PORTRAIT : Wayne Eyre redoute moins les sermons du sud que le jour où ils cesseront
Le général à la retraite Wayne Eyre a présenté ses mémoires à The West Block le 27 septembre 2026, et dans leur premier chapitre, il y a une radio.
- Le général à la retraite Wayne Eyre a présenté ses mémoires à The West Block le 27 septembre 2026, et dans leur premier chapitre, il y a une radio.
- Le 27 septembre, à la télévision
- Le général à la retraite Wayne Eyre a présenté ses mémoires à The West Block le 27 septembre 2026 , et dans leur premier chapitre, il y a une radio.
Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.
Une radio à Wadena
Le 27 septembre, à la télévision
Le général à la retraite Wayne Eyre a présenté ses mémoires à The West Block le 27 septembre 2026, et dans leur premier chapitre, il y a une radio.
Un vieux récepteur à ondes courtes. Une antenne bricolée. Un garçon de ferme, près de Wadena, en Saskatchewan.
Le livre s'appelle Into the Breach, le parcours d'un soldat. Simon & Schuster le met en librairie le 6 octobre 2026.
L'éditeur en a publié le premier chapitre. C'est là qu'on trouve la radio.
Deux voix sur les ondes
Le garçon captait Radio Moscou. Il captait la Voix de l'Amérique. Deux voix de la guerre froide, qui se répondaient dans le grésillement.
Ce qu'il n'avait que lu, écrit-il, devenait plus réel.
Sept de ses huit arrière-grands-parents étaient arrivés du Royaume-Uni et de Suède entre 1901 et 1912. Ils avaient défriché au nord-est des lacs Quill.
L'aîné de trois frères. Des bâtons de hockey sciés en guise de fusils. Des forts creusés dans les bancs de neige.
L'hiver des Prairies mord les doigts. On écoute le monde par un fil tendu.
Le récepteur ne dit pas qui a raison. Il dit qui parle. Et qui parle le plus fort.
Un garçon des Prairies écoutait déjà deux capitales.
L'enfance d'un soldat
Des jeux de guerre
Le chapitre s'ouvre sur une vocation. Dès ses premières années, écrit-il, il voulait être soldat. Sans le savoir encore.
Il y avait les jeux de guerre avec ses frères et ses cousins. Deux équipes. Des règles. Son frère John à la tête de l'autre camp.
Il y avait les radeaux faits de barils de quarante-cinq gallons, sur un marécage voisin.
Il y avait la poudre fabriquée avec un jeu de chimie. Le pharmacien du coin, inquiet de ses achats de salpêtre, prévenait sa mère.
Les cadets
À douze ans, il chassait seul avec un vieux fusil de calibre 20 à un coup.
Il dévorait la science-fiction. Asimov. Heinlein. Clarke.
Puis les Cadets royaux de l'Armée canadienne ont fixé sa vocation, écrit-il.
Rien de tout cela n'est héroïque. C'est une enfance de ferme. On y apprend le risque. Et à compter sur soi.
Enfance de ferme, vocation de caserne.
Le chef par accident
Février 2021
Le prologue du livre s'intitule, selon CBC News, le chef d'état-major par accident.
En février 2021, l'amiral Art MacDonald quitte le poste en raison d'allégations de comportement inapproprié. Ces allégations n'ont jamais mené à des accusations, précise CBC.
Eyre commande alors l'Armée canadienne. Il monte au sommet. Sans l'avoir prévu.
Il devient à la fois commandant des Forces armées et conseiller militaire du premier ministre et du cabinet, rappelle l'éditeur.
Il hérite d'une crise d'inconduite sexuelle qui touche plusieurs hauts gradés. Il la décrit comme une expérience « à briser l'âme ».
Le doute des premiers mois
Il écrit avoir souvent douté, dans les premiers mois, d'être à la hauteur.
C'est rare, un général qui écrit ce doute.
Global News le dit aussi : un effort public rare pour un général canadien.
Un chef qui doute n'est pas un chef faible. C'est un chef qui compte.
Chef par accident, chef quand même.
Les sermons du sud
Ce qu'il a dit le 27 septembre
À l'animateur Jeff Semple, Eyre s'est dit encouragé par la promesse de Mark Carney d'investir massivement dans les Forces armées, rapporte Global News.
Puis il a nommé le vrai danger. La vulnérabilité critique.
Dans les propos que cite Global, il ne nomme personne à Washington. Il dit le sud.
Si les sermons venus du sud changent, et que les menaces très réelles demeurent, le gouvernement perdra, dit-il, sa « licence sociale pour continuer ».
