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La ChroniquePortrait· N° 870

TÉMOIGNAGE : Zelensky contre Loukachenko — une semaine pour éteindre les relais de la mort

Le 19 juin 2026, Volodymyr Zelensky s'est levé devant des journalistes et a prononcé des mots simples, directs, qui ont résonné comme une déclaration de guerre indirecte à Alexandre Loukachenko : "Je pense qu'une semaine lui suffit. S'il ne le fait pas, nous le ferons." Une semaine pour que la Biélorussie démantèle les stations relais utilisées par la Russie pour guider ses dro

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  1. Le 19 juin 2026, Volodymyr Zelensky s'est levé devant des journalistes et a prononcé des mots simples, directs, qui ont résonné comme une déclaration de guerre indirecte à Alexandre Loukachenko : "Je pense qu'une semaine lui suffit. S'il ne le fait pas, nous le ferons." Une semaine pour que la Biélorussie démantèle les stations relais utilisées par la Russie pour guider ses dro
  2. TÉMOIGNAGE : Zelensky contre Loukachenko — une semaine pour éteindre les relais de la mort
  3. Introduction : Quand Minsk devient complice des drones qui tuent des civils ukrainiens
Transparence

Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.

TÉMOIGNAGE : Zelensky contre Loukachenko — une semaine pour éteindre les relais de la mort

Introduction : Quand Minsk devient complice des drones qui tuent des civils ukrainiens

L'ultimatum qui a changé la donne

Le 19 juin 2026, Volodymyr Zelensky s'est levé devant des journalistes et a prononcé des mots simples, directs, qui ont résonné comme une déclaration de guerre indirecte à Alexandre Loukachenko : "Je pense qu'une semaine lui suffit. S'il ne le fait pas, nous le ferons." Une semaine pour que la Biélorussie démantèle les stations relais utilisées par la Russie pour guider ses drones Shahed sur les civils ukrainiens. Sept jours pour qu'un dictateur prouve que ses protestations de neutralité sont autre chose que du vent.

Ce n'était pas un discours de tribune internationale. C'était une mise en demeure opérationnelle, adossée à des renseignements précis, à des cartes, à des données d'interception. Kyiv savait exactement où se trouvaient ces installations — sur les tours de communication des oblasts de Homiel et de Brest, le long de la frontière ukraino-biélorusse. Et si Minsk ne les démontait pas, Kyiv était prêt à le faire lui-même.

Des antennes sur des immeubles de cinq étages — la réalité technique des relais

Ce qu'on appelle "stations relais" ou "rétransmetteurs" est du matériel relativement simple mais d'une efficacité redoutable. Un drone Shahed qui parcourt des centaines de kilomètres doit maintenir une connexion avec ses opérateurs russes. La courbure de la Terre rend cette connexion directe impossible au-delà d'un certain rayon. Les antennes installées sur les tours de communication biélorusses — et même, selon Zelensky, sur des toits d'immeubles résidentiels ordinaires de cinq étages — servent de relais pour amplifier et retransmettre ce signal.

C'est Serhii Beskrestnov, conseiller du ministère de la Défense ukrainien, qui a expliqué le mécanisme avec précision : "Ces nœuds sont généralement une tour d'opérateur mobile ou une autre structure de 70-80 mètres, équipée de puissantes antennes dirigées vers l'Ukraine." Grâce à eux, les Shahed qui frappent Kyiv, Rivne ou Volyn — régions difficiles à atteindre depuis le territoire russe seul — reçoivent leurs corrections de cap en temps réel. Sans ces relais, de nombreuses frappes sur les régions nord et ouest de l'Ukraine n'auraient simplement pas été possibles.

Comment les hackers ukrainiens ont mis à jour le réseau

L'opération InformNapalm : espionner les espions

L'histoire de la découverte du réseau de relais biélorusses est elle-même remarquable. En janvier 2026, des renseignements commencent à filtrer sur l'utilisation par la Russie d'infrastructures biélorusses pour contrôler ses drones. C'est la communauté de renseignement internationale InformNapalm, en collaboration avec le centre de cyber-analyse Fenix, qui confirme et documente le réseau en piratant les comptes de personnels militaires russes.

