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La ChroniqueEnquête· N° 7711

ENQUÊTE : Boegman guette l'influence étrangère sur le vote albertain, avec deux noms au registre

Le registre fédéral de l'influence étrangère ne comptait que deux noms publics le 23 septembre, selon Global News, à moins d'un mois du référendum albertain du 19 octobre.

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  1. Le registre fédéral de l'influence étrangère ne comptait que deux noms publics le 23 septembre, selon Global News, à moins d'un mois du référendum albertain du 19 octobre.
  2. Deux noms et des pancartes
  3. Le registre du 23 septembre
Transparence

Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.

Deux noms et des pancartes

Le registre du 23 septembre

Le registre fédéral de l'influence étrangère ne comptait que deux noms publics le 23 septembre, selon Global News, à moins d'un mois du référendum albertain du 19 octobre.

Deux noms. Pour tout le pays. Pour toutes les campagnes.

Le 19 octobre, les Albertains diront si leur province reste au Canada. Ou si leur gouvernement doit entamer le processus légal menant à un référendum contraignant sur la séparation.

Dix questions figureront au bulletin, selon The Tyee. Celle-là n'en est qu'une. C'est elle qu'on regarde de loin.

Des VR et des drapeaux

Les deux camps sillonnent la province depuis des mois, raconte CBC. Des véhicules récréatifs décorés de feuilles d'érable ou de drapeaux albertains. Des pancartes livrées devant les maisons, en ville comme dans les petits villages.

On connaît le geste. Le piquet qu'on enfonce dans une pelouse déjà dure. Le coup de maillet. Le voisin qui regarde par la fenêtre.

Ce texte ne parle pas de ces gens-là. Ils votent. Ils décident. C'est leur droit entier.

Il parle de ceux qui voudraient peser sur leur choix depuis l'étranger. Et de l'outil qui devait les rendre visibles.

Ceux qui votent décident. Reste à savoir qui finance autour.

Le commissaire sort de sa réserve

Mardi soir, à Ottawa

Le 22 septembre, le commissaire à la transparence en matière d'influence étrangère, Anton Boegman, a publié une courte déclaration.

Son bureau est au courant d'inquiétudes au sujet d'activités d'influence étrangère visant le référendum albertain, écrit-il.

Il a communiqué de façon proactive avec des personnes et des organisations qui pourraient avoir une obligation d'enregistrement.

Il invite ceux qui ont une entente avec un mandant étranger à consulter le site de son bureau. Et à s'enregistrer.

Il ne nomme personne. Il ne nomme aucun pays. Il ne nomme aucun groupe.

Sept paragraphes. Zéro nom.

Ce qu'il ne dit pas

La déclaration n'accuse personne d'ingérence. Elle rappelle une loi. Elle fixe des dates.

C'est peu. C'est aussi une première pour une loi entrée en vigueur cet été.

Un bureau neuf. Un commissaire. Une loi de sept semaines.

Global News rappelle le contexte. Des dirigeants séparatistes affirment avoir rencontré des responsables du Département d'État américain pour obtenir du financement. Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a déjà fait un clin d'œil public à leur cause.

Un avertissement sans nom reste un avertissement.

Ce que la loi exige

Le 4 août, le 3 octobre

La Loi sur la transparence et la responsabilité en matière d'influence étrangère est en vigueur depuis le 4 août 2026, rappelle l'avocat Mark Blumberg.

Elle vise quiconque a une entente avec un mandant étranger pour influencer un processus politique ou gouvernemental au Canada. Les référendums provinciaux en font partie, précise le commissaire.

Les ententes conclues avant le 4 août et toujours actives doivent être enregistrées au plus tard le 3 octobre. Les ententes conclues depuis doivent l'être dans les 14 jours.

Les pénalités administratives vont de 250 $ à 1 million de dollars, selon Mark Blumberg. La loi ne vise pas seulement le lobbying auprès des élus. Des communications adressées au public peuvent aussi être couvertes.

L'avocat conseille aux organismes liés à des réseaux internationaux de revoir leurs ententes. Le bureau du commissaire, écrit-il, cherche activement. Il n'attend pas qu'on vienne à lui.

Seize jours avant l'urne

Faites le compte. Le 3 octobre tombe seize jours avant le vote. Le calendrier est serré. Il est aussi public.

Un registre à deux noms surveille un référendum.

Voici ma lecture. Ce dossier ne révèle pas, à ce jour, un complot étranger. Il révèle une opacité. L'argent qui entoure le vote ne se voit pas. Et l'outil qui devait l'éclairer commence à peine à servir.

Seize jours séparent la lumière du vote.

