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La ChroniquePortrait· N° 836

PORTRAIT : L'ASEAN face à Pékin — portrait d'une institution qui ne peut pas se défendre elle-même

En juin 2026, la Chine a positionné une plateforme flottante à l'intérieur du lagon du récif de Scarborough, une formation rocheuse disputée en mer de Chine méridionale, revendiquée à la fois par Pékin et Manille. La structure — environ 300 pieds carrés, équipée d'une antenne de

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  1. En juin 2026, la Chine a positionné une plateforme flottante à l'intérieur du lagon du récif de Scarborough, une formation rocheuse disputée en mer de Chine méridionale, revendiquée à la fois par Pékin et Manille. La structure — environ 300 pieds carrés, équipée d'une antenne de
  2. Introduction : Scarborough Shoal et la plateforme flottante qui dit tout
  3. Juin 2026 : un îlot, une structure, et une leçon d'impuissance
Transparence

Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.

Introduction : Scarborough Shoal et la plateforme flottante qui dit tout

Juin 2026 : un îlot, une structure, et une leçon d'impuissance

En juin 2026, la Chine a positionné une plateforme flottante à l'intérieur du lagon du récif de Scarborough, une formation rocheuse disputée en mer de Chine méridionale, revendiquée à la fois par Pékin et Manille. La structure — environ 300 pieds carrés, équipée d'une antenne de communication — a immédiatement suscité l'alarme aux Philippines. Le ministre de la Défense philippin, Gilberto Teodoro Jr., a déclaré : « Si c'est un précurseur d'une présence plus permanente, ou un précurseur d'autres activités malveillantes, c'est préoccupant. » Les Philippines ont déposé une protestation diplomatique formelle. La Chine a affirmé que la plateforme était une installation scientifique temporaire pour étudier les récifs coralliens. Elle a été retirée après plusieurs jours. Et tout le monde est passé à autre chose.

Sauf que rien n'a changé. Ce petit épisode — une plateforme posée, un protest déposé, une plateforme retirée — est la métaphore parfaite de l'état des relations entre la Chine et l'ASEAN en 2026. La Chine avance, teste, provoque, retire si nécessaire, puis recommence. L'ASEAN réagit, proteste, dépose des objections diplomatiques, et observe impuissante. Cette séquence se répète depuis la prise de contrôle du récif de Scarborough par Pékin en 2012 — et ni les tribunaux internationaux, ni les protestations diplomatiques, ni les exercices militaires n'ont fondamentalement changé la trajectoire.

Un tribunal a tranché en 2016. Pékin n'a pas obéi

Les Philippines avaient porté le différend de Scarborough devant un tribunal international. En 2016, la Cour permanente d'arbitrage de La Haye a rendu un verdict sans appel : les revendications chinoises sur Scarborough et sur l'ensemble de la mer de Chine méridionale sont illégales au regard du droit international. La Chine a qualifié cette décision d' « illégale, nulle et non avenue » et a refusé de la reconnaître. Dix ans plus tard, son porte-parole réitère la même formule : « La Chine ne l'accepte pas et ne l'acceptera jamais. » Le droit international n'a pas changé la réalité sur l'eau. Et l'ASEAN, structurellement incapable d'adopter une position unifiée, n'a pas pu combler ce vide.

Ce contexte est essentiel pour comprendre l'impuissance de l'ASEAN face à Pékin. Ce n'est pas un problème de volonté politique de la part de certains membres — c'est un problème de structure institutionnelle. L'ASEAN prend ses décisions par consensus. Or, la Chine entretient des relations économiques privilégiées avec plusieurs membres de l'ASEAN — notamment le Cambodge et le Laos — qui ont historiquement utilisé leur veto informel pour diluer ou bloquer tout langage trop dur envers Pékin. Le résultat est une institution qui peut produire des déclarations de principe mais pas des décisions contraignantes.

