PORTRAIT : Liubov Martynenko, la sage-femme qui a vu la mort d'un mètre
Liubov Martynenko a un nom qui ne dira rien à la plupart d'entre nous, et pourtant elle porte, sur les épaules, l'une des images les plus bouleversantes de cette guerre : celle d'une sage-femme qui continue à soigner…
- Liubov Martynenko a un nom qui ne dira rien à la plupart d'entre nous, et pourtant elle porte, sur les épaules, l'une des images les plus bouleversantes de cette guerre : celle d'une sage-femme qui continue à soigner…
- Introduction : une boîte volante avec un œil noir
- Le visage d'une femme qui refuse de reculer
Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.
Introduction : une boîte volante avec un œil noir
Le visage d'une femme qui refuse de reculer
Liubov Martynenko a un nom qui ne dira rien à la plupart d'entre nous, et pourtant elle porte, sur les épaules, l'une des images les plus bouleversantes de cette guerre : celle d'une sage-femme qui continue à soigner sous les drones, dans la ville de Kherson, selon une enquête du Guardian menée par Liz Cookman.
Le 4 juin, une ambulance italienne marquée d'une croix rouge a été frappée par un drone à quelques mètres d'elle. Elle a survécu. Elle est retournée travailler deux semaines plus tard. Cette histoire est la sienne, et je vais tenter de la raconter avec toute l'humanité qu'elle mérite.
Il y a des visages qui résument, à eux seuls, tout le poids d'une guerre : celui de Liubov Martynenko est de ceux-là, et je ne peux pas le regarder sans ressentir une profonde admiration mêlée de colère.
Midi, le 4 juin, dans la zone rouge
« Ça vole ! »
Il était presque midi lorsque l'ambulance est entrée dans l'enceinte de l'hôpital clinique municipal Loutchansky, à Kherson, tout près du fleuve Dniepr, face aux positions russes. La conductrice a crié « ça vole ! », et Liubov Martynenko a levé les yeux.
« C'était si proche, à peine quelques mètres, une boîte volante avec un œil noir », a-t-elle raconté au Guardian. Le drone a percuté le flanc du véhicule et a explosé, projetant des éclats à l'intérieur de l'habitacle.
Cette image, une boîte volante avec un œil noir, décrite par une femme qui vient d'échapper à la mort, restera gravée dans ma mémoire bien après la rédaction de ce texte.
Le gilet rouge qui aurait dû la protéger
Un uniforme qui ne suffit plus
Liubov Martynenko portait, ce jour-là, son gilet pare-éclats rouge, l'identifiant réservé aux travailleurs médicaux de première ligne. Un symbole censé signaler, sans ambiguïté possible, qu'elle n'était ni une combattante ni une cible militaire.
Ce gilet, pourtant, ne l'a pas protégée du danger. « Si le conducteur n'avait pas réagi aussi vite, le drone aurait touché l'avant du véhicule et nous serions probablement mortes toutes les deux », confie-t-elle, la voix encore marquée par le souvenir de cet instant.
Qu'un gilet rouge, symbole universel de protection médicale, ne suffise plus à garantir la vie de celle qui le porte me confronte à une réalité que je refuse d'accepter comme normale.
Un cratère, témoin silencieux d'une répétition
Les images qui ne mentent pas
Les caméras de surveillance de l'hôpital ont capturé la scène : l'ambulance a été touchée à un peu plus d'un mètre d'un cratère laissé par une explosion antérieure, au même endroit précis. Liubov Martynenko le sait, elle qui travaille sur ce site depuis des mois.
« Les opérateurs russes ont visé précisément l'enceinte de l'hôpital, et ce n'est pas la première fois qu'elle est touchée non plus », affirme-t-elle, sans détour, consciente que son témoignage pourrait un jour compter devant une instance internationale.
Entendre une soignante affirmer, avec calme et lucidité, que son lieu de travail est visé de manière répétée me glace bien plus que n'importe quel rapport statistique officiel.
Deux semaines de silence, puis le retour
Ce que le corps garde en mémoire
Après l'attaque, Liubov Martynenko a pris deux semaines d'arrêt, le temps de soigner ses blessures par éclats et sa commotion. Deux semaines pendant lesquelles, on peut l'imaginer, chaque bruit soudain devait raviver l'image du drone approchant.
Puis elle est revenue. Elle a repris sa tournée quotidienne, livrant deux fois par jour les repas aux patientes de la maternité souterraine, un geste simple, presque banal, mais chargé désormais d'une gravité nouvelle.