D'où son conseil. Continuer à éduquer les Canadiens sur les menaces à la souveraineté, à la sécurité et au mode de vie.
La disponibilité de l'armée souffre depuis longtemps, ajoute-t-il. Depuis la fin de la guerre froide jusqu'à l'Afghanistan. Elle ne se répare pas en une nuit.
Le monde bouge trop vite, dit-il. Le réordonnancement géopolitique. La technologie. Le climat.
Resté en poste
Je lis cet homme par ses actes. Pas par sa réputation.
Un acte domine son livre. En juin 2021, il a eu sa démission au bout des lèvres, au téléphone avec le premier ministre.
Il a failli partir. Il est resté.
Le reste du portrait tient dans ces deux phrases. Et dans celle du 27 septembre.
Le vrai danger, dit-il, c'est le silence du sud.
Quarante ans d'uniforme
Du peloton à l'armée
L'éditeur résume une carrière de quarante ans. Eyre a commandé à tous les niveaux, du peloton à l'Armée canadienne, entre deux déploiements.
Il y a Chypre, la Croatie et la Bosnie, où il a mené des missions de maintien de la paix.
Il y a l'évacuation canadienne après la chute de l'Afghanistan.
Il y a l'appui à l'Ukraine face à l'agression russe.
Il y a l'intimidation chinoise dans le Pacifique.
Il y a les ballons soupçonnés d'espionnage au-dessus de l'Amérique du Nord.
Les inondations et les feux
Et il y a le pays lui-même. Les inondations. Les incendies de forêt. Le pire de la COVID-19.
Et la bataille, dans les couloirs du pouvoir, pour obtenir les ressources de la défense, selon l'éditeur.
Cette dernière ligne compte ici. Elle traverse tout le livre.
Quarante ans, et toutes les brèches du pays.
L'idéologie et la réalité
Février 2022
Quand le Kremlin lance l'invasion à grande échelle de l'Ukraine, en février 2022, le gouvernement Trudeau est critiqué pour sa réticence à approuver de l'aide létale, rappelle CBC.
Eyre le raconte comme « une collision entre l'idéologie et la réalité ».
L'idéologie, dit-il, c'était l'idée que le Canada n'envoie pas d'armes dans une zone de conflit.
La réalité, c'était un ami attaqué. Et un moyen d'aider.
La vitesse de la guerre
Son livre accumule les exemples. La mission d'entraînement des troupes ukrainiennes. Le transfert des obusiers M777.
CBC résume sa frustration d'une formule tirée du livre. Une « incapacité à prendre des décisions à la vitesse de la guerre ».
Et pourtant, il reconnaît que le Canada a parfois devancé ses alliés. Les chars Leopard sont partis vite.
Un soldat qui accuse et qui concède dans le même chapitre. Ce n'est pas un pamphlet. C'est un compte rendu.
Une guerre n'attend pas la fin d'un conseil des ministres.
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Fumée et miroirs
Juin 2022, NORAD
En juin 2022, Ottawa prépare son engagement de modernisation du NORAD.
Personne, écrit Eyre, ne semble savoir d'où viendront les 38 milliards de dollars. Ni où ils iront.
Il parle d'un financement de fumée et de miroirs. Des milliards déjà prévus pour d'autres équipements, retirés puis réaffectés. La plupart des investissements repoussés à des années.
Une phrase à un journaliste
Quelques jours plus tard, la confusion persiste.
Eyre dit alors franchement à un journaliste que la source des fonds « n'était pas claire pour moi ».
La phrase lui vaut, écrit-il, la colère du gouvernement.
Retenez ce détail. L'homme qui publie aujourd'hui n'a pas toujours attendu la retraite pour parler.
Il a parlé une fois. Il a payé une fois.
Sans source connue, un chef ne peut promettre aucune date. Ni pour un avion. Ni pour un radar.
Des milliards annoncés, une source introuvable.
Toronto, septembre 2023
Des discours enflammés
En septembre 2023, Volodymyr Zelensky visite le Canada. À Toronto, les discours se succèdent.
Le premier ministre et la vice-première ministre parlent avec passion de force et d'appui à l'Ukraine, écrit Eyre.
Dans la salle, une poignée de hauts gradés des Forces armées écoutent.
L'ont-ils dit à voix haute, ce jour-là ?
Un milliard de moins
Eyre avoue avoir eu du mal à concilier ces discours avec la coupe budgétaire d'un milliard de dollars qu'on venait d'imposer à l'armée.
Et avec « leur léthargie à approuver une nouvelle politique de défense ».
On applaudit au micro. On vient de couper le budget. Les deux gestes se touchent.
Je ne prête à personne une intention. Je note deux gestes. Et leur voisinage.
