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La ChroniqueEnquête· N° 869

ENQUÊTE : France et Italie bloquent l'interdiction d'entrée pour les anciens soldats russes

Le 25 juin 2026, alors que le Conseil de l'Union européenne venait d'adopter la décision de prolonger les sanctions économiques contre la Russie de 6 à 12 mois pour la première fois depuis 2022, les discussions sur le 21e paquet de sanctions se heurtaient à un obstacle inattendu. La proposition phare du paquet prévoyait d'interdire l'entrée sur le territoire de l'UE aux anciens

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  1. Le 25 juin 2026, alors que le Conseil de l'Union européenne venait d'adopter la décision de prolonger les sanctions économiques contre la Russie de 6 à 12 mois pour la première fois depuis 2022, les discussions sur le 21e paquet de sanctions se heurtaient à un obstacle inattendu. La proposition phare du paquet prévoyait d'interdire l'entrée sur le territoire de l'UE aux anciens
  2. Le 25 juin 2026 , alors que le Conseil de l'Union européenne venait d'adopter la décision de prolonger les sanctions économiques contre la Russie de 6 à 12 mois pour la première fois depuis 2022 , les discussions sur le 21e paquet de sanctions se heurtaient à un obstacle inattendu.
  3. La proposition phare du paquet prévoyait d'interdire l'entrée sur le territoire de l' UE aux anciens combattants russes qui ont participé à la guerre contre l' Ukraine .
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Introduction : Deux pays qui jouent la carte du pragmatisme

Le 21e paquet de sanctions européen et son nœud libanais

Le 25 juin 2026, alors que le Conseil de l'Union européenne venait d'adopter la décision de prolonger les sanctions économiques contre la Russie de 6 à 12 mois pour la première fois depuis 2022, les discussions sur le 21e paquet de sanctions se heurtaient à un obstacle inattendu. La proposition phare du paquet prévoyait d'interdire l'entrée sur le territoire de l'UE aux anciens combattants russes qui ont participé à la guerre contre l'Ukraine. La logique est implacable : des hommes qui ont participé à une guerre d'agression contre un État européen ne devraient pas pouvoir se promener librement dans les rues de Paris, de Rome ou d'Athènes. L'idée fait consensus en Europe du Nord et de l'Est. Mais deux pays s'y opposent : la France et l'Italie.

Selon Bloomberg et Euronews, citant plusieurs sources diplomatiques, Paris et Rome expriment des « réserves juridiques et techniques » sur la proposition d'interdiction d'entrée. Mais derrière ce langage diplomatique policé se cachent des réalités économiques et politiques bien moins nobles que la préoccupation pour la cohérence juridique. Ces deux pays reçoivent à eux seuls le plus grand nombre de touristes russes en Europe — et ils n'ont aucun intérêt immédiat à voir cette source de revenus tarie encore davantage.

Les chiffres du tourisme russe : un intérêt économique difficile à ignorer

En 2025, la France a délivré près de 180 000 visas à des ressortissants russes, et l'Italie environ 160 000. L'Espagne et la Grèce complètent le palmarès des pays les plus généreux en matière de visas russes. En comparaison, la Pologne et les pays baltes n'en délivrent presque plus aucun depuis 2022. Cette disparité massive crée ce que les pays d'Europe de l'Est et du Nord appellent du « visa shopping » : des ressortissants russes obtiennent leurs visas dans les pays les plus accommodants et circulent ensuite librement dans l'espace Schengen, qui ne connaît pas de contrôles aux frontières internes.

Au total, plus de 470 000 visas touristiques ont été délivrés à des citoyens russes en 2025, malgré des années de guerre, de sanctions, et d'efforts pour restreindre les entrées. Pendant que des missiles russes continuaient de frapper des civils ukrainiens, des touristes russes bronzaient sur les plages françaises et italiennes. C'est cette contradiction que onze pays européens — la Suède, la Pologne, les États baltes, la Finlande, le Danemark, les Pays-Bas, la République tchèque, l'Islande et la Norvège — ont dénoncée dans une lettre envoyée à la Commission européenne au début du mois de juin 2026.

