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La ChroniqueBillet· N° 7697

BILLET : RIA Novosti menace la Lituanie de missiles, puis retire le texte sans le démentir

RIA Novosti n'a pas écrit que c'était faux. Le 25 septembre, à midi, heure de Moscou, la page d'une chronique de l'agence d'État russe affiche un « message de la rédaction ». Le texte du collaborateur

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  1. RIA Novosti n'a pas écrit que c'était faux. Le 25 septembre, à midi, heure de Moscou, la page d'une chronique de l'agence d'État russe affiche un « message de la rédaction ». Le texte du collaborateur
  2. Le message de la rédaction
  3. RIA Novosti n'a pas écrit que c'était faux.
Transparence

Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.

Deux lignes à midi

Le message de la rédaction

RIA Novosti n'a pas écrit que c'était faux.

Le 25 septembre, à midi, heure de Moscou, la page d'une chronique de l'agence d'État russe affiche un « message de la rédaction ». Le texte du collaborateur extérieur Alexandre Nossovitch a été retiré, explique-t-il, parce qu'il ne correspond ni à l'opinion de la rédaction, ni à sa politique éditoriale, ni à la politique de l'État russe.

Deux lignes. Pas d'excuse. Pas de nom de responsable. Pas un mot sur ce qu'annonçait le texte.

Ce silence-là est le sujet.

Un matin à Vilnius

Ce matin-là, à Vilnius, on lit les nouvelles comme partout. Le téléphone posé près de la tasse. Le pouce qui fait défiler. Le café qui refroidit.

Entre deux titres, une agence d'État voisine propose de régler le cas de la Lituanie par des missiles.

Puis la page change.

Le texte n'y est plus. La phrase, elle, a déjà été lue.

Un retrait sans démenti laisse la menace en suspens.

Quatre heures en ligne

8 h, 10 h 33, midi

L'horodatage de la page dit 8 h. La mise à jour dit 12 h.

Entre les deux, une copie d'archive saisie à 10 h 33, heure de Moscou, montre encore la chronique en ligne, complète.

Nasha Niva rapporte que la page a d'abord renvoyé une erreur, avant que l'agence n'affiche son explication. Radio Svoboda parle d'un retrait environ trois heures après la mise en ligne.

Quatre heures au plus. Assez pour être lu. Assez pour être recopié. Assez pour être archivé, traduit, commenté à Kyiv, à Riga, dans la presse bélarusse indépendante.

Un texte qui a vécu quatre heures sur le site d'une agence d'État n'est pas un brouillon. C'est une publication.

Le titre, d'abord

Le titre tenait en deux phrases. La Russie attend une autre « SVO ». Elle sera « très courte ».

SVO, c'est le sigle russe de l'« opération militaire spéciale ». Autrement dit, l'invasion de l'Ukraine, qui dure encore.

Le mot n'a pas été choisi au hasard. Il promet la même chose, en plus vite.

Quatre heures suffisent pour qu'un texte devienne une archive.

Ce que disait le texte

Des missiles, pas de soldats

La chronique répond au vote du Parlement lituanien sur les armes nucléaires.

Son cœur tient en quelques lignes. Puisque les adversaires de Moscou auraient, selon l'auteur, porté les premiers la question sur le terrain nucléaire, la Russie pourrait se passer d'envoyer des troupes au sol.

« Seulement des missiles avec la charge appropriée. »

Une décision, écrit-il, pas seulement rapide. Foudroyante. Et il demande qu'on ne regarde pas les secondes de haut.

Les secondes. On retiendra l'unité.

Un pays qu'il dit suicidaire

La Lituanie y devient un « pays suicidaire », et un petit kamikaze fier aux portes de la Russie, selon la traduction de Meduza.

Il écrit que la France et le Royaume-Uni ne cachent plus leur projet de placer des ogives nucléaires près des frontières russes. C'est son affirmation, pas un fait établi.

Il écrit que l'Ukraine, malgré tout ce qu'on y a investi, n'a pas suffi à infliger à la Russie une défaite stratégique, et que l'Occident chercherait donc un nouvel instrument, gouverné selon lui par une élite cupide et bornée.

Il écrit que la géographie rendra tout plus rapide qu'en Ukraine, rapporte Nasha Niva.

C'est le récit de 2022, recopié avec un autre nom de pays.

Il reconnaît pourtant, dans le même texte, que le président Gitanas Nausėda dit ne pas prévoir d'armes nucléaires en Lituanie à court terme.

Pas de soldats. Des missiles. Et des secondes.

Retirer n'est pas démentir

Ce que l'avis ne dit pas

Relisons l'avis de midi.

