PORTRAIT : Le F-35 dépend de la Chine — la bombe à retardement des terres rares de Pékin
Chaque F-35 Joint Strike Fighter renferme plus de 400 kilogrammes de terres rares. Du dysprosium, du terbium, du néodyme — des éléments

- Chaque F-35 Joint Strike Fighter renferme plus de 400 kilogrammes de terres rares. Du dysprosium, du terbium, du néodyme — des éléments
- Chaque F-35 Joint Strike Fighter renferme plus de 400 kilogrammes de terres rares .
- Du dysprosium , du terbium , du néodyme — des éléments chimiques dont les noms évoquent la fiction mais dont la réalité est très concrète : sans eux, les actionneurs , les systèmes de guerre électronique , les missiles et les aimants permanents qui font la précision létale de cet avion ne fonctionneraient tout simplement pas.
Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.
Introduction : L'aimant qui tient la guerre
Un F-35, plus de 400 kilos de terres rares
Chaque F-35 Joint Strike Fighter renferme plus de 400 kilogrammes de terres rares. Du dysprosium, du terbium, du néodyme — des éléments chimiques dont les noms évoquent la fiction mais dont la réalité est très concrète : sans eux, les actionneurs, les systèmes de guerre électronique, les missiles et les aimants permanents qui font la précision létale de cet avion ne fonctionneraient tout simplement pas. Or, la Chine contrôle environ 85 % du traitement mondial des terres rares et plus de 90 % de la production mondiale d'aimants. Cette réalité, documentée par le Center for Strategic and International Studies, constitue l'une des vulnérabilités stratégiques les plus profondes des États-Unis et de leurs alliés.
En juin 2026, cette vulnérabilité est entrée dans une nouvelle phase critique. Les exportations chinoises de terres rares vers le Japon ont chuté de 34 % en glissement annuel entre janvier et avril 2026. Les exportations de dysprosium et de terbium vers le Japon sont tombées à zéro depuis janvier 2026. La loi NDAA 2026 impose aux États-Unis une interdiction totale des terres rares d'origine chinoise dans leurs systèmes de défense à partir de 2027 — une échéance jugée quasi impossible à respecter par les experts du secteur.
Ce que les chiffres révèlent
En 2024, les États-Unis importaient encore 80 % de leurs terres rares, selon l'US Geological Survey. Pour certains éléments — le dysprosium crucial pour les aimants, le samarium vital pour les applications militaires — la domination chinoise en termes de transformation atteint 99 %. Ce n'est pas 85 % ni 90 % : c'est 99 %. La Chine ne produit pas seulement des terres rares — elle contrôle la transformation chimique qui les rend utilisables dans l'industrie de défense occidentale.
Pour le Japon, les données sont encore plus brutales. En mars 2026, les exportations chinoises de terres rares vers le Japon avaient chuté de 88 %. En avril 2026, encore 82 %. L'yttrium, utilisé dans les revêtements anti-corrosion de nombreux systèmes militaires, a chuté de plus de 90 %. Ces réductions ne sont pas accidentelles — elles s'inscrivent dans une stratégie délibérée de Pékin pour utiliser sa domination comme levier géopolitique.
Les États-Unis ont dépensé des milliers de milliards pour construire le F-35, l'avion de combat le plus sophistiqué de l'histoire. Et un aimant — de la taille d'une paume — pourrait le rendre inutilisable si Pékin décide de couper le robinet. C'est le paradoxe de la superpuissance technologique dépendante d'une autre superpuissance pour ses matières premières critiques.
Pékin a testé l'arme des terres rares — et elle fonctionne
La guerre commerciale de 2025 comme répétition générale
En avril 2025, en réponse à la guerre commerciale lancée par l'administration Trump, la Chine avait imposé des restrictions d'exportation sur sept types de terres rares et d'aimants utilisés dans les secteurs de la défense, de l'énergie et de l'automobile. La réaction américaine ? Une capitulation partielle. Selon Foreign Policy, « l'absolue dépendance des États-Unis » à l'égard des terres rares brutes et transformées en provenance de Chine les a conduits à « reculer complètement au statu quo ante ». En juin 2025, lors de négociations à Londres, les deux parties ont conclu une trêve : la Chine approuverait les exportations de terres rares en échange de concessions commerciales américaines.
