LETTRE OUVERTE : Aux gens du Maine, le tarif de Trump vous coûte aussi, dites-le avant le 9 novembre
Une entreprise forestière du Maine a fermé ses portes, faute de pièces devenues trop chères, a raconté The Guardian le 26 septembre 2026. Je vous écris à cause de cette fermeture.
- Une entreprise forestière du Maine a fermé ses portes, faute de pièces devenues trop chères, a raconté The Guardian le 26 septembre 2026. Je vous écris à cause de cette fermeture.
- Une pancarte à Boothbay Harbor
- Une entreprise forestière du Maine a fermé ses portes, faute de pièces devenues trop chères, a raconté The Guardian le 26 septembre 2026.
Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.
Une pancarte à Boothbay Harbor
Bienvenue aux Canadiens
Une entreprise forestière du Maine a fermé ses portes, faute de pièces devenues trop chères, a raconté The Guardian le 26 septembre 2026. Je vous écris à cause de cette fermeture.
Gens du Maine, je suis Canadien. Je vous écris d'un pays qui vous a tourné le dos cet été, et qui commence à revenir.
Je vous dois des chiffres. Et une demande.
Le même reportage montre une pancarte à Boothbay Harbor. Elle dit, en substance : « Bienvenue aux Canadiens ! »
Je ne sais pas si elle y est encore. Nous, nous y sommes beaucoup moins allés.
Le 22 août
Depuis le 22 août, selon The Guardian, des droits de 50 % frappent des produits canadiens. Ils visent environ 20 milliards de dollars de biens, dont des produits forestiers, des meubles et du matériel de hockey, écrit l'économiste Kent Jones.
Ils ont été imposés par Donald Trump en vertu de l'article 338 d'une loi tarifaire de 1930, jamais utilisé auparavant.
On dit que ces droits frappent le Canada. Ils frappent aussi vos pièces de machinerie.
Trente à cinquante pour cent sur vos pièces.
La pancarte dit bienvenue. La facture dit autre chose.
Les machines de Penobscot
Des pièces introuvables
L'été a été idéal pour couper du bois dans le comté de Penobscot, raconte The Guardian. Chaud. Sec. Le bois avait atteint la bonne taille.
Au XIXe siècle, Penobscot se disait la capitale mondiale du bois. Les grumiers y prennent encore la moitié de la route, et l'odeur des épinettes et des sapins traverse une vitre de voiture fermée, écrit le journal.
Pourtant, les machines de Molly London sont restées immobiles.
Avec son mari, Alex, elle a lancé une entreprise forestière il y a près de dix ans. Pendant des semaines, ils ont attendu des pièces de rechange. Elles n'étaient plus en stock dans la région, parce que les tarifs les avaient rendues trop chères, rapporte le journal.
WW London, fermée en août
En 2017, au départ, des forestiers de plusieurs générations les avaient prévenus. Elle a une maîtrise en foresterie. Lui avait l'expérience du transport et du camionnage. « On aimait l'idée d'aller travailler dans le bois », a-t-elle raconté.
En août, le couple a décidé de fermer WW London Woodlot Management Company.
« On perd depuis longtemps, et ça ne fait qu'empirer », a-t-elle dit au Guardian.
Près de dix ans de travail. Une décision en août.
La santé de la foresterie est un baromètre de toute l'économie de l'État, écrit le journal.
Je ne connais pas Molly London. Je ne l'ai jamais rencontrée. Je sais seulement ce que le journal a publié, et c'est assez.
Une machine arrêtée ne fait pas de bruit. C'est ce qui la rend facile à oublier.
Une forêt prête, des machines muettes.
Trente à cinquante pour cent
Ce que dit Dana Doran
Dana Doran dirige l'association des entrepreneurs forestiers professionnels du Nord-Est. Ce qu'il a dit au Guardian tient en une ligne.
Beaucoup de pièces et d'équipements que vos forestiers achètent au Canada et ailleurs sont frappés par les tarifs. Les prix de l'équipement, des pièces et des camions ont grimpé de 30 à 50 % depuis l'annonce des premiers tarifs de Trump.
« Ces prix ne sont pas redescendus », a-t-il ajouté.
Je vous le dis simplement. Je suis de votre côté, contre les droits de l'article 338 entrés en vigueur le 22 août. Parce que ce sont vos pièces qui les paient.
Pas Ottawa. Vous.
Un tarif, un acheteur
Un tarif est une taxe payée par l'acheteur, rappelle Kent Jones, professeur émérite d'économie au Babson College. Les consommateurs et les entreprises américaines paieront 50 % de plus pour les produits visés.
