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La ChroniquePortrait· N° 1336

TÉMOIGNAGE : 3,2 milliards de l'UE pour l'Ukraine à Gdańsk — la promesse qui ne doit pas être vaine

Le 25 juin 2026, à la Conférence de récupération de l'Ukraine à Gdańsk, la Commission européenne a versé le premier décaissement de 3,2 milliards d'euros au titre du prêt de soutien à l'Ukraine (Ukraine Support Loan, USL) — un instrument financier de 90 milliards d'euros adopté par l'UE pour soutenir l'Ukraine sur les années 2026-2027. La présidente de la Commission, Ursula von

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  1. Le 25 juin 2026, à la Conférence de récupération de l'Ukraine à Gdańsk, la Commission européenne a versé le premier décaissement de 3,2 milliards d'euros au titre du prêt de soutien à l'Ukraine (Ukraine Support Loan, USL) — un instrument financier de 90 milliards d'euros adopté par l'UE pour soutenir l'Ukraine sur les années 2026-2027. La présidente de la Commission, Ursula von
  2. Le 25 juin 2026 , à la Conférence de récupération de l' Ukraine à Gdańsk , la Commission européenne a versé le premier décaissement de 3,2 milliards d'euros au titre du prêt de soutien à l' Ukraine ( Ukraine Support Loan , USL ) — un instrument financier de 90 milliards d'euros adopté par l' UE pour soutenir l' Ukraine sur les années 2026-2027 .
  3. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen , a personnellement annoncé le transfert.
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Introduction : L'argent qui arrive quand le pays brûle encore

Un premier versement historique le 25 juin 2026

Le 25 juin 2026, à la Conférence de récupération de l'Ukraine à Gdańsk, la Commission européenne a versé le premier décaissement de 3,2 milliards d'euros au titre du prêt de soutien à l'Ukraine (Ukraine Support Loan, USL) — un instrument financier de 90 milliards d'euros adopté par l'UE pour soutenir l'Ukraine sur les années 2026-2027. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a personnellement annoncé le transfert. La Première ministre ukrainienne Yulia Svyrydenko, qui dirigeait la délégation ukrainienne en l'absence de Zelensky, en a confirmé la réception.

Ce versement n'est pas un don — c'est un prêt conditionné à 32 réformes budgétaires que l'Ukraine s'engage à mettre en œuvre. Parmi elles : des mesures de transparence dans la gestion des finances publiques, des réformes fiscales, des améliorations dans la lutte contre la corruption, des ajustements dans la gestion des entreprises d'État. Sur les 90 milliards du programme total, 30 milliards sont destinés à l'assistance macro-financière directe, et 60 milliards au renforcement des capacités de défense.

Le calendrier des versements suivants

Ce premier versement de 3,2 milliards est suivi d'un calendrier prévisionnel : un deuxième versement indicatif de 3,7 milliards d'euros est attendu en septembre 2026, et un troisième de 1,45 milliard avant la fin de l'année. Au total, l'Ukraine devrait recevoir environ 8,35 milliards d'euros en 2026 au titre du seul USL — une part significative du soutien financier occidental total, qui inclut également les fonds américains, britanniques et les aides bilatérales de nombreux États membres de l'UE.

La conférence de Gdańsk a également vu l'annonce de quelque 10 milliards d'euros d'engagements supplémentaires de diverses sources — gouvernements, institutions financières internationales, secteur privé. Ces engagements couvrent la reconstruction d'infrastructures civiles, le soutien au secteur privé ukrainien, et des investissements dans les capacités de défense. C'est une somme considérable pour un pays dont le territoire est encore sous les bombes.

Gdańsk, juin 2026. Des milliards d'euros sont engagés pour l'Ukraine au milieu des discours et des poignées de main. Ces chiffres, dans un contexte de guerre, ne sont pas abstraits. Ils représentent des missiles, des drones, des systèmes de défense aérienne — des outils qui protègent des villes et sauvent des vies. Le récit de ces engagements financiers mérite d'être documenté avec précision.

