer un voyage en auto qu'un voyage en avion.

Le boycottage cède d'abord au plus court.

Un pont neuf à Windsor

Le 27 juillet

Une partie de ce retour a une adresse. Windsor.

Le pont international Gordie-Howe a ouvert le 27 juillet 2026 entre Windsor et Detroit. Du 27 au 31 juillet, 23 500 résidents canadiens l'ont emprunté pour rentrer, selon Statistique Canada.

Le Financial Post lie en partie la hausse des retours en auto à cette nouvelle route.

En août, premier mois complet, le pont a servi à 134 900 retours de Canadiens en auto. Dont 56,7 % dans la journée.

Moins 35,4 % sur l'Ambassador

Au même moment, le pont Ambassador et le tunnel Windsor-Detroit ont vu passer 348 000 résidents canadiens et américains en auto. C'est 35,4 % de moins qu'en août 2025, selon l'agence.

Un nouveau passage. Un ancien qui se vide.

Ce pont a lui-même attendu. Il devait ouvrir au début de juin, rappelle le Financial Post. Un différend entre Washington et Ottawa sur l'indemnisation l'a retardé. Selon des sources citées par Bloomberg, le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, serait intervenu pour repousser l'ouverture.

Et pourtant, le camion, lui, roule. En août, 34 800 camions sont entrés au Canada par le nouveau pont. Aux deux autres passages de Windsor, 87 400, en hausse de 0,4 %.

Une partie du trafic n'a donc pas ressuscité. Elle a changé de voie.

Quelle part exacte ? Le chiffre global ne le dit pas. Il dit seulement qu'un pont neuf fausse la lecture d'un seul mois.

Un pont neuf déplace aussi les chiffres.

Août, sous les tarifs

Plus 8,8 %

Le chiffre de juillet précède la dernière escalade, souligne le National Post. Celui d'août, non.

Le 11 septembre, Statistique Canada a publié son indicateur avancé pour août. Les retours depuis les États-Unis atteignent 2,6 millions, en hausse de 8,8 %. Cinquième mois de hausse de suite.

En août, les retours en auto progressent de 9,9 % sur un an. Ils restent 27,4 % sous août 2024.

En août, les retours en avion progressent de 3,6 %. Ils restent 22,7 % sous août 2024.

En août, les chiffres restent préliminaires. Le compte complet paraîtra le 22 octobre.

Le 22 août, le 8 septembre

Pendant ce mois-là, Washington a durci le ton. Le 22 août, des droits de 50 % frappent certains produits canadiens, rapporte le Boston Globe. Le National Post chiffre les biens visés à 28 milliards de dollars.

Le 27 août, Donald Trump signe un décret pour rebaptiser le lac Ontario « lac Amérique », rappelle le National Post. Ottawa riposte par des contre-tarifs le 8 septembre, selon le Boston Globe.

Le lundi 3 août, congé civique, 176 900 résidents canadiens sont rentrés de l'étranger en une seule journée, selon l'agence. Le record du mois.

La guerre s'aggrave. Les retours augmentent quand même.

Voilà le paradoxe du mois. Il n'a rien de joyeux.

Washington durcit. La route roule quand même.

« New York aime le Canada »

Moins 26 % en 2025

Le 21 août, la gouverneure de l'État de New York, Kathy Hochul, a lancé une promotion baptisée « New York aime le Canada ».

Des rabais dans les attraits et l'hébergement, jusqu'en décembre 2026. Le programme met en avant des économies pour compenser le taux de change, selon l'office de tourisme de l'État.

La raison est dans le même communiqué. Les voyages de Canadiens vers l'État de New York ont chuté de 26 % en 2025. Leurs dépenses, de 28 % par rapport à 2024.

Le Canada est le premier marché international de l'État. Surtout pour les régions frontalières : les chutes du Niagara, les Mille-Îles, les Adirondacks.

Las Vegas était allée plus loin : son programme At Par traitait le dollar canadien comme un dollar américain, selon le Boston Globe.

Le 29 septembre, 0 h 01

New York dit qu'il aime. Washington, lui, interdit.

Mardi, à 0 h 01, les États-Unis interdiront l'importation de certains alcools, produits laitiers, mélasses et motos du Canada, rapporte CBC.

Une invitation d'Albany. Une interdiction de Washington. Le même voyageur reçoit les deux.

Lequel des deux messages pèse le plus au moment de réserver ?

Albany courtise, Washington interdit.