Il y a une obscénité morale dans ce tourisme-là. Pas dans le tourisme lui-même — de nombreux Russes ordinaires n'approuvent pas cette guerre. Mais dans le refus de France et d'Italie de distinguer entre les civils russes qui fuient le régime et les anciens soldats qui ont combattu en Ukraine. Ces deux catégories méritent un traitement différent.

Les arguments officiels de Paris et Rome

Les objections juridiques : réelles mais contestées

La position officielle de la France et de l'Italie n'est pas de refuser l'idée d'une interdiction pour les anciens combattants russes. Elle porte sur le mécanisme proposé. Selon des sources diplomatiques citées par Ukrainska Pravda et RBC-Ukraine, Paris et Rome estiment que l'interdiction devrait relever de la politique des visas — une compétence partagée entre l'UE et les États membres — plutôt que des sanctions, qui sont un instrument de politique étrangère plus coercitif et plus difficile à cibler finement. L'argument est techniquement défendable.

Un deuxième argument concerne la praticabilité : la proposition imposerait à chaque État membre de déterminer lui-même qui a participé aux hostilités et qui ne l'a pas fait. La France et l'Italie font valoir que cette vérification est extrêmement complexe sans accès aux registres militaires russes, qui ne sont naturellement pas disponibles. Comment distinguer un ancien combattant d'un civil ordinaire dans une demande de visa ? C'est un argument que même certains partisans de l'interdiction reconnaissent comme non trivial.

Ce que cachent les objections techniques

Mais les objections techniques ne racontent qu'une partie de l'histoire. Selon Euronews, qui cite trois sources diplomatiques différentes, Paris et Rome craignent que l'interdiction pour les anciens combattants « ouvre la voie » à une interdiction totale pour tous les ressortissants russes — ce qu'elles refusent. Cette préoccupation révèle la vraie logique sous-jacente : ces deux pays considèrent que le maintien de contacts entre Européens et citoyens russes ordinaires a une valeur en soi, que l'exposition des Russes à la vie européenne peut influencer à long terme l'opinion publique russe. C'est un argument avec une certaine logique — mais elle s'applique mal aux anciens soldats.

Il y a aussi une dimension économique que les diplomates n'avouent pas directement. La France et l'Italie sont les deux pays de l'UE qui traitent le plus grand nombre de demandes de visa russes. Une politique restrictive renforcerait la compétitivité des autres pays qui refusent déjà les visas russes — comme le Danemark, les pays baltes ou la Finlande — qui seraient libérés d'une charge administrative sans coûts. Pour Paris et Rome, renoncer au tourisme russe sans que les autres pays le fassent aussi représente un désavantage compétitif. Voilà la vérité nue.

L'argument de "l'influence par le contact" est intellectuellement honnête dans un contexte de paix. En période de guerre d'agression, il ressemble davantage à une rationalisation d'intérêts économiques. On n'influence pas un système autoritaire en vendant des croissants à ses touristes.

La Bulgaria : le perturbateur imprévu du 21e paquet

Kirill, Alekperov et le veto bulgare

La France et l'Italie ne sont pas les seuls obstacles au 21e paquet de sanctions. La Bulgarie, sous son nouveau gouvernement moins atlantiste, bloque une partie du paquet pour des raisons très différentes. Sofia s'oppose à l'inclusion du Patriarche Kirill, chef de l'Église orthodoxe russe, sur la liste des personnes sanctionnées. Elle s'oppose également aux sanctions contre Vagit Alekperov, le fondateur milliardaire de Lukoil — société qui possède une raffinerie majeure en Bulgarie et représente une part significative des approvisionnements en carburant bulgares.

Le président bulgare Rumen Radev a déclaré sans ambiguïté : « Nous ne permettrons pas que le paquet de sanctions passe sous cette forme. Nous avons un vote, et nous l'utiliserons. » C'est une position qui rappelle la tactique hongroise sous Viktor Orbán — utiliser le droit de veto pour protéger des intérêts économiques particuliers liés à la Russie. Il faut noter que Kirill était déjà visé par une tentative de sanctions en 2022, bloquée à l'époque par la Hongrie. Quatre ans plus tard, c'est la Bulgarie qui reprend le flambeau du protectorat ecclésiastique russe au sein de l'UE.