Reprendre, deux semaines après avoir frôlé la mort, un geste aussi simple que livrer des repas : cette forme de courage tranquille me touche plus profondément que n'importe quel exploit spectaculaire.
La peur qui ne part jamais vraiment
« Je dois faire mon travail »
« J'ai peur d'aller travailler après cette attaque, surtout quand j'entends le moindre bourdonnement », confie Liubov Martynenko, avec une honnêteté rare. Elle ne prétend pas être invulnérable, elle ne joue pas les héroïnes sans faille.
Elle ajoute simplement : « je dois faire mon travail ». Cette phrase, dépouillée de tout artifice, dit tout de la tension entre la peur légitime et le devoir assumé qui habite chaque soignant de la zone rouge de Kherson.
Cette phrase toute simple, « je dois faire mon travail », contient à elle seule plus de vérité sur le courage humain que n'importe quel discours officiel ne pourrait en contenir.
Le sous-sol où naissent les enfants de Kherson
Cinquante-sept naissances sous terre
Depuis janvier, cinquante-sept bébés sont nés dans la maternité souterraine de Kherson, aménagée dans un ancien bunker soviétique avec le soutien de l'Union européenne et du Fonds des Nations unies pour la population, selon une enquête d'El País.
C'est dans cet univers de béton et de lumière artificielle que Liubov Martynenko exerce désormais son métier, entre les cris des nouveau-nés et le bourdonnement lointain, parfois proche, des drones qui survolent la ville.
Imaginer des femmes accoucher sous terre, loin de la lumière du jour, uniquement pour échapper aux drones russes, m'émeut d'une manière que les statistiques seules ne pourraient jamais transmettre.
Kherson, une ville qui compte ses morts chaque mois
Cent trente-huit noms depuis janvier
La région de Kherson a enregistré 138 morts civils entre janvier et fin juin, dont 64 imputables directement à des frappes de drones, selon la même enquête d'El País. Chacun de ces chiffres correspond à un visage, une famille, une absence désormais irréversible.
Liubov Martynenko connaît cette réalité mieux que quiconque : un médecin de la région a perdu la vie lors d'une attaque contre un hôpital durant cette même période, un rappel brutal que la blouse blanche n'offre plus aucune protection.
Chaque chiffre de cette liste macabre représente une vie entière, des proches en deuil, un vide qui ne se comblera jamais : je refuse de laisser ces morts se dissoudre dans l'anonymat des statistiques.
Des collègues qui portent les mêmes cicatrices
Un généraliste et une infirmière, blessés eux aussi
Fin avril, un médecin généraliste et une infirmière ont été blessés lors d'attaques de drones russes dans l'oblast de Kherson, selon Ukrainska Pravda. Ils font partie de cette communauté silencieuse de soignants qui continuent, malgré tout, à exercer leur métier sous la menace.
Liubov Martynenko n'est donc pas une exception isolée : elle est l'une des voix, parmi tant d'autres, d'un corps médical entier qui refuse d'abandonner sa mission, quel qu'en soit le prix personnel à payer.
Savoir que Liubov Martynenko n'est qu'un visage parmi tant d'autres soignants bombardés me pousse à refuser toute banalisation de ce qui devrait rester un scandale permanent.
Un metier transformé par la guerre
Sage-femme et gardienne d'une routine fragile
Avant la guerre, le métier de Liubov Martynenko se résumait probablement à des gestes techniques bien rodés : accompagner les naissances, rassurer les mères, veiller sur les nouveau-nés. Aujourd'hui, chaque trajet entre la maternité et l'hôpital voisin devient un calcul de risque.
Elle doit désormais composer avec le bruit, guetter le ciel, évaluer en une fraction de seconde si le bourdonnement qu'elle entend annonce un simple avion ou un drone chargé d'explosifs. Ce métier de soin est devenu, malgré elle, un exercice de survie quotidien.
Voir un métier de soin, aussi tendre que celui de sage-femme, se transformer en exercice de survie quotidienne illustre à quel point cette guerre a corrompu jusqu'aux gestes les plus élémentaires de l'humanité.
Zaporijjia, l'écho d'une même violence
Deux femmes en travail sous les décombres
En février, une frappe de drone russe a visé la maternité numéro 3 de Zaporijjia, blessant six personnes dont deux femmes en plein travail au moment de l'attaque, selon des informations relayées par la BBC. Ivan Fedorov, chef de l'administration régionale, y a vu une preuve supplémentaire d'une guerre menée contre la vie elle-même.
