BILLET : Vingt dollars dans une casquette, une « deuxième chance » signée Fréchette
Il faut lire la phrase deux fois : moins de 20 $. C'est le chiffre que Louis-Charles Thouin a choisi lui-même. Dans une déclaration écrite, rapportée par La Presse le 17 septembre, il décrit ainsi les prix qu'il a fait tirer : de peu de valeur, moins de 20 $.
- Il faut lire la phrase deux fois : moins de 20 $. C'est le chiffre que Louis-Charles Thouin a choisi lui-même. Dans une déclaration écrite, rapportée par La Presse le 17 septembre, il décrit ainsi les prix qu'il a fait tirer : de peu de valeur, moins de 20 $.
- Il faut lire la phrase deux fois : moins de 20 $.
- C'est le chiffre que Louis-Charles Thouin a choisi lui-même.
Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.
Moins de vingt dollars
Une phrase écrite
Il faut lire la phrase deux fois : moins de 20 $.
C'est le chiffre que Louis-Charles Thouin a choisi lui-même. Dans une déclaration écrite, rapportée par La Presse le 17 septembre, il décrit ainsi les prix qu'il a fait tirer : de peu de valeur, moins de 20 $.
Le chiffre est petit. C'est tout son intérêt.
Moins de 20 $ par gagnant. Combien de gagnants, il ne le dit pas.
Un petit chiffre rassure. On se dit que ce n'est rien. Qu'on ne va pas faire une affaire d'État avec un billet vert.
Et pourtant, ce chiffre-là est le problème entier.
Le boulier
Un bingo, tout le monde sait comment ça sonne.
Le cliquetis des boules dans la cage. La voix qui annonce la lettre et le numéro. Le crayon-feutre qui tamponne la carte. Le silence juste avant qu'on crie.
On connaît les tables pliantes. On connaît le café dans les verres de carton. On connaît les habitués, qui gardent la même place depuis des années.
C'est un des rares endroits où l'on vient pour le plaisir d'être ensemble, et pour un petit lot.
Pour un candidat, c'est autre chose. Une salle pleine d'électeurs assis. Des heures. Un micro.
Un petit lot, justement. Tout commence là.
La casquette
Aux couleurs de la CAQ
Le 17 septembre, le Journal de Québec révèle l'affaire, confirmée ensuite par La Presse. Radio-Canada la résume le 25.
Louis-Charles Thouin, député sortant de Rousseau et candidat de la Coalition avenir Québec, glissait des billets de 20 $ et de 10 $ dans des casquettes et des chandails à son effigie.
Il les faisait ensuite tirer comme prix de présence, lors de bingos organisés par des organismes communautaires de sa circonscription.
Des cadeaux aux couleurs du parti, précise La Presse. Avec de l'argent comptant dedans.
Thouin n'est pas un débutant. Élu dans Rousseau en 2018, réélu en 2022, rappelle sa fiche à l'Assemblée nationale. Il était adjoint parlementaire de la première ministre.
Le 8 septembre
Selon La Presse Canadienne, reprise par Noovo, l'un de ces bingos a eu lieu le 8 septembre. Les gagnants étaient des aînés.
La campagne était alors ouverte. Selon sa fiche à l'Assemblée nationale, les fonctions du député ont pris fin le 27 août, à la dissolution.
Une casquette, donc. Un objet de campagne, avec un visage de candidat dessus.
Et, à l'intérieur, un billet.
Un objet qu'on porte sur la tête. Un objet qui dit un nom. Et de l'argent.
Une casquette de campagne ne cache pas un billet par hasard.
Lévis, un jeudi
Une grave erreur de jugement
Jeudi 17 septembre, à Lévis, Christine Fréchette arrive à un cocktail militant. Elle est cheffe de la CAQ et première ministre. Thouin était son adjoint parlementaire jusqu'à la dissolution.
Elle parle d'une « grave erreur de jugement ». Elle promet de s'assurer que rien de tel ne se reproduise.
Puis elle ajoute qu'il n'y avait pas de mauvaises intentions derrière ça. Et que Thouin a sa confiance.
Une deuxième chance
Le lendemain, selon La Presse Canadienne, elle se dit prête à lui donner une deuxième chance. Sa confiance a été ébranlée, reconnaît-elle.
Il reste candidat dans Rousseau.
Elle ne l'écarte pas. Elle ne le suspend pas. Elle le garde.
Elle en avait le pouvoir politique. Elle ne l'a pas exercé.
Une cheffe peut pardonner. Une cheffe peut aussi trancher. Le 17, elle a pardonné.