Jay Peak a compté ses skieurs

Moins 20 à 25 %

De l'autre côté, la facture a des noms. Le Boston Globe en publie un le 13 septembre.

Jay Peak, station de ski du Vermont près de la frontière. Son directeur général, Steve Wright, estime la baisse de la clientèle canadienne entre 20 et 25 % l'hiver dernier. De mémoire, précise-t-il.

Les skieurs américains ont augmenté d'environ 40 %. La saison a été record, grâce à 450 pouces de neige.

Le mois dernier, il a publié un message aux Canadiens. « La frontière semble peut-être différente en ce moment. Pas nous », écrivait-il. Vous êtes nos voisins, nos amis, ajoutait-il.

Burlington, moins 48 %

Une étude de l'Université de Toronto, fondée sur des données de téléphones cellulaires, mesure une baisse médiane d'environ 42 % des visites canadiennes dans les villes américaines, selon le Boston Globe.

Boston perd 52 %. Burlington, 48 %.

La neige a fait la saison de Jay Peak. La neige ne tombe pas sur commande.

Le voisin non plus.

Le télésiège froid sous les mitaines, le cliquetis de la barre qu'on rabat. Ces gestes-là ont perdu un accent l'hiver dernier.

Remplacer un client ne remplace pas un voisin.

3,3 milliards restés ici

Moins 25,4 % en 2025

Le boycottage de 2025 a un prix, et Statistique Canada l'a calculé.

Les dépenses des Canadiens aux États-Unis ont baissé de 3,3 milliards de dollars en 2025, à 18,8 milliards, selon le bilan du 22 juillet.

Ce sont des vacances annulées. Ce sont des chambres d'hôtel vides. Ce sont des repas pris ailleurs.

Les dépenses de loisir au sud ont chuté de 2,2 milliards, à 12,1 milliards. C'est le loisir qui porte l'essentiel de la baisse.

81,3 milliards au pays

Cet argent est resté quelque part. Les voyages intérieurs ont augmenté de 5,0 millions de visites en 2025. Les dépenses au pays ont grimpé de 8,7 %, à 81,3 milliards.

L'outre-mer a gagné 1,3 million de visites. L'Europe, plus 13,6 %. L'Asie, plus 16,7 %.

Le recul américain a été presque entièrement compensé par les voyages au pays et outre-mer, conclut l'agence.

C'est la part du geste qui a fonctionné. Elle est mesurée.

L'argent n'a pas disparu. Il a changé de route.

450 000 sièges de moins

Une base déjà basse

Il faut maintenant écrire ce qui dérange cette lecture.

Le plus 0,6 % de juillet n'est peut-être pas un retour de confiance. Il pourrait n'être qu'un effet de comparaison avec un été 2025 effondré. TheTravel le dit sans détour.

Il y a aussi l'offre. Selon la firme OAG, citée par TheTravel, les transporteurs ont réduit d'environ 10 % leurs places entre le Canada et les États-Unis au premier trimestre 2026. Environ 450 000 sièges de moins.

WestJet, moins 19 %. Air Canada, moins 7 %. Flair, moins 58 %.

Chaque siège retiré est un retour impossible. Colère ou pas.

Le huard

Il y a enfin le taux de change. Le Boston Globe le cite comme un facteur à part entière, à côté de la politique.

Un professionnel du marketing d'Edmonton le résume au journal : l'équation ne semble plus la même qu'avant.

Le boycottage n'explique donc pas tout le trou. Pas tout. Une part. Le huard, les sièges retirés et la base de 2025 en expliquent une autre.

Cela vaut dans les deux sens. Ce qui revient n'est pas forcément un pardon.

Moins de sièges, moins de retours, même sans colère.

La famille ne boycotte pas

Moins 9 %, contre moins 21,5 %

Voici le chiffre qui explique le mieux ce qui cède.

Il y a le voyage de loisir. En 2025, il a chuté de 21,5 % vers les États-Unis, soit 3,2 millions de visites de moins, selon Statistique Canada.

Il y a la visite à la famille et aux amis. Elle n'a baissé que de 9 %, soit 536 000 visites.

Il y a l'argent. À l'étranger, les voyageurs de loisir ont dépensé 4,5 fois plus que ceux qui visitaient la famille, calcule l'agence.

Il y a donc deux boycottages. Celui des vacances, qui tient. Celui de la famille, qui a beaucoup moins pris.

La sœur installée de l'autre côté. Le petit-fils né là-bas. L'anniversaire qu'on ne manque pas pour un tarif. Personne ne demande à un grand-père de choisir entre sa fille et son pays.

