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La ChroniqueBillet· N° 7696

BILLET : Peskov défend la presse pour RT France, le Kremlin détient 36 journalistes

Il y a une liste à Bruxelles. Le 24 septembre 2026, le Conseil de l'Union européenne y ajoute un nom, le 81e : Xenia Fedorova, ancienne patronne de RT France.

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  1. Il y a une liste à Bruxelles. Le 24 septembre 2026, le Conseil de l'Union européenne y ajoute un nom, le 81e : Xenia Fedorova, ancienne patronne de RT France.
  2. Bruxelles, le 24 septembre
  3. Il y a une liste à Bruxelles.
Transparence

Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.

Deux listes

Bruxelles, le 24 septembre

Il y a une liste à Bruxelles. Le 24 septembre 2026, le Conseil de l'Union européenne y ajoute un nom, le 81e : Xenia Fedorova, ancienne patronne de RT France.

Il y a une liste chez Reporters sans frontières. Elle compte, en Russie, 36 journalistes et 14 collaborateurs de médias détenus.

Il y a un mot entre les deux. Le 25 septembre, à Moscou, Dmitri Peskov le prononce : persécution.

Deux traitements

Sur la première liste, on gèle des avoirs.

Sur la seconde, il y a des peines de prison.

Une porte de détention se referme sur un bruit que personne ne transcrit. Un gel d'avoirs, lui, tient dans une annexe du Journal officiel.

Deux listes, donc. L'une publiée au Journal officiel, avec des motifs et des dates. L'autre tenue par une ONG, avec des noms absents du point de presse du 25.

Le Kremlin a choisi son mot. Il reste à le lui rendre.

Deux listes, un seul mot, et pas le même poids.

Vendredi, au Kremlin

Le point de presse du 25

Le 25 septembre, Dmitri Peskov, porte-parole du président russe, tient son point de presse. TASS en publie les grandes lignes.

Sur Fedorova, il va vite.

Il parle de sanctions « illégales », et précise que ce ne sont pas les premières. Il parle de pression flagrante sur les médias. Il parle de persécution des représentants des médias. Il parle de la suppression de toute dissidence dans le pays. Il parle de la France, enfin, et des pratiques que ses autorités se permettent.

Cinq reproches. Aucun sur la Russie.

Le même point de presse passe ensuite à Kirill Dmitriev, l'émissaire russe en visite aux États-Unis, puis à une possible rencontre à trois avec Kyiv et Washington. La persécution tient entre deux sujets de diplomatie.

Le pays dont il parle

Relisez le quatrième.

La suppression de toute dissidence dans le pays.

Le porte-parole du Kremlin parle de la France.

Et pourtant, la phrase porte une adresse de retour.

Peskov décrit un pays. Il se trompe de capitale.

Qui est Xenia Fedorova

RT, depuis 2005

L'acte du Conseil la décrit sans adjectif.

Née le 26 décembre 1980, de nationalité russe. Entrée à RT en 2005. À la tête de Ruptly, l'agence vidéo de RT basée à Berlin, de 2015 à 2017. Présidente et directrice de l'information de RT France de 2017 à 2022.

Depuis 2025, chroniqueuse régulière sur CNews, Europe 1 et le JDNews, selon le même texte.

Elle a 45 ans, précise France 24.

L'acte ajoute que les autorités françaises l'avaient publiquement désignée comme un relais de la désinformation du Kremlin.

Fin juillet, l'expulsion

Fin juillet, le ministre français de l'Intérieur, Laurent Nuñez, prend un arrêté d'expulsion. Sa présence constituerait une menace grave et immédiate pour l'ordre public, selon l'arrêté cité par Euronews.

Elle perd son recours. Elle est expulsée en août, écrit France 24.

Le 24 septembre, l'Union l'inscrit sur sa liste, sur proposition conjointe de Paris et de Berlin, selon Euronews.

Une carrière chez RT, puis un micro chez Bolloré.

Paris n'a pas eu la main légère

Le 14 Juillet

Il faut dire aussi ce que la France a fait, et dans quel ordre.

Ses commentaires sur le défilé du 14 Juillet avaient déjà provoqué des réactions officielles du Quai d'Orsay et du ministre Jean-Noël Barrot, rapportait Euronews le 1er août.

Puis vient l'arrêté d'expulsion. Selon Libération, cité par BFMTV, il précise que son comportement porte atteinte aux intérêts fondamentaux de l'État.

Dès la notification, elle est assignée à résidence et doit se présenter chaque jour au commissariat, selon Euronews.

