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La ChroniqueOpinion· N° 7669

OPINION : L'homme qui a écrit la Section 301 dit que Trump la détourne, et l'acheteur garde le reçu

Deux choses sont vraies en même temps. Une taxe peut être jugée illégale, puis remboursée. Et celui qui en a payé une part à la caisse peut ne jamais en revoir un sou.

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À retenir
  1. Deux choses sont vraies en même temps. Une taxe peut être jugée illégale, puis remboursée. Et celui qui en a payé une part à la caisse peut ne jamais en revoir un sou.
  2. Deux vérités qui se contredisent
  3. Deux choses sont vraies en même temps.
Transparence

Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.

Le reçu dans votre poche

Deux vérités qui se contredisent

Deux choses sont vraies en même temps.

Une taxe peut être jugée illégale, puis remboursée. Et celui qui en a payé une part à la caisse peut ne jamais en revoir un sou.

Entre les deux, il y a un bout de papier. Le reçu. Ce ruban thermique qu'on froisse au fond d'une poche, qui pâlit en quelques mois, et qui ne prouve rien d'autre qu'un prix.

Le comptoir

Le bip de la caisse. Le montant. Le reçu qui sort, tiède.

Personne, au comptoir, ne sait quelle part du prix vient d'un droit de douane. Personne ne sait sous quelle loi il a été imposé. Personne ne sait s'il sera un jour déclaré illégal.

Aux États-Unis, cette question n'est plus théorique. Elle se plaide le 30 septembre, devant la Cour du commerce international.

Et l'homme qui a écrit la loi en cause dit qu'on la détourne.

Voilà le paradoxe. Le texte existe. Son auteur aussi. Ils ne s'entendent plus.

Le reçu prouve un prix. Il ne donne aucun droit.

L'homme qui a écrit la loi

1974

Il s'appelle Alan Wolff.

Sous Richard Nixon, il était le principal juriste du commerce international de l'administration. Il a rédigé ce qui est devenu la Section 301 de la loi sur le commerce de 1974. Il a ensuite été représentant adjoint au commerce, puis directeur général adjoint de l'Organisation mondiale du commerce, rappelle le Liberty Justice Center.

Le contexte d'origine, raconte-t-il à CNN : la Maison-Blanche de l'époque ne savait pas répondre à la concurrence japonaise en électronique. Il fallait une arme pour viser un pays, le forcer à négocier. Elle a servi. Des droits de 100 % sur l'électronique japonaise ont mené à un accord.

« Mal utilisée »

Le 25 septembre, dans un article de CNN, Wolff dit qu'il éprouve un sentiment de propriété envers ce texte. Et qu'« on en fait un mauvais usage ».

Il va plus loin. Selon lui, la mise en œuvre du président Trump est illégale et contraire à ce que le Congrès voulait. « Ce n'est pas ce que nous voulions », dit-il.

Ce n'est pas un opposant de parti qui parle. C'est l'auteur.

Il n'est pas seul. Carla Hills a administré cette loi comme représentante au Commerce. Warren Maruyama a aidé à écrire ses révisions de 1984 et de 1988, selon le Liberty Justice Center.

Un rédacteur. Une gardienne. Un réviseur. Trois mémoires de la même loi.

Quand l'auteur ne reconnaît plus sa loi, il faut l'écouter.

La chaîne des tarifs de rechange

Février, la Cour suprême

Pour comprendre, il faut remettre les actes dans l'ordre.

En février 2026, la Cour suprême juge que le président n'avait pas le pouvoir d'imposer des droits de douane en vertu de ses pouvoirs économiques d'urgence, la loi dite IEEPA. Une cour fédérale ordonne le remboursement des droits en cause.

Aussitôt après, rapporte CNN, Donald Trump impose un droit universel de 10 % en vertu de la Section 122 de la même loi de 1974. Cinq mois plus tard, à l'expiration de ces droits, arrivent ceux de la Section 301.

Juillet, le travail forcé

Le 23 juillet, le représentant au Commerce, Jamieson Greer, agissant sur instruction du président, impose des droits sur 60 économies. Le motif : elles n'interdisent pas, ou n'appliquent pas efficacement, l'importation de biens produits par le travail forcé.

Taux : 10 % pour dix-sept économies, 12,5 % pour la plupart des autres, avec des régimes particuliers pour l'Union européenne, Taïwan, le Japon, la Corée et la Suisse.

