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La ChroniqueEnquête· N° 7683

ENQUÊTE : Le Board of Peace exclut l'UNRWA au micro et la consulte en réunion

Le Board of Peace dit que l'UNRWA n'a plus sa place à Gaza. Il la rencontre quand même. Plusieurs fois.

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  1. Le Board of Peace dit que l'UNRWA n'a plus sa place à Gaza. Il la rencontre quand même. Plusieurs fois.
  2. Plusieurs fois, dit le Board
  3. Le Board of Peace dit que l'UNRWA n'a plus sa place à Gaza.
Transparence

Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.

Plusieurs fois, dit le Board

Ce que dit la dépêche

Le Board of Peace dit que l'UNRWA n'a plus sa place à Gaza. Il la rencontre quand même. Plusieurs fois.

C'est le verdict. Les pièces suivent.

Le 25 septembre 2026, l'Associated Press publie un entretien exclusif avec Philippe Lazzarini, ancien chef de l'agence onusienne pour les réfugiés palestiniens. Son premier depuis son départ, le 31 mars.

Un responsable du Board of Peace confirme à l'AP que des membres du Board ont rencontré plusieurs fois des responsables de l'UNRWA. Deux hauts responsables de l'ONU disent la même chose.

Qui est au bout de la chaîne

Au bout de cette contradiction, il n'y a pas des diplomates. Il y a des enfants.

Plus de 280 000 enfants suivent à Gaza des programmes de mathématiques et d'initiation numérique tenus par l'UNRWA, selon l'agence citée par l'AP. 60 000 autres fréquentent ses espaces d'apprentissage provisoires.

Ce ne sont pas des chiffres de communiqué. Ce sont des matins d'école.

Une craie sur un tableau posé contre un mur fissuré. Un cahier qu'on partage à deux. Un enfant qui répète une table de multiplication pendant qu'un drone passe.

Au micro, l'agence est finie. En classe, elle enseigne encore.

Ce que le Board dit en public

Début juillet

Première pièce : la position publique, et elle est écrite.

Le 30 juin, à la conférence annuelle des donateurs de l'UNRWA à New York, l'ambassadeur américain Jeff Bartos appelle les États à cesser de financer l'agence et à financer plutôt le Board of Peace, rapportent Middle East Eye et Mada Masr.

Le Board reprend son discours sur X. Il écrit que l'UNRWA n'a pas sa place dans la nouvelle Gaza, et qu'il tourne la page de la dépendance perpétuelle à l'aide, selon les deux médias.

Le Board a parlé. Il a écrit. Il a diffusé.

Le lendemain, à l'ONU, le porte-parole du secrétaire général, Stéphane Dujarric, doit répondre à une question sur ce discours.

Il répond que l'UNRWA existe parce que l'Assemblée générale lui a donné un mandat. Et qu'elle a un rôle très important sur le plan humanitaire.

Le 23 septembre

Le Board ne s'est pas corrigé depuis.

Le 23 septembre, en marge de l'Assemblée générale, il présente son plan de relance pour Gaza. Lors de ce briefing, ses responsables nomment diverses agences de l'ONU comme partenaires. Pas l'UNRWA, écrit l'AP.

Au micro, le Board exclut. Au micro, le Board tourne la page. Au micro, le Board choisit ses partenaires.

Une position publique, écrite, datée. Elle engage son auteur.

Ce que le Board fait en privé

La confirmation

Deuxième pièce : les réunions.

Un responsable du Board, sous le couvert de l'anonymat, confirme à l'AP que des membres du Board ont rencontré plusieurs fois l'UNRWA depuis la signature du cessez-le-feu. Deux hauts responsables de l'ONU le confirment aussi.

Pas une fois. Plusieurs fois. Depuis le cessez-le-feu.

Ces sources décrivent au moins trois réunions cette année entre l'UNRWA et le comité palestinien chargé d'administrer Gaza, la plus récente ce mois-ci. Un autre responsable onusien a transmis à l'AP des procès-verbaux de ces échanges.

Le Tony Blair Institute, partenaire du Board, a lui aussi demandé l'aide de l'UNRWA, selon un haut responsable de l'ONU. L'institut répond qu'il travaille avec plusieurs agences et organisations.

Un aveu de dépendance

Je le dis nettement. Je suis du côté des enfants de ces classes et du million de Gazaouis dont l'eau passe par l'UNRWA. Contre la posture publique du Board of Peace. Parce que le 23 septembre, il a présenté ses partenaires sans elle, alors qu'un de ses responsables confirme l'avoir rencontrée plusieurs fois.

