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La ChroniqueBillet· N° 7670

BILLET : La FAA a validé une flamme sur l'arc de Trump, pas des tireurs ni des drones

Du haut des marches du Lincoln Memorial, on regarde vers la Virginie. On voit le pont. On voit l'eau du Potomac. On voit, au bout, le cimetière national d'Arlington, où reposent les soldats du pays.

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  1. Du haut des marches du Lincoln Memorial, on regarde vers la Virginie. On voit le pont. On voit l'eau du Potomac. On voit, au bout, le cimetière national d'Arlington, où reposent les soldats du pays.
  2. Du haut des marches du Lincoln Memorial, on regarde vers la Virginie.
  3. On voit l'eau du Potomac.
Transparence

Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.

Du Lincoln Memorial

La vue

Du haut des marches du Lincoln Memorial, on regarde vers la Virginie.

On voit le pont. On voit l'eau du Potomac. On voit, au bout, le cimetière national d'Arlington, où reposent les soldats du pays.

Des familles montent ces marches chaque jour. Elles se retournent. Elles prennent la même photo.

Une vue que des générations ont photographiée. Le mémorial d'un président. Le cimetière de ceux qui ont servi. Un pont pour les relier.

Entre les deux, un rond-point. Memorial Circle.

C'est là que Donald Trump veut son arc de triomphe. 250 pieds, environ 76 mètres, pour les 250 ans du pays, rappelle Reuters.

Trois mille pieds

Il y a un détail que la carte postale ne montre pas.

Le rond-point est à 3 000 pieds de l'aéroport Ronald Reagan National, dans le couloir principal d'approche et de départ, selon Reuters.

Au-dessus de la carte postale, des avions de ligne descendent. On entend le sifflement des réacteurs. On sent la vibration dans la rambarde du pont.

Dans la cabine, un passager serre l'accoudoir. Il regarde le fleuve approcher. Il ne pense pas aux arcs.

Une carte postale, avec un couloir aérien dedans.

La flamme éternelle

Le 18 septembre

Le 18 septembre, la FAA rend son avis.

L'arc ne présente pas de danger pour les avions, dit l'agence, selon la dépêche de Reuters. À une condition. Une flamme éternelle au sommet, et des projecteurs braqués sur la structure pour que les pilotes la voient.

La FAA avait d'abord exigé des feux rouges d'obstruction. Elle y renonce dans sa décision finale.

Le Washington Monument, 555 pieds, porte des feux rouges clignotants. C'est ce que la FAA exige d'ordinaire des bâtiments de plus de 200 pieds près d'un aéroport, rappelle Reuters.

Une flamme pour les pilotes

Pour l'arc, pas de feu rouge. Une flamme. Plus noble. Plus rare.

Une flamme éternelle, c'est d'habitude un symbole. On en allume sur des tombes, pour ceux qu'on ne veut pas oublier. Ici, elle sert d'abord aux pilotes.

J'aime cette flamme. Elle est honnête. Elle dit ce qu'elle fait. Elle éclaire un obstacle, pour qu'on ne le percute pas.

L'agence fixe aussi un plancher. Les pilotes doivent survoler la zone à au moins 780 pieds, selon Reuters.

L'avis peut être contesté jusqu'au 18 octobre, précise AVweb. Il devient définitif le 28 octobre, sauf nouvelle procédure.

C'est le repère de ce billet. Une flamme.

Une flamme pour avertir. C'était tout le programme.

Dimanche, sur Truth Social

Le 20 septembre

Deux jours plus tard, le dimanche 20 septembre, Trump publie un message sur son réseau.

À la demande de l'armée américaine, écrit-il selon ABC, il accepte de transformer l'arc en complexe militaire de premier ordre.

Il y aura des drones, en grand nombre, prêts à décoller vite. Il y aura des tireurs d'élite, sur le toit et sur l'esplanade. Il y aura des munitions pour ces tireurs, en grande quantité, stockées sur place.

Le message ne nomme ni l'unité, ni la mission, ni la menace. Il nomme les quantités. Grandes.

Le toit et l'esplanade

Relisons lentement. Un monument. Un toit. Des tireurs.

Le même toit qui devait porter la flamme.

La flamme avertit les pilotes. Les tireurs, non.

Un arc de triomphe se visite. Un complexe militaire se garde. On ne fait pas les deux au même endroit sans que l'un finisse par manger l'autre.

Aucun nouveau plan déposé n'apparaît dans les pages que j'ai lues. Le Pentagone refuse de commenter, selon ABC.