Même loi, autre cible : le Brésil passe à 37,5 %, pour des violations des droits de la personne. Le Canada, lui, subit des droits de 50 % sur certains produits en vertu d'une autre loi, la Section 338, jamais utilisée auparavant.

Février : illégal. Juillet : travail forcé.

Deux motifs. Un même réflexe. Un même payeur.

Une loi tombe, une autre prend sa place. Le tarif reste.

Le recyclage d'une loi

L'importateur à la douane, l'acheteur au comptoir

Je dis donc où je suis.

Je suis du côté de ceux qui paient ces droits, l'importateur à la douane puis l'acheteur au comptoir, contre la décision du 23 juillet de Jamieson Greer, prise sur instruction de Donald Trump, parce qu'elle transforme une loi écrite pour viser un pays en taxe sur soixante, cinq mois après que la Cour suprême a annulé la précédente.

Ce n'est pas une position contre les tarifs en soi. Une taxe à la frontière peut être une arme utile contre un pays qui triche. C'est une position contre le recyclage.

Recycler une loi, c'est aussi recycler sa facture.

Un droit tombe, un chèque part

Car le recyclage a un coût que personne ne met sur l'étiquette.

Quand un droit tombe devant les tribunaux, il se rembourse. Et le remboursement va à celui qui a payé la douane. Pas à celui qui a payé le prix.

L'importateur est remboursé. L'acheteur garde son reçu.

Deux payeurs. Un seul chèque.

Vous avez payé, ils encaissent

Soixante-dix pour cent

Regardez où va l'argent. La Fed d'Atlanta l'a demandé.

Du 10 au 21 août, elle a interrogé 1 156 dirigeants d'entreprise. Les droits annulés en février représentent près de 170 G$ US, dont environ 100 G$ US déjà remboursés à la fin de juillet, selon la banque.

Près du quart des dirigeants se croient admissibles. Environ 9 % de l'échantillon, pondéré par l'emploi, ont déjà reçu leur chèque. En moyenne, il vaut 1,7 % du chiffre d'affaires annuel.

Dix-sept virgule deux

Le remboursement va d'abord à l'importateur. Le remboursement va à la trésorerie, pour 70 % des entreprises, qui en gardent au moins une part en liquidités. Le remboursement va à la recherche ou à l'investissement, pour plus de la moitié. Le remboursement va aux clients, en rabais, pour 17,2 %. Le remboursement va aux cadres, en primes, pour 10,1 %.

Les baisses de prix : 14,8 %. Les primes aux cadres : 10,1 %.

Une précision, parce qu'elle compte. CFO Dive écrit que trois entreprises sur quatre garderont l'argent. La page de la Fed d'Atlanta dit 70 %. Je retiens la source.

Autre détail qui dérange. Les sociétés cotées en bourse ont plus de deux fois plus de chances d'avoir déjà reçu leur remboursement, note la banque. Les gros d'abord. Les petits attendent.

Le chèque va à la douane payée, pas au prix payé.

Qui paie une taxe à la frontière

L'importateur d'abord

Il faut être exact sur le mécanisme, sinon l'argument ment.

Un droit de douane est une taxe payée par l'importateur, à la frontière, au moment où la marchandise entre. C'est lui qui fait le chèque au service des douanes. C'est donc à lui que la loi rembourse.

Ensuite, il répercute. Tout, une partie, ou rien, selon son marché, sa concurrence, ses marges.

Le client ne voit pas la ligne. Il voit le total.

L'acheteur ensuite

Combien arrive au comptoir ? Pas de chiffre américain unique, ici. Un indice, plutôt, venu d'ailleurs : les contre-tarifs canadiens de l'an dernier ont fait monter de 6 % le prix des biens visés, selon une étude citée par le Los Angeles Times.

Et pourtant, l'économiste Alex Durante, de la Tax Foundation, estime dans le même journal que les nouveaux droits ne changeront probablement pas grand-chose pour les consommateurs, les coûts se concentrant sur quelques industries.

Je garde les deux. La part répercutée varie. Mais toute part répercutée est une part que l'acheteur ne reverra que si l'entreprise le décide.

La loi rembourse la douane. Le marché décide du reste.

Le passif qu'on fabrique

Le 30 septembre

C'est ici que le recyclage devient une dette.

Le 30 septembre, la Cour du commerce international entend les affaires regroupées sous le nom de In re Section 301 Forced Labor Cases. Parmi les plaignants, un détaillant d'épices en ligne, Burlap & Barrel, et un détaillant de montres indépendant, Collective Horology, défendus par le Liberty Justice Center.