À découvrir
TÉMOIGNAGE : Assam, 700 000 déplacés et un État…
Le 20 juillet 2026 , Al Jazeera indiquait qu'au moins 25…
ANALYSE : Gaza, phase deux, au Caire un cessez-le-feu…
Le 28 juillet 2026 , une délégation du Hamas est partie…
BILLET : Altman et Huang au Sénat, quand l'IA…
Selon Boursorama , Sam Altman d'OpenAI et Jensen Huang de Nvidia…
Cet épisode résonne comme un écho douloureux à ce qu'a vécu Liubov Martynenko : ailleurs en Ukraine, d'autres femmes, d'autres soignantes, affrontent la même terreur au moment précis où elles donnent la vie ou l'accompagnent.
Que deux femmes en plein accouchement se retrouvent visées par une frappe au même instant dépasse, pour moi, toute capacité de rationalisation militaire : c'est simplement inacceptable.
Le regard d'une experte sur cette réalité
« Nous voyons l'effondrement du droit international »
Rohini Haar, médecin urgentiste et enseignante en droits humains à l'université de Californie à Berkeley, résume la portée de ce que vit Liubov Martynenko : « si l'on ne peut même pas protéger les hôpitaux, première ligne des protections humanitaires, cela conduira à l'effondrement de tout le droit international », déclare-t-elle au Guardian.
Elle ajoute : « je crois que nous voyons cela se produire ». Cette phrase transforme l'expérience individuelle de la sage-femme de Kherson en symptôme d'une crise bien plus vaste, qui dépasse largement les frontières ukrainiennes.
Que l'histoire personnelle de Liubov Martynenko serve d'illustration à une experte internationale pour alerter sur l'effondrement du droit humanitaire me confirme la portée universelle de son témoignage.
Une routine de peur partagée par des milliers de soignants
Les chiffres derrière chaque visage anonyme
Selon la coalition Safeguarding Health in Conflict, 2 546 incidents de violence contre le personnel et les infrastructures de santé ont été recensés dans 33 pays en 2025, avec 455 travailleurs de santé morts. Derrière chacun de ces chiffres se cache une histoire semblable à celle de Liubov Martynenko.
L'Ukraine concentrerait à elle seule environ 45 % de l'ensemble des attaques mondiales contre les structures de santé depuis février 2022, selon l'Organisation mondiale de la santé, un poids statistique qui donne toute sa mesure à la résilience quotidienne de soignantes comme elle.
Ramener ces chiffres à l'échelle d'un seul visage, celui de Liubov Martynenko, me rappelle pourquoi je refuse de traiter les statistiques humanitaires comme de simples abstractions numériques.
Ce que signifie continuer, malgré tout
La dignité comme forme de résistance
Il y a, dans le choix de Liubov Martynenko de reprendre son poste après avoir frôlé la mort, une forme de résistance silencieuse qui mérite d'être nommée. Elle ne cherche pas la reconnaissance internationale, elle cherche simplement à continuer d'exercer un métier qui donne un sens à sa vie.
Cette dignité tranquille, refusant de céder à la terreur sans pour autant nier la peur ressentie, constitue peut-être la réponse la plus puissante que l'on puisse opposer à la logique de la destruction délibérée des hôpitaux.
Cette dignité tranquille, qui n'a besoin d'aucune mise en scène pour exister, me semble être la forme de courage la plus authentique et la plus admirable que cette guerre ait révélée.
Une génération de soignants ukrainiens marqués à vie
Des cicatrices invisibles autant que physiques
Au-delà des blessures physiques, l'attaque du 4 juin a probablement laissé chez Liubov Martynenko des traces psychologiques profondes, celles que l'on devine dans sa peur du moindre bourdonnement, mais qu'elle ne détaille pas publiquement.
Cette génération de soignants ukrainiens, formée dans l'urgence de la guerre plutôt que dans la sérénité des salles de cours, portera longtemps les marques invisibles de ce qu'elle a dû affronter pour continuer à sauver des vies.
Penser aux cicatrices invisibles que porteront, pour le reste de leur vie, ces soignants ukrainiens formés dans l'urgence de la guerre m'emplit d'une tristesse que je ne cherche pas à cacher.
