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La ChroniqueAnalyse· N° 1132

DÉCRYPTAGE : Chars dans Taïpei : l'exercice de cinq jours qui prépare l'impensable

Des chars militaires patrouillant dans les rues de Taïpei. Pour un observateur non averti, l'image pourrait évoquer un coup d'État ou une occupation. C'est en réalité exactement l'inverse : c'est une démocratie de 23 millions d'habitants qui répète ses procédures de défense face à une menace extérieure réelle. Le Washington Post du 22 juin 2026 a rapporté que Taïwan a conduit u

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  1. Des chars militaires patrouillant dans les rues de Taïpei. Pour un observateur non averti, l'image pourrait évoquer un coup d'État ou une occupation. C'est en réalité exactement l'inverse : c'est une démocratie de 23 millions d'habitants qui répète ses procédures de défense face à une menace extérieure réelle. Le Washington Post du 22 juin 2026 a rapporté que Taïwan a conduit u
  2. Des chars militaires patrouillant dans les rues de Taïpei .
  3. Pour un observateur non averti, l'image pourrait évoquer un coup d'État ou une occupation.
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Introduction : Quand les chars patrouillent dans les rues, l'impensable devient concret

Des chars dans les rues de Taïpei : une image choc

Des chars militaires patrouillant dans les rues de Taïpei. Pour un observateur non averti, l'image pourrait évoquer un coup d'État ou une occupation. C'est en réalité exactement l'inverse : c'est une démocratie de 23 millions d'habitants qui répète ses procédures de défense face à une menace extérieure réelle. Le Washington Post du 22 juin 2026 a rapporté que Taïwan a conduit un exercice militaire de «préparation immédiate au combat» de cinq jours, réponse directe à ce que les forces taïwanaises décrivent comme un exercice chinois «vers la guerre réelle» de l'Armée populaire de libération.

Ces cinq jours d'exercice ne sont pas un incident isolé. Ils s'inscrivent dans une dynamique d'intensification militaire dans le détroit de Taïwan qui préoccupe de plus en plus les stratèges de la région et du monde entier. La semaine du 21 au 27 juin 2026 a été particulièrement chargée : exercice taïwanais, lancement de RIMPAC 2026 avec 40 navires et 31 nations, exercice tabletop simulant une quarantaine maritime par la Chine, et avertissement rare des puissances européennes sur la menace chinoise contre Taïwan.

L'exercice «vers la guerre réelle» de l'APL : à quoi faisait-il référence ?

L'expression «vers la guerre réelle» utilisée par l'APL pour décrire ses propres exercices est elle-même un signal rhétorique. Ce n'est pas un exercice de routine — c'est un exercice explicitement présenté comme une simulation de scénarios réels de combat. L'APL cherche à démontrer, simultanément à sa propre troupe, à la population taïwanaise, et aux observateurs internationaux, que ses capacités militaires sont prêtes pour une opération réelle.

Face à cette provocation délibérée, la réponse taïwanaise a été immédiate et visible. Des chars dans les rues de Taïpei. Des exercices de défense urbaine. Des simulations de coordination entre les forces armées et les autorités civiles. Ce n'est pas de la gesticulation. C'est de la préparation sérieuse qui envoie un message en retour : Taïwan est prêt, et tout envahisseur potentiel devra faire face à une résistance organisée.

Des chars dans Taïpei — ça choque, même si c'est pour la bonne raison. Ce choc est utile. Il rappelle aux populations taïwanaises et au monde que la menace n'est pas abstraite. Qu'elle est là, à quelques dizaines de kilomètres de l'autre côté du détroit. Que les exercices ne sont pas du théâtre militaire mais de la préparation de survie. Ce choc est nécessaire pour maintenir l'attention et le soutien.

