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La ChroniqueCommentaire· N° 7660

COMMENTAIRE : L'agence de Stephen Fuhr signe pour six GlobalEye et renvoie les exigences de l'ARC à plus tard

Ottawa achète un avion parce qu'il est éprouvé. Et Ottawa signe, le même jour, pour le développer.

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  1. Ottawa achète un avion parce qu'il est éprouvé. Et Ottawa signe, le même jour, pour le développer.
  2. Ottawa achète un avion parce qu'il est éprouvé.
  3. Et Ottawa signe, le même jour, pour le développer.
Transparence

Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.

Éprouvé, et à développer

Vendredi, l'entente

Ottawa achète un avion parce qu'il est éprouvé. Et Ottawa signe, le même jour, pour le développer.

Les deux phrases sont vraies. Elles sont même dans le même communiqué. C'est le paradoxe de ce vendredi. Il n'est pas caché. Il est imprimé.

Le vendredi 25 septembre 2026, l'Agence d'investissement de défense annonce une entente avec la firme suédoise Saab. L'objet : 6 appareils GlobalEye, des avions radars d'alerte avancée, avec leurs systèmes et la formation.

Le texte vante un cadre qui privilégie les solutions éprouvées, déjà sur étagère, achetées à des alliés de confiance. Puis il annonce des négociations sur un « programme de configuration et de développement » canadien.

Ceux qui voleront dedans

Au bout de ce texte, il y aura un équipage. Des aviateurs de l'Aviation royale canadienne, l'ARC, au-dessus de l'Arctique, pendant des heures.

Le souffle continu des écouteurs. Les gants posés sur une console. L'écran qui montre ce que le radar voit, et rien de plus.

Une exigence militaire, pour eux, c'est une case. L'avion la coche, ou il ne la coche pas.

Un avion éprouvé qu'il faut développer, c'est déjà une promesse.

Une entente qui n'engage à rien

Une feuille de modalités

Il faut lire le document tel qu'il est.

Le Canada et Saab ont conclu une entente de principe non contraignante, écrit l'Agence. Elle fixe la portée et la base de négociations détaillées. Elle reflète des mois de travail entre Saab, l'Agence et l'ARC.

Ce n'est pas un contrat. Ce n'est pas un engagement d'achat. Ce n'est pas un prix. Le gouvernement l'écrit lui-même.

Les négociations porteront aussi sur la participation industrielle et sur le calendrier, précise l'Agence. Les deux restent à écrire.

Le 27 mai 2026, le premier ministre Mark Carney avait désigné Saab comme fournisseur privilégié. Là non plus, précisait l'Agence, ce n'était pas un engagement d'achat.

Ni prix ni date

Le gouvernement ne donne ni calendrier ni coût final, rapporte Radio-Canada. Le dossier vaut environ 5 milliards de dollars, selon le diffuseur public.

4 mois ont passé entre la désignation et l'entente. La prochaine étape n'a pas de date.

Une entente de principe, c'est une poignée de main écrite. Elle compte. Elle ne lie personne.

Mai : un fournisseur. Septembre : une entente. Le contrat : plus tard.

On a signé l'intention. La facture attend le contrat.

Plus vite, disait-on en mai

Avancé, disponible, opérationnel

Il faut relire les mots de mai.

Le 27 mai, à Ottawa, Mark Carney décrivait le GlobalEye en trois adjectifs. Avancé. Disponible. Opérationnel. Un appareil unique en son genre, disait-il, selon Skies Mag.

Le même jour, Stephen Fuhr affirmait que ce partenariat avec la Suède montrait comment des alliances de confiance livrent une capacité de calibre mondial plus rapidement.

L'Agence, elle, annonçait des discussions dans les prochaines semaines.

Quatre mois plus tard

Quatre mois plus tard, il y a une entente qui n'engage à rien. Il n'y a ni prix, ni date. Il y a un programme de développement à négocier.

Disponible, en mai. À développer, en septembre.

Le mot plus vite n'apparaît plus dans le communiqué du 25 septembre.

Ce n'est pas un scandale. C'est une information.

Un avion disponible en mai se développe en septembre.

Six avions, une usine

Le centre de missionisation

Lisez maintenant ce que le communiqué met en avant.

Le texte parle d'emplois hautement qualifiés. Le texte parle d'intégration technologique. Le texte parle de chaîne d'approvisionnement canadienne. Le texte parle d'exportations futures de GlobalEye construits au Canada.

Un objectif clé, écrit l'Agence, est de faire du Canada un centre de missionisation et de soutien. L'avion de base est le Global 6500, fabriqué au Canada par Bombardier.