Ce même centre avait gagné contre l'administration devant la Cour suprême, en février.

Même plaideur. Nouvelle loi. Même question.

Il a aussi rallié Ed Gresser, ancien responsable de la politique économique au bureau du représentant au Commerce, qui conteste le lien entre la conduite reprochée à soixante économies et l'ampleur des droits imposés.

99,4 %

Selon le Liberty Justice Center, les droits de la Section 301 touchent des biens qui représentent 99,4 % des importations américaines.

Si la Cour les annule, ils devraient à leur tour être remboursés. Aux importateurs. Encore.

Chaque droit de rechange ajoute donc une nouvelle ligne au passif public. Un droit perçu aujourd'hui, peut-être rendu demain, à quelqu'un d'autre que celui qui l'a supporté.

Qui remboursera l'acheteur, cette fois ?

Chaque tarif de rechange est un remboursement en attente.

Le travail forcé existe

Deux rondes d'audiences, 2 100 commentaires

Voici ce que répondrait Jamieson Greer, et il faut l'entendre en entier.

Le travail forcé est réel. Les États-Unis interdisent l'importation de ses produits depuis près d'un siècle et appliquent cette interdiction. Selon Greer, « des décennies de persuasion morale n'ont pas éradiqué le travail forcé » des chaînes d'approvisionnement.

La procédure a été lourde : deux rondes d'audiences publiques, plus de 2 100 commentaires, des consultations avec plus de 45 gouvernements, plus de 100 témoins en juillet. Et la loi ne fixe ni plafond de taux, ni limite de durée.

Un pays, pas soixante

C'est sérieux. Et cela ne tient pas.

Le texte de la loi parle d'un « pays étranger », au singulier. Wolff insiste : la délégation du Congrès visait une action ciblée contre un pays, pour le forcer à négocier. Ce n'est pas une enquête sur un pays. Ce n'est pas une négociation. Ce n'est pas un levier pour forcer un accord.

L'administration a répété, rapporte CNN, que son intention était de rétablir les droits universels perdus. Et le calendrier le confirme : la Section 301 arrive au moment précis où la Section 122 expire. Sara Albrecht, du Liberty Justice Center, parle d'une base prétextuelle.

Wolff, Carla Hills, ancienne représentante au Commerce de George H. W. Bush, et Warren Maruyama, ancien conseiller juridique de l'agence sous Ronald Reagan, demandent à la Cour d'écarter ces droits, jugés « contraires à la loi, arbitraires et capricieux ». Et si le but était le travail forcé, ajoute Wolff, la loi permettait d'interdire le commerce avec le pays fautif.

Un pays visé, c'est une loi. Soixante, c'est une taxe.

Des partenaires ont bougé

Un bon coup, en partie

Je concède ceci à Donald Trump, et cela me coûte.

Le but affiché est juste. Pousser des partenaires à interdire les produits du travail forcé, c'est une cause que je défends aussi.

Et la pression a produit quelque chose. Le taux de 10 % s'applique aux économies qui imposent déjà une interdiction, s'y sont engagées dans un accord commercial ou ont adopté un régime partiel. Greer se dit encouragé par les partenaires qui ont vite adopté de telles interdictions.

Des rabais pour les clients

Je concède aussi que tous les remboursements ne dorment pas en banque. Une part va aux clients et aux employés, note la Fed d'Atlanta.

Et je concède que la Cour peut donner raison à l'administration. La loi n'a pas de plafond. Je ne sais pas ce que diront les juges. Je l'avoue.

Et pourtant, un bon but ne rend pas légale une méthode. Sur l'objectif, bon coup. Sur le détour, mauvais coup.

La cause est juste. Le chemin ne l'est pas.

Le miroir du comptoir

Regardez votre reçu

Revenons au reçu. Il a changé depuis le début.

Au premier paragraphe, c'était une preuve de prix. Maintenant, c'est la seule trace qu'il vous reste d'une taxe que vous avez peut-être payée, qu'un tribunal jugera peut-être illégale, et qu'on remboursera peut-être à quelqu'un d'autre.

Vous payez le prix affiché. Vous payez le droit qu'il contient, en tout ou en partie. Vous payez le silence du reçu, qui n'en dit rien.

Le petit détaillant

Regardez aussi l'autre bout. Un marchand d'épices. Un détaillant de montres. Ce sont eux qui plaident le 30 septembre.