Il ne dit pas que le texte est faux.

Il ne dit pas que la Russie n'a aucune intention envers la Lituanie.

Il ne dit pas que ces missiles ne seront jamais lancés.

Il ne dit pas qui a décidé de publier.

Il ne dit pas pardon.

Il dit que le texte ne correspond pas à une politique. Une politique, par définition, peut changer.

Et le jour où elle change…

Hors de la politique, pas hors du vrai

Je le pose tôt, pour que le lecteur sache d'où je lis.

Je suis du côté de Vilnius. Contre la rédaction de RIA Novosti, qui a publié le 25 septembre à 8 h une menace de missiles et l'a retirée sans la démentir. Parce que son avis de midi range le texte hors de la politique de l'État, jamais hors du vrai.

La rédaction n'a pas davantage expliqué pourquoi elle avait publié.

Le texte a disparu. La menace est archivée.

« Pas notre politique » n'a jamais voulu dire « faux ».

Le 11 septembre, le viseur

Ce que le Kremlin avait déjà dit

Il faut remonter deux semaines.

Le 11 septembre, sur la Première chaîne, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, parle de la Lituanie, rapporte Meduza. Si des armes nucléaires visant la Russie s'y trouvent, dit-il, le territoire de ce pays sera lui aussi sous le viseur de l'arme nucléaire russe.

Il évoque un tournant très sérieux en matière d'escalade et de tensions.

Ce n'est pas un pigiste. C'est la voix officielle du Kremlin.

Entre le viseur et le tir

Le 11 septembre, le Kremlin vise. Le 25, la chronique tire.

Peskov pose une condition : des armes nucléaires installées. Nossovitch n'en attend aucune. Il répond à un vote.

La politique de l'État, telle que RIA la défend à midi, tient donc dans l'espace entre deux verbes.

Viser, c'est la ligne officielle. Frapper vite, c'est hors ligne.

La distance entre les deux ne se mesure pas en kilomètres. Elle se mesure en secondes.

Le 11, on vise. Le 25, on tire. À midi, on retire.

Un collaborateur bien placé

Conseil, rédaction, Kaliningrad

RIA le présente comme un auteur extérieur. Un pigiste.

Alexandre Nossovitch est membre du Conseil de politique étrangère et de défense, et rédacteur en chef de RuBaltic.Ru, un site prorusse établi à Kaliningrad, selon Meduza et Ukrainska Pravda.

Kaliningrad. L'enclave russe qui touche la Lituanie.

Il écrit sur les pays baltes depuis ce balcon-là.

Ce que disent les enquêtes

Selon une enquête du Dossier Center publiée en 2020, citée par Ukrainska Pravda, il serait lié à des réseaux d'influence de l'administration présidentielle russe et du renseignement extérieur.

Novaïa Gazeta Europe rappelle qu'une enquête de LRT le décrivait recevant, pour RuBaltic, des consignes de responsables liés au Kremlin.

Meduza écrit, avec prudence, qu'il serait relié à des réseaux d'influence de l'État russe. Radio Svoboda s'appuie sur les mêmes enquêtes, celles du Dossier Center et de LRT.

Ce sont des enquêtes. Pas des jugements. Je les rapporte comme telles.

Un pigiste, donc. Pas un inconnu.

Un auteur extérieur n'est pas un auteur inconnu.

Le vote du 22 septembre

99 voix pour

Le 22 septembre, le Seimas a approuvé après examen le projet qui abroge l'article 137 de la Constitution lituanienne. 99 voix pour, 13 contre, 5 abstentions, sur 117 votants, selon le relevé officiel du Parlement.

Les sociaux-démocrates ont voté pour. L'Union de la patrie aussi. Les libéraux aussi. L'opposition est venue, pour l'essentiel, d'un seul groupe.

Cet article interdit aujourd'hui sur le territoire lituanien les armes de destruction massive et les bases militaires étrangères, rappelle LRT. Des opposants ont d'ailleurs demandé pourquoi supprimer l'article entier, bases comprises.

Ce n'est pas une installation d'armes. C'est la levée d'une interdiction.

La chronique ne fait pas la nuance.

Le 6 octobre, le 12 janvier

Rien n'est acquis. Il faudra deux votes finaux, le 6 octobre et le 12 janvier 2027, avec au moins 94 voix sur 141 chaque fois, et trois mois d'intervalle au minimum.

Un député l'a résumé devant ses collègues, selon LRT : la Lituanie est le seul pays de la région à garder cette restriction. La Lettonie ne l'a pas. L'Estonie non plus. La Pologne non plus. La Finlande vient de la retirer.