Un monument le vendredi, une caserne le dimanche.

L'ordre des dates

Le 18, puis le 20

Reprenons le calendrier, parce qu'il suffit.

Le 18, la FAA juge un arc de pierre surmonté d'une flamme. Le 20, Trump annonce des drones, des tireurs et un dépôt de munitions.

Deux jours. Un avis. Un message. Aucun document entre les deux.

L'avis de la FAA ne pouvait pas examiner un projet annoncé deux jours après lui. Sauf si on le lui avait montré avant. Rien, dans le dossier, ne l'indique.

Le 24 septembre, The National News Desk l'écrit en toutes lettres. L'examen de la FAA n'a pas évalué d'opérations de drones.

Pas une ligne. Pas un calcul. Pas un scénario.

Un avis d'avant

Je le dis simplement. Je suis du côté des passagers, des pilotes et des riverains de Reagan National, contre le complexe militaire que Trump a annoncé le 20 septembre, parce que l'avis de sécurité rendu le 18 portait sur une flamme, pas sur des drones.

Je ne suis ni démocrate ni républicain dans cette affaire. Je suis sous le couloir.

Un avis rendu pour un objet ne couvre pas un autre objet.

On a validé une flamme. On nous livre un nid.

La lettre de Duckworth

Vendredi, deux destinataires

Le 25 septembre, à 7 h, CBS publie une lettre qu'elle a obtenue en exclusivité. Elle est signée par la sénatrice démocrate de l'Illinois Tammy Duckworth et envoyée vendredi, selon la chaîne.

Destinataires : le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, et l'administrateur de la FAA, Bryan Bedford.

Duckworth est la principale démocrate du sous-comité sénatorial de l'aviation. Ancienne pilote d'hélicoptère de l'armée, elle a perdu ses deux jambes pendant la guerre d'Irak, rappelle CBS.

Elle demande à la FAA et au Pentagone de rejeter ce plan, qu'elle juge téméraire. Et de s'occuper plutôt de la sécurité de l'espace aérien.

Le message présidentiel, elle le range parmi des diatribes matinales, bizarres et décousues, publiées sur les réseaux sociaux, rapporte CBS.

Le 5 octobre

Elle veut savoir si la FAA a tenu compte d'un usage militaire de l'arc dans son évaluation. Elle juge cet examen incomplet.

Elle demande à Hegseth quelle entité militaire, s'il y en a une, a réclamé la transformation. Et sur quelle évaluation de la menace.

Elle veut des réponses avant le 5 octobre.

Elle écrit en pilote. Elle parle d'approche, de couloir, de collision. Pas de pierre.

La FAA et la Défense ont refusé de commenter, renvoyant CBS vers la Maison-Blanche.

Deux questions simples. Deux silences officiels.

Soixante-sept

Le 29 janvier 2025

Il faut dire pourquoi ce couloir n'est pas un couloir comme les autres.

Le 29 janvier 2025, près de Reagan National, un hélicoptère Black Hawk de l'armée de terre et un jet régional d'American Airlines se percutent en vol. 67 morts, selon le Conseil national de la sécurité des transports, le NTSB, et selon CBS.

Il était 20 h 48, heure de l'Est, précise le NTSB. Son rapport final a suivi une réunion publique, le 27 janvier 2026.

Soixante-sept.

Un hélicoptère militaire. Un avion de ligne. Le même ciel.

Les recommandations ouvertes

Après la collision, le NTSB a formulé 52 recommandations de sécurité, écrit CBS. Trente-cinq visaient la FAA. Trois seulement sont closes.

Plus tôt ce mois-ci, le NTSB a jugé inacceptables les réponses de la FAA à onze d'entre elles, selon la chaîne.

Les treize recommandations adressées au Pentagone restent ouvertes.

Vingt mois après la collision. Elles attendent encore.

Duckworth trouve particulièrement choquant de voir la FAA et la Défense s'occuper d'un monument, après leur échec commun à appliquer ces correctifs, écrit CBS.

Et pourtant, le Pentagone aurait demandé, selon Trump, d'installer des drones dans ce même ciel.

Treize recommandations ouvertes, et une piste pour drones.

Un avis fait dans les règles

Ce que la FAA a bien fait

Soyons justes, puisque le billet l'exige.

La FAA a fait son travail sur l'arc qu'on lui a présenté. Elle a étudié l'effet sur l'espace aérien de Reagan National et des aéroports militaires et publics voisins, écrit AVweb. Elle a imposé une flamme, des projecteurs, un plancher de vol.