Le principe d'unanimité : le talon d'Achille des sanctions européennes

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L'adoption des sanctions européennes contre la Russie nécessite l'unanimité des 27 États membres. Cette règle, conçue pour protéger la souveraineté des membres les plus petits, est devenue le principal levier de chantage que les États pro-russes — ou ceux avec des intérêts économiques russes — utilisent pour diluer ou bloquer les paquets de sanctions. La Hongrie sous Orbán a utilisé ce mécanisme systématiquement depuis 2022. La Slovaquie sous Fico a suivi. La Bulgarie semble désormais prête à rejoindre ce club.

Il y a des discussions au sein de l'UE sur la possibilité de modifier la règle de l'unanimité pour les sanctions — en permettant des majorités qualifiées plutôt que l'unanimité totale. Mais ce changement nécessiterait lui-même l'unanimité ou une révision des traités, ce qui est encore plus difficile à obtenir. Le paradoxe est total : pour réformer la règle qui permet les blocages, il faut l'accord de ceux qui ont intérêt à la maintenir.

Le principe d'unanimité pour les sanctions est une vulnérabilité structurelle que la Russie exploite activement en cultivant des alliés dans des pays membres. Ce n'est pas un accident : c'est une stratégie. L'UE a besoin de réformer ce mécanisme, mais pour y arriver, elle doit d'abord affronter la réalité inconfortable que certains de ses membres ont des intérêts qui s'alignent davantage avec Moscou qu'avec Kiev.

La fracture Nord-Sud-Est au sein de l'Union européenne

La ligne de front des visas russes : une carte qui parle

La carte de l'Europe vue à travers le prisme des visas russes raconte une histoire de deux Europes. À l'Est et au Nord — Pologne, États baltes, Finlande, Suède, Danemark — les visas touristiques russes ne sont pratiquement plus délivrés depuis le début de l'invasion à grande échelle en 2022. Ces pays portent le coût direct de la proximité géographique avec la Russie — surveillance renforcée aux frontières, espionnage russe, sabotages d'infrastructures, flux de migrants instrumentalisés — et refusent la schizophrénie d'une politique qui sanctionne la Russie d'un côté et accueille ses touristes de l'autre.

À l'Ouest et au Sud — France, Italie, Espagne, Grèce — la logique économique du tourisme l'emporte encore. Ces pays n'ont pas de frontière avec la Russie. Ils ne subissent pas les mêmes menaces directes. Et ils ont des industries touristiques qui dépendent partiellement des visiteurs russes fortunés. La lettre des onze pays européens de début juin 2026 a nommé explicitement cette disparité : les pays frontaliers « portent tous les coûts et tous les risques, tandis que les autres profitent du tourisme russe ».

La Commission européenne : entre promesses et délais

La Commission européenne a répondu aux demandes des onze pays signataires le 5 juin 2026 avec une promesse de « mesures restrictives ciblées » sur les visas. Mais le porte-parole Markus Lammert a précisé que ces mesures arriveraient dans le cadre de la révision du Code des visas — prévue pour début 2027 — et ne s'appliqueraient donc pas pour la saison estivale de 2026. En d'autres termes : promesse pour l'an prochain, plages françaises et italiennes accessibles aux touristes russes cet été.

La logique de la Commission est compréhensible : tout changement au droit européen des visas nécessite un processus législatif rigoureux et du temps. Mais pour les pays d'Europe de l'Est qui portent le poids disproportionné de la confrontation avec la Russie, cette lenteur est vécue comme une trahison. La cohésion de l'UE est mise à l'épreuve non seulement par la pression extérieure russe, mais par la fragmentation interne de ses intérêts économiques.

La Commission propose une réforme pour 2027 pendant que des touristes russes visitent les plages européennes en été 2026. Je comprends les contraintes institutionnelles — les lois ne se changent pas du jour au lendemain. Mais il y a quelque chose de profondément cynique dans ce calendrier vu de Kiev ou de Tallinn.

Les anciens combattants russes : une menace de sécurité réelle

Le risque sécuritaire tangible

Au-delà des arguments économiques et politiques, il y a un argument de sécurité concrète que les partisans de l'interdiction mettent en avant. Des anciens combattants russes en Europe représentent un risque de sécurité réel et documenté. Les services de renseignement européens ont enregistré une augmentation des actes de sabotage attribués à des réseaux russes sur le sol européen — incendies d'entrepôts, tentatives d'attentats contre des personnalités, opérations de désinformation. Des individus ayant un historique militaire russe constituent des recrues potentielles pour ces réseaux.