Les hackers ukrainiens n'ont pas pris le contrôle des drones — ils les ont observés. Pendant des mois, une surveillance clandestine round-the-clock a permis de cartographier le réseau, d'identifier les positions des relais, de comprendre les routes de vol et les systèmes de commandement. Ces données ont été transmises en temps réel aux défenses ukrainiennes, améliorant significativement le taux d'interception. Et au 23 février 2026, Zelensky pouvait déjà annoncer que trois ou quatre de ces stations "n'existaient plus".

L'escalade de mars 2026 : Moscou planifie l'expansion du réseau

Mais la Russie s'adapte. En mars 2026, Zelensky révèle, après un briefing de Oleh Ivashchenko, directeur du renseignement militaire ukrainien, que Moscou planifie l'installation de nouvelles stations de contrôle de drones en Biélorussie. Quatre stations ont été identifiées, d'autres sont en préparation. La Russie ne recule pas — elle intensifie l'utilisation du territoire biélorusse.

Ce mouvement d'escalade est caractéristique de la stratégie russe en matière de guerre de drones. Les ingénieurs de Moscou trouvent des solutions à chaque contre-mesure ukrainienne : des ballons porteurs de relais larguées depuis la Biélorussie, des Shahed équipés de cartes SIM qui se connectent aux réseaux mobiles biélorusses, polonais et roumains quand l'Ukraine brouille ses propres fréquences. La guerre des drones est aussi une guerre du signal, une guerre électronique permanente et évolutive.

Le 19 juin 2026 : l'ultimatum public

Un message aussi dur qu'une déclaration de guerre

La conférence de presse du 19 juin 2026 restera dans les mémoires comme l'un des moments les plus directs de la diplomatie de Zelensky. Flanqué du président hondurien Nasri Asfour en visite officielle à Kyiv, le président ukrainien a fixé l'ultimatum sans détour. Il a décrit les relais installés sur les tours biélorusses — "des répéteurs russes, des répéteurs biélorusses, quelle différence cela fait-il pour nous ?" — et a articulé la conséquence avec une clarté qui ne laissait aucune ambiguïté : si Loukachenko refuse, Ukraine détruira elle-même ces installations.

Cette formulation était délibérément chargée. Elle impliquait que l'Ukraine était prête à mener des opérations sur le territoire biélorusse — une escalade potentiellement majeure. Mais Zelensky a aussi pris soin de ménager une sortie honorable à Loukachenko : "Si la Biélorussie ne veut vraiment pas être impliquée dans la guerre, elle doit les enlever." Une formulation qui permettait au dictateur biélorusse d'obtempérer sans perdre totalement la face.

La réaction de Moscou : Peskov confirme, Poutine consulte

La réponse la plus révélatrice est venue de Moscou — pas de Minsk. Le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a confirmé que Vladimir Poutine discuterait de l'ultimatum avec Loukachenko. Cette déclaration, en apparence banale, révèle une tension profonde dans l'"alliance" russo-biélorusse : c'est Moscou qui décide, pas Minsk. Loukachenko n'est pas un partenaire égal — il est un vassal qui dépend de la protection russe depuis sa répression du mouvement pro-démocratie de 2020.

La Biélorussie est dans une position inconfortable. Son armée de l'air a été démantelée au profit des systèmes russes déployés sur son territoire. Sa souveraineté réelle est largement nominale. Loukachenko a besoin de Poutine pour rester au pouvoir — mais il n'avait pas nécessairement envie que son territoire serve de plateforme directe pour tuer des civils ukrainiens, augmentant ainsi le risque de représailles ukrainiennes sur sa propre infrastructure.

Trois jours plus tard : les relais s'éteignent

Le 22 juin 2026 : le silence des tours

L'ultimatum expirait le 26 juin 2026. Mais dès le 22 juin — soit seulement trois jours après la mise en demeure — les renseignements ukrainiens confirment que les stations relais ne fonctionnent plus. Le général Oleksandr Syrskyi, commandant en chef des forces armées ukrainiennes, a informé Zelensky de cette information capitale. Le président a choisi la prudence dans sa formulation publique : "Je ne sais pas honnêtement s'ils les ont démontées ou simplement éteintes. Mais le fait est que les relais ne fonctionnent pas aujourd'hui."