Certains caquistes auraient voulu qu'elle l'évince, rapporte Radio-Canada, quitte à ne présenter personne dans cette circonscription de Lanaudière.
Je suis du côté des électeurs de Rousseau et des organismes qui ont prêté leurs bingos. Je suis contre la décision de Christine Fréchette, prise le 17 septembre, de garder ce candidat. Parce que la loi électorale n'excepte que la nourriture et les boissons, et que les prix contenaient de l'argent.
La loi ne connaît pas « moins de 20 $ ».
Une erreur grave, et une confiance intacte. Les deux le même soir.
Article 558
Ce que la loi interdit
La Loi électorale du Québec a un article pour ça. L'article 558.
Il punit la personne qui, en vue d'influencer le vote d'un électeur, l'incite à voter pour un candidat en lui accordant quelque don, prêt, emploi ou autre avantage.
L'amende va de 5 000 $ à 20 000 $ pour une première infraction.
La loi range cette infraction parmi les manœuvres électorales frauduleuses. Une personne déclarée coupable perd pour cinq ans le droit de voter et d'être candidate. Et si elle est députée, son élection est annulée.
Ce que la loi excepte
L'article prévoit ses exceptions. Il n'y en a que pour la nourriture et les boissons, servies à une assemblée d'électeurs ou à des bénévoles.
Elle n'excepte pas les petites sommes. Elle n'excepte pas les casquettes. Elle n'excepte pas le hasard d'un tirage. Elle n'excepte pas les bingos. Elle n'excepte pas la bonne foi.
Elle ne juge qu'une chose : l'intention d'influencer un vote.
Le texte ne parle pas de montant. Il parle d'avantage.
Je ne suis pas juge. Je lis un texte de loi, et je le lis en entier.
Cette intention, je ne la connais pas. Personne n'est accusé. Aucune poursuite n'est publique. Le directeur général des élections peut en intenter une. Pour cet article, la loi lui laisse 10 ans.
Un sandwich, oui. Un billet, la loi ne l'a pas prévu.
Ses propres mots
Trois bingos
Le plus étonnant, ce n'est pas le geste. C'est la phrase qui l'explique.
« Dans le cadre de mes activités électorales », écrit Thouin, cité par La Presse. Il a fait tirer des prix de présence lors de trois bingos organisés par des organismes communautaires.
Les prix, ajoute-t-il, ont été offerts gracieusement par sa campagne.
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Par sa campagne. Dans le cadre de ses activités électorales.
Il ne dit pas combien de casquettes. Il ne dit pas combien de billets. Il ne dit pas le total.
Le hasard et la valeur
Sa défense tient en deux arguments. Les gagnants ont été désignés par le hasard. Les prix valaient peu.
Le hasard désigne qui reçoit. Il ne dit rien de pourquoi on donne.
La valeur, elle, n'est pas le critère de la loi. L'article 558 ne fixe aucun montant.
Et la phrase de Thouin règle d'elle-même une question que personne n'avait besoin de lui poser. Ce n'était pas un geste de député. C'était un geste de campagne.
Il a écrit « électorales ». Le reste en découle.
Pas une once de malice
Une erreur de bonne volonté
La meilleure défense de Thouin existe. Elle mérite d'être dite entière.
Un collègue caquiste la formule à Radio-Canada. Thouin n'a pas une once de malice. C'est une erreur de bonne volonté. Des fois, ça va vite en campagne.
Fréchette dit la même chose autrement : pas de mauvaises intentions.
Une erreur de bonne volonté, répétée à trois bingos, ressemble pourtant à une méthode.
Et la CAQ, dans sa déclaration écrite, promet de tout comptabiliser. Le coût des cadeaux et les petites sommes glissées dedans seront inscrits comme dépenses électorales. Rien de caché, dit-elle en somme.
Ce que le geste montre
Et pourtant, cette défense se retourne contre elle-même.
Si le geste était innocent, pourquoi promettre qu'il ne se reproduira pas ?
Si l'argent est une dépense électorale, c'est qu'il servait l'élection. Une dépense électorale, selon l'article 402, est le coût d'un bien utilisé pendant la période électorale pour favoriser un candidat.
La bonne foi n'efface pas la définition.
Une responsable de bingo, citée par le Journal de Québec selon le site EnDroit, dit avoir eu l'impression qu'il tentait d'acheter les votes des aînés. C'est son impression. Elle pèse ce que pèse un témoignage. Pas plus. Pas moins.
Pas de malice, peut-être. Mais une dépense électorale, par sa propre parole.
Au rapport de dépenses
Cent vingt jours
Voici où l'affaire devient comptable.
Le vote a lieu le 5 octobre, annonce Élections Québec.