En mai, le gouvernement promettait environ 3 000 emplois pendant 15 ans, selon Radio-Canada et Skies Mag.

Le Global 6500 sert déjà l'ARC. En décembre, Ottawa en commandait six pour le transport aérien militaire, rappelle Skies Mag.

L'ordre des priorités

Éprouvé, dit Ottawa. À développer, dit l'entente.

Je suis du côté de la souveraineté que ce choix veut servir, et des équipages qui voleront ces appareils. Contre la méthode de l'Agence d'investissement de défense et du secrétaire d'État à l'approvisionnement en défense, Stephen Fuhr, dont le bureau signe le communiqué. Parce que l'entente du 25 septembre achète la retombée industrielle avant d'avoir fixé la capacité, et renvoie à un programme de développement des exigences que l'ARC a déjà vu manquer.

Ce n'est pas un verdict sur Saab. C'est un verdict sur l'ordre des choses.

L'usine est dans le texte. L'avion reste à écrire.

Les cases vides

Quatre manques relevés

Que manque-t-il, au juste ?

Les évaluations de l'ARC, selon The Defense Post, relèvent quatre lacunes. Une case vide pour la couverture radar complète. Une case vide pour le ravitaillement en vol. Une case vide pour les postes d'équipage. Une case vide pour la connectivité avec NORAD, le commandement de défense aérospatiale conjoint avec les États-Unis.

Quatre cases. Toutes dans le cœur du métier. Ce ne sont pas des détails d'ingénieur. Ce sont les fonctions de base d'un avion radar.

Choisi avant la liste

Le Canada a choisi le GlobalEye sans avoir terminé les exigences opérationnelles de l'ARC, écrivait The Defense Post le 14 septembre.

Des sources ont dit à CBC que l'avion ne remplit qu'une poignée des exigences militaires. Il aura besoin de modifications importantes.

Ottawa l'admet à sa manière. L'avion a été retenu sur des critères géopolitiques et économiques, rapporte Radio-Canada.

Les cases vides ne se remplissent pas en signant.

Construire, s'associer, acheter

Des solutions éprouvées

Le gouvernement a un nom pour sa méthode. Construire, s'associer, acheter.

Ce cadre, écrit l'Agence, privilégie l'achat de solutions éprouvées, disponibles sur étagère, auprès d'alliés de confiance. Il doit accélérer les décisions et associer l'industrie plus tôt.

L'Agence défend le GlobalEye comme un avion éprouvé, qui réduit le risque de développement, rapportait The Defense Post le 14 septembre.

Un programme de développement

Et pourtant, l'entente du 25 septembre ouvre des négociations sur un programme de développement, conçu pour répondre aux exigences du Canada.

Un avion sur étagère ne demande pas de programme de développement. Un avion qui en demande un n'est plus tout à fait sur étagère.

Le mot éprouvé décrit l'avion suédois. Il ne décrit pas encore l'avion canadien.

Le Canada veut deux choses. Acheter vite. Fabriquer ici. D'habitude, elles cohabitent. Ici, elles se contredisent.

La stratégie industrielle de défense doit équilibrer capacité, retombées économiques et développement industriel, écrit l'Agence. Équilibrer, c'est aussi choisir un ordre.

Éprouvé en Suède ne veut pas dire configuré pour le Canada.

Montréal, Toronto et les retombées

Construire, entretenir, moderniser

La promesse industrielle est réelle. Il faut la mesurer, pas la moquer.

Selon son communiqué du 27 mai, Saab promet de construire les GlobalEye canadiens avec des partenaires d'ici. Saab promet de les entretenir et de les moderniser au pays. Saab promet de transférer connaissances et technologie. Saab promet de financer de la recherche au Canada.

Carney parlait, lui, de conversion des appareils, de missionisation, d'ingénierie, de recherche, et d'une participation possible à la production de composants radar, selon Skies Mag.

Une politique de retombées

Radio-Canada évoquait en mai des retombées importantes pour Bombardier Aéronautique à Montréal. L'avion de base, le Global 6500, sort de ses chaînes.

Le gouvernement travaille avec Saab pour maximiser ces retombées par sa politique des retombées industrielles et technologiques, écrit l'Agence. Soutien en service. Formation. Fournisseurs canadiens. Exportations.

Tout cela a une valeur. Tout cela se chiffre en emplois.

Et pourtant, aucune de ces lignes ne dit ce que l'avion verra.

Les retombées ont des chiffres. La capacité n'en a pas encore.

Un radar de plus au nez

Ce que Saab propose

Saab n'a pas caché qu'on pouvait ajouter.

