ÉDITORIAL : Taïwan n'est pas un jeton
Il reste une page blanche. Jeudi soir, après la rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping à la Maison-Blanche, Washington n'avait publié aucun compte rendu officiel, selon Focus Taiwan.
- Il reste une page blanche. Jeudi soir, après la rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping à la Maison-Blanche, Washington n'avait publié aucun compte rendu officiel, selon Focus Taiwan.
- Il reste une page blanche.
- Jeudi soir, après la rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping à la Maison-Blanche, Washington n'avait publié aucun compte rendu officiel, selon Focus Taiwan.
Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.
La page encore blanche
Aucun texte américain
Il reste une page blanche.
Jeudi soir, après la rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping à la Maison-Blanche, Washington n'avait publié aucun compte rendu officiel, selon Focus Taiwan.
Devant les journalistes, aucun des deux hommes n'a répondu sur Taïwan. Trump a parlé d'une excellente rencontre. Rien de plus.
Pékin, lui, a écrit. Washington, pas encore.
C'est là que tout peut encore se garder. Ou se perdre.
Ceux qui veillent dans les postes de la côte ne lisent pas de comptes rendus non plus. Ils regardent un écran radar, et le café refroidit à côté.
Vingt-trois millions
À Taipei, un vendredi matin, on prend le métro. On dépose les enfants. On lit son téléphone entre deux stations.
On y apprend que deux présidents ont parlé de soi. Sans soi.
Ce sentiment, tous les petits pays le connaissent. Être le sujet d'une conversation, dans une pièce où l'on n'est pas invité.
Taïwan compte 23 millions d'habitants, rappelle son ministère des Affaires étrangères. Aucun n'était dans la pièce.
Devant la Maison-Blanche, le dissident chinois Wang Dan manifestait. Les souhaits de ces 23 millions doivent être respectés, disait-il, selon Focus Taiwan.
Tant que Washington n'a rien écrit, rien n'est cédé.
Six heures du matin
Deux sorties
Chaque matin, à 6 h, le ministère taïwanais de la Défense publie un compte.
Les avions. Les navires de guerre. Les bateaux dits officiels. Tout ce que l'Armée populaire de libération fait tourner autour de l'île en vingt-quatre heures.
Le 25 septembre, le compte couvre la journée du sommet. Dans le ciel : 2 sorties. Une seule entre dans la zone d'identification aérienne, à l'est.
La veille et l'avant-veille, le même ministère comptait dix sorties par jour.
Pendant que Xi était reçu, le ciel s'est calmé.
Deux. Contre dix.
Six navires, encore
La mer, non.
Six navires le 22. Six navires le 23. Six navires le 24. Six navires le 25, avec 5 navires officiels en plus.
Des bâtiments de la marine chinoise, chaque matin de la semaine, au même niveau. Les forces taïwanaises ont répondu comme chaque jour : patrouilles aériennes, navires, missiles côtiers.
Le 20, le compte relevait onze navires. Le 21, sept. Depuis le 22, six, chaque matin, sans exception.
Le ciel s'est vidé. Pas la mer.
Ce qu'on retire du ciel, on le laisse sur l'eau.
Le verbe de Xi
Ce que dit le compte rendu
Le compte rendu chinois, publié le 25, résume la phrase de Xi sur Taïwan.
La position de Pékin sur « la réunification » et l'intégrité territoriale est claire, dit-il. Xi espère que Washington s'en tiendra à la position correcte : s'opposer à l'indépendance de Taïwan. Et traiter la question avec prudence.
Le mot de Pékin désigne une annexion projetée. Celle d'une île que la République populaire n'a jamais gouvernée.
Plus loin qu'en mai
Le verbe compte. Tout se joue sur lui.
En mai, Xi demandait de la prudence. Cette fois, note l'AFP, il est allé plus loin. Il demande à Washington de s'opposer explicitement à l'indépendance.
Ne pas soutenir, c'est rester à distance. S'opposer, c'est prendre parti contre l'un des avenirs que les Taïwanais pourraient un jour choisir.
C'est retirer une porte avant qu'ils aient voté.
Un mot dans un compte rendu chinois ne lie pas Washington. Le même mot dans un texte américain, si.
Nous sommes du côté de Taïwan et de ses 23 millions d'habitants. Nous sommes contre la demande formulée par Xi le 24 septembre à la Maison-Blanche, et contre le gel du paquet de 14 milliards qui lui rend service.
Parce que le lendemain, à 6 h, six navires de guerre chinois tournaient encore autour de l'île.
Un verbe cédé ne se reprend pas au sommet suivant.