Atlas, cinq cents instituts

Un réseau américain

La piste la plus documentée mène aux États-Unis. Pas au gouvernement. À Atlas Network.

Atlas Network est un organisme américain sans but lucratif. Il relie environ 500 instituts libertariens dans plus de 100 pays, écrit The Tyee, qui publie une enquête de l'Investigative Journalism Foundation.

Cinq cents instituts. Cent pays. Un réseau.

En 2022, dernière année où Atlas a publié la liste, 11 instituts canadiens y étaient affiliés. On y trouve l'Institut Fraser, l'Institut Macdonald-Laurier, l'Institut économique de Montréal et l'Alberta Institute.

Des idées qui voyagent

Selon l'enquête, un noyau d'instituts liés à ce réseau a contribué, en dix ans, à faire passer le séparatisme albertain de la marge au centre du débat. Par des recherches. Des conférences. Les médias sociaux.

L'historien Mack Penner, de l'Université de Calgary, y voit un basculement après 2015. La menace de sécession serait devenue un levier face à Ottawa.

Le sociologue Nicolas Graham, de l'Université de la Colombie-Britannique, a documenté près de 600 liens entre ces instituts canadiens et les universités, la finance et l'industrie extractive. Sa recherche date de 2022.

Le thème de l'aliénation de l'Ouest est très présent dans le réseau, dit-il à The Tyee.

Des idées qui voyagent ne sont pas un délit. Elles ont une adresse, pourtant.

Cinq cents instituts, un seul carnet d'adresses.

De 15 001 à 30 000 dollars

Le premier trimestre de 2020

Voici ce que l'argent dit, quand il parle.

Selon un rapport de financement d'Atlas obtenu par l'Investigative Journalism Foundation, l'Alberta Institute a reçu entre 15 001 et 30 000 dollars américains au premier trimestre de 2020.

Depuis 2015, Atlas a versé plus de 3,1 millions de dollars américains en subventions et en aide à des groupes au Canada et au Mexique, selon ses déclarations fiscales américaines.

Les noms des bénéficiaires sont caviardés. Les deux pays sont regroupés.

Quinze mille un dollars. Trente mille au plus. Un seul trimestre.

Des bénéficiaires caviardés

Une seule ventilation est publique. En 2016, 204 671 des 220 615 dollars déclarés pour le Canada et le Mexique sont allés à des groupes canadiens, selon le rapport annuel d'Atlas cité par The Tyee.

L'Alberta Institute se dit financé par des milliers de petits donateurs albertains. Comme organisme sans but lucratif, il n'a pas à publier ses sources.

Les noms des donateurs restent donc privés, eux aussi.

Des montants modestes. Des bénéficiaires cachés. Une règle qui permet de ne rien dire.

On connaît des fourchettes. On ne connaît pas de listes complètes.

Le chiffre existe. Le nom, lui, est noirci.

Atlas nie, l'institut aussi

Jamais le statut de l'Alberta

La défense est nette, et elle mérite d'être citée.

Atlas Network n'a jamais soutenu de projet lié au statut de l'Alberta au Canada, a déclaré son porte-parole, Adam Weinberg, à l'Investigative Journalism Foundation.

Selon lui, le soutien reçu par l'Alberta Institute portait sur la formation et la participation à des programmes de réseautage et de perfectionnement.

Formation. Réseautage. Perfectionnement. C'est la version d'Atlas.

Le fondateur de l'institut, Peter McCaffrey, affirme que son organisation ne prend pas position sur la séparation. Elle publie des auteurs pour et contre, dit-il. Elle contribue à un débat démocratique sain.

Il ajoute une règle maison. L'institut ne divulgue aucune information sur son financement, pour protéger la vie privée des donateurs.

Atlas a aussi cessé en 2021 de s'associer avec Canadians for Democracy and Prosperity, un groupe qui faisait la promotion du séparatisme. Il ne lui a versé aucune subvention, selon le même porte-parole.

Une idée n'est pas une ingérence

L'argument tient. Des instituts qui publient des idées ne font pas d'ingérence. La loi elle-même fait la différence.

Et pourtant, la défense d'Atlas laisse un trou. Adam Weinberg n'a pas répondu sur le montant total versé à l'Alberta Institute.

Un réseau qui jure n'avoir rien financé sur le statut de l'Alberta pourrait publier ses chiffres. Il ne l'a pas fait.

Nier le projet ne dit pas le montant.

Les Albertains décident seuls

Vingt-trois pour cent

Il faut maintenant écrire ce qui dérange la thèse de l'influence.