La firme a proposé des radars supplémentaires à l'avant et à l'arrière, et une capacité de ravitaillement en vol, rapporte The Defense Post.

Le GlobalEye combine le radar Erieye à portée étendue de Saab, d'autres capteurs et un système de commandement, selon la firme.

Son président, Micael Johansson, promettait en mai une capacité éprouvée pour l'ARC, une propriété souveraine pour le Canada et du travail qualifié pour l'industrie, selon le communiqué de Saab.

Ce que coûte un ajout

Un radar de plus, c'est de l'ingénierie. Des essais. Des certifications. Du temps.

Le prix de ces ajouts n'apparaît nulle part. Ni dans le communiqué fédéral, ni dans celui de Saab.

Qui paiera la différence entre l'avion vendu en Suède et l'avion voulu par l'ARC ?

Le document ne le dit pas.

Chaque ajout est une ligne de la facture qu'on n'a pas encore lue.

Les exigences, et le reste

La réponse de Stephen Fuhr

Le gouvernement a une réponse. Elle mérite d'être donnée entière.

Les exigences sont-elles importantes ? Bien sûr, disait Stephen Fuhr, cité par The Defense Post. Mais ce n'est pas la seule chose à considérer.

Vendredi, il ajoutait que l'approvisionnement en défense doit protéger les Canadiens tout en renforçant l'économie et la capacité industrielle du pays, selon le communiqué de l'Agence.

Le ministre de la Défense nationale, David McGuinty, parle d'un pas important et concret pour équiper l'ARC. S'engager tôt avec l'industrie, dit-il, permet de profiter de son expertise.

L'OTAN, la France, la Suède

Le communiqué rappelle aussi qui a choisi ou compte choisir le GlobalEye. 5 alliés. L'OTAN. La Suède. La France. Les Pays-Bas. Les Émirats arabes unis.

Saab revendique plus de 35 ans d'expérience dans ces systèmes, selon le même texte.

L'argument est fort. Et il ne répond pas à la question. Ces alliés achètent leur configuration. Le Canada achète une configuration qui n'existe pas encore.

Les alliés ont choisi un avion. Le Canada choisit un chantier.

Boeing et L3Harris non plus

Aucun candidat conforme

Voici ce qui dérange ma propre lecture.

Selon Ottawa, les deux concurrents américains, Boeing et L3Harris, ne répondaient pas mieux aux exigences militaires, rapportent Radio-Canada et CBC.

Un appel d'offres n'aurait donc pas livré un avion conforme sur étagère. Il aurait livré, lui aussi, un avion à modifier.

Une dépendance à réduire

Le Boeing E-7 est construit aux États-Unis, rappelle Skies Mag. Le GlobalEye repose sur un avion canadien.

Boeing a dominé pendant des décennies le marché des avions radars de l'alliance atlantique, rappelait Radio-Canada en mai.

Le Canada s'est engagé à doubler ses dépenses de défense d'ici 2030, en misant sur la fabrication nationale, pendant qu'il diversifie ses relations militaires et économiques, selon le même magazine.

C'est vrai. Et cela ne change pas ceci : un avion qu'aucun concurrent ne rend conforme doit le devenir par contrat, pas par espoir.

Choisir l'Europe ne dispense pas d'écrire la liste.

Le Cyclone, en mémoire

Un précédent canadien

Le Canada connaît ce film.

Des analystes cités par The Defense Post avertissent que la méthode expose à des retards, à des dépassements de coûts et à des lacunes opérationnelles. Ils rappellent l'hélicoptère CH-148 Cyclone, un programme devenu synonyme de problèmes.

Un avion choisi d'abord, défini ensuite. Un calendrier qui glisse. Une facture qui grossit.

Un ancien de la Défense

Un ancien haut fonctionnaire du ministère de la Défense juge que ces raccourcis minent le processus, selon The Defense Post.

L'opposition conservatrice, elle, dénonce l'absence d'appel d'offres. Son député Pierre Paul-Hus juge qu'il y a trop de politique dans une décision sur de l'équipement opérationnel, rapporte Radio-Canada. Les conservateurs demandent des vérifications au vérificateur général et au directeur parlementaire du budget.

Leur critique en matière de défense, James Bezan, demande si des considérations politiques sont passées avant la sécurité nationale, selon CBC.

Je ne prends pas leur camp. Je prends leur question : qui a écrit les exigences, et quand ?

Un programme qui commence par l'achat finit souvent par l'addition.

La prise NORAD

Brancher l'avion sur NORAD

Voici le point où le paradoxe devient vertige.