Cette distinction — éteintes vs démontées — est cruciale. Des équipements éteints peuvent être rallumés en quelques secondes. Des équipements démantelés impliquent un effort réel et une modification durable des capacités. Zelensky a refusé de crier victoire prématurément. Il a confirmé surveiller la situation de près, recevoir des rapports quotidiens, et que l'Ukraine "travaille" à vérifier la situation.

La confirmation terrain : les drones se raréfient

Sur le terrain, des signaux concordants confirment l'effet de l'extinction des relais. Le service des gardes-frontières ukrainiens, par la voix de son porte-parole Andriy Demchenko, a signalé une "certaine diminution" des intrusions de drones Shahed dans la région de Tchernihiv. Les grands vols massifs de Shahed le long de la frontière Biélorussie-Ukraine ont cessé. La chaîne de médias biélorusse indépendante Flagstok a rapporté qu'aucune activité de drones n'avait été observée pendant trois jours consécutifs le long de cette frontière.

Le site spécialisé Euromaidan Press a confirmé que le réseau de relais exposé et partiellement démantelé en février 2026 avait été reconstitué par la Russie — et que la nouvelle extinction de juin 2026 représentait une victoire opérationnelle réelle, même si temporaire. La route nord des Shahed est, pour l'instant, compromise. Cela ne signifie pas la fin des attaques — la Russie dispose d'autres routes et d'autres mécanismes de guidage — mais c'est une limitation tangible de ses capacités de frappe.

Les victimes silencieuses : ce que les relais biélorusses ont coûté en vies

Zhytomyr, Rivne, Volyn : les régions sacrifiées

Les régions de Zhytomyr, Rivne et Volyn — situées dans le nord-ouest de l'Ukraine, loin des lignes de front du Donbass — ont payé un prix particulièrement lourd aux drones guidés via les relais biélorusses. Ce sont des régions à dominante agricole et forestière, des villes moyennes qui n'avaient rien de "militaire" à première vue. Mais leurs réseaux électriques, leurs chemins de fer, leurs dépôts de carburant et leurs infrastructures industrielles en faisaient des cibles pour la stratégie russe de destruction systématique de l'économie civile ukrainienne.

Des dizaines de frappes documentées sur ces régions en 2025 et début 2026 correspondent aux routes de vol qui passent par la Biélorussie. La destruction de sous-stations électriques dans ces régions a privé des centaines de milliers de personnes de chauffage et d'électricité pendant les mois d'hiver — une torture lente et délibérée. Ce n'est pas de la collusion, c'est de la complicité documentée.

Le prix humain d'une complicité de Minsk

Zelensky l'a dit clairement dans son ultimatum : "Des civils meurent chaque jour à cause de cela. Des enfants sont blessés." Cette formulation n'est pas rhétorique — elle est factuelle et documentée. Les rapports de l'ONU et de l'UNICEF sur les victimes civiles ukrainiennes des frappes de drones confirment des dizaines de morts et des centaines de blessés civils dans ces régions depuis le déploiement des relais biélorusses.

La frappe massive du 15 juin 2026 sur Kyiv — environ 70 missiles et plus de 600 drones, selon l'ambassadeur ukrainien à l'ONU Andriy Melnik — est l'exemple le plus récent et le plus dramatique de cette violence de masse. Cette attaque a endommagé la cathédrale Ouspiensky dans la laure de Kyiv-Petchersk (site de l'UNESCO), le studio de cinéma Dovzhenko et d'autres sites culturels. Chaque drone qui frappe une cathédrale porte la signature non seulement de Poutine, mais de tous ceux qui ont facilité son guidage.