L'article 432 donne ensuite à l'agent officiel de chaque candidat 120 jours après le scrutin pour remettre au directeur général des élections le rapport de toutes ses dépenses électorales, avec les factures et les reçus.
Cent vingt jours. Début février 2027.
D'ici là, personne ne connaît le total de ces billets. Thouin ne l'a pas publié. La CAQ non plus.
La casquette de Rousseau y deviendra une ligne. Un coût unitaire. Un total.
Le plafond de ces dépenses se calcule selon le nombre d'électeurs inscrits : 0,95 $ par électeur pour les élections générales de 2026, selon Élections Québec. Chaque billet glissé dans une casquette entre dans ce plafond.
La moitié remboursée
Et il y a ce que dit Élections Québec sur son propre site.
Après vérification du rapport, un remboursement partiel est accordé aux candidats élus ou qui ont obtenu au moins 15 % des votes valides. Au provincial, le taux est de 50 %.
Une dépense électorale inscrite et acceptée est donc remboursée à moitié, avec des fonds publics, au candidat qui remplit ces conditions.
Si les billets de bingo passent la vérification comme dépenses électorales, la moitié pourrait nous revenir. Si la vérification les écarte, la question sera ailleurs.
Élections Québec en publie ensuite un sommaire. C'est une garantie. Une garantie tardive.
Dans les deux cas, on le saura après le vote.
La casquette finit en ligne comptable, cent vingt jours trop tard.
Cinquante pour cent
Dix dollars sur vingt
Regardons ce chiffre en face.
Cinquante pour cent.
Une campagne glisse un billet de 20 $ dans une casquette. Elle l'inscrit comme dépense. Et le public, dans le meilleur des cas pour elle, en rembourserait dix.
Le miroir, c'est ça. Accepter qu'un billet de bingo soit une dépense comme une affiche.
Ce n'est pas un calcul que j'invente. C'est la mécanique ordinaire, appliquée à un objet qui ne devrait pas s'y trouver.
Rousseau, les organismes, le trésor
Les électeurs de Rousseau paient d'abord. Ils reçoivent un cadeau qui porte un visage, dans une salle où ils venaient jouer.
Les organismes paient ensuite. Leurs bingos, bâtis pour rompre la solitude, deviennent le décor d'une affaire.
Les contribuables paieraient peut-être à la fin. Sur un rapport que presque personne ne lira.
Et pourtant, la décision de garder le candidat a été prise sans que ce rapport existe encore.
On rembourse la dépense. On ne rembourse pas la confiance.
Une journée de campagne perdue
Une dizaine de caquistes
Le malaise ne vient pas que de l'extérieur.
Radio-Canada a parlé à une dizaine de députés sortants et de candidats de la CAQ. La vaste majorité se disent fâchés, déçus, gênés, ou loin d'être impressionnés, sans se nommer.
Un candidat dit ne même pas comprendre que Thouin soit encore là. Un candidat dit que ça a nui, deux jours à parler de ça plutôt que des propositions. Un candidat dit que ça a gâché une journée de campagne.
Une candidate résume : les billets d'argent en politique, c'est comme banni.
Une journée perdue, dans une campagne d'une quarantaine de jours, ce n'est pas rien.
Des réserves avant
D'autres se rallient. C'était très irresponsable, dit une candidate, mais je fais confiance à notre cheffe.
Selon une source dans l'organisation de la CAQ, citée par Radio-Canada, des députés sortants avaient exprimé des réserves avant même la campagne. Thouin songeait d'abord à ne pas se représenter. Il aurait changé d'idée quand Fréchette est devenue cheffe.
Ce sont des sources anonymes. Je les rapporte comme telles.
Le malaise parle bas. La décision, elle, parle haut.
Ghazal, Milliard, Duhaime
Les autres chefs
Les adversaires ont tiré. C'est leur rôle.
Selon La Presse Canadienne, Ruba Ghazal, de Québec solidaire, juge insensé qu'on donne ainsi de l'argent à la population en 2026.
Le chef libéral, Charles Milliard, parle de gestes inacceptables. Il ironise sur une casquette avec 20 $ dedans.
Éric Duhaime, du Parti conservateur, invite Fréchette à faire preuve d'humilité.
Une signataire, pas trois
Je ne prends le parti d'aucun d'eux.
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Chacun a intérêt à ce que l'affaire dure jusqu'au 5 octobre.
Ce qui compte n'est pas leur colère. C'est la décision. Et la décision a une signataire.
Elle ne s'appelle ni Ghazal, ni Milliard, ni Duhaime.
La colère des rivaux ne remplace pas la décision d'une cheffe.