Beaucoup de ces importations canadiennes se concentrent dans les États frontaliers. Le Maine est le premier qu'il nomme.
Le tarif ne traverse pas la frontière. Il s'arrête chez vous.
Chez le forestier. Chez l'acheteur de pièces. Chez le client final.
Le tarif vise Ottawa. Il atterrit à Penobscot.
Quarante pour cent vers le nord
Deux milliards par an
Le Maine envoie environ 40 % de ses exportations au Canada, selon le Maine International Trade Center cité par The Guardian.
Il en reçoit aussi beaucoup. Le Maine importe environ 2 milliards de dollars par année de produits canadiens hors pétrole, écrivait votre sénatrice Susan Collins le 22 août.
Deux milliards. Chaque année.
Elle ajoutait que la plupart des entreprises n'auraient d'autre choix que de refiler les tarifs à leurs clients.
Elle disait avoir entendu des entreprises, des agriculteurs et des pêcheurs de homard. Tous inquiets du coût, du manque de chaînes d'approvisionnement locales, et des représailles canadiennes probables.
Un destin commun
Patrick Woodcock préside la Chambre de commerce de l'État. Il parle au Guardian de liens générationnels.
Il parle d'une relation d'affaires, mais aussi familiale. Votre plus longue frontière est avec nous. Beaucoup d'entre vous retracent leur histoire par le Canada, dit-il. Il parle d'« un peu un destin commun ».
Je reconnais cette phrase. Elle se dit aussi de notre côté.
Le cousin de l'autre côté. La tante qu'on visite pour les fêtes. Le pont qu'on traverse pour un mariage. Chaque famille frontalière a ses noms de l'autre côté.
Quarante pour cent de vos ventes regardent vers le nord.
Ce que vous répondrait Washington
Le déclin avant le tarif
Je vous dois l'objection la plus forte. La voici, telle que la défendrait l'administration.
La foresterie du Maine s'affaisse depuis des années, bien avant la guerre commerciale. The Guardian l'écrit lui-même.
Les coûts montent partout. La main-d'œuvre fond. Beaucoup de propriétaires conseillent à leurs enfants de ne pas reprendre l'entreprise familiale, selon Dana Doran.
Le diesel atteint des records et la Réserve fédérale vient de relever ses taux, note le journal. Les coûts de construction commerciale ont plus que doublé en dix ans dans le Maine, selon le promoteur Jonathan Culley.
Le bois canadien, freiné par un tribunal
Il y a plus. Les droits qui freinent le bois canadien transformé ont été imposés par le tribunal du commerce international des États-Unis, pas par Trump, précise Doran.
Et la demande de bois a baissé parce que la construction résidentielle ralentit depuis quelques années.
Un pêcheur de Fort Clyde, Justin Allen Liddy, ne remplit plus son bateau qu'à moitié, rapporte le journal. Le carburant dépasse 5 dollars dans certaines régions de l'État. Un chef de Portland, David Turin, dit n'avoir jamais connu de vents contraires aussi durs.
Alors, dirait l'administration, pourquoi accuser le tarif ?
Tout cela est vrai.
C'est une vraie objection. Elle mérite une vraie réponse.
Souffrir avant n'excuse pas d'aggraver après.
Cette année, impossible
La dernière goutte
La réponse est dans la bouche de Molly London, telle que The Guardian la rapporte.
Après la pandémie, tout a monté. Les pneus. Le carburant. La paie des employés. Chaque semaine devenait plus dure.
« Cette année, les tarifs ont rendu ça impossible », a-t-elle dit.
Impossible. Pas difficile. Impossible.
Une seule signature
Le diesel dépend du monde. Les taux dépendent de la Réserve fédérale. Le logement dépend de mille décisions.
Le tarif de l'article 338, lui, dépend d'une signature. Il a été proclamé par un seul homme. Il peut être levé par le même.
Et pourtant, c'est le seul qu'on pourrait retirer demain matin.
Voilà pourquoi je le nomme. Les autres coûts sont des tempêtes. Celui-là est une décision.
Une signature. Un seul nom.
Les autres coûts sont une météo. Celui-là porte une signature.
Ce que nous vous avons fait
Aucune plaque canadienne
Je vous dois aussi un aveu. Il me coûte.
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Nous avons cessé de venir. En 2025, les Canadiens ont été 25 % moins nombreux à visiter les États-Unis, selon un rapport canadien cité par le Boston Globe. Sept millions de visiteurs en moins.
Nous avons cessé de dépenser : 3,3 milliards de dollars de moins aux États-Unis en 2025, selon le même rapport.
Nous avons cessé de flâner dans vos villes. Des données cellulaires analysées par l'Université de Toronto montrent une chute de 49 % des visites canadiennes à Portland, selon le même journal.