Exclue au micro, consultée en réunion.

Ce n'est pas une nuance de communication. C'est un aveu de dépendance.

On ne consulte pas trois fois ce dont on peut se passer.

Quatre sources, deux faits

Trois voix dans une dépêche

Une enquête exige un recoupement. Voici le mien.

Sur les réunions, la dépêche de l'AP ne repose pas sur Lazzarini seul. Elle repose sur un responsable du Board, sur deux hauts responsables de l'ONU, et sur des procès-verbaux transmis par un autre.

Le responsable du Board ne dément pas. Il précise. Il dit que ces réunions visaient à comprendre le fonctionnement de l'agence.

Aucun démenti. Une précision, seulement.

Une position écrite ailleurs

Sur la position publique, les pièces viennent d'ailleurs.

Middle East Eye, le 2 juillet, cite le message du Board sur X et le discours de Bartos. Mada Masr, le 7 juillet, rapporte le même message et la même conférence. Le 1er juillet, la transcription officielle du point de presse de l'ONU garde la trace de la question posée à Dujarric sur le discours de Bartos.

Quatre sources. Deux faits. Aucun démenti.

Le Board a dit non en public. Le Board a dit oui en réunion. Le Board ne conteste ni l'un ni l'autre.

Deux faits, deux sources, une seule institution.

Onze mille

Les chiffres de l'agence

Pourquoi le Board rencontre-t-il une agence qu'il dit finie ? Les chiffres répondent.

L'UNRWA compte encore environ 11 000 employés palestiniens à Gaza, selon l'agence citée par l'AP. Elle assure environ 14 000 consultations médicales par jour. Elle entretient les systèmes d'eau et de gestion des déchets de plus de 1 million de Palestiniens.

Lazzarini affirme qu'elle soutient à elle seule environ la moitié du système de santé publique de Gaza.

Elle a plus de travailleurs sur place que toute autre agence de l'ONU ou organisation non gouvernementale, écrit l'AP.

Le 24 septembre, Guterres

La veille de la dépêche, à la réunion ministérielle sur l'agence, le secrétaire général António Guterres a dit que le travail de l'UNRWA et tout son mandat étaient désormais menacés, rapporte ONU Info.

ONU Info fait état de plus de 10 000 membres du personnel à Gaza, qui aident 1,7 million de personnes. D'un déficit de 100 M$. De quelque 70 000 consultations par semaine.

Onze mille, ce sont des salaires. Ce sont des familles. Ce sont des gestes quotidiens que personne d'autre ne fait.

Onze mille employés. Pas un comité en attente. Pas un plan de six mois. Des gens déjà là.

On ne remplace pas onze mille personnes par une diapositive.

Ce que le Board n'a pas

280 millions

Troisième pièce : ce que le Board a dans les mains.

Le 23 septembre, il présente un plan de 66 projets pour 2,45 G$ sur six mois, rapporte le Times of Israel. Lors d'une conférence des donateurs en février, environ une douzaine de pays avaient promis 17 G$. Seulement 280 M$ ont été versés.

Promis : dix-sept milliards. Versé : deux cent quatre-vingts millions.

Moins de deux dollars sur cent. Voilà la trésorerie de ceux qui veulent remplacer l'agence.

Un comité qui n'entre pas

Le comité palestinien choisi par le Board pour gouverner Gaza n'a toujours pas pu y entrer. Israël bloque son entrée tant que le Hamas n'a pas désarmé, écrit l'AP. Le comité dit qu'il doit être sur place pour lancer ses plans.

Presque un an après le cessez-le-feu, il n'y a eu aucune reconstruction, selon l'AP.

Au briefing même, Nickolay Mladenov a reconnu que les discussions avec Israël ne sont pas faciles, à cause des élections, rapporte le Times of Israel.

Un plan. Peu d'argent. Pas d'accès.

Alors qui tient les écoles, les dispensaires, les pompes ? Pas le comité. Pas le Board. L'agence qu'on dit finie.

Et pourtant, au micro, c'est elle qu'on raye de la liste.

Le Board a un plan. L'UNRWA a les pompes.

Le soupçon d'infiltration

Janvier 2024, les accusations

L'objection la plus forte existe, et je la pose telle que le Board la signerait.

Les jours de l'UNRWA sont terminés, dit son responsable à l'AP. Il ne parle pas au hasard.

Israël accuse l'UNRWA d'être infiltrée par des militants du Hamas. En janvier 2024, Israël a affirmé que des centaines de militants travaillaient pour l'agence et qu'une douzaine d'employés avaient pris part à l'attaque du 7 octobre, rappelle l'AP.