Ce n'est pas une anecdote de coulisses. C'est un budget. Il se mesure en heures d'entraînement et en pièces de rechange.
Applaudir l'Ukraine d'une main, couper l'armée de l'autre.
Le téléphone de juin 2021
Sous l'autobus
Revenons au moment qui décide de tout.
En juin 2021, Justin Trudeau et Chrystia Freeland remettent publiquement en question une décision d'Eyre.
Il avait laissé en poste le commandant de la Marine, le vice-amiral Craig Baines. Baines avait joué au golf avec l'ancien chef Jonathan Vance, alors visé par une enquête de la police militaire.
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Eyre se sent jeté « sous l'autobus » par la vice-première ministre.
S'il n'y a pas de confiance entre le chef militaire et le chef élu, dit-il à CBC, l'un des deux doit partir. Et ce n'est pas l'élu.
Au bout du fil
Il est au téléphone avec le premier ministre. Il est sur le point de démissionner.
Trudeau l'arrête. Il lui dit qu'il a toujours confiance en lui.
La crise se désamorce. La tension demeure, écrit CBC.
Il reste.
Il servira encore trois ans. Il pensera à partir, dit-il, « plusieurs fois ».
Démissionner est un acte politique, explique-t-il. On peut tomber sur son épée, mais « on ne peut le faire qu'une fois ».
Il a choisi l'institution. Une démission, dit-il, aurait causé une nouvelle crise dans une maison déjà blessée.
Je ne sais pas ce que j'aurais fait au bout de ce fil. Je sais que le choix inverse avait aussi un prix.
On ne tombe sur son épée qu'une seule fois.
Les angles morts
Le convoi de 2022
Un portrait honnête montre aussi ce que la version d'Eyre laisse dans l'ombre.
Pendant l'occupation d'Ottawa par le convoi, au début de 2022, il s'oppose à tout rôle de l'armée.
Il dit à CBC que l'armée n'a pas planifié. Elle a exploré des scénarios. Dans un cercle très restreint. Surtout autour de dépanneuses militaires.
Et pourtant, l'ancien sous-ministre Bill Matthews a témoigné que l'armée avait préparé des plans opérationnels, par précaution. Ils ont été écartés, par crainte d'une escalade qui rappellerait la crise d'Oka de 1990.
Plan ou scénario
Plan ou scénario. Le mot change tout. C'est Eyre qui le choisit.
Où finit l'un, où commence l'autre ?
Un membre de son état-major lui a dit, écrit-il, que tenir l'armée hors de ce gâchis serait une réussite singulière.
La réussite est réelle. La frontière entre planifier et imaginer reste sa définition à lui.
Un mémoire n'est pas une enquête. C'est une plaidoirie honnête. Elle reste une plaidoirie.
Sa version a aussi ses angles morts.
Deux pour cent
Le 26 mars 2026
Le 26 mars 2026, la Défense nationale annonce que le Canada a atteint la cible de 2 % du PIB de l'OTAN pour l'exercice 2025-2026.
Plus de 63 milliards de dollars en défense, selon le ministère.
La Mise à jour économique du printemps parle d'une première depuis la chute du mur de Berlin.
Le ministère prévient lui-même que les améliorations de la disponibilité prendront du temps.
Il énumère ce que l'argent achète déjà. Deux milliards pour la rémunération des militaires. Sept mille cinq cents logements dans 25 bases. Un milliard quatre cents millions pour produire des munitions au pays.
La bonne voie
CBC a demandé à Eyre si le pays est prêt pour ce qui pourrait venir.
« Non. Mais nous sommes sur la bonne voie », a-t-il répondu.
Le 18 juillet 2024, à sa passation de commandement, il disait déjà que l'urgence s'imposait. Il disait aussi que le mal marche sur cette terre, et pressait le Canada de continuer à soutenir la défense de l'Ukraine, selon CBC. Le 27 septembre 2026, il répète le mot urgence.
Deux ans. Le même mot.
Deux pour cent, c'est un plancher, pas une armée.
La facture sans trajectoire
Cinq pour cent d'ici 2035
Le gouvernement vise maintenant l'engagement de l'OTAN de 5 % du PIB d'ici 2035.
Le directeur parlementaire du budget a chiffré un scénario le 5 février 2026. 159 milliards de dollars en défense de base en 2035-2036. Environ 33,5 milliards de plus par année, en moyenne, sur dix ans.
Le déficit augmenterait de 63 milliards en 2035-2036, dans ce scénario.
Questionné en juillet 2025, le ministère de la Défense n'a pas fourni de trajectoire année par année, écrit le directeur.