Cette trêve est fragile. Les données des douanes chinoises montrent que les exportations de plusieurs ressources critiques vers les États-Unis restent environ 50 % inférieures aux niveaux d'avant les contrôles d'exportation d'avril 2025. Pékin a réduit le robinet sans le couper complètement — une pression soutenue, calculée, qui maintient la dépendance américaine tout en évitant une rupture totale qui pourrait accélérer les efforts de diversification de Washington.
La loi NDAA 2026 : un objectif irréaliste ?
La loi NDAA 2026 dispose clairement : à partir de 2027, les systèmes de défense américains ne pourront plus contenir de terres rares d'origine chinoise. Sur le papier, c'est une décision ferme. Dans la réalité industrielle, c'est une quasi-impossibilité dans le délai imparti. Ouvrir une mine, construire une infrastructure de transformation chimique, former la main-d'œuvre qualifiée — c'est une affaire de dix à quinze ans, pas de douze mois.
Le Pentagone est devenu l'actionnaire principal de MP Materials, l'exploitant de la mine de Mountain Pass en Californie, avec l'ambition de créer une filière américaine « mine-to-magnet » capable de produire les aimants nécessaires aux F-35, drones et sous-marins. Mais même avec cet investissement massif, les États-Unis ne peuvent pas, dans le court terme, se passer de la Chine pour les terres rares lourdes. Comme l'a dit Tom Moerenhout de l'Université Columbia : « Reconstituer les stocks de munitions américaines nécessitera des terres rares lourdes — exactement là où la Chine détient un quasi-monopole. »
La NDAA 2026 fixe un délai que les industriels eux-mêmes jugent impossible. Est-ce une vraie politique ou une posture politique ? Je pense que c'est les deux — une déclaration d'intention sincère, mais irréaliste dans son calendrier. L'intention est bonne. L'exécution sera douloureuse.
Le Japon, première victime de la géopolitique des terres rares
Zéro dysprosium, zéro terbium : le signal le plus fort
Le Japon est le premier importateur mondial de terres rares — et il est aussi l'allié le plus exposé à la pression chinoise dans ce domaine. Les données de janvier à avril 2026 sont sans appel : les exportations chinoises de dysprosium et de terbium vers le Japon sont tombées à zéro. Ces deux éléments sont indispensables pour les aimants à haute performance utilisés dans les systèmes d'armement japonais et les composants fournis à l'industrie de défense américaine. Sans eux, la production industrielle s'arrête — pas immédiatement si des stocks existent, mais inévitablement si le blocage se prolonge.
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Le Japon avait déjà vécu ce scénario en 2010, quand la Chine avait réduit ses exportations de terres rares suite au différend des îles Senkaku, faisant exploser les prix à l'échelle mondiale. L'accord bilatéral États-Unis-Japon de 36 milliards de dollars pour des projets de minéraux critiques signé en février 2026 traduit exactement cette urgence : les deux pays comprennent qu'ils doivent agir vite avant que leur marge de manœuvre disparaisse.
Le F-35 japonais dans le viseur de Pékin
Le Japon est l'un des principaux opérateurs du F-35 en dehors des États-Unis — Tokyo a commandé plus de 100 F-35 de différentes variantes. Si les livraisons de terres rares lourdes chinoises restaient à zéro, la production et la maintenance de ces avions seraient compromises à terme. C'est exactement ce que Pékin veut que Tokyo comprenne : la Chine peut affecter la capacité de défense d'un allié américain clé sans tirer un seul coup de feu.
Le groupe Quad — États-Unis, Japon, Australie, Inde — a commencé à travailler sur des solutions alternatives d'approvisionnement en minéraux critiques. L'Australie, qui possède des réserves significatives de terres rares, est au cœur de cette stratégie. Mais les capacités australiennes de transformation chimique sont encore limitées, et développer une filière complète prend du temps. En attendant, la dépendance demeure.