Portrait de l'ASEAN : une institution conçue pour échouer face à Pékin

Le consensus comme vulnérabilité structurelle

La règle du consensus à l'ASEAN est la source de toutes ses faiblesses face à la Chine. En 2012, lors du sommet de Phnom Penh, l'ASEAN n'a pas réussi pour la première fois en 45 ans à émettre un communiqué conjoint — parce que le Cambodge, sous pression chinoise, a refusé d'y inclure une référence à l'incident de Scarborough. Depuis lors, la mécanique est connue : Cambodge et Laos bloquent systématiquement tout langage qui contrarie Pékin. La dynamique est documentée, répétée, et n'a pas changé en 2026 malgré de nouvelles tentatives philippines.

La secrétaire philippine aux Affaires étrangères Maria Theresa Lazaro, qui préside l'ASEAN en 2026 dans le cadre de la présidence tournante philippine, a reconnu publiquement que même des définitions de base — comme la signification de « retenue » dans le futur Code de Conduite — restent non résolues après près d'une décennie de négociations. Quatre questions centrales restent ouvertes : la portée géographique du code, son caractère juridiquement contraignant, sa relation avec la Déclaration de conduite de 2002, et les termes de référence. Ce sont des questions fondamentales, pas des détails. Et elles sont en discussion depuis des années.

Le portrait de la Chine grise : militarisation par tactiques de zone grise

La stratégie chinoise en mer de Chine méridionale a évolué vers ce que les analystes appellent les « tactiques de zone grise » — des actions qui restent en dessous du seuil d'un conflit militaire conventionnel mais qui modifient effectivement le statu quo. La milice maritime chinoise, constituée de bateaux de pêche civils qui servent en réalité de forces paramilitaires, est l'exemple le plus documenté. La milice bloque l'accès philippin aux zones de pêche, utilise des canons à eau contre les bateaux philippins, et maintient une présence continue sans que cela constitue formellement un acte de guerre.

En 2026, selon l'IISS, la présence de la milice maritime chinoise dans les îles Spratleys a augmenté de 14 % depuis 2024. La Chine a construit des bases avec des missiles et du matériel de guerre électronique sur plusieurs formations rocheuses, malgré la promesse faite en 2015 par le président Xi Jinping au président Obama de ne pas militariser ces formations. Des navires de guerre chinois ont confronté un bâtiment de la marine philippine près du récif de Scarborough le 22 juin 2026, le même jour que se terminait l'exercice conjoint philippino-américano-japonais-australien Salaknib 2026. Ce timing n'était pas fortuit.

Portrait des acteurs : qui résiste et qui cède dans l'ASEAN

Les Philippines en première ligne, seules ou presque

Les Philippines, sous la présidence Marcos, sont l'état de l'ASEAN qui a le plus clairement choisi de résister à la pression chinoise. Manille a déposé des centaines de protestations diplomatiques depuis 2022, renforcé ses partenariats militaires avec les États-Unis, le Japon, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, et occupé la présidence de l'ASEAN en 2026 avec l'objectif explicite de conclure un Code de Conduite avant la fin de l'année. Le président Marcos a déclaré que le « silence face à ces violations diminue l'ASEAN ». Ce sont des mots forts pour un président de l'ASEAN.

Mais les Philippines parlent avec plusieurs voix, comme le montre une analyse publiée par Asialink en juin 2026. Le sénat philippin, les gardes-côtes, le ministère des Affaires étrangères et le palais présidentiel émettent des signaux différents face à la Chine. L'implosion politique domestique — avec l'impeachment de la vice-présidente Sara Duterte en mai 2026 et un procès au Sénat prévu en juillet — affaiblit la capacité de coordination du gouvernement philippin précisément au moment où sa présidence de l'ASEAN devrait culminer avec la signature d'un code de conduite. La Chine observe ces faiblesses et en tirera des leçons.