La réponse de Taipei
Le 25, le jour même
Taipei a répondu le jour même.
Dans une déclaration datée du 25 septembre, le ministère taïwanais des Affaires étrangères y voit une manœuvre habituelle. Pékin déforme les faits pour imposer, seul, sa version.
La réponse tient en quatre affirmations.
La République de Chine et la République populaire ne sont pas subordonnées l'une à l'autre. La souveraineté de Taïwan appartient à tout son peuple. Le régime du Parti communiste n'a aucun droit de le représenter.
Et l'avenir de Taïwan ne peut être décidé que par le peuple de Taïwan, ensemble, par des moyens démocratiques.
Qui menace qui
Le ministère ajoute ce que Pékin ne dit jamais. Le harcèlement et les menaces militaires chinoises en mer de Chine orientale, en mer de Chine méridionale, dans le détroit, autour de l'île.
Il rappelle qui a parlé avant le sommet. Les ministres des Affaires étrangères des États-Unis, du Japon et de la Corée du Sud, ensemble. Puis 8 pays, dont la France et l'Allemagne, dans une autre déclaration commune.
Et plus de 60 élus du Congrès américain, des deux partis.
Les efforts de Pékin pour peser sur les échanges normaux d'autres pays avec Taïwan, ajoute le ministère, sont suivis de près.
Le président Lai Ching-te, rappelle le ministère, répète que Taïwan est la partie responsable du statu quo.
Taipei a répondu en une phrase. Washington, pas encore.
Deux pandas et un silence
Ce que le sommet a produit
Qu'a produit ce sommet, concrètement ?
Selon l'AFP, les seuls accords annoncés sont une invitation faite à 100 000 jeunes Américains pour des échanges en Chine. Et le prêt de deux pandas à un zoo d'Atlanta.
Deux pandas. Cent mille jeunes invités. Et un verbe, demandé.
Pour Taïwan ? Rien d'écrit.
Xi parle de nombreux nouveaux consensus. Aucun, sur Taïwan, n'est publié par Washington.
C'était sa première visite à la Maison-Blanche en onze ans, et sa deuxième rencontre avec Trump cette année, rappelle Focus Taiwan. En mai, déjà, ils s'étaient parlé.
Deux silences
Xi n'a pas répondu en public. Sa phrase n'existe que dans le texte que Pékin a choisi de publier. Ce silence-là est confortable : son compte rendu parle pour lui.
Le silence de Trump est d'une autre nature. C'est une page. Elle peut recevoir la formule de toujours. Ou le verbe de Xi.
Voilà notre dernier espoir, et il est concret. Le premier texte américain d'après-sommet dira si Washington a glissé.
Il suffit d'un mot changé dans un communiqué pour que Pékin le cite pendant dix ans.
Et pourtant, ce mot n'a pas été écrit. Il peut ne jamais l'être.
Un silence peut encore dire non.
La stabilité selon Pékin
Thucydide à la Maison-Blanche
Xi est venu avec une formule.
Il a de nouveau appelé à éviter le piège de Thucydide, rapporte l'AFP. Cette théorie veut qu'une puissance montante finisse en guerre avec la puissance établie.
Ce doit être une course où l'on se rattrape, a-t-il dit selon Al Jazeera. Pas une lutte où l'un gagne et l'autre perd.
La phrase est belle. Elle a un angle mort.
Une stabilité à sens unique
Dans cette course, Taïwan n'est pas un coureur. C'est le trophée.
La stabilité que Pékin propose a une condition écrite dans son propre compte rendu : que Washington dise « s'opposer ».
Un analyste cité par l'AFP résume l'objectif du sommet : montrer que les deux dirigeants savent gérer leur rivalité dans des limites tolérables.
Un autre, Mitter, de Harvard, note que Trump accepte de discuter du niveau des ventes d'armes comme aucune administration avant lui.
Un expert, toujours selon l'AFP, dit pourtant ne voir aucun signe d'un changement fondamental des assurances américaines à Taïwan.
Une stabilité qui exige de renoncer d'avance à défendre un vote n'est pas une stabilité. C'est une reddition à crédit.
Et pourtant, un signe tient dans un verbe. Il n'est pas encore écrit.
La stabilité de Pékin a un prix. Il porte un nom.
Quatorze milliards en attente
Mercredi, Rubio
Il y a le verbe. Il y a aussi les armes.
Un paquet d'armes américaines de 14 milliards de dollars pour Taïwan est bloqué depuis des mois, selon le Taipei Times.