L'excuse biélorusse : "nous n'avons pas le contrôle"

La rhétorique de l'impuissance comme bouclier

Loukachenko et ses représentants ont régulièrement tenté de plaider l'ignorance ou l'impuissance face à l'utilisation du territoire biélorusse par les forces russes. Après l'invasion de 2022, quand des missiles russes ont été tirés depuis la Biélorussie, Loukachenko avait dit à Zelensky que des roquettes "avaient volé là-bas et qu'ils ne les contrôlaient pas depuis longtemps." Zelensky a cité cet échange dans son ultimatum de juin 2026, soulignant qu'une telle excuse n'était plus crédible.

En effet, si les relais sont installés sur des tours de communication gérées par des opérateurs biélorusses sur un territoire souverain biélorusse, prétendre ne pas les contrôler est soit un mensonge délibéré, soit un aveu d'une perte totale de souveraineté si profonde qu'elle constitue en elle-même un problème grave. Ni l'une ni l'autre de ces positions ne décharge Minsk de sa responsabilité.

Loukachenko coupé de ses défenses aériennes

Un élément particulièrement révélateur de la situation biélorusse est la déplétion de ses systèmes de défense aérienne au profit de la Russie. Des rapports indiquent que des équipements de défense aérienne biélorusses ont été redistribués vers les forces russes en Ukraine. Loukachenko serait donc dans la position paradoxale d'avoir permis à la Russie d'installer des équipements offensifs sur son territoire, tout en ayant perdu une partie de ses propres équipements défensifs. Sa dépendance envers Moscou est désormais totale et existentielle.

Cette situation explique peut-être la rapidité avec laquelle les relais se sont éteints après l'ultimatum de Zelensky. Pas parce que Loukachenko a soudainement développé une conscience morale — mais parce qu'il a calculé que le risque de frappes ukrainiennes sur son infrastructure, sans parapluie de défense aérienne, était réel et immédiat. La menace crédible a suffi.

La réaction internationale : l'Europe valide la position ukrainienne

Bruxelles soutient le droit à l'autodéfense

L'Union européenne a apporté son soutien explicite à la position ukrainienne après l'ultimatum. Dans une déclaration citée par les médias ukrainiens, Bruxelles a souligné que "l'Ukraine a le droit à l'autodéfense" et que le régime biélorusse "assiste la Russie dans sa guerre". Ce soutien formel de l'UE est important : il légitimise l'éventualité d'opérations ukrainiennes contre des cibles sur le sol biélorusse, si celles-ci servent directement à mener des attaques sur l'Ukraine.

Cette position de l'UE s'inscrit dans une évolution progressive des positions occidentales depuis 2022. D'abord très prudents sur toute action pouvant déborder sur le territoire de pays tiers, les alliés de l'Ukraine ont progressivement accepté le cadre légal selon lequel les plateformes de lancement ou de guidage de missiles sur des pays tiers engagent leur responsabilité et peuvent légitimement être neutralisées dans le cadre du droit de légitime défense.

Les leçons pour l'OTAN : la Biélorussie n'est pas un espace protégé

L'épisode biélorusse a des implications importantes pour la doctrine de l'OTAN. Des rapports ont mentionné que les drones guidés via les tours biélorusses ont parfois violé l'espace aérien de pays de l'OTANPologne, Roumanie — en utilisant leurs réseaux mobiles comme relais de signal. Si cela est confirmé, cela signifie que des infrastructures civiles de membres de l'OTAN ont été involontairement utilisées pour des opérations militaires russes contre l'Ukraine.

Cette dimension soulève des questions doctrinales complexes mais urgentes : qu'est-ce qui constitue une "attaque" contre un membre de l'OTAN au sens de l'Article 5 ? Une utilisation non consentie de l'infrastructure civile d'un allié pour conduire des opérations militaires contre un pays tiers entre-t-elle dans cette définition ? Ces questions ne sont pas tranchées — et leur clarification est une priorité stratégique que l'Alliance doit adresser.

Le profil technique des Shahed : comprendre l'arme qui frappe

Un drone iranien au service de la guerre russe

Le Shahed-136 — renommé Geran-2 par les Russes pour nier l'origine iranienne — est une arme remarquable dans sa rusticité efficace. C'est un drone-kamikaze de conception simple, à moteur à piston, avec une charge explosive d'environ 40 kilogrammes. Il vole lentement (185 km/h environ), à basse altitude, ce qui le rend difficile à détecter au radar mais relativement vulnérable aux systèmes de défense aérienne modernes. Sa force est dans le nombre : lancés par dizaines, voire centaines simultanément, ils saturent les défenses.