L'Estonie, pionnière dans ce domaine, pousse les autres États membres à établir des listes noires de vétérans russes et à interdire leur entrée dans l'espace Schengen. La proposition dans le 21e paquet de sanctions — qui délègue à chaque État membre la responsabilité de déterminer qui a participé aux hostilités — est peut-être imparfaite. Mais l'argument selon lequel la difficulté de mise en œuvre justifie l'inaction complète n'est pas défendable non plus. Des solutions techniques imparfaites valent mieux que pas de solution du tout face à une menace documentée.

Un précédent qui compte

La question de l'entrée des ressortissants russes dans l'espace Schengen a une dimension symbolique qui dépasse la question pratique du tourisme. Si l'UE n'est pas capable d'interdire l'entrée à des hommes qui ont porté les armes contre un État européen partenaire, elle envoie un message de faiblesse que Moscou ne manquera pas d'exploiter. Le droit à la libre circulation dans l'espace Schengen est une valeur européenne — mais cette valeur ne peut pas s'appliquer à des individus qui ont activement contribué à la destruction de l'Ukraine. La cohérence morale de l'Union est en jeu.

L'adoption finale du 21e paquet de sanctions — peut-être dans une forme amendée — se joue dans les prochaines semaines. Les négociations entre les ambassadeurs des 27 États membres continueront de chercher un compromis. Mais ce compromis risque de ressembler à tous les compromis européens précédents sur la question des visas russes : suffisamment creux pour satisfaire Paris et Rome, insuffisamment fort pour satisfaire Varsovie et Tallinn.

L'Europe de la défense commune, c'est celle de la Pologne et des Baltes. L'Europe du pragmatisme économique avec Moscou, c'est celle de la France et de l'Italie. Ces deux Europes peuvent coexister sur les questions normales. Sur la Russie et l'Ukraine, elles créent une fracture qui affaiblit la cohérence de l'Union face à son adversaire le plus dangereux.

Le 21e paquet de sanctions : contenu, ambitions et compromis

À découvrir

Ce que contient réellement le 21e paquet

Le 21e paquet de sanctions de l'Union européenne contre la Russie, adopté en juin 2026, est le plus étendu depuis le début de la guerre. Il comprend de nouvelles restrictions sur les exportations de biens à double usage — technologies susceptibles d'avoir des applications militaires — en ciblant particulièrement les entreprises des pays tiers qui servent de plateformes de contournement pour les composants électroniques. La liste des entités sanctionnées s'est considérablement allongée, incluant des sociétés chinoises, émiraties et turques impliquées dans des réseaux de contournement documentés.

Le paquet intègre également des mesures sur les anciens combattants russes et établit un cadre pour le financement de la reconstruction ukrainienne à partir des revenus des avoirs russes gelés. Ce dernier point est particulièrement significatif : il transforme les actifs russes bloqués en Europe — estimés à environ 300 milliards d'euros pour les seules réserves de la Banque centrale russe — en source de financement pour les besoins ukrainiens, sans pour autant confisquer formellement ces actifs.

Les négociations en coulisses : compromis et concessions

L'adoption du 21e paquet a nécessité plusieurs semaines de négociations intenses entre les 27 États membres. La règle de l'unanimité en matière de politique étrangère de l'UE donne à chaque pays un droit de veto potentiel. La Bulgarie a obtenu des exemptions sur certaines restrictions commerciales avec la Russie en invoquant des contraintes économiques transitoires. La France et l'Italie ont atténué les restrictions sur certains biens de consommation, préservant des intérêts commerciaux dans leurs secteurs du luxe et de l'agroalimentaire.

Ces compromis sont frustrants pour les partisans de sanctions maximales — principalement les pays baltes, la Pologne et d'autres États membres d'Europe centrale et orientale qui ont la frontière russe en tête. Mais ils sont politiquement inévitables dans un système de décision qui exige l'unanimité. La vraie question est de savoir si ces exemptions créent des failles exploitables qui réduisent significativement l'impact du paquet — et cette évaluation ne pourra se faire qu'à l'usage.