Le responsable du Board ajoute que les employés resteront s'ils passent un contrôle et s'ils ne servent ni une idéologie ni les intérêts du Hamas. Et que les réunions servaient à bâtir des programmes plus efficaces et mieux contrôlés.

Autrement dit : consulter n'est pas dépendre. C'est vérifier avant de remplacer.

L'objection est sérieuse. Elle mérite une preuve.

Pas de preuve écrite

Voici ce qui la retourne. La Cour internationale de justice estime que ces allégations n'ont pas été étayées, écrit l'AP. Lazzarini dit n'avoir jamais reçu de preuve écrite. Il a pourtant renvoyé les employés visés, et il ne le regrette pas.

Et le 1er juillet, Dujarric rappelait que la résolution du Conseil de sécurité qui soutient le Board appelle l'ONU à mener l'action humanitaire à Gaza. L'UNRWA fait partie de ce système, a-t-il dit.

Le texte qui fonde le Board place donc l'ONU au centre de l'humanitaire. Le Board, lui, raye l'agence la plus nombreuse de l'ONU sur le terrain.

Le soupçon justifie un contrôle. Il ne remplace pas onze mille personnes.

Le témoin a un livre

Un témoin intéressé

Maintenant, ce qui dérange mon camp. Je le publie, et je le place ici.

Philippe Lazzarini n'est pas un témoin neutre. Il a dirigé l'agence jusqu'au 31 mars. Il dit avoir subi des attaques d'une violence inouïe sur les réseaux et dans la rue, à Genève et à New York. Son livre, un témoignage sur Gaza, paraîtra en français en octobre.

Un ancien chef qui défend son agence, un mois avant son livre. Le lecteur a le droit de le noter. Je le note aussi.

Des programmes qui pourraient durer

Je concède aussi ceci. Le Board n'est pas aussi fermé que son message de juillet. Son propre responsable dit que les programmes de l'UNRWA pourraient durer s'ils servent bien les Gazaouis.

C'est vrai. Et cela ne change pas ceci : le témoin intéressé n'est pas la seule source. Le Board lui-même confirme les réunions. Et un Board qui admet que les programmes pourraient durer admet qu'il en a besoin.

La concession ne sauve pas la posture. Elle la contredit une fois de plus.

Le témoin a un livre. Le Board, lui, a un aveu.

L'eau d'un million

Ceux qui paieraient

Voici ce qui arriverait si la posture publique devenait une décision.

C'est l'UNRWA qui entretient l'eau d'un million de personnes. C'est l'UNRWA qui gère leurs déchets. C'est l'UNRWA qui assure quatorze mille consultations par jour. C'est l'UNRWA qui tient les classes de deux cent quatre-vingt mille enfants. C'est l'UNRWA qui fournit la main-d'œuvre sans laquelle, dit Lazzarini, un vaccin n'arrive pas jusqu'à la bouche d'un enfant.

Personne, aujourd'hui, ne propose d'équipe de rechange sur place. Le comité attend à la frontière. Le Board attend l'argent.

Si l'agence part demain, qui ouvre la vanne après-demain ?

Le vaccin. L'eau. La classe. Et pourtant, on parle d'elle au passé.

Quatre cents

Il y a un autre chiffre. Guterres l'a donné le 24 septembre : près de 400 membres du personnel de l'UNRWA sont morts à Gaza.

Quatre cents.

Lazzarini se souvient d'un père déplacé, logé avec ses quatre enfants dans la cour d'une école, qui dormait avec ses chaussures près de la tête. Au cas où il faudrait fuir un bombardement.

Le Board parle de dépendance perpétuelle à l'aide. Ce père, lui, dépendait d'une cour d'école tenue par l'agence qu'on veut rayer.

Ceux qui paieront la posture n'étaient pas au briefing.

Une contradiction absurde

Deux discours

Lazzarini a un mot pour cela : une contradiction absurde. Le Board dit que l'agence n'est pas voulue, pendant que les États membres de l'ONU attendent d'elle qu'elle livre.

Il résume aussi la pensée de ses interlocuteurs. Ils veulent se débarrasser de l'agence, mais ils savent que la retirer complètement aujourd'hui aurait un impact dévastateur.

Je ne peux pas vérifier ce que pensent ces interlocuteurs. Je peux vérifier ce qu'ils font. Ils se réunissent avec elle.

Ils disent non. Ils prennent rendez-vous.