Le sondage de Janet Brown Opinion Research pour CBC a été mené auprès de 1 200 Albertains, du 8 au 21 septembre. Résultat : 72 % pour rester au Canada. 23 % pour lancer le processus de séparation.

Soixante-douze pour cent. C'est une réponse.

En avril, la sondeuse mesurait 27 % pour la séparation. Et pourtant, après des mois de campagne, le soutien recule.

La part des gens surtout attachés à l'Alberta passe de 33 % à 23 %. Celle des gens surtout attachés au Canada monte de 34 % à 40 %.

Dans les grandes villes, 74 % veulent rester. Dans les petites localités, 69 %. Marge d'erreur : 2,8 points, 19 fois sur 20.

La guerre commerciale a joué

Janet Brown y voit notamment l'effet de la guerre commerciale et des tensions avec Donald Trump. Les Albertains se concentrent davantage sur leur identité canadienne, dit-elle.

Le camp du maintien a aussi puisé dans la province. La campagne Forever Canadian a recueilli plus de 400 000 signatures, soit 13,6 % des électeurs admissibles, selon The Walrus.

La politologue Lori Thorlakson, de l'Université de l'Alberta, avance une autre lecture. Les gens réfléchissent davantage à ce que signifierait vraiment un départ.

C'est la donnée la plus dérangeante pour qui crie au complot. Si une influence étrangère existe, elle ne convainc pas.

C'est vrai, et cela ne change pas ceci. Une influence qui échoue reste une influence qu'on a le droit de connaître.

Résister n'empêche pas de savoir.

Trois portes à Washington

Le Département d'État

Les pistes gouvernementales américaines sont plus minces. Elles sont aussi plus lourdes.

Des membres de l'Alberta Prosperity Project ont rencontré des responsables du Département d'État, écrit The Walrus. Ils cherchaient une ligne de crédit de 500 milliards de dollars américains, au cas où l'Alberta quitterait le Canada.

Global News formule la chose avec prudence. Des dirigeants séparatistes affirment avoir rencontré ces responsables.

L'avocat Jeffrey Rath, qui représente le groupe, a laissé entendre que l'APP avait rencontré des membres de l'administration Trump, selon The Walrus.

Le partenaire naturel

En janvier, Scott Bessent avait qualifié l'Alberta de « partenaire naturel » des États-Unis, rapportait la BBC. Les Albertains sont un peuple très indépendant, avait-il ajouté.

Le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, lui avait répondu par une formule sèche. Merci, mais non merci.

Mitch Sylvestre, qui dirigeait la pétition séparatiste, avait répondu que personne dans son mouvement ne voulait rejoindre les États-Unis, selon la BBC.

Une rencontre n'est pas un contrat. Une phrase de ministre n'est pas un chèque. Personne n'a montré de chèque.

Et pourtant, si ces rencontres ont eu lieu comme on les décrit, un gouvernement allié a reçu des gens qui veulent détacher une province de son voisin. C'est un mauvais coup de l'administration Trump, jugé comme tel.

Recevoir un séparatiste, c'est déjà lui répondre.

Une base aérienne dans un livre

Un essai de 2020

Le passage le plus lourd du dossier n'est pas étranger. Il a été écrit ici.

En 2020, dans le recueil Moment of Truth, le politologue Barry Cooper imaginait un vote massif pour l'indépendance de l'Ouest, puis un refus juridique d'Ottawa, rapporte The Tyee.

Suivaient deux questions. Et ensuite ? Où sont nos armes ?

La grande faiblesse de l'Ouest, écrivait-il, c'est l'absence d'armée. Il faudrait donc l'aide américaine, comme les Treize Colonies avaient eu besoin de la France.

Cold Lake sur la table

Il nommait aussi ce qu'on pourrait offrir en échange.

Sur la table, les sables bitumineux, comme réserve stratégique de pétrole nord-américaine. Sur la table, la base aérienne de Cold Lake.

Une base canadienne, offerte sur papier comme monnaie d'échange à une puissance étrangère.

Un livre. Une base. Une armée venue d'ailleurs.

En 2021, lors d'une conférence, Preston Manning demandait si la peur des États-Unis pouvait servir de levier pour obtenir ce dont l'Ouest a besoin, rapporte The Tyee. Il évoquait une offre américaine de 51e État en cas de sécession.

Je l'avoue : c'est ce passage qui m'a arrêté. Pas l'argent d'Atlas. L'idée, écrite noir sur blanc, qu'une armée étrangère pourrait trancher un désaccord canadien.

Deux noms au registre. Et, dans un livre, une base aérienne mise en jeu.