L'Iran a fourni des milliers de ces drones à la Russie, et la Russie en fabrique désormais localement sous licence ou copie. En 2026, on estime que la Russie a utilisé plus de 10 000 Shahed/Geran contre l'Ukraine. Chaque relais biélorusse qui améliore leur guidage représente donc des milliers d'attaques plus précises, plus meurtrières, plus efficaces à détruire les infrastructures ukrainiennes.

La guerre des contre-mesures : les défenses ukrainiennes s'adaptent

L'Ukraine a développé des contre-mesures de plus en plus efficaces contre les Shahed. Les systèmes de défense aérienne occidentaux — NASAMS, Patriot, Iris-T — peuvent intercepter certains de ces drones, mais ils coûtent trop cher par rapport au coût du Shahed pour être utilisés systématiquement. L'Ukraine a donc développé en parallèle des systèmes de brouillage électronique, des drones anti-drones, des équipes mobiles de tir de précision qui abattent les Shahed à la kalachnikov ou au fusil de chasse.

La compromission des relais biélorusses s'inscrit dans cette logique de contre-mesures asymétriques. En neutralisant le réseau de guidage plutôt qu'en interceptant chaque drone individuellement, l'Ukraine adopte une approche systémique qui multiplie l'effet de ses actions. Un relais neutralisé peut dégrader des dizaines de frappes potentielles — un rapport coût-efficacité infiniment plus favorable que les interceptions unitaires.

La pression militaire ukrainienne en juin 2026 : un contexte de force

Des frappes profondes qui changent la donne

L'ultimatum biélorusse ne s'est pas produit dans le vide. Il s'inscrit dans une période d'intense pression militaire ukrainienne sur les arrières russes. Dans la nuit du 21 au 22 juin 2026, des missiles de croisière lancés depuis les airs ont frappé plusieurs cibles stratégiques en profondeur sur le territoire russe. Parmi les objectifs : le centre spatial de communications "Dubna" près de Moscou — une colonne de fumée a été observée, l'évaluation des dégâts étant en cours — une usine critique à Voronezh produisant des composants électroniques pour les missiles Iskander, Kh-101 et les systèmes Pantsir-S1, des postes de commandement en régions de Belgorod et Donetsk, ainsi que des infrastructures portuaires à Kavkaz.

Ces frappes profondes illustrent la nouvelle doctrine opérationnelle ukrainienne : ne plus seulement défendre le front, mais atteindre les capacités productives et logistiques russes. Détruire une usine de composants électroniques à Voronezh n'est pas symbolique — c'est couper le flux de pièces qui permettent à la Russie de maintenir sa cadence de production de missiles et de systèmes de défense aérienne.

Melnik à l'ONU : la patience ukrainienne a ses limites

Le 22 juin 2026, l'ambassadeur ukrainien à l'ONU Andriy Melnik a averti le Conseil de sécurité que la patience de Kyiv n'était "pas illimitée". Si le Conseil continue à choisir une "attitude d'attente", l'Ukraine pourrait reconsidérer ses propositions actuelles, y compris son offre d'un cessez-le-feu le long de la ligne de front actuelle — une concession majeure qui représente déjà un abandon de la position officielle de libération de tout le territoire. Il a également rappelé que la Russie subit plus de 30 000 pertes par mois et qu'elle "ne conservera jamais les territoires ukrainiens occupés".

Ces déclarations doivent être lues dans leur contexte : elles sont à la fois une vraie avertissement et un outil de pression diplomatique. L'Ukraine joue sur plusieurs tableaux — pression militaire croissante sur les arrières russes, ultimatum à la Biélorussie, signaux d'avertissement aux Nations Unies. C'est une stratégie de pression maximale coordonnée qui vise à forcer la Russie à la table des négociations à des conditions acceptables.