Il y a quelque chose de presque surréaliste à organiser une conférence de « récupération » d'un pays qui est encore en guerre — dont les raffineries brûlent à l'heure où les délégués signent des accords dans les salles de conférence de Gdańsk. Mais cette surréalité est précisément ukrainienne : ce pays reconstruit ce que la Russie détruit, en simultané, depuis quatre ans. C'est de la résilience institutionnalisée.

L'Ukraine Support Loan : une architecture financière inédite

Un instrument financier adapté à une situation sans précédent

L'Ukraine Support Loan est un instrument financier sans précédent dans l'histoire de l'Union européenne. D'une valeur totale de 90 milliards d'euros, il est adossé aux actifs souverains russes gelés dans les institutions financières européennes — principalement les fonds de la Banque centrale russe immobilisés depuis les sanctions de 2022. Les intérêts générés par ces actifs gelés (environ 3 milliards d'euros par an) alimentent le service de la dette de ce prêt, réduisant le coût pour les États membres de l'UE.

Cette construction juridique et financière est innovante — et controversée. Elle utilise les actifs d'un État tiers comme garantie d'un prêt à un pays tiers, dans un contexte de conflit armé. Les juristes débattent encore de ses implications pour le droit international. Mais politiquement, elle représente une décision forte : l'Europe utilise l'argent russe pour financer la reconstruction de l'Ukraine. La Russie paie pour les dégâts qu'elle a causés — du moins partiellement.

Les 32 réformes : la conditionnalité comme outil de gouvernance

La conditionnalité à 32 réformes est une caractéristique délibérée de ce programme. L'UE cherche à utiliser l'instrument financier non seulement pour soutenir l'économie ukrainienne à court terme, mais aussi pour ancrer des réformes de gouvernance qui prépareront l'Ukraine à son adhésion future à l'Union. La lutte contre la corruption, la transparence budgétaire, l'indépendance judiciaire — ce sont précisément les domaines sur lesquels l'Ukraine doit progresser pour se conformer aux exigences du processus d'adhésion.

Cette approche est cohérente avec la stratégie de l'UE depuis 2022 : soutenir l'Ukraine financièrement et militairement, tout en utilisant ce soutien comme levier pour accélérer les réformes qui la rapprochent de l'adhésion. C'est une forme de diplomatie transformationnelle qui a fonctionné avec d'autres pays candidats — et qui devrait fonctionner avec l'Ukraine, si la conditionnalité est maintenue avec rigueur.

Les 32 réformes imposées par l'UE en échange du prêt sont une réalité politique complexe. D'un côté, elles représentent une condition de bonne gouvernance légitime. De l'autre, elles imposent à un pays en guerre des exigences administratives qui demanderaient des années à tout État en paix. Il y a une tension inhérente entre l'urgence de la reconstruction et la rigueur des réformes. L'UE doit trouver le bon équilibre.

Gdańsk : une conférence de reconstruction dans l'ombre de la guerre

Le symbole choisi avec soin

À découvrir

Gdańsk — la ville de Solidarność, la ville de l'insurrection ouvrière contre le communisme soviétique, la ville où l'histoire a tourné — est un choix hautement symbolique pour accueillir la Conférence de récupération de l'Ukraine. La Pologne, hôte de cette conférence, a voulu rappeler que son propre parcours depuis le rideau de fer jusqu'à l'intégration européenne est possible pour l'Ukraine également.

Mais ce choix symbolique a été terni par l'absence de Zelensky, qui a décidé de ne pas se rendre à Gdańsk en raison de la crise diplomatique avec la Pologne autour de la dénomination d'une unité des forces spéciales ukrainiennes d'après les « Héros de l'UPA ». L'absence du président ukrainien — son pays étant pourtant le bénéficiaire principal de la conférence — a assombri l'événement et illustré la fragilité de la relation polono-ukrainienne dans ce moment crucial.