Deux recours, deux refus

Le 3 août, le tribunal administratif de Paris rejette son référé-liberté. Le 14 août, il rejette sa demande de suspension. Chaque fois faute d'urgence, sans juger le fond, rapportait Sud Radio.

Son avocat, Emmanuel Piwnica, annonce le Conseil d'État.

Assignation. Expulsion. Gel. La France a frappé fort.

Et pourtant, à chaque étape française, il y avait un juge au bout du couloir.

La main était lourde. Elle était signée, datée, contestable.

Un compte, trente-six détenus

Cinquante personnes de médias

Je le dis tout net.

Ce billet est du côté des 36 journalistes détenus en Russie, contre la plainte de Dmitri Peskov du 25 septembre. Parce que le Kremlin ne peut pas crier à la persécution d'une ancienne dirigeante de RT quand RSF compte 50 personnes de médias détenues dans son propre pays.

Bruxelles gèle un compte. Moscou compte ses détenus.

Une patronne n'est pas une détenue

Je ne dis pas qu'il faut aimer ce que dit Fedorova pour lui reconnaître des droits. Elle en a. Elle s'en sert.

Je ne confonds pas non plus une ancienne patronne de RT avec les journalistes que la Russie détient. L'une dirigeait l'antenne d'une chaîne d'État. Les autres sont derrière des barreaux russes.

Aucun amalgame. Seulement un miroir.

Un gel, pas une peine

Ce que la sanction fait

Voyons la mécanique, sans emphase.

L'inscription gèle ses avoirs dans l'Union. Elle interdit aux citoyens et aux entreprises européennes de mettre des fonds à sa disposition. Elle lui ferme le territoire de l'Union, selon Euronews.

L'acte est le règlement d'exécution 2026/2165. Il est signé à Bruxelles le 24 septembre, pour le Conseil, par son président, P. Burke. Il entre en vigueur le jour de sa publication au Journal officiel.

Ce qu'elle ne fait pas

La sanction ne l'enferme pas. Elle ne la condamne à rien. Elle ne lui retire pas la parole.

Elle a encore un avocat. Elle a encore des juges, qui lui ont dit non deux fois en août. Elle a encore un recours annoncé devant le Conseil d'État.

Des juges qui disent non. Mais des juges.

Un compte gelé ne ferme aucune bouche.

Canal+ et Lagardère

Le 29 juillet

L'objection la plus forte ne vient pas du Kremlin. Elle vient de Paris.

Le 29 juillet, Canal+ et Lagardère, qui emploient Fedorova sur CNews, Europe 1 et le JDNews, publient un communiqué commun. Ils lui apportent leur plein soutien.

Ils écrivent que la liberté d'expression « ne se défend pas uniquement lorsque les opinions exprimées font consensus ». Ils dénoncent le risque d'une atteinte particulièrement grave à la liberté d'expression et au pluralisme des opinions.

Ils disent leur stupeur. L'empêcher de participer au débat public sur la France et le monde serait, selon eux, une atteinte d'une gravité particulière.

C'est la bonne phrase. Je la signerais pour n'importe qui.

Le pluralisme, en juin

Un détail, rapporté par BFMTV le même jour : en juin, l'Arcom avait mis CNews en demeure de mieux respecter la diversité des opinions, jugeant qu'un même courant de pensée y prédominait. La chaîne avait contesté.

Le pluralisme, invoqué en juillet par ceux qu'on y rappelait en juin.

Et pourtant, l'objection tient en principe. Il faut donc lui répondre par des faits, pas par un haussement d'épaules.

Une bonne phrase ne choisit pas qui la prononce.

Le régime du 8 octobre 2024

Un cadre, pas une loi d'exception

Le cadre n'a pas été inventé pour elle.

Dans ses considérants, l'acte rappelle que l'Union condamne sans réserve les activités malveillantes de la Russie contre elle, ses États membres, les organisations internationales et les pays tiers.

Le règlement européen visant les activités déstabilisatrices de la Russie date du 8 octobre 2024, rappelle l'acte du 24 septembre.

Les 18 et 19 juin 2026, le Conseil européen a condamné les attaques hybrides récentes contre l'Union, en nommant la Russie et la Biélorussie parmi les acteurs hostiles, selon le même acte.

Avec Fedorova, le régime vise désormais 81 personnes et 20 entités, selon le communiqué du Conseil relayé par le programme EU Neighbours East.

Les scrutins de 2027

Le Kyiv Independent replace la décision dans un calendrier : des élections en France, en Espagne, en Italie, en Pologne et en Grèce, en 2027.

Une chroniqueuse. Quatre-vingt-un noms. Cinq scrutins à venir.