Je comprends la logique de Pékin. En bloquant les terres rares vers le Japon, la Chine envoie un message clair : votre capacité de défense dépend de notre bonne volonté. C'est de la coercition géopolitique sans précédent — et sans riposte évidente dans le court terme. Que fait-on face à un fournisseur qui est aussi un adversaire stratégique ? On diversifie, lentement, douloureusement, insuffisamment.
La course à la diversification : trop peu, trop tard ?
Les alternatives existent mais ne suffisent pas encore
Il serait inexact de dire que l'Occident ne réagit pas. Les États-Unis, l'Australie, le Canada et plusieurs pays d'Afrique explorent et développent leurs ressources en terres rares. Le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent a présenté en novembre 2025 le premier aimant de terres rares produit aux États-Unis en 25 ans, fabriqué par la société de Caroline du Sud eVAC. C'est symboliquement important. Mais un aimant ne fait pas une filière industrielle.
Le Brésil, qui possède les deuxièmes plus grandes réserves mondiales connues de terres rares, est une cible d'intérêt pour les investisseurs américains et japonais. Mais même les sources alternatives d'extraction doivent souvent passer par les infrastructures chinoises de transformation. La transformation chimique des terres rares reste le point de contrôle le plus difficile à dupliquer hors de Chine. La Chine contrôle 90 % du traitement mondial — ce n'est pas un chiffre qu'on inverse en quelques années.
La leçon ukrainienne pour la sécurité en Asie
L'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022 a montré ce que coûte de dépendre de la bonne volonté d'une puissance autocratique pour votre sécurité. La dépendance aux terres rares chinoises crée un risque structurellement similaire pour les démocraties asiatiques : un point de contrôle unique, détenu par un acteur stratégiquement adverse. Pékin peut agir sans tirer un coup de feu, sans déclaration de guerre formelle, sans violation d'un traité. Il suffit de ne pas délivrer les licences d'exportation.
Le président Zelensky a activement positionné l'Ukraine comme fournisseur alternatif de matières critiques pour l'Occident — l'une des dimensions du deal minerals avec les États-Unis conclu début 2025. L'Ukraine possède des réserves significatives de terres rares et de minéraux critiques. Si l'accord tient et si les investissements suivent, l'Ukraine pourrait devenir un acteur dans la diversification occidentale de la chaîne d'approvisionnement — au bénéfice de sa propre reconstruction et de la résilience stratégique de ses alliés.
L'Occident sait depuis 2010 que cette dépendance est un risque stratégique majeur. Seize ans plus tard, ce risque est devenu plus aigu, pas moins. On a des rapports, des analyses, des lois comme la NDAA 2026. Ce qui manque, c'est la volonté soutenue et le financement à la hauteur de l'enjeu. La bureaucratie et l'immédiateté politique continuent de primer sur la résilience stratégique de long terme.
La doctrine Xi : transformer le monopole en arme
Une stratégie planifiée sur des décennies
En 2020, le président Xi Jinping avait déclaré publiquement la nécessité de « renforcer la dépendance des chaînes de production internationales envers la Chine », créant ainsi « une contre-mesure redoutable » pour les nations adverses. La domination chinoise sur les terres rares est le cas d'école de cette doctrine. Les investissements massifs de la Chine dans l'extraction et la transformation des terres rares depuis les années 1980 ne répondaient pas à une logique purement économique — ils répondaient à une vision stratégique de long terme : transformer le leadership en processing en instrument de coercition géopolitique.
En 2010, la Chine avait coupé ses exportations vers le Japon en réponse à un incident diplomatique mineur lié aux îles Senkaku, faisant décupler les prix mondiaux. En 2025, elle a imposé des restrictions mondiales en réponse aux tarifs de Trump. En 2026, elle maintient une pression spécifique sur le Japon. Chaque épisode affine la technique. Chaque capitulation occidentale confirme que l'arme fonctionne.
Ce que la Russie ne peut pas imiter, mais que la Chine peut
La Russie a utilisé le gaz naturel comme instrument de coercition contre l'Europe — avec des résultats mitigés, finalement surmontés à un coût économique considérable. Mais la Russie ne détient pas un monopole mondial sur le gaz. L'Arabie Saoudite, les États-Unis, le Qatar ont pu se substituer, au prix d'une transition douloureuse. Pour les terres rares lourdes et leur transformation, la Chine détient un quasi-monopole sans équivalent. Il n'y a pas d'Arabie Saoudite des terres rares prête à compenser.