Je regarde les négociations sur les paquets de sanctions et je pense à la métaphore du filet qui laisse passer des poissons. Chaque exemption nationale, chaque compromis sur telle ou telle catégorie de biens, crée une maille plus large dans le filet. La Russie est très efficace pour trouver et exploiter ces mailles. La cohérence des sanctions exige une discipline politique européenne que les intérêts nationaux mettent constamment à l'épreuve.

Le contournement des sanctions : industrie mondiale et réponses occidentales

Les réseaux de contournement : cartographie d'un problème systémique

Le contournement des sanctions russes est devenu une industrie mondiale organisée. Des entreprises écrans enregistrées dans des dizaines de pays — Émirats arabes unis, Turquie, Kazakhstan, Arménie, Géorgie, Chine — servent d'intermédiaires pour acheminer vers la Russie des composants électroniques, des machines à commande numérique, des circuits intégrés et d'autres biens à double usage. Ces chaînes d'approvisionnement contournant les sanctions ont été documentées par des organisations comme le CSIS, Kyiv School of Economics et des enquêteurs journalistiques.

L'efficacité du contournement varie selon les catégories de produits. Pour les semi-conducteurs de haute gamme et les équipements de fabrication avancés, les contrôles d'exportation américains et européens sont relativement efficaces — les fabricants mondiaux dépendent des marchés occidentaux et ne peuvent pas se permettre d'ignorer les sanctions. Pour les composants plus standards — puces moins avancées, équipements mécaniques, véhicules —, les alternatives non-occidentales sont plus nombreuses et le contrôle plus difficile.

Les outils de renforcement : sanctions secondaires et pression sur les tiers

La réponse occidentale au problème du contournement passe de plus en plus par les sanctions secondaires — pénaliser les entités des pays tiers qui aident la Russie à contourner les sanctions primaires. Les États-Unis ont la tradition la plus développée dans ce domaine : la menace de couper des entités étrangères du système financier américain est un levier considérable. L'Union européenne est moins avancée sur ce terrain, mais le 21e paquet marque un pas dans cette direction en ciblant explicitement des entités non-européennes.

La pression diplomatique sur les États facilitateurs est l'autre outil. Des conversations directes avec Ankara, Abou Dhabi et Astana ont produit des résultats partiels — ces gouvernements n'ont pas intérêt à être officiellement désignés comme facilitateurs de sanctions. Mais ils ont aussi des intérêts économiques réels dans les échanges avec la Russie et ne sont pas prêts à sacrifier ces intérêts entièrement. Le résultat est une compliance partielle et sélective qui réduit mais n'élimine pas le contournement.

Le contournement des sanctions me rappelle un principe fondamental : toute règle crée des incitations à la contourner. La vraie mesure de l'efficacité d'un régime de sanctions n'est pas l'absence de contournement — impossible à garantir — mais le coût imposé au contournement. Si le contournement est facile, peu risqué et peu coûteux, les sanctions sont inefficaces. Si le contournement est difficile, risqué et coûteux, elles remplissent leur fonction. Le travail continu du renforcement des sanctions est précisément d'augmenter ces coûts.

L'unité européenne face à la Russie : bilan de quatre ans de sanctions

Les acquis : une cohésion inédite malgré les tensions

Quatre ans après le début de l'invasion russe à grande échelle, le bilan de la cohésion européenne sur les sanctions est plus positif que beaucoup ne l'auraient prédit en février 2022. Vingt et un paquets adoptés, des régimes de contrôle des exportations progressivement resserrés, un financement collectif de l'effort de guerre ukrainien à travers la Facilité européenne pour la paix et les fonds confisqués — tout cela représente un effort collectif sans précédent dans l'histoire de la politique étrangère européenne.

Cette cohésion a survécu à des pressions considérables : crises énergétiques, récessions, montée de partis pro-russes dans plusieurs États membres, changements de gouvernement en Hongrie, en Slovaquie et dans d'autres pays. Le fait que l'UE maintienne une position collective face à ces pressions témoigne de la solidité — imparfaite, négociée, contestée, mais réelle — de la gouvernance européenne en matière de politique étrangère.