Le Conseil ne sanctionne pas un journal. Il sanctionne un rôle, décrit en quelques paragraphes, avec des dates.

Un cadre de 2024, un nom de 2026.

Moscou, 172e sur 180

Le classement

Premier fait. Le classement mondial de la liberté de la presse de RSF place la Russie au 172e rang sur 180, avec un score de 23,15. Elle était 171e en 2025. Elle recule encore.

Depuis février 2022, écrit RSF, presque tous les médias indépendants russes ont été interdits, bloqués ou étiquetés. Près des deux tiers des Russes s'informent par la télévision d'État et par VKontakte.

Pour intimider, RSF énumère les lourdes peines, la torture dans les régions, les amendes, la détention arbitraire.

En Russie, on détient 36 journalistes. En Russie, on détient aussi 14 collaborateurs de médias. En Russie, on punit une « fausse information » sur les forces armées de jusqu'à 15 ans de prison, depuis les amendements adoptés au moment de l'invasion de l'Ukraine, rappelle RSF.

Agent étranger, indésirable

RSF décrit aussi deux étiquettes. Le statut d'agent étranger s'accompagne de lourdes complications administratives et de risques juridiques. Le statut d'organisation indésirable criminalise toute mention et toute coopération, comme pour Meduza et TV Rain.

RSF ajoute que des médias occidentaux comme Euronews, France 24 ou la BBC y sont inaccessibles. France 24, qui rapportait la sanction de Fedorova le 24 septembre, ne se lit pas à Moscou.

Beaucoup de journalistes ont choisi l'exil, écrit encore RSF. Les autorités pressent alors leurs familles, ou les condamnent par contumace.

Voilà le pays qui, selon son porte-parole, sait reconnaître une persécution.

Quinze ans pour une phrase sur l'armée. Un gel d'avoirs pour une carrière chez RT.

Le Kremlin connaît la persécution. Il en tient le registre.

81, déjà

Le 25 juin 2024

Deuxième fait, et il a une date.

Le 25 juin 2024, le ministère russe des Affaires étrangères bloque l'accès en Russie à 81 médias de l'Union européenne, issus de 25 pays européens, rapportait Al Jazeera.

La France est la plus touchée, avec neuf titres. L'Agence France-Presse. Le Monde. Libération.

Les autres portent des noms connus. Der Spiegel. El País. La RAI. Le finlandais Yle. L'irlandais RTE.

Le motif invoqué par Moscou : la diffusion systématique de fausses informations sur le déroulement de la guerre en Ukraine.

Le déclencheur, en mai 2024 : l'Union avait interdit quatre médias, Voice of Europe, l'agence RIA, les journaux Izvestia et Rossiïskaïa Gazeta, qu'elle rattachait à des réseaux de propagande liés au Kremlin.

Quatre en mai. Quatre-vingt-un en juin.

Le même motif, retourné

Quatre-vingt-un médias coupés d'un coup, en représailles. Pas un gel d'avoirs pour une personne. Quatre-vingt-une rédactions rayées des écrans russes.

Et le motif, en 2024, était celui que Moscou juge illégal quand Bruxelles s'en sert : les fausses informations.

Quatre-vingt-un en 2024. Le 81e nom de la liste européenne en 2026. Le hasard a de l'humour.

Quatre-vingt-une rédactions coupées, et pas un mot de persécution.

La ligne fine

Des opinions dans l'acte

Maintenant, ce qui dérange mon camp.

Parmi les motifs du Conseil, certains relèvent de l'opinion. Présenter le soutien européen à l'Ukraine comme un facteur de prolongation de la guerre, c'est une thèse. Détestable, peut-être. Mais une thèse.

Une démocratie qui gèle des avoirs pour une thèse prend un risque. Elle offre au Kremlin le mot qu'il cherche.

Autre détail qui coûte. L'acte du Conseil la désigne lui-même comme autrice, journaliste et chroniqueuse. Bruxelles sanctionne donc une personne qu'elle appelle journaliste.

C'est la ligne que Peskov aurait pu citer. Il ne l'a pas fait.

Le 10 septembre, CNews

Il y a plus lourd. Le 10 septembre, selon Euronews, Laurent Nuñez a averti CNews que la chaîne pourrait s'exposer à des sanctions pénales si Fedorova intervenait depuis l'étranger.

Menacer une chaîne pour une voix expulsée, c'est marcher sur une ligne fine. Je l'écris parce que c'est vrai.

C'est vrai. Et cela ne change pas ceci : aucun juge français n'a condamné Fedorova à une peine de prison, et la Russie détient 36 journalistes.