Vietnam, Malaisie, Indonesia : des positions nuancées entre dépendance et résistance

Le Vietnam, qui a ses propres conflits avec la Chine en mer de Chine méridionale, est généralement aligné avec les Philippines pour des formulations plus fermes dans les déclarations de l'ASEAN. Mais sa dépendance économique envers la Chine — son premier partenaire commercial — tempère ses positions publiques. La Malaisie, sous le premier ministre Anwar Ibrahim, a adopté une posture de médiation, avertissant que l'implication de « forces extérieures » ne ferait qu'aggraver les tensions — une formulation visant implicitement le renforcement de la présence militaire américaine dans la région. L'Indonésie, la plus grande économie de l'ASEAN, cherche à maintenir de bonnes relations avec les deux superpuissances et évite les positions tranchées.

Cette hétérogénéité des positions au sein de l'ASEAN est structurelle et profonde. Certains membres ont plus à craindre de la Chine militairement. D'autres ont plus à perdre économiquement si leurs relations avec Pékin se dégradent. Cette différenciation des intérêts rend le consensus quasi-impossible dès lors que la question posée concerne la Chine directement.

Le Code de Conduite 2026 : une promesse sans mécanisme d'exécution

Vingt ans de négociations pour un document encore non conclu

L'idée d'un Code de Conduite (CoC) pour la mer de Chine méridionale remonte à la Déclaration de conduite de 2002 — un accord non contraignant qui n'a pas empêché la militarisation des formations rocheuses. Depuis lors, les négociations sur un CoC légalement contraignant sont en cours. En 2026, elles atteignent une échéance théorique : la présidence philippine a fixé décembre 2026 comme date cible. Près de 70 % du contenu aurait été convenu selon des déclarations malaisienne de fin 2025. Mais le 30 % restant contient précisément les questions les plus importantes : le caractère juridiquement contraignant, la portée géographique, et le rôle des puissances extérieures.

La position préférée de la Chine pour le CoC est bien connue dans les cercles diplomatiques, selon l'analyse de l'Eurasia Review : pas de caractère juridiquement contraignant, limitation des consultations aux États riverains, interdiction d'exercices militaires avec des partenaires extérieurs dans les zones disputées, et traitement des questions de souveraineté comme hors du champ de l'UNCLOS. Si ces termes définissent le document final, le CoC n'aura rien résolu — il aura simplement institutionnalisé l'impuissance de l'ASEAN face à Pékin. Et c'est exactement le résultat que la Chine recherche.

La réalité du terrain pendant les négociations

Pendant que les négociateurs discutent à Jakarta ou Manille, la Chine continue de modifier la réalité sur l'eau. En mars 2026, une frégate chinoise a failli percuter le BRP Benguet philippin près de l'île Pag-asa. Un radar de contrôle de tir chinois a été verrouillé sur le BRP Miguel Malvar près du récif de Sabina. En juin 2026, quatre navires de guerre chinois ont confronté un bâtiment de la marine philippine près de Scarborough. Et selon la CFR, en 17 juin 2026, la plateforme flottante installée à Scarborough a été retirée après qu'une protestation formelle ait été déposée. Ce cycle — installation, protestation, retrait, répétition — est la stratégie du fait accompli progressif, appliquée avec une patience que l'ASEAN ne peut pas égaler.

L'IISS documente par ailleurs que la milice maritime chinoise dans les Spratleys a augmenté de 14 % depuis 2024. Parallèlement, le Japon a adopté un rôle de sécurité régionale beaucoup plus affirmé : pour la première fois depuis 1945, des troupes de combat japonaises ont participé à l'exercice Balikatan 2026 aux Philippines. C'est un signe que les nations de la région qui se sentent menacées par la Chine cherchent des solutions en dehors du cadre ASEAN — ce qui valide implicitement l'analyse selon laquelle l'ASEAN seule ne peut pas contenir Pékin.