Bryan Bedford assure que l'arc est passé par la même évaluation d'obstacle que ses agents de carrière appliquent à tout projet, rapporte The National News Desk. Aucun passe-droit, dit-il.

Duckworth craignait en juin que l'arc lui-même menace les vols commerciaux, rapporte Reuters. Sur ce point précis, l'agence lui a donné tort.

Cela coûte à ceux qui, comme moi, n'aiment pas ce projet. C'est pourtant écrit.

La limite de l'avis

C'est vrai. Et cela ne change rien au reste.

Un avis juste sur une flamme ne dit rien d'un dépôt de munitions. Il ne dit rien d'un drone qui décolle à trois mille pieds d'une piste.

Et pourtant, c'est ce même avis que la Maison-Blanche pourra brandir, si on lui demande si le ciel est sûr.

Un bon avis sur la mauvaise question reste une mauvaise réponse.

Qui a demandé

Une demande sans signataire

Trump écrit qu'il agit à la demande de l'armée. C'est sa phrase. Elle n'a pas de signataire militaire public.

Qui a demandé des tireurs ? Qui a demandé des drones ? Qui a demandé des munitions sur un monument ? Qui a demandé le toit ? Qui a demandé l'esplanade ?

Aucun commandement n'est nommé dans les pages que j'ai lues. Aucune évaluation de la menace n'est publiée.

Le Pentagone se tait

Le Pentagone ne commente pas, selon ABC. La Défense renvoie à la Maison-Blanche, selon CBS.

C'est la question exacte de Duckworth. Quelle entité ? Quelle menace ?

Un démocrate de Virginie, Don Beyer, jugeait cette semaine dangereuse et impraticable l'idée d'une base de drones dans l'axe d'atterrissage, rapporte CBS. L'opposition locale, massive selon lui, ne sera pas vaincue, promet-il, selon The National News Desk.

Un complexe militaire au cœur de la capitale devrait avoir un père. Un ordre. Un budget. Il a un message.

Un tireur posté sur un toit de Washington, c'est une décision de sécurité. D'ordinaire, elle se prend sans bruit, par ceux qui en répondent. Celle-ci s'annonce en ligne, sans auteur militaire connu.

Une demande militaire que personne ne signe.

Le patrimoine, lui

Quarante-deux biens

Pendant ce temps, l'autre dossier avance. Celui des pierres.

Le 24 septembre, le Conseil consultatif sur la préservation historique, l'ACHP, met fin à la consultation prévue par la loi sur ce projet d'arc en béton armé et en granit.

Il relève un effet négatif. Un grand élément vertical entre dans des paysages historiques et commémoratifs d'importance nationale. 42 biens historiques sont touchés, dont six monuments historiques nationaux et huit districts historiques.

L'administration reconnaissait déjà la semaine précédente des effets négatifs sur le cadre et les vues. Impossibles à éviter entièrement, disait-elle, parce que l'emplacement est au cœur du projet, rapporte ABC.

Burgum tranchera

Le public peut encore écrire jusqu'au 29 septembre, à 23 h 59. L'ACHP enverra ses commentaires au secrétaire à l'Intérieur d'ici le 7 octobre. Doug Burgum décidera ensuite, précise ABC.

La Virginie écrivait lundi que l'arc allait défigurer le pied du cimetière d'Arlington, selon ABC. Le District de Columbia n'a pas voulu commenter.

Le Service des parcs nationaux relevait de son côté des perspectives abîmées sur 37 sites historiques, selon The National News Desk. Deux comptes. Un même verdict de pierre.

Les membres et la direction de l'ACHP sont nommés par le président, note ABC. La commission de planification de la capitale doit encore examiner le projet au cours des six prochains mois.

Le patrimoine a son calendrier. Le ciel, pas encore.

Des drones dans le couloir

Le couloir d'approche

Voici le moment où le billet cesse de sourire.

Un avion qui descend vers Reagan National suit une trajectoire serrée, au-dessus du fleuve. Un avion qui décolle suit la même, à l'envers. Un avion qui manque son approche remonte dans le même air.

Dans cet air, le message de Trump veut des drones capables de décoller vite, en grand nombre.

Aucune page lue ne dit comment ces drones partageraient le ciel avec les avions. Ni qui les piloterait. Ni qui préviendrait la tour.