Anatomie d'un exercice de cinq jours : ce que l'on sait

Les composantes de l'exercice taïwanais

Un exercice de «préparation immédiate au combat» de cinq jours comme celui décrit par le Washington Post du 22 juin 2026 comprend généralement plusieurs dimensions. La dimension militaire pure : déploiement de blindés, exercices de tir, coordination entre différentes branches de l'armée. La dimension civilo-militaire : procédures d'évacuation, mise en condition d'abris civils, communication de crise entre les autorités militaires et civiles. Et la dimension psychologique : habituer la population à la présence militaire en environnement urbain, réduire la panique potentielle en cas de crise réelle.

La présence de chars dans les rues de Taïpei répond spécifiquement à un scénario de défense urbaine — la situation où des forces adverses auraient réussi à s'implanter dans des zones urbaines taïwanaises. Ce scénario, considéré comme peu probable dans une première phase de conflit, est néanmoins intégré dans la planification de défense taïwanaise depuis les remaniements stratégiques post-Ukraine. La résistance urbaine ukrainienne à Kharkiv, Kherson et d'autres villes a démontré son efficacité.

Les leçons ukrainiennes appliquées à Taïwan

La résistance ukrainienne depuis 2022 a fourni un manuel de défense que les armées du monde entier étudient. Taïwan a tiré plusieurs leçons spécifiques. Première leçon : la défense territoriale à granularité fine — chaque quartier, chaque rue est défendable. Deuxième leçon : la capacité anti-blindé à courte portée change la dynamique des combats urbains. Troisième leçon : la résilience civile — maintenir les services essentiels, l'information, la communication — est une composante militaire à part entière.

Ces leçons ont directement influencé les exercices taïwanais. L'intégration des milices civiles, le renforcement des formations de réserve, la distribution d'équipements de défense légère aux unités territoriales — autant d'initiatives qui s'inspirent directement de ce que l'Ukraine a fait, souvent à la dernière minute, et qui auraient été beaucoup plus efficaces si préparées à l'avance. Taïwan ne veut pas commettre la même erreur.

La guerre en Ukraine a changé la façon dont Taïwan se prépare à sa propre défense. C'est l'une des conséquences les moins visibles mais les plus importantes du conflit. Zelensky a montré que la résistance est possible même face à une puissance militaire supérieure. Ce manuel ukrainien, Taïwan l'étudie et l'adapte. Et ça devrait donner à réfléchir à Pékin.

RIMPAC 2026 : la réponse multilatérale dans le Pacifique

Plus d’analyse

L'exercice naval le plus grand du monde

RIMPAC 2026 — «Rim of the Pacific Exercise» — a débuté le 24 juin 2026 pour durer jusqu'au 31 juillet, selon ThinkChina du 25 juin 2026. Environ 40 navires, 25 000 personnels, 31 nations participantes — c'est le plus grand exercice naval multinational du monde. Sa géographie et sa composition envoient un message non équivoque à Pékin : la puissance navale américaine n'est pas seule, elle est accompagnée d'un réseau d'alliances et de partenariats étendus.

La participation de 31 nations est elle-même révélatrice. Ces pays ne sont pas tous des alliés formels des États-Unis — certains participent simplement pour maintenir une interopérabilité avec la marine américaine et ses alliés. Mais leur présence à RIMPAC signifie qu'en cas de conflit dans le Pacifique, ils ont la capacité d'opérer aux côtés des forces américaines. C'est exactement ce type de réseau que la Chine ne peut pas reproduire — elle n'a pas d'alliés dignes de ce nom capables de déployer des forces navales significatives à ses côtés.

Valiant Shield 2026 : la composante aérienne

L'exercice Valiant Shield 2026, qui s'est tenu le 22 juin selon la même source, représente la composante aéro-navale de la présence américaine dans la région. Il implique typiquement des porte-avions et des aéronefs à longue portée, testant la capacité de projection de puissance aérienne dans le Pacifique occidental. C'est précisément cette capacité — frapper des cibles à longue portée depuis des points d'appui éloignés — qui constitue l'un des avantages militaires américains les plus significatifs face à la Chine.