Et pourtant, c'est la Lituanie qu'une agence d'État russe a choisi de viser, le seul voisin qui avait encore l'interdit.

Le Seimas lève un interdit. La chronique lève un tabou.

Un pigiste, un désaveu

Vilnius aurait commencé

Voici l'objection, sous sa meilleure forme.

Un collaborateur extérieur a écrit un texte. L'agence d'État l'a retiré en quelques heures. Elle a précisé, noir sur blanc, qu'il ne correspondait pas à la politique de l'État russe. Crier à la menace, c'est offrir à un texte désavoué l'audience qu'on vient de lui retirer.

Et c'est Vilnius, ajouterait Moscou, qui a mis le nucléaire sur la table le 22 septembre.

La chronique le dit d'ailleurs : les adversaires de la Russie auraient porté la question les premiers.

Aucune arme, deux votes à venir

Le vote ne place aucune arme. Il lève une interdiction que les voisins de la Lituanie n'ont pas, et il doit encore passer deux fois.

La chronique cite elle-même le président lituanien : pas d'arme nucléaire prévue à court terme.

Autrement dit, l'auteur savait qu'il n'y avait aucun missile lituanien en vue. Il a proposé des missiles russes quand même.

Quant au désaveu, il a un précédent. On y vient. Il ne rassure personne.

Désavouer un texte n'efface pas ce qu'il a annoncé.

Un retrait qui compte quand même

Le retrait existe

Maintenant, ce qui dérange mon camp.

Le retrait existe. Quelqu'un, à RIA, a jugé que le texte allait trop loin, et l'a écrit en invoquant la politique de l'État de la Fédération de Russie. C'est la formule la plus lourde qu'une agence d'État puisse employer.

Ce n'est pas rien.

Ce n'est pas le silence complet non plus.

Les opposants avaient prévenu

Autre fait qui dérange : au Seimas, les opposants au projet avaient averti que la propagande s'en servirait, rapporte LRT. Trois jours plus tard, c'était fait.

Sur les 13 voix contre, 9 venaient d'un seul groupe, Nemuno aušra, selon le relevé du Parlement.

Ils avaient raison sur le calendrier. Ils avaient tort sur la cause. Ce n'est pas un vote qui écrit une menace. C'est une rédaction qui la publie.

Troisième fait, le plus coûteux pour mon camp : en juin, les autorités lituaniennes ont confirmé des discussions sur un déploiement d'armes nucléaires, rapporte Meduza. Le Financial Times évoquait des bombardiers américains capables d'emporter des ogives.

C'est vrai. Le vote n'est pas purement théorique. Et cela ne change pas ceci : des avions alliés sur un sol allié relèvent de la dissuasion. Une « SVO très courte » contre un pays relève de l'agression.

Le désaveu est réel. Le texte aussi.

Une minute, en 2022

Le 26 février, 8 h 01

Novaïa Gazeta Europe rappelle un précédent.

Le 26 février 2022, à 8 h, RIA publie un texte de Petr Akopov sur l'avancée de la Russie et d'un nouveau monde. Il y est question de victoire sur l'Ukraine et de la solution de sa question.

Le texte disparaît à 8 h 01.

Une minute. Soixante secondes.

Le texte était prêt pour une victoire. Il est sorti trop tôt.

Le retrait, puis la guerre

Le retrait n'a rien arrêté. L'invasion lancée deux jours plus tôt a continué.

Elle dure encore, quatre ans et sept mois plus tard.

En 2022, un texte retiré annonçait la fin d'une guerre déjà commencée. En 2026, un texte retiré en annonce une autre, « très courte ».

Je n'écris pas que Moscou prépare une frappe contre Vilnius. Je n'en ai pas la preuve. J'écris que le geste de retirer ne prouve rien, et qu'il a déjà servi.

Soixante secondes en 2022. La guerre, elle, n'a pas été retirée.

Le calendrier de Vilnius

Un exercice prévu de longue date

Le même 25 septembre, la Lituanie lance « Vyčio skliautas 2026 », son plus grand exercice annuel de mobilisation, jusqu'au 3 octobre.

Ce n'est pas une réponse à la chronique. L'exercice revient chaque année, et il était au calendrier bien avant.

Environ 3 000 fonctionnaires, élus municipaux, entreprises et organismes y participent, plus un millier de volontaires, selon LRT. Neuf organisations non gouvernementales, un record pour l'exercice.

Le scénario prévoit des coupures d'énergie et de communications, l'accueil de forces alliées, la continuité des services essentiels.

L'horizon, selon LRT : une réserve civile de mobilisation de 100 000 personnes. Des gens qui ont un travail, une famille, un horaire, et qui apprennent quoi faire si la sirène ne s'arrête pas.