Le ministre de la Défense chinois Dong Jun, lors d'un appel vidéo avec son homologue russe Andrei Belousov en janvier 2026, a appelé à « renforcer la coordination stratégique » entre Pékin et Moscou. Les deux puissances comprennent qu'en combinant la dépendance énergétique russe avec la dépendance aux terres rares chinoises, elles créent un système de pression sur l'Occident qui est plus difficile à contourner que chaque menace prise séparément.
La Russie et la Chine jouent sur deux fronts différents mais complémentaires. Moscou tue des Ukrainiens et épuise les stocks d'armes occidentaux. Pékin étouffe progressivement la chaîne d'approvisionnement en matières premières qui permettrait à l'Occident de se réarmer. C'est une coordination asymétrique que l'OTAN n'a pas encore pleinement intégrée dans sa planification stratégique.
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Les solutions : une décennie de travail pour sortir d'une décennie de négligence
Les investissements nécessaires sont connus
La réponse à la dépendance aux terres rares chinoises n'est pas mystérieuse — elle est simplement longue et coûteuse. Les États-Unis ont besoin d'une filière complète « mine-to-magnet » : mines de terres rares actives, capacités de séparation et de transformation chimique, usines d'aimants, stocks stratégiques de sécurité. Le Pentagone investit dans cette direction avec MP Materials et d'autres initiatives. L'Europe travaille sur ses propres projets de minéraux critiques. Le Japon diversifie ses sources d'approvisionnement vers l'Australie, le Canada, et d'autres pays.
Mais le rythme de ces investissements reste insuffisant face à l'urgence. Les analystes estiment qu'il faudra entre dix et quinze ans pour créer des filières alternatives opérationnelles capables de remplacer la Chine pour les terres rares lourdes. Dans le meilleur des cas, une filière complète ne sera pas opérationnelle avant 2035. En attendant, le F-35, les missiles, les drones et tous les systèmes de défense qui dépendent de ces aimants restent vulnérables au bon vouloir de Pékin.
Le rôle des alliés et du multilatéralisme
Aucun pays ne peut résoudre seul ce problème. Le G7, la NATO et les partenaires indo-pacifiques doivent coordonner leurs investissements, partager les coûts de développement des infrastructures minières et de transformation, et créer des stocks stratégiques collectifs. L'ancien secrétaire général de l'OTAN Anders Fogh Rasmussen a plaidé en juin 2026 pour que les démocraties agissent collectivement face aux menaces émergentes — incluant les dépendances économiques stratégiques. La dépendance aux terres rares chinoises devrait figurer en tête de cet agenda collectif.
Les livraisons de G7 à l'Ukraine sont un exemple de ce que la coordination multilatérale peut accomplir rapidement quand la volonté politique est là. Il faut la même volonté pour les terres rares. Le problème est moins visible que des tanks qui brûlent — mais il est potentiellement aussi décisif pour l'issue des conflits futurs. Un F-35 sans aimant de dysprosium ne vole pas. Aussi simple que cela.
Il y a une ironie remarquable dans le fait que l'Ukraine, pays en guerre, pourrait devenir fournisseur de minéraux critiques pour les armées qui l'aident à se défendre. La géopolitique des matières premières est rarement aussi circulaire. Si l'Ukraine survit et prospère, tout le monde y gagne — y compris la sécurité industrielle de défense de l'Occident.
La réponse industrielle américaine : prometteuse mais insuffisante
Mountain Pass et la renaissance minière américaine
La mine de Mountain Pass en Californie est la seule mine de terres rares active aux États-Unis. Son exploitant, MP Materials, dont le Pentagone est devenu l'actionnaire principal, ambitionne de créer une filière complète de production d'aimants sur le sol américain. Le projet, baptisé 10X, vise à produire des aimants pour les F-35, les drones et les sous-marins. C'est une ambition sérieuse, financée par l'argent du contribuable américain, portée par une logique de sécurité nationale.