La simultanéité de RIMPAC et de Valiant Shield avec les exercices chinois et l'exercice de préparation taïwanais n'est probablement pas fortuite. Elle crée une densité d'activité militaire dans la région qui oblige tous les acteurs à maintenir un état de préparation élevé et envoie un signal de présence indiscutable aux observateurs chinois.

RIMPAC 2026 avec 31 nations — c'est la réponse à ceux qui prétendent que les États-Unis sont isolés dans le Pacifique. Non. Ils sont entourés de démocraties qui ont choisi leur camp. La Chine, elle, peut aligner la Russie et la Corée du Nord. C'est un bilan d'alliances qui devrait faire réfléchir Xi Jinping — si la rationalité prévaut sur les ambitions nationalistes.

L'avertissement européen sur Taïwan : un tournant historique

Pourquoi l'avertissement européen est historiquement significatif

L'avertissement émis par des «puissances européennes» sur la menace chinoise contre Taïwan, rapporté par Yahoo News du 24 juin 2026, mérite une attention particulière. Il y a encore cinq ans, un tel avertissement aurait été politiquement inimaginable de la part de gouvernements européens qui cultivaient le concept de «relations économiques avec la Chine» séparées des questions de sécurité. Ce paradigme est en train de s'effondrer.

Plusieurs facteurs ont contribué à cette évolution. D'abord, le soutien chinois à la Russie dans la guerre en Ukraine a rendu impossible le maintien d'une fiction de neutralité. Ensuite, les provocations militaires chinoises croissantes dans le détroit de Taïwan et la mer de Chine méridionale ont rendu la menace concrète même pour les opinions publiques européennes. Enfin, la révision des chaînes d'approvisionnement post-Covid a réduit la dépendance économique européenne à la Chine.

Le risque d'escalade des signaux : une spirale que personne ne veut

Il existe cependant un risque réel dans la multiplication de ces signaux. Chaque avertissement européen, chaque exercice américain, chaque désignation sur la liste 1260H est interprété à Pékin comme un élément d'une stratégie de «containment» et d'encerclement. La propagande nationale-populiste du PCC utilise ces éléments pour renforcer le sentiment d'une Chine assiégée par des puissances hostiles — ce qui, paradoxalement, renforce la cohésion interne du régime et crée des pressions vers une démonstration de force.

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La gestion de cette spirale est l'un des défis diplomatiques les plus complexes du moment. Il faut maintenir une présence et une posture dissuasive suffisamment forte pour que le calcul de coût/bénéfice d'une agression contre Taïwan reste défavorable pour Pékin, sans pour autant alimenter une rhétorique d'encerclement qui pousserait à l'action. C'est un équilibre délicat dont l'issue est incertaine.

La spirale d'exercices militaires croisés dans le Pacifique me préoccupe autant qu'elle me rassure. Elle rassure parce qu'elle signifie que la dissuasion fonctionne et que Taïwan n'est pas seule. Elle préoccupe parce qu'une escalade incontrôlée de signaux peut créer les conditions d'un incident qui dégénère. C'est le paradoxe de la dissuasion : elle exige de la fermeté et de la retenue simultanément.

La simulation de quarantaine maritime : le scénario que redoute Taïwan

La quarantaine comme outil de pression graduée

L'exercice tabletop rapporté par Bloomberg du 25 juin 2026, simulant une quarantaine maritime imposée par les forces chinoises, cible le scénario considéré comme le plus probable d'une action chinoise à court ou moyen terme. Une quarantaine maritime — distincte d'un blocus total ou d'une invasion — permettrait à la Chine de démontrer sa capacité à contrôler les accès maritimes à Taïwan sans déclencher formellement un acte de guerre.

Concrètement, une quarantaine maritime signifierait des navires de l'APL interceptant et inspectant les navires marchands à destination de Taïwan, retardant ou bloquant les importations jugées «stratégiques» par Pékin. La Chine pourrait présenter cela comme une mesure de «contrôle» et non d'agression, testant ainsi la réaction américaine et internationale avant d'aller plus loin si la résistance est faible.