Zelensky face à Loukachenko : une leçon de diplomatie coercitive

Ce que cet épisode révèle du style diplomatique de Zelensky

L'épisode des relais biélorusses révèle beaucoup du style diplomatique de Zelensky. Ce n'est pas un président qui négocie poliment dans des couloirs feutrés. C'est un président qui nomme les problèmes publiquement, fixe des termes clairs, et crée une pression politique qui rend l'inaction coûteuse pour tous les acteurs concernés. L'ultimatum public était en lui-même un outil : en exposant la complicité biélorusse devant la communauté internationale, il rendait toute défense de Loukachenko politiquement plus difficile pour Moscou.

Il a également démontré sa capacité à ménager des sorties de crise. La formule "si la Biélorussie ne veut pas être impliquée dans la guerre" laissait à Loukachenko la possibilité de présenter son retrait comme une décision souveraine plutôt qu'une capitulation. C'est de la politique savante — dure dans le fond, mais assez habile dans la forme pour permettre à l'adversaire de reculer sans rupture totale.

Les limites de la victoire : éteint n'est pas démantelé

La prudence de Zelensky sur la distinction entre "éteint" et "démantelé" est analytiquement honnête et stratégiquement importante. Des équipements simplement désactivés peuvent être réactivés en quelques heures si la pression se relâche. La Russie a montré sa capacité à reconstruire des réseaux similaires après les opérations de février 2026. La victoire du 22 juin est réelle — mais elle n'est pas définitive. L'Ukraine devra maintenir une surveillance constante et une posture de pression continue pour s'assurer que cette route de guidage reste compromise.

Et même si les relais biélorusses restent définitivement hors service, la Russie s'adaptera. Les ballons porteurs de relais, les Shahed équipés de cartes SIM, les drones relais volants — autant de solutions alternatives en développement ou déjà partiellement déployées. La guerre des drones et des signaux est une course permanente sans ligne d'arrivée clairement définie.

La question biélorusse dans le long terme : quelle sortie possible ?

La Biélorussie après Loukachenko : un enjeu existentiel pour l'Ukraine

Au-delà de la question immédiate des relais, la situation biélorusse pose une question de long terme cruciale pour l'Ukraine et pour l'Europe. Tant que Loukachenko est au pouvoir et dépend de Moscou, le territoire biélorusse restera une menace permanente pour le flanc nord de l'Ukraine. La frontière Biélorussie-Ukraine fait 1000 kilomètres — une frontière que l'Ukraine ne peut pas défendre militairement avec les moyens actuels si elle doit simultanément maintenir un front de 1100 kilomètres à l'est.

La vraie solution au problème biélorusse est politique : un changement de régime à Minsk, ou à défaut une modification profonde de la politique étrangère biélorusse qui permettrait la neutralisation du pays. En 2020, une majorité de Biélorusses a voté contre Loukachenko — un mouvement démocratique qui a été violemment réprimé avec l'appui de Moscou. L'Ukraine et ses alliés devraient investir davantage dans le soutien à la société civile biélorusse et au gouvernement en exil de Sviatlana Tsikhanouskaya.

Les scénarios post-guerre : vers quelle Biélorussie ?

Une paix durable en Ukraine ne peut pas exister avec une Biélorussie qui reste une province militaire de la Russie. Tout accord futur devra aborder la question du statut biélorusse — neutralité garantie, départ des forces russes, éventuellement le retour vers une démocratie. C'est un agenda ambitieux qui suppose que la Russie soit suffisamment affaiblie pour lâcher son emprise sur Minsk.

Dans l'immédiat, l'épisode des relais a au moins démontré une chose : les menaces crédibles de l'Ukraine peuvent modifier le comportement biélorusse, même à travers l'intermédiaire russe. C'est une information utile pour les diplomates qui travailleront sur le dossier biélorusse dans les mois et années à venir.

L'impact sur la stratégie globale de drones russes

La dépendance russe au guidage externe

L'épisode des relais biélorusses révèle une vulnérabilité structurelle dans la stratégie de drones russes : la dépendance à des infrastructures de guidage externes qui peuvent être ciblées, compromises ou neutralisées. Contrairement aux missiles balistiques qui n'ont pas besoin de connexion continue avec leur opérateur, les drones à guidage terminal comme les Shahed dépendent d'une chaîne de communications qui a des maillons identifiables et attaquables.

