CHRONIQUE : Le dernier point du programme
Avant de cogner, je vais donner à Québec solidaire ce qui lui revient, parce que si je commence par la caricature, vous allez avoir raison de fermer la page.

- Le manifeste de juillet 2026 prévoit un plan en trois étapes : une assemblée constituante élue, une constitution soumise à référendum, puis une déclaration d'indépendance, le tout dans un seul mandat.
- Le programme précise qu'il « ne faut pas présumer de l'issue des débats », et l'assemblée reste ouverte à un statut à l'intérieur du Canada.
- Selon l'auteur, cette constituante vient de la fusion de 2006 entre des membres indépendantistes et d'autres qui refusaient d'en faire une condition d'adhésion.
- L'auteur oppose cette prudence à la motion de 2024 pour reconnaître l'État de Palestine, sans étapes ni conditions.
- Il juge la controverse du keffieh secondaire, et rappelle que la chronique attribue à Ghazal et à Massé des positions qu'il commente sans les partager.
Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.
Commençons par ce qui est vrai de leur bord
Ils l'ont écrit, pis ils l'ont dit
Avant de cogner, je vais donner à Québec solidaire ce qui lui revient, parce que si je commence par la caricature, vous allez avoir raison de fermer la page.
Le 3 juillet 2026, le parti a dévoilé un manifeste d'une vingtaine de pages intitulé Nouveau Québec libre. Le 24 septembre, en pleine campagne, Ruba Ghazal l'a repris comme engagement : « le Québec doit être souverain », « nous devons nous reprendre en main et être pleinement maîtres de notre avenir ». Le plan est en trois étapes. Une assemblée constituante élue au suffrage universel, coconstruite avec les Premières Nations et les Inuit. Une constitution soumise à référendum, avec un portrait financier du Québec indépendant produit par le ministère des Finances. Une déclaration d'indépendance au lendemain d'un référendum gagnant. Le tout à compléter dans un seul mandat de quatre ans.
Ça, c'est pas ambigu. Celui qui dit que QS n'est pas indépendantiste n'a pas lu le document.
Fac le problème est pas là. Le problème, c'est la clause qui vient juste après.
La phrase de huit mots
Dans le programme du parti, il y a une phrase que Denis Monière a relevée dans L'Action nationale et qui change tout : « il ne faut pas présumer de l'issue des débats ». La promotion de l'option indépendantiste est confiée au parti, pas au gouvernement. L'assemblée constituante est ouverte à toutes les options, y compris un statut à l'intérieur du Canada.
Monière ressort là-dessus la vieille formule d'Amir Khadir : « L'indépendance si nécessaire, mais pas nécessairement l'indépendance ». C'est du Mackenzie King retourné contre la gauche, pis ça fait mal parce que c'est juste.
T'as un parti qui s'engage à tenir le processus, pas à gagner.
D'où ça vient, cette affaire-là
2006, pis ce que la fusion a coûté
Pour comprendre la constituante, faut remonter à la fondation. L'Union des forces progressistes, en 2002, c'était clairement indépendantiste. Option citoyenne, le mouvement que Françoise David lance en 2004 en sortant de la Fédération des femmes du Québec, c'était féministe et social d'abord, et sa position sur la question nationale restait volontairement ouverte.
En février 2006, les deux fusionnent. Québec solidaire est né de ça. Et quand tu colles ensemble un parti pour qui l'indépendance est l'article premier et un mouvement qui refuse d'en faire une condition d'adhésion, il faut un mécanisme qui permette aux deux de signer sans qu'un des deux capitule.
Ce mécanisme, c'est l'assemblée constituante.
Ce qu'on nous présente comme une stratégie d'accession, c'est d'abord un traité de paix interne.
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Pourquoi ils peuvent pas la lâcher
Et c'est exactement pour ça que vingt ans plus tard, elle est encore là. L'abandonner, c'est choisir un des deux côtés de sa propre naissance.