Comment Taïwan peut-il y résister ?

La résistance à une quarantaine maritime passe par plusieurs axes. D'abord, les réserves stratégiques : Taïwan cherche à augmenter ses stocks d'énergie, de nourriture, et de matériaux critiques pour résister à une période d'accès maritime réduit. Ensuite, les routes alternatives : développer des liens aériens et des points d'accès moins vulnérables à une interdiction maritime. Enfin, la réponse internationale : s'assurer que les États-Unis et leurs alliés ont des plans préparés pour briser une quarantaine, ce qui rend ce scénario plus coûteux pour la Chine.

L'exercice tabletop sert précisément à tester ces réponses, identifier les lacunes, et développer des protocoles. C'est de la préparation intelligente. Et le fait que Bloomberg en ait rapporté l'existence est lui-même un signal vers Pékin : nous simulons votre scénario préféré, et nous préparons notre réponse.

L'exercice tabletop de quarantaine taïwanais — c'est exactement le type de préparation que j'aurais voulu voir en Europe sur les scénarios russes avant 2022. Anticiper, simuler, préparer. Pas attendre que l'inimaginable arrive pour réaliser qu'on n'est pas prêt. Taïwan apprend vite. Et cette leçon coûte moins cher simulée qu'en conditions réelles.

L'imbrication Russie-Chine : l'axe qui menace l'ordre mondial

Ce que la Chine fait pour la Russie et ce que ça préfigure

On ne peut pas analyser la menace chinoise contre Taïwan sans noter l'imbrication croissante entre les stratégies russe et chinoise. La Chine soutient activement l'économie de guerre russe — en achetant du pétrole et du gaz russe à prix préférentiel, en fournissant des composants à double usage, et en offrant des marchés alternatifs aux entités sanctionnées par l'Occident. Ce soutien n'est pas altruiste : c'est un investissement stratégique dans la déstabilisation de l'Occident par proxy.

Plus la Russie tient en Ukraine, plus l'Occident est distrait, épuisé, et contraint dans ses ressources. Plus la Chine dispose de temps pour préparer ses options pour Taïwan et évaluer les réactions occidentales. La coordination stratégique entre Moscou et Pékin n'est pas une alliance formelle — leurs intérêts divergent sur de nombreux points. Mais sur ce point précis — affaiblir l'Occident — leurs intérêts convergent parfaitement.

La Corée du Nord comme troisième acteur

La Corée du Nord complète ce tableau en mobilisant ses forces aux côtés de la Russie en Ukraine — selon des informations confirmées sur la présence de soldats nord-coréens dans le conflit. Pyongyang a d'ailleurs marqué en juin 2026 le deuxième anniversaire du traité de défense mutuelle avec la Russie en promettant des «liens plus profonds», selon Ground News du 22 juin 2026.

La convergence de Russie, Chine et Corée du Nord autour d'une stratégie commune de déstabilisation de l'Occident est l'une des évolutions géopolitiques les plus dangereuses de la période actuelle. Ce ne sont pas des alliés parfaitement coordonnés — leurs intérêts divergent sur bien des points. Mais leur convergence sur l'objectif de déstabilisation de l'ordre international libéral est suffisamment cohérente pour représenter une menace systémique.

Russie, Chine, Corée du Nord — l'axe des puissances révisionnistes est en train de se consolider sous nos yeux. Ce n'est pas de la théorie du complot. Ce sont des traités signés, des soldats envoyés, des composants échangés, des votes alignés aux Nations unies. Cet axe a pour objectif de démanteler l'ordre international construit après 1945. Et l'Occident est encore en train de débattre si c'est vraiment une menace.