Ce que la conférence a livré concrètement

Malgré l'absence de Zelensky, la conférence de Gdańsk a produit des résultats tangibles. Outre le versement de l'UE de 3,2 milliards d'euros, la réunion a vu la signature du programme de 343 millions d'euros de garanties et subventions pour les technologies de défense ukrainiennes (Commission européenne, ministère ukrainien de la Défense, gouvernements français et finlandais), des mémorandums entre le fabricant de drones ukrainien SkyFall et la banque polonaise BGK, et des partenariats industriels entre entreprises ukrainiennes et groupes de défense ARX Robotics (Allemagne), Bittium (Finlande), PGZ (Pologne) et Kongsberg (Norvège).

Ces partenariats industriels sont peut-être l'élément le plus structurellement significatif de la conférence. Ils créent des liens d'intérêt économique concrets entre l'industrie de défense ukrainienne et ses homologues européens — des liens qui survivront à la conférence et qui s'approfondiront dans le temps.

Le vrai succès d'une conférence de reconstruction ne se mesure pas à la grandeur des discours ou à la taille des chiffres annoncés — il se mesure dans dix ans, quand on peut voir si les projets ont été réalisés, si l'argent est arrivé à destination, si les réformes ont été mises en œuvre. Gdańsk a fourni les bases. La question est de savoir si les fondations seront construites dessus.

La réforme budgétaire en temps de guerre : un défi titanesque

Gouverner sous les bombes tout en réformant les institutions

Mettre en œuvre 32 réformes budgétaires pendant une guerre de haute intensité est un défi d'une difficulté extraordinaire. L'Ukraine doit simultanément mobiliser des ressources pour l'effort de guerre, maintenir les services publics de base pour sa population, gérer les flux massifs de déplacés internes, et réformer ses institutions financières et administratives pour répondre aux exigences de l'UE. Chaque réforme requiert du temps administratif, de l'expertise, et une volonté politique qui doit rivaliser avec les exigences immédiates de la guerre.

Le gouvernement de Zelensky a cependant montré une capacité de réforme remarquable depuis 2022. Des lois anti-corruption, des réformes fiscales, des améliorations dans la gestion des entreprises d'État — plusieurs des engagements du processus d'adhésion à l'UE ont progressé même en temps de guerre. C'est un signe de la maturité institutionnelle ukrainienne et de la volonté politique de ses dirigeants.

Le défi de la gouvernance de la reconstruction

L'un des risques majeurs identifiés par les experts de la reconstruction est celui de la corruption dans la gestion des fonds. Des milliards d'euros de financement international, acheminés rapidement dans un contexte de guerre et de reconstruction d'urgence, représentent des opportunités pour les réseaux de corruption qui ont longtemps été un problème structurel en Ukraine.

L'UE a mis en place des mécanismes de supervision et de suivi, notamment à travers le rôle de l'OLAF (Office européen de lutte antifraude) et des conditions de décaissement liées à la mise en œuvre des réformes. Ces mécanismes sont nécessaires — mais ils ne sont pas infaillibles. L'une des tâches les plus importantes de la communauté internationale pour les années à venir sera de s'assurer que les fonds de reconstruction parviennent vraiment à ceux qui en ont besoin.

La corruption est le cancer qui a longtemps rongé l'Ukraine. Zelensky a fait des efforts réels pour la combattre — c'est en partie pourquoi il a été élu, et c'est en partie ce que la guerre a forcé à accélérer. Mais envoyer des milliards d'euros dans un pays en guerre sans surveillance robuste serait naïf. La conditionnalité européenne est une protection pour l'argent des contribuables européens — et pour les Ukrainiens eux-mêmes.