Les maisons de snowbirds

Il y a ceux qui ont choisi l'autre sens. Des snowbirds en colère mettent leur maison en vente, écrit le Boston Globe.

La clé qu'on rend. Le climatiseur qu'on débranche une dernière fois.

Je n'ai aucune leçon à donner à ceux qui repartent vers une famille. Je ne sais pas ce que je ferais.

Un geste civique qui demande de manquer une naissance n'est plus un geste. C'est un sacrifice.

On boycotte une plage, pas un anniversaire.

Du 9 au 14 juillet

49 % comptent y aller

Le sondage de Longwoods International a été réalisé du 9 au 14 juillet, auprès de 1 000 adultes canadiens.

28 % disent avoir visité les États-Unis dans les six derniers mois. Un an plus tôt, c'était 23 %.

49 % comptent y aller dans les douze prochains mois. En avril, c'était 43 %.

51 % n'y sont pas allés et n'ont aucune intention d'y aller. Contre 60 % en juillet 2025.

56 %, contre 63 %

Plus de la moitié, 56 %, disent encore que les politiques, les pratiques commerciales et les déclarations de Washington les rendent moins enclins à y aller. Un an plus tôt : 63 %.

Seulement 37 % jugent le pays sûr à visiter. Et pourtant, 91 % y voient beaucoup à voir et à faire.

Le dégel est lent, admet le président de Longwoods, Amir Eylon.

Lent. Réel. Fragile.

Et pourtant, ce sondage date d'avant le 22 août. D'avant le lac. D'avant les interdictions. Et après…

La responsable des communications de l'agence de commerce du Vermont, Hazel Brewster, jugeait déjà les gains modestes par rapport à la chute de 2025, selon le Boston Globe. Elle craint qu'ils soient de courte durée.

Juillet sondait une accalmie. Août a relancé les tarifs.

Les Américains viennent, nous hésitons

Sixième mois de hausse

Pendant que nous hésitons, eux traversent.

En juillet, les résidents américains ont fait 3,5 millions de voyages au Canada. C'est 9,1 % de plus qu'en juillet 2025. Sixième mois de hausse consécutif, selon Statistique Canada.

En août, leurs voyages ont encore augmenté de 2,4 %. Septième mois de suite.

Ils prennent l'avion aussi : 832 100 arrivées par air en juillet, en hausse de 5,3 %.

Ils viennent en auto : 2,1 millions d'arrivées, plus 7,5 %. Ils viennent en croisière : 367 800, plus 28,8 %.

Outre-mer, première baisse depuis 2019

L'autre surprise vient de nos propres départs lointains.

En juillet, les Canadiens sont revenus de 1,0 million de voyages outre-mer. C'est 1,0 % de moins qu'un an plus tôt. Hors pandémie, c'est la première baisse depuis juillet 2019.

En août, le recul atteint 2,8 %. Troisième mois de baisse.

La diversification de 2025 s'essouffle. L'Europe et l'Asie ne remplaceraient plus autant le sud.

Où irons-nous, l'été prochain, si l'ailleurs aussi recule ?

Ils viennent plus. Nous allons moins loin.

Trois mille retours ne font pas un pardon

Le 13 et le 22 octobre

Le prochain compte a deux dates. Le 13 octobre, l'indicateur avancé de septembre. Le 22 octobre, le bilan complet d'août.

Septembre sera le premier mois entier sous les droits du 22 août. Il dira si la route continue de céder.

Le chiffre de juillet, lui, reste ce qu'il est. Un avion qui regagne 3 581 retours. Une route qui en regagne 242 117. Une frontière encore à un quart sous 2024.

Ce que nous tenons

Si le boycottage s'use, quel geste civique tiendra aussi longtemps que les tarifs de Washington ?

Le geste de 2025 a déplacé 3,3 milliards. Il a coûté à des familles. Il s'use sur la route la plus courte.

Il a fait courir Albany après nos portefeuilles. Il n'a pas fait plier Washington.

Les valises reviennent sur le tapis, une à une. Pas encore les cent mille autres.

La route a cédé. L'avion garde plus de cent mille absents.

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). ANALYSE : Sous les tarifs, le boycottage cède sur la route, l'avion ne regagne que 3 581 retours. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/analyse-sous-les-tarifs-le-boycottage-cede-sur-la-route-l-avion-ne-regagne-que-3-581

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MM
Maxime Marquette
Chroniqueur indépendant

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