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Taïwan dans l'économie mondiale : un enjeu qui dépasse la politique

Les chaînes d'approvisionnement mondiales et la vulnérabilité taïwanaise

La défense de Taïwan n'est pas uniquement un enjeu politique ou militaire — c'est aussi un enjeu économique mondial de premier ordre. L'île produit la grande majorité des semi-conducteurs avancés dont dépendent toutes les économies modernes. Une perturbation de la production taïwanaise, que ce soit par une action militaire ou une quarantaine maritime, provoquerait une pénurie mondiale de puces électroniques aux conséquences économiques catastrophiques pour toutes les économies développées.

Ce facteur économique crée une solidarité d'intérêt autour de Taïwan qui va bien au-delà des cercles de politique étrangère. Des industries aussi diverses que l'automobile, l'électronique grand public, la médecine, la défense, l'aérospatiale — toutes dépendent des semi-conducteurs produits à Taïwan. Cette interdépendance est un facteur de dissuasion supplémentaire : une agression chinoise contre Taïwan infligerait un dommage économique global qui affecterait aussi la Chine elle-même.

L'exercice de cinq jours comme message aux marchés et aux investisseurs

Les exercices militaires de Taïwan ont aussi une dimension économique souvent ignorée. En démontrant sa capacité de défense et sa préparation, l'île envoie un message aux marchés financiers internationaux et aux investisseurs : Taïwan n'est pas une proie facile. Cette confiance dans la capacité de résistance taïwanaise contribue à maintenir la crédibilité économique de l'île et à éviter une fuite des capitaux que les tensions géopolitiques pourraient provoquer.

Des entreprises comme TSMC, MediaTek, et d'autres géants taïwanais de la technologie ont maintenu des trajectoires d'investissement et de croissance malgré la pression militaire chinoise. Cette résilience économique est elle-même une forme de résistance — en montrant que la vie économique normale continue malgré les menaces, Taïwan refuse d'être psychologiquement paralysée par la pression de Pékin.

La dimension économique de la défense de Taïwan — les semi-conducteurs, les chaînes d'approvisionnement, les marchés financiers — est peut-être l'argument le plus universel pour le soutien à l'île. Même ceux qui sont indifférents aux enjeux politiques ou démocratiques devraient comprendre que leur iPhone, leur voiture, leur électroménager dépend de la liberté de Taïwan. C'est un argument qu'on n'utilise pas assez.

La Corée du Nord et Taïwan : deux crises liées par la même logique

Comment les crises de Corée du Nord et de Taïwan s'alimentent mutuellement

La Corée du Nord et Taïwan représentent deux crises distinctes dans la région indo-pacifique, mais leur interconnexion est réelle et croissante. La Corée du Nord a envoyé des soldats combattre aux côtés des forces russes en Ukraine, consolidant son alignement avec l'axe Russie-Chine. Elle développe parallèlement ses capacités balistiques et nucléaires, maintenant une pression constante sur la Corée du Sud et le Japon qui sont également les alliés les plus proches de Taïwan.

Une crise en Corée du Nord — une escalade balistique, une provocation militaire majeure — pourrait distraire les capacités militaires américaines au moment précis où la Chine déciderait d'agir sur Taïwan. Cette coordination potentielle entre les deux crises est un cauchemar pour les planificateurs militaires américains. Maintenir une présence suffisante sur les deux fronts simultanément est un défi capacitaire réel.

Kim Jong-un et le rapprochement avec Poutine : ce que ça signifie pour Taïwan

Le deuxième anniversaire du traité de défense mutuelle russo-nord-coréen a été marqué en juin 2026 par des déclarations de Kim Jong-un promettant des «liens plus profonds» avec la Russie. Cette consolidation de l'axe Moscou-Pyongyang a des implications directes pour la sécurité de Taïwan. Elle signifie que tout conflit autour de Taïwan pourrait activer des réponses coordonnées de multiples acteurs de l'axe autoritaire.

Pour les défenseurs de Taïwan, cette réalité renforce l'argument en faveur d'une dissuasion étendue. La coalition qui soutient Taïwan — États-Unis, Japon, Australie, puissances européennes — doit être suffisamment large et préparée pour répondre à des crises simultanées sur plusieurs fronts. RIMPAC 2026 avec 31 nations est une réponse partielle à ce besoin de préparation multi-fronts. Elle doit être complétée par une planification opérationnelle qui intègre explicitement les scénarios de crises simultanées.