Le 30 juin déjà, Christian Saunders, chef par intérim de l'agence, qualifiait l'UNRWA de vitale pour les efforts du Board en faveur du cessez-le-feu, selon l'AP. À la même conférence, Bartos appelait à ne plus la financer.

Cinquante pays

Le 24 septembre, plus de 50 pays assistaient à la réunion ministérielle sur l'agence au siège de l'ONU, selon l'AP. Le ministre jordanien des Affaires étrangères, Ayman Safadi, a répété que l'UNRWA est indispensable.

La réunion était coprésidée par l'Espagne, le Brésil et la Jordanie, rapporte ONU Info.

Cinquante pays disent indispensable. Le Board dit terminée. Et pourtant, c'est le Board qui demande des réunions.

Le mot public dit fini. Le calendrier privé dit encore.

Blair, Mladenov et un anonyme

Qui parle au nom du Board

Une enquête nomme les responsables. Voici ce que les pièces permettent de nommer.

La position publique est celle du Board of Peace, créé par les États-Unis, écrite sur son compte officiel au tournant de juillet, et portée à l'ONU par l'ambassadeur Jeff Bartos le 30 juin.

Au briefing du 23 septembre, celui qui a laissé l'UNRWA hors de la liste, Tony Blair a pris la parole et Nickolay Mladenov a parlé des discussions avec Israël, selon le Times of Israel.

La confirmation des réunions vient d'un responsable du Board qui n'a pas voulu être nommé.

Le silence de Shaath

Ali Shaath dirige le comité palestinien. Selon Lazzarini, il lui a dit avant son départ qu'il ne voyait pas comment réussir sans l'agence. Une note interne de l'ONU sur une réunion au Caire, le 26 janvier, le décrit louant l'UNRWA.

Ni Shaath ni un porte-parole n'ont répondu à l'AP. Le ministère israélien des Affaires étrangères n'a pas commenté.

Le Board parle au micro. Le Board confirme sous anonymat. Le Board ne signe jamais les deux phrases ensemble.

Deux phrases. Aucune signature commune.

Une institution qui parle deux fois ne signe qu'une fois.

Trois réunions, aucun procès-verbal public

Les procès-verbaux

Une enquête honnête finit par ce qu'elle ne sait pas encore.

Elle ne comble pas les trous avec des soupçons. Elle les montre.

On ne connaît pas le nombre exact de réunions entre le Board et l'UNRWA. On ne connaît pas les procès-verbaux complets. On ne sait pas qui, au Board, les a demandées.

On ne sait pas non plus si le contrôle promis des employés a commencé, ni selon quels critères. On ne sait pas si les procès-verbaux transmis à l'AP seront publiés.

Quatre inconnues. Une certitude : les réunions ont eu lieu.

Le nom absent de la liste

Le Board nommera-t-il un jour l'UNRWA parmi ses partenaires ?

Je l'avoue, je ne sais pas ce que vaudra cette agence dans dix ans. Je sais ce qu'elle fait ce matin : des consultations, de l'eau, des classes.

Les pièces sont publiques. La contradiction aussi. Il manque seulement quelqu'un pour la signer…

La dépêche a parlé. Le Board n'a pas encore choisi sa phrase.

Exclue au micro, consultée en réunion

Juillet, septembre, et les réunions

Voici mon verdict, et il porte sur une posture datée, pas sur un peuple.

Le Board of Peace a dit en public, au tournant de juillet, que l'UNRWA n'avait pas sa place dans la nouvelle Gaza. Le 23 septembre, il l'a laissée hors de sa liste de partenaires. Dans le même temps, il l'a rencontrée plusieurs fois, et il le confirme.

Ce n'est pas de la prudence. C'est une dépendance qu'on refuse de dire.

Le Board le sait. L'ONU le sait. Les familles le vivent.

Les familles branchées sur l'agence

Et ceux qui paient cette contradiction ne sont ni au Board ni à l'ONU. Ce sont les enfants des classes provisoires et les familles branchées sur l'eau de l'agence.

À quel moment un pays donateur doit-il exiger qu'un plan de paix dise en public ce qu'il fait en réunion ?

D'ici là, l'eau coule, et elle porte encore le nom qu'on refuse de prononcer.

Exclue au micro, consultée en réunion, l'UNRWA tient encore l'eau.

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). ENQUÊTE : Le Board of Peace exclut l'UNRWA au micro et la consulte en réunion. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/enquete-le-board-of-peace-exclut-l-unrwa-au-micro-et-la-consulte-en-reunion

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Maxime Marquette
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