Mais la mine de Mountain Pass est surtout productive en terres rares légères — néodyme, praséodyme. Les terres rares lourdes — dysprosium, terbium — sont beaucoup plus rares sur le territoire américain. Les réserves américaines mesurées sont estimées à 3,6 millions de tonnes par l'US Geological Survey — contre 44 millions de tonnes en Chine. Cette asymétrie géologique est fondamentale : même avec les meilleurs investissements, les États-Unis ne deviendront pas autosuffisants en terres rares lourdes sans accès aux ressources de partenaires comme l'Australie, le Canada ou l'Inde.
La Chine a des décennies d'avance
Depuis les années 1980, la Chine a investi systématiquement et massivement dans l'extraction, la transformation et la production d'aimants à base de terres rares. Elle a développé une expertise industrielle unique, une main-d'œuvre qualifiée, des infrastructures chimiques complexes. Dupliquer cet écosystème prend du temps — pas parce que la technologie est secrète, mais parce que la maîtrise industrielle à grande échelle est difficilement transférable et demande des années d'apprentissage.
Le premier magnet produit aux États-Unis en 25 ans par eVAC, présenté par le secrétaire Bessent en novembre 2025, est une étape symbolique importante. Mais c'est une étape — pas une solution. Entre le premier aimant de démonstration et les millions d'aimants nécessaires pour les systèmes de défense américains, il y a un gouffre industriel que ni l'enthousiasme politique ni les budgets actuels ne suffiront à combler dans les délais imposés par la NDAA 2026.
Je reviens sur cette date de 2027 imposée par la NDAA. Elle va passer. Et les F-35 continueront d'avoir des aimants avec des terres rares chinoises dedans, ou ils seront immobilisés faute d'aimants alternatifs. Les deux options sont inacceptables. Il faut soit un vrai plan de financement massif et accéléré, soit une révision honnête des délais. La politique ne peut pas changer les lois de la géologie industrielle.
L'Ukraine comme pièce du puzzle de résilience stratégique occidentale
Les réserves ukrainiennes et le deal minerals avec les États-Unis
En 2025, les États-Unis et l'Ukraine ont conclu un accord sur les minéraux critiques, reconnaissant que l'Ukraine possède des réserves significatives de terres rares et de minéraux stratégiques. Cet accord est plus qu'un arrangement commercial — c'est une reconnaissance stratégique que la sécurité de l'Occident passe aussi par la diversification de ses chaînes d'approvisionnement en matières premières critiques. Une Ukraine souveraine et intégrée dans l'économie occidentale pourrait, sur le long terme, jouer un rôle dans la réduction de la dépendance aux terres rares chinoises.
C'est l'une des raisons pour lesquelles soutenir l'Ukraine n'est pas seulement une question de valeurs démocratiques — c'est aussi un investissement dans la résilience industrielle et stratégique de l'Occident. Chaque ressource ukrainienne qui reste sous contrôle ukrainien plutôt que russe ou chinois est une ressource de moins dans l'arsenal de coercition des autocraties. Et chaque accord de production conjointe entre l'Ukraine et ses alliés renforce la capacité collective de réponse face à la pression géopolitique de Pékin.
La convergence des menaces et l'urgence d'agir ensemble
La menace des terres rares chinoises ne peut être dissocieé de la menace russe en Ukraine, ni de la menace nord-coréenne dans le Pacifique. Ces pressions sont liées dans une stratégie cohérente d'affaiblissement de l'Occident : Moscou consomme les stocks d'armes occidentaux en Ukraine, Pékin étrangle la chaîne d'approvisionnement des matières premières qui permettrait de les reconstituer, et Pyongyang menace la stabilité de la région indo-pacifique. La réponse de l'Occident doit être à la hauteur de cette convergence.
L'agenda du prochain sommet de l'OTAN devrait comporter, en bonne place, une stratégie collective sur les minéraux critiques — avec des objectifs mesurables, des investissements coordénnés et un calendrier réaliste. La guerre en Ukraine a démontré que l'Alliance atlantique peut agir collectivement sous pression. La pression des terres rares est moins visible, mais elle est réelle. Attendons-nous qu'un F-35 soit à terre faute d'aimant pour réagir ?