Regardez la chicane de 2023. Christine Labrie qualifie la constituante d'« échappatoire » pour éviter de définir sa vision d'un Québec indépendant. Manon Massé la recadre sèchement : « L'opinion de Christine, c'est l'opinion de Christine. » Pis Massé défend la démarche avec l'argument le plus honnête que j'ai entendu de leur bord : « J'ai l'âge d'avoir perdu deux référendums et il n'est pas question que j'en perde un troisième. »
Je respecte cette phrase-là. 1980 pis 1995, ça a laissé des marques sur une génération complète. Mais il y a une différence entre ne pas vouloir perdre et ne pas vouloir jouer.
Un boxeur qui refuse de remonter dans le ring parce qu'il a déjà perdu deux fois, on comprend. Mais on arrête de l'annoncer comme le prochain champion.
Là où ça devient indéfendable
Deux peuples, deux mécaniques
Et c'est ici que je veux être très précis, parce que l'argument facile circule partout et il est mauvais.
Le 29 mai 2024, Québec solidaire dépose à l'Assemblée nationale une motion demandant au gouvernement du Québec de reconnaître officiellement l'État de Palestine. La CAQ et le PLQ refusent de l'appuyer. En septembre 2025, Ghazal annonce qu'elle va en redéposer une. Dans l'argumentaire du parti, on invoque « le droit inaliénable des peuples à disposer d'eux-mêmes ».
Aucune assemblée constituante. Aucun référendum sur un projet de constitution. Aucun portrait financier préalable. Aucune clause disant qu'il ne faut pas présumer de l'issue des débats. La reconnaissance, tout de suite, sans condition.
Pour le Québec : un processus en trois étapes dont l'issue ne doit pas être présumée.
Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes est inaliénable à six mille kilomètres. Icitte, il est procédural.
Ce que ça dit, pis ce que ça dit pas
Soyons rigoureux sur ce que cette asymétrie démontre et sur ce qu'elle démontre pas.
Elle démontre pas que QS aime la Palestine plus que le Québec. Les situations sont pas comparables : on a besoin d'une démarche constitutionnelle pour sortir d'une fédération, pas pour mettre fin à une occupation militaire. Les moyens diffèrent parce que les obstacles diffèrent. L'objection est sérieuse et il faut la prendre.
Mais voici ce qu'elle démontre quand même, et c'est suffisant. QS est maximaliste sur la souveraineté qu'il n'aura jamais à livrer, et prudent sur celle dont il serait comptable. C'est facile de demander la reconnaissance inconditionnelle d'un État quand ça ne te coûte pas un siège et que tu n'auras jamais à négocier le partage de la dette, la monnaie et les frontières. C'est quand la souveraineté devient ta responsabilité administrative que tu découvres soudainement les vertus de la consultation.
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La clarté est gratuite quand elle porte sur le pays des autres.
Le keffieh, pis pourquoi c'est la mauvaise chicane
Les faits, parce que personne les vérifie
Le mardi 20 octobre 2026, à l'assermentation des députés solidaires, Ghazal brandit un keffieh. Une pétition lancée par Éric Béland réclamant sa démission approche les 70 000 signatures le jeudi. Béland se dit « profondément préoccupé » et juge le geste « inapproprié et hors de propos pour une cérémonie officielle ». Ghazal refuse de démissionner, explique que le foulard était porté par ses arrière-grands-pères avant 1948, le compare à la ceinture fléchée, et parle d'un « message d'amour au Québec ».
Maintenant le détail que les 70 000 signataires ignorent probablement. Le keffieh n'était pas à elle. Il était sur les épaules de Manon Massé. Le chroniqueur du Soleil a regardé la séquence : Ghazal « tirait du cou de l'ex-députée Manon Massé le keffieh qu'elle arborait », après avoir quitté le micro.
La personne qui portait le keffieh à l'Assemblée nationale ce jour-là, c'était une Québécoise de Windsor, en Estrie.