Avant les drones, il y aura les grues. Duckworth a cité le Service des parcs nationaux : des grues de 300 à 320 pieds, jusqu'à 20 heures par jour, pendant deux à trois ans, rapporte Reuters.

Un nid dans l'axe

Le public ne peut pas se permettre une structure de 250 pieds sur un axe d'approche chargé, écrit Duckworth, surtout avec des tireurs et des drones, selon CBS.

Soixante-sept personnes sont mortes dans ce ciel il y a vingt mois.

Le passager qui serre l'accoudoir ne connaît pas la lettre. Il connaît le fleuve. La secousse du train d'atterrissage. Le soulagement du freinage.

Il ne sait pas qu'on veut lui ajouter un voisin armé.

Le ciel de Reagan National a déjà payé une fois.

Le Sénat la semaine prochaine

Merkley force un vote

Le 24 septembre, Axios rapporte que le sénateur démocrate Jeff Merkley veut forcer un vote au Sénat la semaine prochaine.

Deux résolutions. L'une pour empêcher la démolition du Kennedy Center. L'autre pour bloquer l'arc près d'Arlington.

Les démocrates préviennent qu'ils utiliseront tous les moyens législatifs, y compris le processus budgétaire de la fin d'année, selon Axios.

L'arc n'est qu'une pièce. Reuters énumère le reste : une nouvelle salle de bal à la Maison-Blanche, la rénovation du bassin du Lincoln Memorial, un golf réaménagé à East Potomac Park.

Le vote et le couloir

Je ne sais pas si ces résolutions passeront. Je sais qu'elles obligeront chaque sénateur à dire où il se tient.

Les juges ont aussi leur mot. Le 4 septembre, un juge fédéral ordonnait à l'administration de prévenir 48 heures avant toute activité sur le site, sauf pour repérer des vestiges enfouis, rapporte Reuters.

Des anciens combattants poursuivent aussi, pour protéger la vue entre le Lincoln Memorial et Arlington. Un historien de l'architecture s'est joint aux plaignants, précise The National News Desk.

Un Sénat, un tribunal, une agence du patrimoine. Trois portes. Aucune ne s'occupe du ciel.

Un vote peut nommer ce qu'un message n'a pas signé.

L'arc et le nid

Deux cent cinquante ans

Je veux bien un monument pour les 250 ans du pays. Je veux bien une flamme. Je veux bien qu'un président aime la pierre.

Duckworth parle d'un énième projet de vanité, payé avec le temps, l'énergie et l'argent des contribuables, selon CBS. C'est son mot, pas le mien.

Acte par acte, l'arc de pierre se juge au patrimoine. Le complexe militaire se juge au ciel.

Un anniversaire mérite une pierre. Il ne mérite pas un risque.

Un poste de tir dans l'axe

Transformer un monument en poste de tir et de drones dans l'axe d'un aéroport où soixante-sept personnes sont mortes, sans commandement nommé ni évaluation publiée : c'est un mauvais coup.

Il ne renforce ni l'armée, ni l'Occident, ni la capitale. Il ajoute un risque dans un ciel qui n'a pas fini ses réparations.

Et il abîme la seule chose honnête du projet. La flamme.

Et pourtant, rien n'empêche encore de garder la flamme et de renoncer au nid. Un message du dimanche se retire aussi vite qu'il se publie.

Une flamme honnête sur un toit qui ne l'est plus.

La flamme ne suffit plus

Le 18 octobre

Il reste une fenêtre. Jusqu'au 18 octobre, n'importe qui peut demander à la FAA de revoir son avis, selon Reuters et AVweb.

Le 5 octobre, Hegseth et Bedford doivent répondre à Duckworth. Le 7, l'ACHP écrit à Burgum.

Trois dates, trois portes. Aucune n'est encore fermée. Aucune ne s'ouvrira seule.

Regarder l'approche

Quand un avis de sécurité porte sur une flamme et qu'on installe ensuite des tireurs et des drones sous cette flamme, qui doit rouvrir le dossier avant le premier atterrissage raté ?

Du haut des marches du Lincoln Memorial, la vue n'a pas encore changé.

Le couloir non plus. Pas encore.

La flamme brûlera peut-être un jour. Reste à savoir au-dessus de quoi.

Une flamme validée. Des tireurs jamais examinés.

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). BILLET : La FAA a validé une flamme sur l'arc de Trump, pas des tireurs ni des drones. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/billet-la-faa-a-valide-une-flamme-sur-l-arc-de-trump-pas-des-tireurs-ni-des-drones

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MM
Maxime Marquette
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