Les failles : Hongrie, division interne et risque de fatigue

Le tableau n'est pas entièrement positif. La Hongrie d'Orbán a constitué le point de résistance le plus constant, utilisant son droit de veto pour négocier des exemptions et retarder l'adoption de certains paquets. La Slovaquie de Fico a pris des positions de plus en plus alignées avec Budapest. Des divisions persistent entre l'ardeur des pays baltes et polonais et la prudence de certains grands États membres occidentaux.

À plus long terme, le risque de «fatigue des sanctions» est réel. Les coûts économiques du régime de sanctions — même si beaucoup moins importants qu'initialement anticipés — s'accumulent. Les partis politiques qui font campagne sur la «normalisation» des relations avec la Russie gagnent du terrain dans plusieurs pays. Si la guerre se prolonge sans perspective de résolution dans les deux ou trois prochaines années, la pression pour un assouplissement des sanctions va s'intensifier. Maintenir la cohésion européenne est un effort politique permanent, pas un acquis.

Quatre ans après le 24 février 2022, je reste frappé par ce que l'Europe a réussi à accomplir collectivement face à la Russie. Ce n'est pas parfait. Il y a des compromis honteux, des exemptions inacceptables, des pays qui jouent double jeu. Mais comparé à ce que les pessimistes prédisaient — une Europe divisée, paralysée, incapable d'agir — la réalité est bien plus encourageante. L'Europe a appris à se comporter comme un acteur géopolitique. Que cette leçon s'ancre dans ses institutions est le défi du prochain cycle.

La cohésion européenne sur les sanctions me rappelle que l'Union européenne peut agir comme un acteur géopolitique quand les intérêts fondamentaux sont en jeu. Elle est lente, compromise, imparfaite — mais elle tient. Quatre ans après le 24 février 2022, c'est plus que ce que beaucoup prédisaient. Ce n'est pas une victoire — c'est une résistance. Et dans la géopolitique contemporaine, la résistance qui dure finit par devenir de la force.

Conclusion : L'UE au miroir de ses contradictions

Une enquête qui révèle plus qu'une question de visas

Derrière la question apparemment technique de l'interdiction d'entrée pour les anciens combattants russes, cette enquête révèle les tensions profondes qui traversent l'Union européenne face à la Russie. Il ne s'agit pas d'une simple différence d'appréciation sur un instrument diplomatique. Il s'agit d'intérêts économiques divergents, de perceptions différentes de la menace russe, et d'une incapacité chronique à traduire la solidarité déclaratoire en politiques concrètes cohérentes.

La prolongation des sanctions pour 12 mois est un progrès. La menace de la Bulgarie de bloquer le 21e paquet est un recul. L'opposition de la France et de l'Italie à l'interdiction pour les anciens combattants est une honte morale habillée en argument juridique. L'Union européenne peut être forte et cohérente dans sa réponse à la Russie — elle l'a montré depuis 2022 sur beaucoup de fronts. Mais cette enquête montre aussi les fissures que Moscou exploite activement et que Bruxelles ne peut pas indéfiniment masquer avec des compromis.

Ce que les pays d'Europe de l'Est attendent de leurs partenaires

Les pays qui partagent une frontière avec la Russie ou qui portent directement le coût de cette guerre — Pologne, Estonie, Lettonie, Lituanie, Finlande — attendent de leurs partenaires européens quelque chose de simple : la cohérence. Pas des discours de solidarité suivis de politiques qui contredisent cette solidarité. Pas des cérémonie de sanctions suivies de saisons touristiques où les visas russes continuent d'être délivrés en masse. Pas des déclarations sur la sécurité commune suivies de blocages sur des interdictions d'entrée pour des soldats qui ont combattu contre un État européen. La crédibilité de l'UE face à ses propres valeurs dépend de cette cohérence.

Signé Maxime Marquette, chroniqueur

Encadré de transparence du chroniqueur

Positionnement éditorial

Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l'observation et l'analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). ENQUÊTE : France et Italie bloquent l'interdiction d'entrée pour les anciens soldats russes. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/enquete-france-et-italie-bloquent-l-interdiction-d-entree-pour-les-anciens-solda

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