Massé, pis quinze ans de continuité
Et Massé, c'est pas une convertie de la dernière heure. En 2011, elle était sur le Canadian Boat for Gaza, la Freedom Flotilla II, comme représentante de Québec solidaire. Quinze ans avant le 7 octobre 2023. En avril 2019, elle témoignait devant la Cour suprême d'Espagne comme observatrice internationale du référendum catalan de 2017. Députée de Sainte-Marie–Saint-Jacques de 2014 jusqu'au 27 août 2026, co-porte-parole de 2017 à 2023, candidate de son parti au poste de première ministre en 2018.
Fac l'histoire du « immigrante qui préfère son pays d'origine », elle tient pas trente secondes. Le keffieh était sur une militante québécoise qui le porte depuis plus longtemps que ça n'est à la mode.
Et c'est précisément pour ça que je trouve cette chicane-là nuisible. Pendant qu'on signe des pétitions sur un foulard, personne ne demande à Québec solidaire d'expliquer pourquoi le droit inaliénable des peuples s'applique sans condition à Ramallah et par étapes à Québec. La première question se répond en une conférence de presse émotive. La deuxième, il n'y a pas de réponse.
On leur a offert une controverse qu'ils pouvaient gagner, pis ils l'ont gagnée.
Ce qui a changé, parce qu'il faut le dire
La faction dure a fini par avoir le crayon
Je serais malhonnête de prétendre que rien n'a bougé. En 2017, Option nationale, le parti fondé par Jean-Martin Aussant, a voté sa fusion dans Québec solidaire. Son dernier chef s'appelait Sol Zanetti. Il a été élu dans Jean-Lesage en 2018.
Et devinez qui a piloté le manifeste de juillet 2026. Zanetti. C'est lui qui écrit l'engagement de compléter la démarche en un seul mandat. C'est lui qui attaque le Parti québécois en jugeant « très risquée » l'idée d'un référendum sur une constitution provisoire. C'est lui qui pose le partenariat « d'égal à égal » avec les Premiers Peuples comme condition.
Autrement dit : l'aile qui reprochait à QS de mettre l'indépendance au bas du programme est maintenant celle qui écrit le programme constitutionnel. Celui qui veut cogner sur QS en 2026 doit expliquer ça, sinon il cogne sur le QS de 2010.
Le durcissement est réel. Reste à voir s'il est sincère ou s'il est décoratif.
Le test, pis il est mesurable
Voici comment on va le savoir, et ça demande pas d'opinion. Juste un chronomètre.
Le 24 septembre 2026, QS annonce son plan d'indépendance en trois étapes. Le titre qui sort de cette journée-là dans la presse : Ruba Ghazal présente QS comme le rempart à l'austérité. Le communiqué parlait du pays. La couverture a parlé du budget.
Deux lectures sont possibles, et je ne tranche pas parce que je n'ai pas le verbatim complet du point de presse. Soit l'indépendance n'était pas en tête dans sa bouche ce jour-là, soit elle y était et la salle de presse a pris l'autre morceau. Si c'est la deuxième, QS a une plainte légitime à formuler.
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Mais il y a un chiffre qui, lui, ne se discute pas. Au moment où le parti lançait sa campagne Nouveau Québec pour recruter les jeunes, les sondages indiquaient qu'environ un tiers des électeurs de Québec solidaire voteraient oui à un référendum. La même proportion que dans la population générale.
Un parti indépendantiste dont les propres partisans ne sont pas plus indépendantistes que le voisin, ça s'appelle un problème de produit, pas de marketing.
Neuf
Le chiffre qui règle le débat
Le 5 octobre 2026, Québec solidaire a fait élire neuf députés. Onze en 2022. Ghazal réélue dans Mercier, Zanetti dans Jean-Lesage. Son commentaire du soir : « Québec solidaire n'a pas dit son dernier mot. »
Fac on a un parti à neuf sièges qui promet de faire l'indépendance du Québec en un seul mandat, par une assemblée constituante élue au suffrage universel dont il jure qu'il ne faut pas présumer de l'issue.
En décembre, d'anciens membres d'Option nationale avaient publié une lettre ouverte appelant leurs ex-collègues à quitter le parti. Mathieu Lebel, signataire, résumait l'affaire mieux que moi : « C'est bien beau les belles paroles, mais ce sont les actions qui définissent les partis politiques. »
On jugera. Mais pour juger des actions, il faut d'abord être au pouvoir, pis pour être au pouvoir il faut plus que neuf sièges et un manifeste.