Votre représentante Chellie Pingree l'a résumé au Boston Globe. Certaines villes ont vu plus de visiteurs canadiens cet été. D'autres n'ont vu aucune plaque d'immatriculation canadienne.
La dernière ronde d'attaques tarifaires a déclenché une panique, dit-elle. Et si ça recommençait ?
Le homard, retiré de la liste
Il y a pire. Notre propre riposte vous visait.
La liste de représailles canadiennes visait au départ les fruits de mer du Maine, rappelle Kent Jones. Selon lui, Carney avait choisi des produits susceptibles de fâcher les électeurs d'États clés.
Ottawa a ensuite retiré les poissons et fruits de mer américains de sa liste. Collins a salué ce retrait, qui aurait sinon causé un tort important à vos pêcheurs de homard, selon The Maine Wire.
Nous avons retiré le homard. Nous ne vous avons pas rendu les touristes.
C'est vrai, nous avons notre part. Et cela ne change pas qui a signé l'article 338.
Nous avons boudé vos plages. Vous avez payé nos colères.
Le vendredi soir, la pizzeria
L'assurance abandonnée
Revenons chez les London. The Guardian donne un détail que je n'arrive pas à oublier.
Beaucoup de forestiers ont voté pour Trump, rappelle le journal. Je ne vous le reproche pas. Je parle d'une décision, pas d'un vote.
Il y avait l'assurance maladie. En 2025, ils ont abandonné celle de leur propre famille, pour continuer à l'offrir à leurs employés.
Lisez la phrase deux fois. Le patron se prive. L'équipe reste couverte.
Les repas de l'école
Il y avait un rituel du vendredi soir : le souper à la pizzeria du coin. Il a disparu depuis des années, écrit le journal. On mange à la maison.
Il y avait l'épicerie. Elle coûte trop cher.
Cet été, pour la première fois, leurs enfants ont participé aux programmes de repas gratuits de leurs écoles.
Une entreprise qui ferme ne rouvre pas en claquant des doigts. Quand elle ferme, les machines se vendent, les équipes se dispersent, le savoir-faire part avec elles.
Ce n'est pas une statistique. C'est une famille qui a fait tous les bons choix et qui a perdu quand même.
Je voudrais écrire que ça ira mieux. Aucune source ne me le permet.
Ils ont gardé leur équipe assurée. Ils ont perdu leur entreprise.
Frenchville et le sel de route
Une exemption obtenue
Il faut aussi dire ce qui a bougé. Un acte bon reste un acte bon, même quand il vient de ceux que je critique.
Washington a exempté de ses tarifs le sel de route et le ciment canadiens. Collins avait insisté sur ces deux produits auprès du représentant au Commerce Jamieson Greer et du secrétaire au Commerce Howard Lutnick, rapporte The Maine Wire le 9 septembre.
Frenchville, petite ville frontalière, aurait payé environ 10 000 dollars de plus pour son sel de route, selon la sénatrice. Un fabricant de béton prêt à l'emploi lui a dit que le tarif sur le ciment lui aurait coûté 150 000 dollars par mois.
Ce n'était pas sa première demande. Elle avait réclamé une exemption pour des camions de pompiers déjà commandés, dont le prix grimpait de 80 000 à 90 000 dollars chacun. Puis un allègement pour l'équipement canadien des producteurs de bleuets sauvages, rappelle son bureau.
Le bois, encore taxé
L'exemption prouve une chose. Une signature peut se corriger.
Mais des tarifs importants, dont ceux sur les produits forestiers, restent en vigueur, a prévenu Collins. Ils feront monter les coûts pour les familles du Maine.
Le sel, oui. Les pièces, non.
Le sel de Frenchville a été sauvé. Les pièces de Penobscot, non.
On a corrigé l'hiver des routes. On n'a pas corrigé l'été des forêts.
Si le sel s'exempte, la pièce aussi.
Nous recommençons à traverser
Juillet, plus 10,1 %
Maintenant, la part que je peux vous offrir. Elle est petite, mais elle est vraie.
En juillet, les Canadiens sont revenus de 2,8 millions de voyages aux États-Unis. C'est 10,1 % de plus qu'en juillet 2025, selon Statistique Canada. Quatrième mois de hausse de suite.
En auto, la hausse atteint 12,6 %. Six retours sur dix se font dans la journée.
Un quart sous 2024
Et pourtant, nos voyages vers le sud restent 25,6 % sous leur niveau de juillet 2024.
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Le compte d'août, publié le 11 septembre par l'agence, montre encore une hausse de 8,8 % sur un an.