Je finis avec cette image : le F-35 qui couvre l'Ukraine depuis la Pologne ou la Roumanie, dont les aimants ont été fabriqués en Chine, sur une chaîne de production que Pékin peut interrompre sur décision administrative. C'est la contradiction fondamentale de la sécurité occidentale aujourd'hui. Elle est surmontable. Mais elle demande une volonté politique que je n'observe pas encore à la hauteur de l'enjeu.
Conclusion : L'aimant du F-35 raconte une guerre que personne n'a déclarée
Une dépendance qui conditionne la souveraineté militaire
La dépendance au dysprosium et au terbium chinois n'est pas un problème technique — c'est un problème de souveraineté. Tant que les États-Unis, le Japon et leurs alliés ne contrôlent pas les chaînes d'approvisionnement des matières qui font fonctionner leurs avions de combat, leurs missiles et leurs systèmes de défense aérienne, leur posture militaire reste conditionnelle à la bonne volonté de Pékin. Ce n'est pas une vulnérabilité future hypothétique. C'est une réalité de 2026, documentée dans les données douanières chinoises, dans les analyses du CSIS, dans les déclarations de Tom Moerenhout à Columbia.
La NDAA 2026 dit clairement que cette dépendance doit cesser d'ici 2027. Les industriels disent clairement que c'est impossible dans ce délai. Ce que la politique de Pékin en matière de terres rares révèle, c'est que la Chine a planifié cette situation sur des décennies. Elle a réussi. La question maintenant n'est pas de savoir si l'Occident doit diversifier — c'est évident. La question est de savoir si l'Occident trouvera la volonté politique et le financement durable pour le faire avant que la prochaine crise révèle l'ampleur de la vulnérabilité accumulée.
La priorité que l'Occident doit fixer
Un plan coordonné, ambitieux, financé de manière soutenue sur vingt ans est nécessaire — pas des déclarations politiques dont l'horizon finit avec le mandat en cours. La guerre en Ukraine a prouvé que les démocraties peuvent agir vite et collectivement quand elles perçoivent la menace. La menace des terres rares chinoises est réelle. Elle est documentée. Elle a déjà produit ses effets en 2025 et en 2026. Il faut maintenant l'urgence qui convient — avant que la dépendance devienne une capitulation.
Je termine sur une pensée inconfortable : Pékin n'a pas besoin d'invasion militaire pour contraindre les démocraties occidentales. Il suffit de contrôler les aimants dans leurs avions de chasse. C'est la guerre du XXIe siècle : invisible, silencieuse, difficile à expliquer aux électeurs, mais potentiellement plus décisive que n'importe quelle bataille terrestre.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l'observation et l'analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l'objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l'interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d'offrir une lecture critique des événements.
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Nature de l'analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d'experts cités dans les sources consultées.
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Cet article décrit un état documenté à sa date de publication, et non une prédiction : une évolution ultérieure peut en déplacer les perspectives. Aucune mise à jour n'est promise d'avance; lorsqu'un article est corrigé ou complété, la modification est datée dans le texte.
Sources
Sources primaires
- Foreign Policy — China's Rare-Earth Card Looms Over Trump-Xi Summit — 12 mai 2026
- 19FortyFive — Analyses sur la dépendance aux terres rares et la défense américaine — juin 2026
- Foreign Policy — How Rare Earths Became China's Top Trade Weapon — 1er juillet 2025
Sources secondaires
- The Guardian — China trade war poses threat to US arms firms' rare earths supply — 16 avril 2025
- The Guardian — Inside Trump's scramble to reduce US dependence on Chinese rare-earth metals — 16 novembre 2025
- The Guardian — Donald Trump and Japan's Sanae Takaichi sign agreement to 'secure' rare earths supply — 28 octobre 2025
- Axios — What to know about rare earths in the China-U.S. trade dispute — 4 juin 2025
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Maxime Marquette (2026). PORTRAIT : Le F-35 dépend de la Chine — la bombe à retardement des terres rares de Pékin. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/portrait-le-f-35-depend-de-la-chine-la-bombe-a-retardement-des-terres-rares-de-p
Cet article a été généré avec l'aide de l'IA, avec supervision humaine.






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