Les alternatives : mini-latéralisme et partenariats bilatéraux

La montée du mini-latéralisme dans le Pacifique

Face à l'incapacité de l'ASEAN à adopter une position unifiée, les Philippines ont développé une stratégie parallèle : multiplier les partenariats bilatéraux et mini-latéraux avec les pays qui partagent ses préoccupations face à la Chine. L'accord de coopération militaire avec les États-Unis, le Japon, l'Australie et désormais aussi la Nouvelle-Zélande — illustré par l'exercice Salaknib 2026 avec 7 000 soldats de ces nations — est la pièce maîtresse de cette stratégie. La participation japonaise en forces de combat pour la première fois depuis 1945 est symboliquement et opérationnellement significative.

Mais le mini-latéralisme a ses propres limites. Il fragmente la cohérence régionale, donne des arguments à la Chine qui dénonce les « cercles d'endiguement », et met en difficulté les membres de l'ASEAN qui préfèrent l'équidistance. La secrétaire Lazaro elle-même a dû justifier l'adéquation entre la politique diplomacy-first de son département et la posture combative du ministre de la Défense Teodoro. Cette tension interne est réelle et affaiblit la lisibilité de la position philippine.

Le rôle des États-Unis : présent mais imprévisible

Le partenariat avec les États-Unis reste la pierre angulaire de la stratégie de sécurité des Philippines. L'exercice Balikatan, les exercices maritimes conjoints, les garanties du traité de défense mutuelle — tout cela maintient une présence dissuasive américaine dans la région. Mais l'administration Trump introduit une variable d'imprévisibilité dans cette équation. Les alliés dans la région s'interrogent : Washington défendra-t-il vraiment ses partenaires philippins si la Chine franchit une ligne rouge ? Et où est cette ligne rouge ? Ces questions, sous une présidence plus prévisible, avaient des réponses documentées. Sous Trump, elles restent ouvertes.

La Chine lit ces incertitudes. Elle les nourrit. Et elle en tire profit dans chaque incident de Scarborough, dans chaque confrontation de navire, dans chaque installation de plateforme flottante qui teste les limites sans déclencher de réponse ferme. La mer de Chine méridionale est un laboratoire de la competition stratégique — et pour l'instant, la Chine y mène les expériences.

La plateforme flottante de Scarborough Shoal : ce qu'elle révèle de la stratégie chinoise

Juin 2026 : une nouvelle structure qui change le statu quo

En juin 2026, des images satellites ont confirmé la présence d'une nouvelle plateforme flottante de grande taille sur le récif Scarborough (Bajo de Masinloc), à environ 240 kilomètres des côtes philippines. Cette structure, selon des analystes cités par le Washington Times, représente une escalade significative dans la stratégie chinoise de contrôle des points stratégiques en mer de Chine méridionale. Pékin utilise ces plateformes flottantes comme étapes intermédiaires entre la pêche de prétexte et l'installation permanente — une méthode testée et prouvée depuis les récifs des îles Spratleys dans les années 2010.

Le récif Scarborough est particulièrement sensible pour les Philippines : c'est une zone de pêche traditionnelle pour les pêcheurs philippins, et il a été au cœur d'une décision historique du Tribunal arbitral permanent de La Haye en 2016, qui avait rejeté les revendications chinoises étendues. Pékin n'a jamais reconnu cette décision. La plateforme flottante de juin 2026 est, de fait, un défi physique au droit international — et la question est : qui va répondre ?

La réponse philippine entre résistance et dépendance économique

Les Philippines, sous la présidence de Ferdinand Marcos Jr., ont adopté une posture plus ferme face à Pékin que sous son prédécesseur Rodrigo Duterte. Manille a multiplié les patrouilles navales au Deuxième Récif Thomas, accepté de renforcer les accords de défense avec les États-Unis (y compris l'accès américain à quatre nouvelles bases militaires philippines en 2023), et porté ses protestations sur la scène internationale de façon plus agressive. Ces décisions ont un coût : les tensions commerciales avec la Chine, principal partenaire économique des Philippines, se sont accrues.