Le 23 septembre, veille du sommet, le secrétaire d'État Marco Rubio répète qu'il reste à l'étude. Toute vente, dit-il, à Taïwan comme à n'importe qui, est pesée contre les besoins propres des États-Unis.
Quand on vend quelque chose, ajoute-t-il, on ne l'a plus.
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Ce n'est pas une question de Taïwan en particulier, précise-t-il. C'est une question de base industrielle.
On se trompe, dit-il encore, si l'on croit que Washington regarde ses ventes d'armes à travers un seul endroit du monde.
Le plus gros, en décembre
Le même jour, un haut responsable de l'administration rappelle un fait. En décembre, Trump a approuvé le plus gros paquet jamais accordé à Taïwan : 11,1 milliards de dollars.
Il ajoute que Trump avait promis, plus tôt cette année, de trancher sur le nouveau paquet dans un délai assez court.
Assez court. Depuis des mois.
Une arme à l'étude ne dissuade personne.
Rubio et la base industrielle
Ce qu'on vend, on ne l'a plus
L'objection de Rubio mérite sa forme la plus forte. La voici.
Les stocks américains ne sont pas infinis. La guerre contre l'Iran consomme des munitions depuis février. Chaque missile vendu à Taipei manque ailleurs. Peut-être là où des soldats américains en auront besoin demain.
Ce n'est pas de la lâcheté. C'est de l'arithmétique industrielle.
L'argument est sérieux. Il mérite une réponse sérieuse.
Ce que la loi de 1979 écrit
Et pourtant, la loi américaine ne pose pas la question ainsi.
Le Taiwan Relations Act, en sa section 3, engage les États-Unis à fournir à Taïwan les armes défensives nécessaires à une capacité d'autodéfense suffisante.
Il précise que le président et le Congrès en fixent la nature et la quantité selon leur seul jugement des besoins de Taïwan.
Seul jugement. Des besoins de Taïwan.
Pas l'humeur d'un sommet. Pas le calendrier d'une visite d'État.
La même section oblige le président à informer rapidement le Congrès de toute menace contre la sécurité de Taïwan. Six navires par jour, c'en est une.
Et une notification ne vide aucun entrepôt. Elle réserve une place dans la file de production.
La loi parle des besoins de Taïwan. Pas des humeurs de Pékin.
Des stocks qui manquent vraiment
Un argument vrai
Nous devons à nos lecteurs ce qui dérange notre camp.
L'argument des stocks est vrai. Il n'a pas été inventé pour l'occasion. Les intercepteurs manquent déjà ailleurs, en Ukraine notamment, depuis que la guerre contre l'Iran a détourné des livraisons.
Et Trump n'est pas l'homme qui a abandonné Taïwan. Il a signé en décembre le plus gros paquet de l'histoire de l'île.
Un ciel plus calme
Il faut aussi l'écrire. Pendant la visite, Pékin a réduit ses vols autour de l'île. De dix sorties à deux. C'est un geste.
Un geste qui coûte peu. Qui se reprend en une nuit. Mais un geste.
Ces trois faits sont vrais. Nous les publions. Nous ne ferons pas semblant du contraire pour gagner un argument.
Aucun ne justifie qu'un paquet reste gelé pendant que Xi réclame un verbe.
Concéder les faits, oui. Concéder le verbe, non.
Un jeton
Quatre sénateurs républicains
Le mot n'est pas de nous.
Le 23 septembre, quatre sénateurs républicains écrivent leur inquiétude. Mitch McConnell. John Cornyn. Lisa Murkowski. Thom Tillis.
Ils citent Trump lui-même. Il a décrit Taïwan comme un très bon jeton de négociation dans ses échanges avec Xi et le Parti communiste chinois.
Ils écrivent qu'on imagine mal Washington peser dans l'Indo-Pacifique si le prix des apparences diplomatiques est de priver ses partenaires de moyens de dissuasion.
Ce ne sont pas des opposants de Trump. Ce sont des républicains.
Al Jazeera rappelle le mot exact de Trump : les ventes d'armes à Taïwan, un très bon jeton de négociation avec la Chine.
Plus de 15 milliards
Leur addition dépasse 15 milliards de dollars d'aide bloquée, selon le Taipei Times.
Le paquet de 14 milliards. 300 millions de financement militaire votés par le Congrès et jamais débloqués. Et 1 milliard que le Pentagone n'a pas engagé.
Trois cents millions déjà votés. Aucun stock à vider pour les verser.
Là, l'argument industriel ne tient plus.
Il reste le jeton. Rien d'autre.
Ce qui est déjà voté ne manque à aucun entrepôt.
Décembre armé, septembre gelé
Le bon coup de décembre
Nous jugeons les actes. Pas l'homme.