On revient par la route courte. La valise dans le coffre, la radio qui grésille en passant la douane, le passeport tendu par la fenêtre.
Lentement. Mais nous revenons.
Je ne peux pas promettre au nom d'un pays. Je peux vous dire ce que les chiffres montrent. Le pont se remplit de nouveau, lentement.
À petits pas, nous revenons. Gardez la pancarte.
Des scieries de l'autre côté
Un pays qui ne scie plus assez
Il y a une autre vérité dans ce reportage. Elle dépasse votre État.
Les États-Unis dépendent de façon exceptionnelle des scieries canadiennes pour transformer le bois destiné au logement, dit Dana Doran au Guardian.
Il se demande si le pays aura assez d'usines le jour où les taux baisseront et où la construction reprendra. Sa réponse : non.
Le promoteur Jonathan Culley dit la même chose, plus sèchement. Les États-Unis n'ont pas la capacité manufacturière pour suivre la demande de logements, selon lui.
Le Maine a besoin d'au moins 80 000 logements de plus, rappelle le journal. Sa population est la plus âgée du pays. Quincy Hentzel, de la chambre de commerce de Portland, dit qu'il faut attirer de jeunes travailleurs.
Les questions de Doran
Doran reproche à l'administration de ne pas poser les bonnes questions. Il les pose lui-même.
Personne ne demande quelles incitations il faudrait pour relancer la fabrication américaine. Personne ne demande ce qu'on fait des coûts d'électricité. Personne ne demande ce qu'on fait des soins de santé. Personne ne demande s'il y aura assez de travailleurs pour ces usines. Personne ne demande si on peut accélérer assez vite.
Toute une conversation qui n'a pas lieu, dit-il.
Et pourtant, le tarif, lui, a eu lieu.
On taxe la scierie voisine avant d'avoir bâti la sienne.
Le dossier MISC-053
Le 9 novembre, 17 h 15
Voici ma demande. Elle est précise, et elle a une date.
Le 9 septembre, la Commission du commerce international des États-Unis a publié au Federal Register une demande de commentaires sur l'article 338. Le dossier porte le numéro MISC-053.
Toute personne intéressée peut écrire. Les commentaires doivent être reçus au plus tard le 9 novembre 2026, à 17 h 15, par le système électronique de la Commission ou par courriel au secrétariat.
La Commission dit ne pas avoir de pratique établie pour repérer ces discriminations. Elle demande comment le faire. Elle demande aussi ce qui décourage le public de lui parler.
Ce que la Commission ne sait pas
Elle demande ce qui rend une conduite étrangère « déraisonnable » ou « discriminatoire ». Elle ne demande pas ce que coûte un tarif à un forestier de Penobscot.
Dites-le-lui quand même. La question 5 l'invite à recevoir toute information supplémentaire.
Attention : tous les commentaires seront publiés tels quels sur son site, y compris les renseignements personnels, précise l'avis.
Écrivez avec vos chiffres. Dites-lui le prix de la pièce avant. Dites-lui le prix de la pièce après. Et le nombre de semaines d'attente.
Un chiffre signé pèse plus qu'une colère anonyme. Si mille forestiers écrivent le prix de leurs pièces…
Dossier ouvert, plume prête. Remplissez-le.
Votre facture a une signature
Ce qui me regarde
Je ne vous parlerai pas de votre élection au Sénat, que The Guardian dit serrée; ce n'est pas mon affaire, c'est la vôtre.
Ce qui est mon affaire, c'est la frontière. Quarante pour cent de vos exportations, et une pancarte à Boothbay Harbor.
La pièce qui manque
Que direz-vous à la Commission, d'ici le 9 novembre, de ce que ces droits vous coûtent ?
La pièce qui manque à Penobscot n'est plus en stock dans la région. Elle est sur un bureau à Washington.
Nous, nous revenons. Lentement. Par la route courte.
Trente à cinquante pour cent sur vos pièces : écrivez-le avant novembre.
Sources :
Sources Primaires :
- Federal Register — demande de commentaires de la Commission du commerce international sur l'article 338, 9 septembre 2026
- Sénatrice Susan Collins — déclaration sur la rupture des négociations avec le Canada, 22 août 2026
- Statistique Canada — voyages entre le Canada et les autres pays, juillet 2026, 22 septembre 2026
Sources Secondaires :
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Citer cet article
Maxime Marquette (2026). LETTRE OUVERTE : Aux gens du Maine, le tarif de Trump vous coûte aussi, dites-le avant le 9 novembre. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/lettre-ouverte-aux-gens-du-maine-le-tarif-de-trump-vous-coute-aussi-dites-le-avant-le-9
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