Pour eux, la facture de douane arrive avant la vente. Il faut avancer l'argent, attendre le client, ajuster l'étiquette une fois, deux fois, sans savoir si la taxe survivra au procès.

Les enjeux sont les plus grands pour les entreprises financièrement serrées, dit Brent Meyer, de la Fed d'Atlanta, à CFO Dive. Pour elles, un remboursement ou son absence pèse sur la survie.

Non.

Ce n'est pas une abstraction juridique. C'est une trésorerie de fin de mois.

Au bout de chaque loi détournée, il y a une caisse.

Les alliés dans le même panier

Le Royaume-Uni à 10 %

Un mot sur la carte, parce que la ligne l'exige.

Parmi les soixante économies visées, on trouve le Royaume-Uni, l'Inde, le Mexique. L'Union européenne, le Japon, la Corée, Taïwan et la Suisse sont soumis à un régime de 10 ou 12,5 %, net du taux de la nation la plus favorisée.

Ce sont des alliés, ou des partenaires dont l'Occident a besoin face à Pékin.

Un signal aux amis

Taxer ses alliés sous un motif de travail forcé, c'est leur dire que la règle se choisit à Washington, cible par cible.

Et l'acheteur, dans tout ça ?

Il paie au comptoir la facture d'une querelle qu'il n'a pas choisie.

Un allié taxé. Un rival qui regarde. Un acheteur qui paie.

Taxer ses amis ne rend pas plus fort face à ses rivaux.

Le jeu de la taupe

Une autorité après l'autre

CNN appelle cela le jeu de la taupe. Une loi tombe, une autre sort de son trou.

Après l'IEEPA, la Section 122. Après la Section 122, la Section 301. Après la Section 301, peut-être…

Wolff le dit lui-même : il craint que, si le Liberty Justice Center gagne encore, l'administration trouve une autre autorité pour remplacer la Section 301. La seule réponse, dit-il, c'est de se battre.

Plus d'une douzaine d'enquêtes

Le bureau de Greer enquête déjà sur plus d'une douzaine de pays pour surcapacité industrielle, rapporte CNN.

Une loi, puis une autre, puis une autre. Le même réflexe.

Chaque nouvelle autorité promet de durer. Chacune repose sur une loi écrite pour autre chose.

Et chacune, si elle tombe, laisse derrière elle des remboursements dus. Aux importateurs.

La taupe change de trou. Le comptoir ne change pas.

Ce que la Cour peut dire

Si la Cour annule

Deux issues, le 30 septembre ou après.

Si la Cour annule, les droits de la Section 301 devraient être remboursés, comme ceux de l'IEEPA. Aux importateurs, encore. Et la prochaine autorité serait sans doute déjà prête.

Si la Cour confirme, une loi pensée pour viser un pays deviendrait une taxe mondiale sans plafond, au bon vouloir d'un seul bureau.

Si la Cour confirme

Et pourtant, dans les deux cas, une chose ne bouge pas. Le prix payé au comptoir, lui, ne revient pas par la loi.

C'est là que la question change de mains. Elle quitte la Cour et arrive chez nous.

Chez l'acheteur. Chez le petit importateur. Chez le contribuable.

Le Congrès pourrait encadrer ce pouvoir. L'acheteur, lui, n'a pas de siège au tribunal.

Qui paiera la prochaine ?

Le juge tranchera la loi. Pas le reçu.

Gardez le reçu

Un auteur, une cour, un acheteur

Un auteur désavoue sa loi. Une administration la recycle. Une cour tranchera. Sept entreprises remboursées sur dix en gardent au moins une part en caisse.

Au milieu, un acheteur qui a payé, en tout ou en partie, une taxe jugée illégale une première fois, et peut-être une deuxième.

Je ne demande pas d'aimer ou de détester les tarifs. Je demande de regarder qui paie, et qui est remboursé.

Payer ici, rembourser ailleurs

Combien de fois accepterons-nous de payer une taxe au comptoir pour qu'on la rembourse ailleurs ?

La réponse n'est pas au tribunal. Elle est dans ce qu'on tolère.

Et dans la poche, froissé, le ruban qui pâlit.

Gardez le reçu. C'est tout ce que la loi vous laisse.

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). OPINION : L'homme qui a écrit la Section 301 dit que Trump la détourne, et l'acheteur garde le reçu. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/opinion-l-homme-qui-a-ecrit-la-section-301-dit-que-trump-la-detourne-et-l-acheteur-garde

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MM
Maxime Marquette
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