Décembre 2025, 11,1 milliards pour Taïwan : un bon coup. Il arme la démocratie la plus exposée à la première menace de l'Occident.
Recevoir Xi, parler, éviter une crise dans le détroit : ce n'est pas une faute. La diplomatie n'est pas une capitulation.
Ne pas répondre sur Taïwan devant les caméras peut même être prudent. Écrire le verbe de Xi ne le serait pas.
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Le mauvais coup de septembre
Qualifier Taïwan de jeton de négociation : un mauvais coup. Il dit à Pékin que la sécurité de l'île est sur la table.
Garder 14 milliards gelés la semaine même où Xi réclame le verbe « s'opposer » : un mauvais coup, s'il sert Pékin. Les faits de la semaine disent qu'il le sert.
Pékin obtient ainsi un ciel calme pour la photo. Pékin obtient ainsi six navires sur l'eau, sans un mot américain. Pékin obtient ainsi un paquet toujours à l'étude.
Trois gains. Aucune concession écrite en retour.
Un geste pour l'un. Un gain pour l'autre.
Si Trump ajoute le verbe…
Décembre a armé Taïwan. Septembre la pose sur la table.
Une place dans la file
Découper le paquet
Il existe une sortie. Elle vient d'un homme qui connaît la mécanique.
Le contre-amiral à la retraite Mark Montgomery, de passage à Taipei le 25, propose de reprendre les notifications au Congrès après le sommet. De découper les 14 milliards en paquets plus petits. De les annoncer sur plusieurs semaines.
Il faut notifier, dit-il, pour que Taïwan prenne sa place dans la file. Et reçoive ces armes quand elles seront prêtes.
La file d'attente
Ce n'est pas une idée de militant. C'est une procédure.
C'est la réponse exacte à l'argument de Rubio. Une notification ne livre rien demain. Elle inscrit une commande.
Montgomery ajoute que les armes ne suffisent pas. Il est très difficile, dit-il, de combattre ensemble en temps de guerre si l'on n'a pas travaillé ensemble en temps de paix.
Voilà ce qui reste à sauver. Une place dans la file. Un calendrier. Une habitude.
Notifier. Découper. Tenir.
J'avoue une crainte. Que le délai, sommet après sommet, devienne la politique elle-même.
Une file d'attente se garde en y restant.
Trois cents millions et un verbe
Un verbe
Nous exigeons que le premier texte américain d'après-sommet refuse le verbe de Xi. Aucun « s'oppose ».
Nous exigeons que ce texte rappelle ce que Taipei a écrit le 25 : l'avenir de Taïwan se décide par son peuple, par des moyens démocratiques.
Une notification
Nous exigeons que la première notification au Congrès parte dans les semaines qui viennent, découpée s'il le faut.
Nous exigeons que les 300 millions déjà votés soient versés. Ils ne manquent à aucun stock.
Nous exigeons que la section 3 du Taiwan Relations Act soit lue pour ce qu'elle dit : les besoins de Taïwan, seuls.
Un verbe. Une notification. Un virement.
Rien de cela n'exige une rupture avec Pékin.
Seulement de ne rien lui céder qu'il n'ait pas payé.
Ce que nous demandons tient dans une loi de 1979.
Six navires, demain encore
Le compte de 6 h
Demain matin, à 6 h, le ministère taïwanais de la Défense publiera un nouveau compte.
Le ciel sera peut-être de nouveau plein. La mer l'est restée toute la semaine.
Six navires, pendant que deux présidents parlaient de stabilité, de pandas et d'échanges étudiants.
Six navires, que personne n'a mentionnés à la Maison-Blanche.
Des armes, pas une monnaie
Si les armes de Taïwan deviennent une monnaie d'échange, qu'est-ce qui empêchera la prochaine démocratie d'être mise sur la table ?
La page américaine est encore blanche.
Elle ne le restera pas longtemps.
Six navires ce matin. Pas de jeton, pas de verbe.
Sources :
Sources Primaires :
- Ministère des Affaires étrangères de Taïwan — réponse aux propos de Xi après le sommet, 25 septembre 2026
- Ministère chinois des Affaires étrangères — compte rendu de l'entretien Xi-Trump, 25 septembre 2026
- Ministère taïwanais de la Défense — activités de l'APL autour de Taïwan, 25 septembre 2026
Sources Secondaires :
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Citer cet article
Maxime Marquette (2026). ÉDITORIAL : Taïwan n'est pas un jeton. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/editorial-taiwan-n-est-pas-un-jeton-degelez-les-14-milliards-avant-que-xi-obtienne-son
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