La sécurité financière comme pilier de la résistance ukrainienne

Comment le soutien financier maintient l'effort de guerre

Le soutien financier occidental à l'Ukraine — dont ce versement de 3,2 milliards est l'une des expressions — est aussi essentiel à l'effort de guerre que les livraisons d'armes. Sans financement extérieur, le gouvernement ukrainien ne pourrait pas payer ses fonctionnaires, maintenir ses services publics, financer sa défense sociale minimale ou soutenir les entreprises vitales pour l'économie nationale. La guerre d'attrition économique que mène la Russie a pour but précis de provoquer l'effondrement financier de l'Ukraine.

Le soutien macro-financier de l'UE, des États-Unis (via le FMI et les aides directes), du Royaume-Uni et d'autres partenaires est le contre-poids à cette stratégie d'épuisement financier. Il permet à l'Ukraine de tenir — économiquement, socialement, politiquement — pendant la durée d'une guerre que la Russie cherche à prolonger jusqu'à l'effondrement de la résistance occidentale.

La gestion de la dette pour l'après-guerre

Ces prêts — même à des conditions favorables — s'accumulent dans le bilan de la dette publique ukrainienne. À terme, si la guerre se termine et que la reconstruction commence, l'Ukraine devra gérer une dette publique considérable tout en finançant sa reconstruction. Les économistes préconisent d'anticiper ces questions dès maintenant — en prévoyant des mécanismes d'allègement de dette, de restructuration ou de conversion partielle en dons.

Des précédents existent : l'Allemagne a bénéficié d'un allègement significatif de sa dette après la Seconde Guerre mondiale via le Plan Marshall et l'accord de Londres de 1953. Ces précédents devraient guider la réflexion sur le traitement à long terme de la dette ukrainienne — en reconnaissant que ce pays n'a pas choisi d'être envahi, et que lui imposer une dette écrasante post-guerre serait une injustice supplémentaire.

Je pense que l'Europe devra, à terme, convertir une partie substantielle de ces prêts en dons. L'Ukraine ne peut pas reconstruire son pays en portant simultanément le poids d'une dette de guerre massive. Et les actifs russes gelés — plusieurs centaines de milliards d'euros — devraient servir, en totalité, à financer cette reconstruction. Ce serait la réparation minimale d'un préjudice colossal.

La Conférence de Gdańsk et la vision de l'après-guerre

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Reconstruire pendant que la guerre continue

L'idée même d'une conférence de « récupération » pour un pays encore en guerre est intrinsèquement paradoxale — mais elle répond à une nécessité pratique. Dans de nombreuses régions de l'Ukraine relativement éloignées du front, la reconstruction est déjà en cours : des maisons réparées, des ponts reconstruits, des centrales électriques remplacées, des villes libérées qui retrouvent une vie normale. Attendre la fin de la guerre pour commencer à reconstruire signifierait perdre des années irremplaçables.

Des études menées par la Banque mondiale, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) et d'autres institutions estiment que le coût total de la reconstruction de l'Ukraine pourrait dépasser 500 milliards d'euros. Cette somme colossale ne peut venir que d'une combinaison de soutien public international et d'investissements privés — ces derniers ne venant que si les conditions de sécurité et de gouvernance s'améliorent suffisamment pour rendre les investissements profitables.

L'après-guerre : qui paie, qui décide, qui supervise ?

Les questions politiques de la reconstruction sont aussi importantes que les questions financières. Qui décide des priorités de reconstruction ? Le gouvernement ukrainien ? Les bailleurs de fonds internationaux ? Une combinaison des deux ? Comment s'assurer que la reconstruction répond aux besoins réels de la population plutôt qu'aux intérêts des firmes de construction qui se bousculent pour les contrats ? Ces questions n'ont pas de réponses simples — mais elles doivent être posées maintenant, avant que les milliards commencent à circuler à grande vitesse.

La conférence de Gdańsk a posé certaines bases institutionnelles pour la gouvernance de la reconstruction. L'UE, qui sera le principal bailleur de fonds, joue un rôle de coordination. Le gouvernement ukrainien, malgré la guerre, a maintenu les capacités institutionnelles nécessaires pour participer à ces processus. Mais il faudra beaucoup plus de travail — et de rigueur — pour que la reconstruction de l'Ukraine réussisse à la hauteur des attentes et des besoins.