Mais Manille reste dans une position structurellement difficile. La milice maritime chinoise qui harcèle les navires philippins dans la mer de Chine méridionale a augmenté en nombre de 14 % depuis 2025. Les incursions dans la zone économique exclusive philippine se multiplient. Et malgré les protestations officielles, les lignes d'approvisionnement vers le Deuxième Récif Thomas restent régulièrement bloquées ou perturbées. La résistance philippine est réelle — mais ses effets concrets sur le comportement chinois sont limités.

L'ASEAN face à la Chine : les divisions internes qui paralysent la réponse collective

Pourquoi l'ASEAN ne peut pas agir collectivement face à Pékin

Le problème fondamental de l'ASEAN face à la Chine est structurel et irréductible dans le cadre actuel. L'Association des Nations de l'Asie du Sud-Est fonctionne sur le principe du consensus — toute décision collective nécessite l'accord de tous ses 10 membres. Or, parmi ces membres, plusieurs ont des liens économiques ou politiques avec la Chine qui les rendent réticents à adopter des positions critiques : le Cambodge, le Laos et, dans une moindre mesure, le Myanmar sont considérés comme des États proches de Pékin. Il suffit qu'un de ces États bloque pour que l'ASEAN soit paralysée sur la question de la mer de Chine méridionale.

En 2012, le Cambodge avait bloqué toute mention de la mer de Chine méridionale dans le communiqué final du sommet de l'ASEAN — une première dans l'histoire de l'organisation. Cet épisode illustre parfaitement la vulnérabilité structurelle : une organisation internationale dont les membres les plus dépendants d'un acteur extérieur peuvent bloquer toute réponse collective. En 2026, rien n'a changé dans cette architecture institutionnelle. Et Pékin en profite délibérément.

Le Code de Conduite 2026 : vingt ans de négociations pour rien ?

Les négociations pour un Code de Conduite (CoC) en mer de Chine méridionale ont commencé formellement en 2002 — il y a plus de vingt ans. En 2026, ces négociations se poursuivent sans accord contraignant en vue. Les divergences portent sur des points fondamentaux : la Chine veut que le Code exclue les puissances extérieures (lire : les États-Unis) des opérations en mer de Chine méridionale, une condition que les pays membres de l'ASEAN les plus vulnérables (Philippines, Vietnam, Malaisie) ne peuvent pas accepter. La Chine veut aussi que le Code soit limité géographiquement, excluant les zones qu'elle revendique depuis la « ligne en neuf traits ».

Ce bras de fer diplomatique interminable profite objectivement à Pékin. Pendant que les négociations avancent au rythme d'un escargot, la Chine construit des plateformes flottantes, déploie sa milice maritime, et consolide sa présence physique sur des récifs contestés. Le droit qu'un Code de Conduite est censé codifier existe déjà — la décision de La Haye de 2016 en est la preuve. Mais sans mécanisme d'exécution, aucun code n'impose rien à un acteur qui choisit de l'ignorer.

Les alternatives au consensus ASEAN : mini-latéralisme et partenariats directs

Quad, AUKUS et les formats alternatifs à l'ASEAN

Face à l'inefficacité structurelle de l'ASEAN sur la question de la mer de Chine méridionale, des formats alternatifs se sont développés. Le QuadÉtats-Unis, Japon, Inde, Australie — n'inclut aucun pays d'Asie du Sud-Est, mais il structure une architecture de sécurité maritime parallèle qui vise explicitement à contrebalancer la puissance navale chinoise. L'accord AUKUS, avec ses sous-marins à propulsion nucléaire et ses exercices de drones en essaim, ajoute une couche de capacité militaire concrète. Ces formats fonctionnent précisément parce qu'ils n'exigent pas le consensus de dix membres.

Pour les membres de l'ASEAN les plus exposés — Philippines, Vietnam — la participation informelle ou la coopération bilatérale avec des membres du Quad ou de l'AUKUS est devenue une stratégie complémentaire. Les Philippines ont signé une alliance de défense renforcée avec les États-Unis et approfondi leur coopération avec le Japon. Le Vietnam entretient des relations de plus en plus profondes avec Washington, malgré l'histoire, dans une logique claire de contrepoids à Pékin. Ces partenariats bilatéraux ne remplacent pas l'ASEAN — ils comblent ses lacunes.