Les réserves de l'État, pour la première fois

Pour la première fois, les réserves de l'État seront mobilisées. Des vivres seront livrés à des points désignés et à des hôpitaux.

Le 29 septembre et le 3 octobre, les sirènes et l'application d'alerte LT72 seront testées.

Une sirène qui monte au-dessus d'une cour d'école, c'est un son qu'on n'oublie pas. Même quand on sait que c'est un exercice.

Vilnius ne répond pas à RIA. Vilnius compte ses réserves.

Un pays qui s'exerce ne se suicide pas. Il se prépare.

La géographie de Kaliningrad

Le corridor que regarde Varsovie

Nossovitch invoque la géographie. Elle rendrait tout plus rapide qu'en Ukraine.

La géographie, justement, est au programme de l'exercice lituanien. Une vingtaine de responsables polonais l'observent, selon LRT. Ils travaillent sur l'évacuation, sur la logistique du contrôle frontalier, sur les infrastructures du corridor de Suwałki.

Ce corridor sépare Kaliningrad du Bélarus. D'un côté, l'enclave d'où écrit l'auteur. De l'autre, l'allié de Moscou.

Deux lectures d'une même carte

Un exercice parallèle se tient dans le district de Lazdijai, rapporte LRT.

Même carte. Deux lectures.

La chronique y voit une cible qu'on atteint en quelques secondes. Vilnius et Varsovie y voient des routes d'évacuation à tenir ouvertes.

L'une se publie quatre heures. L'autre s'entraîne neuf jours.

Une carte ne dit pas qui menace. Le texte, si.

Qui a publié, qui a retiré

Aucune réaction à Vilnius

Je ne sais pas qui, à RIA, a validé la publication.

Je ne sais pas qui a ordonné le retrait.

Qui a relu ce texte avant 8 h ?

Je ne sais pas si la chronique était un ballon d'essai ou une erreur de pupitre.

Je ne sais pas si le texte a été retiré à cause des mots, ou à cause des lecteurs.

Je n'ai trouvé, dans les pages lues ce 25 septembre, aucune réaction officielle lituanienne au texte. Aucune réaction du Kremlin non plus.

Le Kremlin s'était pourtant exprimé deux semaines plus tôt. Sur le fond. Pas sur la forme.

Publié, retiré, jamais démenti

Je l'avoue : ce genre de texte me fatigue plus qu'il ne m'effraie. Et c'est précisément ce qui m'inquiète.

Ce qui reste est simple. Une agence d'État a publié. Elle a retiré. Elle n'a pas démenti.

Et pourtant, on classera l'affaire parmi les dérapages de fin de semaine, entre deux titres sur autre chose.

La fatigue du lecteur est la meilleure alliée du retrait.

Les secondes et les mois

L'unité de Nossovitch

Nossovitch compte en secondes. Le temps d'un missile.

Vilnius compte en mois. Le 6 octobre. Le 12 janvier. Trois mois au moins entre deux votes, parce que sa propre procédure l'exige.

Et pourtant, c'est la démocratie lente qu'on accuse de précipiter les choses.

Le temps d'un parlement

Le 22 septembre, le vote a eu lieu à 11 h 02, un mardi, en séance plénière. Chaque groupe y a son décompte. Chaque député y a son nom.

Un parlement qui vote trois fois, à des mois d'intervalle, sous les yeux de tous, n'improvise pas.

Une chronique écrite pour vivre quatre heures, si.

La lenteur du Seimas est un aveu de sérieux. La vitesse de RIA en est un autre.

Les secondes menacent. Les mois décident.

Le démenti qui n'est pas venu

Ce qu'il aurait suffi d'écrire

Il aurait suffi d'une phrase. La Russie ne menace pas la Lituanie de missiles.

Elle n'a pas été écrite.

À la place, deux lignes à midi, sans nom, sans excuse. Et une archive qui garde tout le reste, les missiles, la charge, les secondes.

Le texte a disparu du site. Il n'a pas disparu du monde.

Les menaces retirées

Combien de menaces retirées accepterons-nous encore de lire comme des démentis ?

Le 6 octobre, le Seimas votera, à l'heure prévue, sous son nom.

L'archive, elle, est toujours en ligne.

Le texte est retiré. La menace n'est pas démentie.

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). BILLET : RIA Novosti menace la Lituanie de missiles, puis retire le texte sans le démentir. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/billet-ria-novosti-menace-la-lituanie-de-missiles-puis-retire-le-texte-sans-le-dementir

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MM
Maxime Marquette
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