La reconstruction de l'Ukraine sera l'une des plus grandes entreprises de reconstruction nationale de l'histoire moderne. Elle devra être menée avec une rigueur, une transparence et une coordination internationales sans précédent. Et elle devra réussir — parce que l'Ukraine qui sort de cette guerre a le droit de prospérer, pas seulement de survivre.

Les mécanismes de financement européens au service de l'Ukraine

SAFE, PURL et les instruments de financement de la défense ukrainienne

Les 3,2 milliards d'euros annoncés à Gdańsk s'inscrivent dans un écosystème de mécanismes de financement européens de plus en plus sophistiqués. Le programme SAFE (Security Action for Europe) fournit des prêts à long terme aux États membres pour des achats de défense — dont une partie peut être allouée à l'Ukraine. Le mécanisme PURL (Pre-arranged United Replenishment Loans) permet aux alliés d'acheter des armes américaines spécifiquement pour les livrer à l'Ukraine. L'Assistance de Paix de l'Union européenne (APF) rembourse les États membres qui ont livré des armes à Kyiv depuis leurs stocks.

La Lituanie, qui a signé l'accord PURL à Gdańsk avec l'annonce d'un fonds de 40 millions d'euros pour l'acquisition d'armes américaines au profit de l'Ukraine, illustre la convergence de ces mécanismes. Le Premier ministre finlandais Petteri Orpo a également annoncé des engagements significatifs. L'architecture financière de soutien à l'Ukraine s'est professionnalisée, et cela se traduit par des flux de financement plus prévisibles et plus efficaces pour Kyiv.

La conférence de Gdańsk dans le contexte du sommet d'Ankara

La réunion de Gdańsk serve de préparation directe au sommet de l'OTAN d'Ankara des 7 et 8 juillet 2026. Les engagements pris en Pologne seront repris et amplifiés à Ankara, où un paquet d'aide militaire de 70 milliards d'euros pour l'Ukraine est attendu. Cette coordination en amont — annonces progressives qui bâtissent une dynamique avant le sommet principal — est une technique diplomatique délibérée pour créer de l'élan politique et rendre difficile tout recul de dernière minute.

Zelensky n'était pas à Gdańsk — une absence remarquée dans le contexte des tensions polono-ukrainiennes. Mais les décisions prises en son absence montrent que le soutien à l'Ukraine ne dépend plus uniquement de la présence personnelle de son président. Les mécanismes institutionnels européens et le soutien politique solide des partenaires clés garantissent une continuité de l'aide qui transcende les épisodes diplomatiques complexes.

L'absence de Zelensky à Gdańsk ne doit pas occulter l'essentiel : trois milliards d'euros ont été engagés pour l'Ukraine ce jour-là. L'argent parle plus fort que la présence. Et quand l'argent vient malgré les tensions diplomatiques, c'est que la relation stratégique est plus robuste que les frictions de surface ne le suggèrent. Varsovie et Kyiv ont tous deux compris que leur avenir dépendait l'un de l'autre.

L'absence de Zelensky à Gdańsk : contexte et signification politique

Une crise diplomatique polono-ukrainienne en toile de fond

La décision de Zelensky de ne pas se rendre à Gdańsk n'était pas un simple problème de calendrier. Elle reflète les tensions persistantes entre la Pologne et l'Ukraine sur des sujets historiques sensibles. La question de la Volhynie — les actes de l'UPA contre les populations polonaises en 1943-1945 — continue de peser sur la relation bilatérale. Le président élu polonais Karol Nawrocki a pris des positions hostiles à l'Ukraine sur ce dossier, allant jusqu'à demander le blocage de l'adhésion européenne ukrainienne. Dans ce contexte, la présence de Zelensky à Gdańsk aurait pu créer une situation diplomatique délicate.