Les limites du mini-latéralisme face à la puissance chinoise

Mais le mini-latéralisme a ses propres limites. Les partenariats bilatéraux ou les petits groupes comme le Quad manquent de la légitimité régionale que confère l'ASEAN. Ils peuvent être présentés par Pékin comme des alliances antichinoises, créant une polarisation qui complique la diplomatie régionale. Par ailleurs, plusieurs membres de l'ASEAN — notamment l'Indonésie, le Singapour, la Thaïlande — refusent d'être mis en position de choisir entre Washington et Pékin. La philosophie de « centralité de l'ASEAN » est profondément ancrée dans la culture politique de la région. Toute architecture de sécurité qui contourne l'ASEAN risque de perdre en légitimité régionale ce qu'elle gagne en efficacité opérationnelle.

La réalité est que ni l'ASEAN seule, ni le mini-latéralisme seul, ne suffisent à contenir les ambitions de Pékin en mer de Chine méridionale. Ce qu'il faudrait, c'est une combinaison des deux — une ASEAN réformée, avec des mécanismes de décision plus réalistes sur les questions de sécurité, combinée avec des partenariats de sécurité bilatéraux qui lui donnent une épine dorsale militaire. Ce n'est pas impossible. Mais ça exige une volonté politique que la région n'a pas encore démontré de façon cohérente.

Conclusion : L'ASEAN comme décor — la vraie scène est ailleurs

Ce que l'ASEAN peut faire, et ce qu'elle ne peut pas faire

L'ASEAN peut produire des déclarations de principe, organiser des rencontres diplomatiques, maintenir un forum de discussion régionale. Ce n'est pas rien — dans une région aussi diverse et potentiellement conflictuelle, la diplomatie multilatérale a une valeur réelle. Mais elle ne peut pas produire un Code de Conduite juridiquement contraignant que la Chine respectera si Pékin ne le veut pas. Elle ne peut pas empêcher la militarisation de Scarborough. Elle ne peut pas protéger les pêcheurs philippins des canons à eau de la garde-côtes chinoise. Ce n'est pas une critique de ses membres — c'est une description de ses limites structurelles.

La mer de Chine méridionale en 2026 : une stabilité apparente sur fond de tensions croissantes

En juin 2026, la mer de Chine méridionale est stable dans le sens où aucun conflit armé n'a éclaté. Mais cette stabilité est superficielle. Elle repose sur la retenue philippine face à des provocations chinoises croissantes, sur la présence dissuasive américaine qui maintient un équilibre fragile, et sur l'espoir que le Code de Conduite produira finalement une architecture de règles respectées. Cet espoir est mince. La vraie question pour les années à venir est de savoir si la retenue philippine — et américaine — tiendra face à une escalade continue des tactiques de zone grise chinoises.

Signé Maxime Marquette, chroniqueur

Encadré de transparence du chroniqueur

Mon positionnement

Je suis Maxime Marquette. Je considère l'expansion maritime chinoise comme une menace à l'ordre international fondé sur des règles. Je soutiens le droit des Philippines et des autres nations riveraines à défendre leurs zones économiques exclusives conformément à l'UNCLOS. Ces convictions orientent ma lecture des événements.

Ce que je ne sais pas

Je n'ai pas accès aux détails des négociations du Code de Conduite ni aux positions précises des différents membres de l'ASEAN dans les sessions à huis clos. Mon analyse des dynamiques internes de l'ASEAN repose sur des sources ouvertes et des analyses de think tanks.

Sources

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). PORTRAIT : L'ASEAN face à Pékin — portrait d'une institution qui ne peut pas se défendre elle-même. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/l-asean-face-a-pekin-portrait-d-une-institution-qui-ne-peut-pas-se-defendre-elle

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MM
Maxime Marquette
Chroniqueur indépendant

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