Ce que je leur demande, pis c'est pas méchant
Je vais finir sur une question honnête plutôt que sur un coup de pied, parce que la gauche indépendantiste n'est pas mon ennemie.
Vous avez raison sur l'austérité. Vous avez raison sur les Premières Nations, et le manifeste de juillet est le texte le plus sérieux écrit là-dessus par un parti souverainiste. Vous avez raison que le pays doit se construire avec les nouveaux arrivants et pas contre eux.
Mais si le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes est inaliénable, pourquoi le nôtre a-t-il besoin d'un processus dont il ne faut pas présumer de l'issue ? Pourquoi est-ce qu'on a droit à la procédure pendant que les autres ont droit au principe ?
Répondez à celle-là, pis je laisse le foulard tranquille pour de bon. Mais est-ce que quelqu'un va la poser ?
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l'observation et l'analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l'objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l'interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d'offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. La règle de méthode est constante : une information factuelle n'est publiée que si une source vérifiable la porte, et les sources effectivement utilisées par cet article sont listées sous Sources, jamais ici.
Familles de sources primaires retenues par la publication, quand le dossier en comporte : communiqués officiels des gouvernements et institutions internationales, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports d'organisations intergouvernementales, dépêches d'agences de presse internationales reconnues.
Familles de sources secondaires : publications spécialisées, médias d'information reconnus internationalement, analyses d'institutions de recherche établies, rapports d'organisations sectorielles.
Quand un article cite des données statistiques, économiques ou géopolitiques, elles proviennent d'institutions productrices de données (organisations intergouvernementales, banques centrales, instituts statistiques nationaux), et l'institution exacte est nommée sous Sources.
Nature de l'analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d'experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d'interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l'observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
Cet article décrit un état documenté à sa date de publication, et non une prédiction : une évolution ultérieure peut en déplacer les perspectives. Aucune mise à jour n'est promise d'avance; lorsqu'un article est corrigé ou complété, la modification est datée dans le texte.
Sources :
- Québec solidaire, « Québec solidaire propose de rassembler pour une indépendance inclusive, ouverte et progressiste », communiqué, 24 septembre 2026
- Stéphane Blais, La Presse Canadienne, « Québec solidaire promet une indépendance inclusive en trois étapes », 24 septembre 2026
- La Presse Canadienne, « Québec solidaire dévoile sa vision inclusive de l'indépendance dans un manifeste », 3 juillet 2026
- Radio-Canada, « La souveraineté dans un premier mandat solidaire »
- Radio-Canada, « Nouveau Québec : QS lance une campagne pour l'indépendance »
- Noovo Info, « Pas question que je perde un 3e référendum, dit Manon Massé », 31 octobre 2023
- Denis Monière, « Québec solidaire et l'indépendance du Québec », L'Action nationale
- Québec solidaire, « Québec solidaire souhaite que le Québec reconnaisse la Palestine », communiqué, 23 septembre 2025, incluant le texte de la motion du 29 mai 2024
- Le Soleil, « Keffiehs, bon pour 320 points au Scrabble », 22 octobre 2026
- Noovo Info, « Keffieh à l'Assemblée nationale : des dizaines de milliers de signatures pour la démission de Ruba Ghazal », 22 octobre 2026
- Le Devoir, « Une pétition en soutien à Ruba Ghazal cumule plus de 36 000 signatures »
- Noovo Info, « Les résultats de Ruba Ghazal et de QS », 5 octobre 2026
- Global News, « Québec solidaire votes to merge with Option nationale ahead of 2018 election », 2017
- Wikipédia, Manon Massé, pour le parcours parlementaire, la Flottille de la liberté de 2011 et le témoignage sur le référendum catalan
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Citer cet article
Maxime Marquette (2026). CHRONIQUE : Le dernier point du programme. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/chronique-le-dernier-point-du-programme
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