Ce que les proches ne disent jamais publiquement
La famille, grande absente du récit
Le témoignage de Liubov Martynenko ne mentionne jamais directement sa famille, ses proches, ceux qui ont dû apprendre la nouvelle de l'attaque et attendre, dans l'angoisse, des nouvelles de son état après l'explosion près de l'hôpital Loutchansky.
Ce silence n'est pas un oubli journalistique : il reflète souvent la pudeur des soignants ukrainiens, qui préfèrent parler de leur travail plutôt que d'exposer la souffrance de ceux qui les aiment et qui vivent, eux aussi, dans une peur constante.
Ce silence autour de la famille de Liubov Martynenko me touche autant que ses mots eux-mêmes : il rappelle que chaque frappe contre un soignant blesse aussi, invisiblement, tout un entourage.
Sur le même sujet
BILLET : Altman et Huang au Sénat, quand l'IA…
Selon Boursorama , Sam Altman d'OpenAI et Jensen Huang de Nvidia…
ANALYSE : Soixante partenaires taxés, le tarif n'est plus…
Il y a une différence entre brandir un tarif et l'imposer.…
BILLET : Vaccins — Trump presse Kennedy d'aller plus…
Personne ne signe de mémo. Personne n'écrit noir sur blanc «…
Conclusion : un nom à retenir, un visage à ne pas oublier
Ce que Liubov Martynenko nous enseigne
Liubov Martynenko n'a jamais demandé à devenir un symbole. Elle voulait simplement accompagner des naissances, dans une ville où elle a choisi de rester malgré la guerre. C'est la brutalité du 4 juin qui a fait d'elle, malgré elle, un témoin essentiel de ce que vivent les soignants ukrainiens.
Son histoire nous rappelle que derrière chaque statistique sur les attaques contre les hôpitaux se cache un visage, une voix, une peur bien réelle et un courage tout aussi réel, qui mérite d'être nommé plutôt que noyé dans l'anonymat des rapports officiels.
Pourquoi son témoignage doit continuer de voyager
Je choisis de terminer ce portrait sur une note de gratitude envers cette femme que je ne connais pas personnellement, mais dont le témoignage recueilli par le Guardian m'a profondément marqué en tant que chroniqueur et être humain.
Que son nom, Liubov Martynenko, continue de circuler au-delà des frontières ukrainiennes, pour que l'Occident n'oublie jamais ce que signifie, concrètement, soigner sous les drones dans une guerre qui refuse de respecter la croix rouge.
Je referme ce portrait avec une conviction sincère et profondément personnelle : le nom de Liubov Martynenko mérite de rester gravé dans notre mémoire collective, bien après que les gros titres de cette guerre se seront tus.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste, expert. Ce portrait s'appuie exclusivement sur le témoignage de Liubov Martynenko tel que recueilli et publié par une source journalistique établie, sans que je prétende l'avoir moi-même rencontrée ou interrogée.
Ma ligne éditoriale reste pro-occidentale et pro-ukrainienne, assumée pleinement. Je ne prétends jamais avoir été témoin direct des événements décrits, et je m'appuie uniquement sur des faits vérifiables et corroborés par plusieurs sources indépendantes.
Méthodologie et sources
Ce portrait repose sur l'enquête originale du Guardian, recoupée avec des données provenant d'El País, de la BBC, d'Ukrainska Pravda et de l'Organisation mondiale de la santé, afin de replacer l'histoire individuelle de Liubov Martynenko dans son contexte plus large.
Sources primaires : enquête du Guardian menée par Liz Cookman, données de l'Organisation mondiale de la santé, rapport de la coalition Safeguarding Health in Conflict.
Sources secondaires : recoupements avec El País, BBC News et Ukrainska Pravda sur les incidents similaires touchant le personnel médical ukrainien.
Sources :
Sources Primaires :
Sources Secondaires :
Recevoir les analyses géopolitiques
Conflits, puissances, alliances: le fil MadMax sans bruit inutile.
Citer cet article
Maxime Marquette (2026). PORTRAIT : Liubov Martynenko, la sage-femme qui a vu la mort d'un mètre. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/portrait-liubov-martynenko-la-sage-femme-qui-a-vu-la-mort-d-un-metre
Cette chronique t’a plu ? Reçois la prochaine.
Une chronique par semaine, directement dans ta boîte de réception. Sans bruit.
Cet article a été généré avec l'aide de l'IA, avec supervision humaine.
Commentaires
Sois le premier à réagir.