Le communiqué promet que l'avion renforcera la contribution du Canada à la modernisation de NORAD et à la défense continentale.

Or l'une des quatre cases vides relevées par l'ARC est justement la connectivité avec NORAD, selon The Defense Post.

Une clé à Washington

Selon des experts cités par CBC, intégrer pleinement l'avion à NORAD exigerait de l'équiper d'une technologie américaine de communications furtives que Washington n'a jamais partagée.

CBC parle d'un risque de nouvelle bataille politique avec Washington.

Relisez la phrase. NORAD est un commandement binational. Le Canada ne peut pas en écrire seul les règles de connexion.

Un avion choisi en partie pour réduire la dépendance envers les fournisseurs américains aurait besoin, pour parler à NORAD, d'une clé que seul Washington possède.

Et pourtant, c'est peut-être la meilleure raison de choisir l'Europe. Une dépendance qu'on voit, on peut la négocier. Une dépendance totale, on la subit.

La souveraineté se branche encore sur une prise américaine.

Au-dessus de l'Arctique

Ce que l'avion doit voir

Revenons à ceux qui voleront.

L'avion devra détecter, suivre et classer des menaces à longue portée, écrit l'Agence. Des avions. Des missiles. Des drones. Dans l'Arctique et au-delà.

Saab affirme que son système repère des menaces furtives, des drones, des missiles balistiques et hypersoniques, même dans un environnement brouillé.

Ce que dit la commandante

La commandante de l'ARC, la lieutenante-générale Jamie Speiser-Blanchet, parle d'une capacité qui renforcera nettement la détection. Elle y voit un pilier de la future force aérienne et spatiale, capable de relier plateformes, capteurs et décideurs. Elle ajoute qu'on continue d'examiner des solutions pour répondre aux besoins du Canada.

Continuer d'examiner. Le jour même où l'on signe.

Là-haut, une heure de vol ressemble à la précédente. Le même ronronnement. Le même froid qui remonte par le plancher. La même attention, qui ne doit jamais faiblir.

Un radar qui ne voit pas tout le cercle, c'est un angle mort au-dessus d'un territoire immense. Un équipage le sait avant tout le monde. Il le sent dans sa nuque, pendant des heures, en…

Un angle mort, au-dessus de l'Arctique, n'est jamais petit.

Ce qu'on peut encore écrire

Un contrat qui n'existe pas

La bonne nouvelle est dans la faiblesse du document. Il n'engage à rien.

Rien n'est donc perdu. Le contrat reste à écrire.

La feuille signée vendredi n'oblige ni Ottawa ni Saab. C'est un défaut pour qui veut aller vite. C'est une chance pour qui veut bien faire.

Quatre clauses

On peut encore exiger que la couverture radar complète figure au contrat, avec une date. On peut encore exiger le ravitaillement en vol comme condition, pas comme option. On peut encore fixer le nombre de postes d'équipage que l'ARC juge nécessaire. On peut encore négocier avec Washington l'accès à NORAD avant la signature finale. On peut encore publier le prix de chaque ajout.

Rien de tout cela ne contredit le choix de Saab. Tout cela protège le choix de Saab.

J'aime ce choix, je l'avoue. Un avion canadien, une chaîne européenne, une dépendance de moins. C'est précisément pour ça qu'il m'inquiète.

Un bon choix mal écrit coûte plus cher qu'un mauvais choix bien écrit.

Le vérificateur général jugera peut-être un jour la méthode. L'ARC, elle, jugera l'avion à chaque vol.

La retombée se négocie. La capacité se garantit.

Six appareils, quatre cases

La prochaine signature

Le 25 septembre, Ottawa a signé une intention. La prochaine signature sera un contrat.

Entre les deux, il y a quatre cases vides. Un prix inconnu. Une prise américaine.

Il y a aussi un équipage qui attend son avion, et des contribuables qui attendent la facture.

L'ARC ou l'usine

Avant la signature finale, qui doit avoir le dernier mot sur ce que cet avion devra voir, l'Aviation royale canadienne ou la politique industrielle ?

La réponse tiendra dans le contrat. Pas dans le communiqué. Les cases vides, elles, sont devenues des clauses à négocier.

Six avions éprouvés. Quatre cases encore à développer.

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). COMMENTAIRE : L'agence de Stephen Fuhr signe pour six GlobalEye et renvoie les exigences de l'ARC à plus tard. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/commentaire-l-agence-de-stephen-fuhr-signe-pour-six-globaleye-et-renvoie-les-exigences

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MM
Maxime Marquette
Chroniqueur indépendant

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