Appeler l'étranger, c'est déjà lui ouvrir la porte.

Une amende de 120 000 dollars

Des contributions de l'extérieur

Dans ce dossier, un seul fait porte une sanction officielle liée à de l'argent venu d'ailleurs.

Elections Alberta a infligé plus de 120 000 dollars d'amendes à David Parker, fondateur de Take Back Alberta, rapporte The Walrus.

Parmi les manquements : un délai raté pour divulguer des noms de donateurs. Et des contributions acceptées de l'extérieur du Canada et de l'Alberta.

Le groupe est inscrit comme tiers annonceur. Il est donc soumis aux règles. Elles ont été enfreintes.

Ce que les règles voient

La scène est moins spectaculaire qu'une rencontre à Washington. Elle est plus solide. Une règle. Une infraction. Une amende.

Les règles provinciales voient l'argent des campagnes. La loi fédérale doit voir les ententes avec l'étranger.

Entre les deux, il reste un angle mort. Les instituts qui n'ont pas à nommer leurs donateurs.

Les règles provinciales existent. Elles ont mordu une fois.

Une amende prouve plus qu'une rumeur.

Moscou, les vidéos, les influenceurs

Le récit d'une province exploitée

Reste la piste la plus inquiétante. C'est aussi la moins établie.

DisinfoWatch relève des campagnes de désinformation russes, sur les réseaux sociaux et dans des médias liés à l'État, qui amplifient le récit d'une Alberta exploitée, rapporte The Walrus.

La Russie aurait aussi contribué à financer les commentaires d'influenceurs américains favorables aux séparatistes, écrit le magazine.

Des chercheurs cités par The Walrus ont relevé des vidéos séparatistes qui utiliseraient des images fabriquées et des acteurs américains rémunérés.

Des vidéos. Des acteurs payés. Un récit.

Ce qui reste à prouver

Rien de cela n'a été établi par une instance officielle à ce jour. Le commissaire n'a nommé ni Moscou ni personne.

Personne n'est accusé. Rien n'est prouvé. Tout reste à vérifier.

Mais l'intérêt se devine. Le Kremlin gagne à tout ce qui divise un allié de l'OTAN. Une province dressée contre son pays lui coûte peu et lui rapporte beaucoup.

Diviser un allié suffit au Kremlin.

L'opacité, pas le complot

Ce que le dossier établit

Faisons le compte des pièces.

Il est établi qu'une loi est en vigueur depuis le 4 août. Il est établi qu'un commissaire dit connaître des inquiétudes. Il est établi que le registre ne comptait que deux noms publics le 23 septembre.

Il est établi qu'Atlas a versé des fonds à un institut albertain en 2020. Il est établi qu'Elections Alberta a sanctionné des contributions venues de l'extérieur.

Pour le reste, on a des affirmations. Des rencontres décrites par ceux qui y étaient. Une désinformation relevée par un observatoire.

Deux mondes. Celui des pièces. Celui des récits.

Ce qu'il révèle

Voici le verdict. Le dossier révèle moins un complot qu'une opacité.

Des instituts qui n'ont pas à nommer leurs donateurs. Un réseau qui regroupe le Canada et le Mexique dans ses déclarations. Des rencontres dont personne ne publie le compte rendu.

Les Albertains, eux, votent à visage découvert. Ils méritent la même chose de ceux qui cherchent à les convaincre.

La transparence n'est pas un soupçon. C'est un dû.

Le 3 octobre, avant le 19

Le registre, encore

Le 3 octobre, les ententes anciennes toujours actives devront figurer au registre.

On saura alors si la liste passe de deux noms à davantage. Le registre est public. Chacun pourra le lire.

Et pourtant, un registre presque vide ne prouvera rien non plus. Il faudra lire les absences.

La fin de campagne se jouera sur la mobilisation plus que sur la persuasion, prévoit Janet Brown. Chaque camp voudra faire sortir ses électeurs.

Seize jours, c'est court pour lire un registre. C'est long pour une campagne.

Ce que nous exigeons

Que voulons-nous savoir de l'argent d'une campagne avant de lui confier notre vote ?

La question dépasse l'Alberta. Elle vaut pour chaque référendum et chaque élection à venir.

Le commissaire a donné les dates. Aux électeurs de retenir le reste.

D'autres noms viendront au registre; le vote, lui, restera albertain.

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). ENQUÊTE : Boegman guette l'influence étrangère sur le vote albertain, avec deux noms au registre. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/enquete-boegman-guette-l-influence-etrangere-sur-le-vote-albertain-avec-deux-noms

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MM
Maxime Marquette
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