Cette vulnérabilité est une opportunité stratégique pour l'Ukraine et ses alliés. Identifier, cartographier et neutraliser systématiquement les infrastructures de guidage russe — qu'elles soient en Biélorussie, dans les territoires occupés ou en Russie elle-même — peut dégrader significativement l'efficacité des frappes russes sans nécessiter l'interception de chaque drone individuellement. C'est une forme de guerre électronique et d'infrastructure qui joue sur les points faibles réels du système d'armes russe.

Vers une doctrine de défense active des infrastructures de guidage

L'expérience ukrainienne de 2026 avec les relais biélorusses pourrait devenir un cas d'école pour les doctrines militaires occidentales. Elle illustre l'importance de comprendre la chaîne de commandement et de contrôle complète d'un système d'armes — pas seulement l'arme terminale — et d'identifier les nœuds vulnérables dans cette chaîne. Elle illustre aussi les dilemmes politiques liés aux opérations sur des territoires de pays tiers et la manière de les gérer via une diplomatie coercitive publique et transparente.

Ces leçons sont pertinentes non seulement pour l'Ukraine mais pour tout pays qui pourrait se trouver dans une situation similaire — la défense des réseaux d'infrastructure critiques contre des acteurs qui utilisent des territoires tiers pour amplifier leurs capacités offensives.

Ce que Loukachenko a choisi de ne pas voir

La complicité par omission est une complicité entière

Loukachenko a eu de nombreuses occasions de refuser la militarisation de son territoire par la Russie. Après 2022, quand des missiles russes ont transité par la Biélorussie, il a choisi l'inaction. Quand les premiers relais Shahed sont apparus sur son territoire fin 2025, il a choisi de ne pas voir. Chaque fois qu'un drone guidé via ces relais a tué un civil ukrainien, Loukachenko portait une part de responsabilité.

Cette complicité ne se résume pas à une faiblesse politique face à Poutine — même si cette faiblesse est réelle. Elle reflète aussi un choix délibéré : rester au pouvoir en devenant la plateforme arrière de la guerre de Poutine contre l'Ukraine, en espérant que les conséquences resteraient du côté ukrainien de la frontière. L'ultimatum de Zelensky a rappelé à Loukachenko que cette espérance était illusoire.

Les responsabilités pour les crimes de guerre

La question de la responsabilité juridique internationale de la Biélorussie pour les crimes de guerre commis avec l'appui des infrastructures biélorusses reste ouverte. Des juristes spécialisés dans le droit international humanitaire ont commencé à documenter les cas où des frappes guidées via des relais biélorusses ont ciblé des infrastructures civiles ou des populations non combattantes. Si ces documentation est suffisamment solide, elle pourrait un jour servir de base à des poursuites devant des juridictions internationales.

Ce n'est pas une perspective imminente — les procédures internationales sont longues et complexes. Mais l'histoire montre que les complices de crimes de guerre ne bénéficient pas d'une immunité permanente. Les Nuremberg d'après-guerre, les tribunaux pour l'ex-Yougoslavie, la CPI — les mécanismes existent. Et les archives numériques de 2026 sont considérables.

La Biélorussie après l'ultimatum : reconfiguration ou simple pause ?

Un retrait tactique ou une capitulation durable ?

La question centrale que posent les stratèges depuis le 22 juin 2026 est simple : la neutralisation des relais biélorusses est-elle permanente ou seulement temporaire ? L'histoire des guerres modernes enseigne que les acteurs sous pression ne renoncent pas définitivement — ils se réorganisent. Si Loukachenko a choisi de couper ces relais, c'est parce que le coût immédiat dépassait le bénéfice. Mais dès que la pression ukrainienne se relâchera, ou dès que Moscou offrira des compensations suffisantes, la tentation d'un redémarrage existera.