Kim Jong-un qui promet des liens plus profonds avec Poutine en juin 2026 — c'est le symbole d'un axe autoritaire en train de se consolider. Russie, Chine, Corée du Nord, Iran — ces régimes ne forment pas une alliance formelle, mais ils partagent un objectif commun : affaiblir l'ordre international libéral que l'Occident défend. Face à ça, la cohérence et la coordination de la réponse démocratique n'est pas une option. C'est une nécessité existentielle.

Conclusion : Cinq jours d'exercice, un message sans ambiguïté

La signification stratégique de l'exercice taïwanais

L'exercice de cinq jours de Taïwan, avec ses chars dans les rues de Taïpei, n'est pas de la provocation. C'est de la dissuasion. C'est un message à Pékin : nous nous préparons, nous avons tiré les leçons de l'Ukraine, et toute tentative de nous soumettre par la force rencontrera une résistance sérieuse. Ce message, combiné avec la présence de RIMPAC et les avertissements européens, forme un tableau de dissuasion crédible.

Est-ce suffisant ? Personne ne peut l'affirmer avec certitude. La dissuasion fonctionne jusqu'à ce qu'elle ne fonctionne plus. Mais ne pas faire ces exercices — ne pas préparer, ne pas envoyer de signal — serait certainement pire. Taïwan a choisi la préparation active. C'est le bon choix.

Ce que l'Occident doit retenir de cette semaine dans le Pacifique

La semaine du 21 au 27 juin 2026 dans le Pacifique doit être lue comme un instantané de la compétition sino-américaine à son stade actuel. Une compétition économique active via les listes de désignation et les contrôles d'exportation. Une compétition militaire via les exercices croisés et la démonstration de présence. Une compétition diplomatique via les avertissements européens et les signaux d'alliance.

L'Occident est engagé dans cette compétition, qu'il le veuille ou non. La question est de savoir s'il l'est avec suffisamment de cohérence, de ressources, et de volonté. Les chars taïwanais dans les rues de Taïpei sont une réponse partielle à cette question. Le reste dépend de nous.

Cinq jours d'exercice, des chars dans les rues de Taïpei, une simulation de quarantaine maritime, 31 nations à RIMPAC — la semaine du 22 au 27 juin 2026 dans le Pacifique ressemble à un test général avant un événement dont personne ne connaît encore la date. J'espère que cet événement n'aura jamais lieu. Mais je préfère une Taïwan qui se prépare à l'impensable et ne le voit jamais arriver, plutôt qu'une Taïwan surprise qui regrette de ne pas s'être préparée.

Signé Maxime Marquette, chroniqueur

Encadré de transparence du chroniqueur

Positionnement éditorial

Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l'observation et l'analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.

Je ne prétends pas à l'objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l'interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d'offrir une lecture critique des événements.

Méthodologie et sources

Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. La règle de méthode est constante : une information factuelle n'est publiée que si une source vérifiable la porte, et les sources effectivement utilisées par cet article sont listées sous Sources, jamais ici.

Familles de sources primaires retenues par la publication, quand le dossier en comporte : communiqués officiels des gouvernements et institutions internationales, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports d'organisations intergouvernementales, dépêches d'agences de presse internationales reconnues.

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Quand un article cite des données statistiques, économiques ou géopolitiques, elles proviennent d'institutions productrices de données (organisations intergouvernementales, banques centrales, instituts statistiques nationaux), et l'institution exacte est nommée sous Sources.

Nature de l'analyse

Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d'experts cités dans les sources consultées.

Mon rôle est d'interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l'observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). DÉCRYPTAGE : Chars dans Taïpei : l'exercice de cinq jours qui prépare l'impensable. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/decryptage-chars-dans-taipei-l-exercice-de-cinq-jours-qui-prepare-l-impensable

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