Les cocktails de 2024
Une première enquête
Ce n'est pas la première fois que le nom de Thouin croise l'argent de la politique.
En 2024, rappelle Radio-Canada, la commissaire à l'éthique a enquêté sur l'affaire des cocktails à 100 $. Le député avait invité des élus municipaux de sa circonscription à une activité de financement de la CAQ. En échange de dons, précisait l'invitation, ils pourraient discuter avec la ministre des Transports de l'époque, Geneviève Guilbault.
Blanchi par Ariane Mignolet
Au terme de son enquête, la commissaire, Ariane Mignolet, l'a blanchi.
Il faut l'écrire clairement. Blanchi veut dire blanchi. On ne rejuge pas 2024 en 2026.
Mais on peut noter une constante. Deux fois, le même député au même carrefour : l'électeur d'un côté, l'argent de l'autre.
L'invitation de 2024 promettait l'accès à une ministre. La casquette de 2026 contenait un billet. Ce n'est pas la même chose. Le réflexe se ressemble.
La première fois, une commissaire a tranché. La seconde, une cheffe.
La commissaire a jugé 2024. Pour 2026, c'est une cheffe.
Des sommes petites, une affaire ouverte
Dix dollars, vingt dollars
Il faut aussi dire ce qui dérange ma propre colère.
Les sommes sont petites. Dix dollars, vingt dollars. Personne ne s'enrichit.
La CAQ n'a pas nié. Elle a promis d'inscrire les montants au rapport de dépenses, là où Élections Québec pourra les voir.
Personne n'est accusé. Et la seule enquête passée l'a blanchi.
Ce qui reste ouvert
On peut trouver la sévérité excessive pour quelques billets. Je comprends l'argument. Je ne le partage pas. La loi ne pèse pas le billet. Elle pèse le geste.
Tout cela est vrai. Rien de cela ne répond à la question posée par la loi : l'intention.
Le directeur général des élections peut intenter une poursuite. Ses enquêtes, rappelle le site EnDroit, restent confidentielles.
D'ici le 5 octobre, le seul contrôle qui compte est donc celui des électeurs. Après, ce sera celui des comptables.
Petites sommes, grande question, et personne pour y répondre avant le vote.
Rousseau vote le 5 octobre
Deux contrôles
Il existe deux contrôles, et un seul arrive à temps.
Le premier, c'est le bulletin. Les électeurs de Rousseau le tiennent le 5 octobre.
Le second, c'est le rapport de dépenses. Il arrive cent vingt jours plus tard, quand le député est élu ou battu depuis longtemps.
Le seul qui arrive à temps
Les électeurs de Rousseau n'ont rien demandé. Les électeurs de Rousseau n'ont pas choisi les bingos comme terrain. Les électeurs de Rousseau devront pourtant trancher ce que leur cheffe a refusé de trancher.
La décision de Fréchette a une conséquence précise. Elle a transféré le jugement de la cheffe vers les électeurs.
Ils n'auront, d'ici là, ni le total des billets, ni la liste des bingos, ni l'avis d'Élections Québec.
C'est leur droit. Ce n'était pas leur travail.
La cheffe a délégué son jugement aux joueurs de bingo.
La casquette au rapport
Ce qui restera
Il restera une casquette.
Le billet a été dépensé depuis longtemps. Le visage, lui, reste dessus.
Elle entrera en février dans un rapport de dépenses, avec un coût, une date, une facture.
La prochaine fois qu'un candidat viendra saluer une salle de bingo, les joueurs regarderont sa casquette avant leur carte.
Et quelqu'un demandera ce qu'il y a dedans.
Le prix d'un vote de bingo
Qui doit trancher le cas d'une casquette garnie d'un billet : la cheffe qui garde son candidat, ou les électeurs de Rousseau ?
Le boulier tournera encore la semaine prochaine, dans les salles communautaires.
Les lots, cette fois, seront peut-être des lots.
Vingt dollars par casquette, et une chance de trop.
Sources :
Sources Primaires :
- LégisQuébec — Loi électorale, articles 402, 432, 558, 567, 568 et 569, consultée le 25 septembre 2026
- Élections Québec — description des dépenses électorales et remboursement, consultée le 25 septembre 2026
- Assemblée nationale — fiche du député Louis-Charles Thouin, consultée le 25 septembre 2026
Sources Secondaires :
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Citer cet article
Maxime Marquette (2026). BILLET : Vingt dollars dans une casquette, une « deuxième chance » signée Fréchette. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/billet-vingt-dollars-dans-une-casquette-une-deuxieme-chance-signee-frechette
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