La ligne est fine. Le Kremlin, lui, l'a effacée.

Les enfants

Ce que dit l'acte

Il y a, dans l'acte du Conseil, une ligne qui n'est pas une opinion.

Fedorova a remis en cause des faits avérés sur le transfert et la déportation illégaux d'enfants ukrainiens, écrit le Conseil.

Des enfants.

Le 17 mars 2023

Le 17 mars 2023, la Cour pénale internationale a délivré des mandats d'arrêt contre Vladimir Poutine et Maria Lvova-Belova, commissaire russe aux droits de l'enfant.

La Cour les soupçonne du crime de guerre de déportation illégale et de transfert illégal d'enfants des zones occupées de l'Ukraine vers la Russie, depuis au moins le 24 février 2022.

La Cour a choisi de rendre publics ces mandats parce que les faits, selon elle, se poursuivaient, et que le savoir pouvait aider à les prévenir.

Ce n'est pas une thèse sur l'OTAN. C'est un dossier de la CPI.

Un enfant qu'on emmène ne revient pas parce qu'un plateau de télévision a débattu. Une chambre reste vide. Un lit reste fait.

Nier cela à l'antenne, ce n'est pas donner une opinion. C'est effacer une seconde fois.

Sur ce point, il n'y a pas deux opinions.

Zakharova appelle l'ONU

Une réponse promise

Le même 25 septembre, la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, promet une réponse appropriée aux gestes russophobes des pays concernés, rapporte TASS.

Elle parle d'un acte de censure politique. Elle appelle à condamner une intimidation contre le journalisme honnête.

Elle raconte aussi une autre carrière. Selon elle, Fedorova ne travaillait plus pour des médias russes depuis plusieurs années et était devenue correspondante de publications françaises. Ses torts viendraient de son refus de trahir l'éthique du métier.

L'acte européen raconte l'autre version, avec des dates. RT de 2005 à 2022. CNews, Europe 1 et le JDNews depuis 2025.

Les deux récits s'accordent sur les dates. Ils divergent sur ce qu'elle disait à l'antenne.

L'ONU, l'UNESCO, l'OSCE

Elle demande au Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme d'évaluer la conduite de la France et de l'Union. Elle demande à l'UNESCO la même chose. Elle demande à l'OSCE d'en faire autant, au nom du libre accès à l'information.

La dépêche de TASS ne mentionne aucun journaliste détenu en Russie. Pas un nom. Pas un chiffre.

Ces instances peuvent aussi lire le rapport de RSF. Il est public.

Une réponse appropriée, promet-elle. En 2024, la réponse s'appelait 81.

Moscou réclame des arbitres pour les autres.

Le mot persécution

Dans la bouche de Peskov

Revenons au mot.

Dans la bouche de Peskov, persécution veut dire ceci : une ancienne patronne de RT perd l'accès à ses avoirs européens et à un pays où elle vivait depuis près de dix ans, selon son avocat.

C'est une perte. Je ne la nie pas.

Dans les chiffres de RSF

Dans les chiffres de RSF, le même mot a un autre visage. Trente-six journalistes. Quatorze collaborateurs. Des parloirs, des vitres, des téléphones qui grésillent.

Le même mot. Deux poids.

Le Kremlin a gardé le plus léger pour sa conférence de presse.

Persécution, disait Peskov. Il lisait la mauvaise liste.

Le mot qu'on leur laisse

Une phrase toute faite

J'avoue une inquiétude. Chaque fois qu'une démocratie sanctionne une voix, même celle-là, elle prête au Kremlin une phrase toute faite. Et cette phrase voyage mieux que les rapports de RSF.

Elle tient en un mot. Elle passe en boucle. Elle ne demande ni chiffre, ni date, ni juge.

C'est pour cela que la mesure doit rester étroite et motivée. Celle du 24 septembre vise une seule personne, avec ses motifs écrits en toutes lettres.

Une voix de Moscou

Jusqu'où une démocratie peut-elle aller contre une voix de Moscou sans offrir au Kremlin le mot dont il a besoin ?

Le 24 septembre, Bruxelles a gelé un compte.

Le 25, Peskov a parlé de persécution.

En Russie, RSF compte toujours 36 journalistes détenus.

Peskov défend une chroniqueuse. Moscou garde ses 36 journalistes.

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). BILLET : Peskov défend la presse pour RT France, le Kremlin détient 36 journalistes. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/billet-peskov-defend-la-presse-pour-rt-france-le-kremlin-detient-36-journalistes

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Maxime Marquette
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