Des analystes spécialisés en guerre électronique estiment que la Russie pourrait chercher à déplacer ses relais de guidage vers d'autres zones — possiblement vers des plateformes navales en mer Noire ou vers des infrastructures sur le territoire russe lui-même. Ce faisant, elle augmenterait la distance de contrôle et réduirait son efficacité, mais elle éliminerait la vulnérabilité biélorusse. L'adaptation est la marque d'un adversaire qui a appris à survivre sous pression.

L'avenir de la coopération militaire russo-biélorusse

L'épisode de juin 2026 a fragilisé, au moins temporairement, la confiance entre Moscou et Minsk. En coupant les relais sous la pression ukrainienne, Loukachenko a envoyé un signal ambigu à Poutine : celui d'un partenaire qui a des limites. Cela n'est pas sans conséquences pour la coopération militaire future. Moscou devra désormais calculer dans quelle mesure elle peut compter sur l'infrastructure territoriale biélorusse pour ses opérations offensives contre l'Ukraine.

Cette fragilisation est une opportunité pour l'Occident : maintenir la pression diplomatique sur Minsk, faire comprendre à Loukachenko qu'un divorce progressif avec Moscou — même partiel — ouvre une porte vers une sortie de l'isolement international. Ce n'est pas une stratégie réaliste à court terme, mais à moyen terme, les intérêts de survie politique de Loukachenko et les intérêts de sécurité ukrainiens pourraient converger de manière inattendue.

Conclusion : une victoire opérationnelle, un avertissement stratégique

Le bilan de l'ultimatum biélorusse

L'épisode des relais biélorusses et l'ultimatum de Zelensky du 19 juin 2026 se soldent, au 26 juin, par un résultat immédiat positif : les stations sont silencieuses, les drones se raréfient sur la route nord. C'est une victoire opérationnelle réelle, même si sa pérennité reste incertaine. Kyiv a démontré qu'une diplomatie coercitive crédible — adossée à des renseignements précis et à une posture militaire offensive crédible — peut obtenir des résultats rapides même face à des acteurs fonctionnant sous influence russe.

Mais la guerre continue. La Russie s'adapte. Loukachenko reste au pouvoir. Les drones iraniens continuent d'être produits et livrés. Et chaque nuit, quelque part en Ukraine, des familles dorment habillées, prêtes à courir vers les abris à la première sirène. La vraie victoire n'est pas encore là.

Ce que cet épisode dit de l'Ukraine

Ce que cet épisode dit surtout, c'est que l'Ukraine de Zelensky n'attend plus. Elle ne supplie plus les alliés pour agir. Elle agit, elle communique, elle presse. Et elle gagne des victoires concrètes, par l'intelligence, par la créativité tactique, par une compréhension fine des leviers de pression disponibles. C'est une Ukraine qui a appris la guerre à la dure depuis quatre ans — et qui en est sortie, paradoxalement, plus forte, plus déterminée, plus capable. C'est le vrai témoignage que j'entends dans les déclarations de Zelensky ce mois de juin 2026.

Signé Maxime Marquette, chroniqueur

Encadré de transparence du chroniqueur

Mes biais et ma position

Je suis Maxime Marquette, chroniqueur-analyste. Je suis pro-Ukraine — je crois que l'Ukraine a le droit de se défendre, de choisir ses alliances et de protéger ses civils par tous les moyens légaux à sa disposition. Je considère Loukachenko comme un dictateur illégitime dont le régime est complice direct de crimes de guerre. Ces positions sont assumées et transparentes.

Ce que je ne sais pas

Je ne sais pas si les relais biélorusses ont été physiquement démantelés ou seulement désactivés. Je ne sais pas dans quelle mesure Loukachenko a agi de sa propre initiative ou sous instruction de Moscou. Je n'ai pas eu accès aux données de renseignement ukrainiennes qui ont permis de cartographier le réseau. Mon analyse est fondée sur des sources publiques vérifiables.

Sources

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). TÉMOIGNAGE : Zelensky contre Loukachenko — une semaine pour éteindre les relais de la mort. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/temoignage-zelensky-contre-loukachenko-une-semaine-pour-eteindre-les-relais-de-l

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Maxime Marquette
Chroniqueur indépendant

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