Il renvoyait plutôt à des ordres de grandeur. Environ 150 milliards pour la défense de base en 2035. Sous réserve de changements.
Le plan qui manque
Personne n'a publié la trajectoire. Le directeur parlementaire l'écrit noir sur blanc.
Personne n'a publié le financement. L'Institut C.D. Howe juge, le 2 avril 2026, qu'aucune voie claire n'existe sans changement de politique.
Personne n'a publié le budget de 2026. Le ministre François-Philippe Champagne demandait en janvier de l'attendre, rapporte Global News.
Global estime qu'il faudrait dépenser 163 milliards par année pour tenir un objectif de 4 % en 2030.
L'institut prévoit que la défense pourrait rivaliser, d'ici dix ans, avec les transferts aux provinces. Il propose une hausse modeste de la TPS et une retenue des autres dépenses.
Sans plan publié, la licence s'use.
La licence sociale
Ce que la phrase exige
Voilà où l'avertissement d'Eyre prend tout son poids.
Il a raison sur la menace. Il la nomme. Il la date. Il l'a gérée de l'Afghanistan à l'Ukraine.
Il a raison sur la vitesse. La disponibilité, dit-il, c'est répondre assez vite, avec assez de forces, assez longtemps.
Il a raison sur la licence. Un effort nourri par la colère d'un voisin s'effondre quand le voisin se tait.
L'armée, dit-il encore, est l'assurance ultime d'une nation.
Plusieurs dirigeants européens et services de renseignement préviennent que l'Occident pourrait affronter un conflit majeur avec la Russie, et peut-être la Chine, d'ici la fin de la décennie, rappelle CBC.
Ce qu'elle oublie
Et pourtant, sa phrase ne dit que la moitié du contrat.
On n'obtient pas le consentement d'un pays avec la menace seule. On l'obtient avec la menace et la facture. Côte à côte.
La facture, ici, n'a pas encore de trajectoire publiée.
Si l'on éduque sur le danger sans montrer le coût…
Voilà mon verdict sur ses actes. Il est resté quand partir aurait blessé l'institution. Il parle quand parler peut encore servir. Il nomme la moitié de ce qu'il faut nommer.
Nommer la menace ne suffit pas, il faut montrer la facture.
Une tournée à travers le pays
D'Ottawa à Regina
Eyre ne se contente pas d'un plateau de télévision. Il part en tournée, selon l'éditeur.
Le 14 octobre, à la librairie de l'Université d'Ottawa.
Le 16 octobre, à l'Université Queen's, à Kingston, pour une conversation intitulée Défendre le Canada.
Le 26 octobre, au festival international des écrivains d'Ottawa, à Bibliothèque et Archives Canada.
Le 12 novembre à Vancouver. Le 14 novembre à Victoria. Le 27 novembre à Regina, dans une filiale de la Légion royale canadienne.
À Victoria, il en discutera avec le major-général à la retraite Michel-Henri St. Louis.
Faire ce qu'il demande
Il demande au gouvernement d'éduquer les Canadiens. Il commence par le faire lui-même. Salle par salle.
C'est un geste cohérent. Un général à la retraite n'a pas de budget à défendre. Il a un livre. Et une voix.
Éduquer, il le fait avant de l'exiger.
La bonne fréquence
Le récepteur de Wadena
Le garçon de Wadena captait deux voix, Moscou et Washington, sur le même cadran.
Le général à la retraite nous demande un autre réglage. Distinguer le bruit du danger.
Le bruit, aujourd'hui, vient du sud. Il est fort. Il est quotidien.
Le danger, lui, parle plus bas. Il ne sermonne pas. Il attend.
Le 6 octobre, le livre arrivera en librairie. Le cadran, lui, est déjà ouvert.
Ce que nous paierons
Paierons-nous notre défense pour la menace qui reste, ou seulement pour le voisin qui crie ?
La radio ne répondra pas à notre place.
Elle grésille encore.
Il est resté. Les sermons cesseront. La menace, non.
Sources :
Sources Primaires :
- Simon & Schuster — fiche et premier chapitre d'Into the Breach, parution le 6 octobre 2026
- Défense nationale — le Canada atteint 2 % du PIB en défense, 26 mars 2026
- Directeur parlementaire du budget — coût de la cible de 5 % de l'OTAN, 5 février 2026
Sources Secondaires :
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Citer cet article
Maxime Marquette (2026). PORTRAIT : Wayne Eyre redoute moins les sermons du sud que le jour où ils cesseront. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/portrait-wayne-eyre-redoute-moins-les-sermons-du-sud-que-le-jour-ou-ils-cesseront
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