Pourtant, l'absence de Zelensky n'a pas empêché les décisions financières de se prendre. Les 3,2 milliards d'euros engagés à Gdańsk — dont les contributions finlandaise, lituanienne et autres — sont allés à l'Ukraine indépendamment de la présence du président ukrainien. Cette réalité illustre une maturité croissante dans les mécanismes de soutien à l'Ukraine : les engagements financiers ne dépendent plus uniquement de la présence personnelle de Zelensky pour se matérialiser. L'architecture institutionnelle de soutien fonctionne de manière plus autonome qu'en 2022.

Pourquoi le soutien polonais reste essentiel malgré les tensions

Malgré les tensions diplomatiques de surface, la Pologne reste l'un des soutiens les plus importants de l'Ukraine. Son territoire est le principal corridor de transit de l'aide militaire occidentale vers Kyiv. Elle accueille des millions de réfugiés ukrainiens. Son industrie de défense (PGZ et ses filiales) produit des armes achetées par l'Ukraine. Et sa voix dans les institutions européennes et à l'OTAN reste précieuse pour maintenir la pression diplomatique sur la Russie.

La crise polono-ukrainienne doit donc être gérée avec soin — ni sous-estimée ni dramatisée. Les deux nations ont trop à perdre d'un effondrement de leur coopération. Le chemin passe par des discussions historiques sérieuses dissociées de la coopération stratégique immédiate. Varsovie peut travailler avec Kyiv sur la mémoire de la Volhynie tout en continuant à livrer des armes et à soutenir l'intégration européenne ukrainienne. Cette double piste est difficile politiquement. Elle est néanmoins la seule voie pragmatique disponible.

Conclusion : L'argent n'est qu'un début

3,2 milliards — une brique dans un édifice encore à construire

Le versement de 3,2 milliards d'euros à Gdańsk le 25 juin 2026 est une bonne nouvelle concrète pour l'Ukraine. Il arrive à un moment où le pays a besoin de soutien sur tous les fronts — militaire, financier, diplomatique. Il confirme que l'Union européenne maintient ses engagements et que le programme de soutien de 90 milliards n'est pas une promesse en l'air mais un instrument en cours d'exécution.

Mais 3,2 milliards, c'est moins de 1 % du coût estimé de la reconstruction totale. C'est une première brique dans un édifice qui prendra des années et des centaines de milliards à construire. L'Ukraine et ses alliés doivent maintenir le cap — maintenir les engagements financiers, maintenir la conditionnalité des réformes, maintenir la supervision de l'utilisation des fonds — sur la durée d'un effort qui ne se compte pas en mois mais en décennies.

L'investissement dans l'Ukraine est un investissement dans la sécurité européenne

Financer la reconstruction de l'Ukraine n'est pas de la philanthropie internationale — c'est un investissement stratégique dans la sécurité de l'Europe. Une Ukraine stable, prospère et démocratique, intégrée dans l'UE et l'OTAN, est le meilleur rempart contre les futures ambitions expansionnistes de la Russie. Une Ukraine appauvrie, fragmentée et désespérée serait une source d'instabilité permanente à la frontière orientale de l'Europe. Le choix, pour les décideurs européens, devrait être évident.

Trois milliards d'euros promis à Gdańsk. Combien seront vraiment livrés, dans les délais promis, avec la qualité requise? L'histoire des aides à l'Ukraine a parfois déçu sur l'exécution même quand les intentions étaient bonnes. Mais la tendance est claire : les montants augmentent, les engagements se précisent, et les alliés sont de moins en moins enclins à se cacher derrière des formules vagues. C'est du progrès. C'est même, à l'échelle de ce conflit, un progrès remarquable.

Signé Maxime Marquette, chroniqueur

Encadré de transparence du chroniqueur

Positionnement éditorial

Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l'observation et l'analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.

Je ne prétends pas à l'objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l'interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d'offrir une lecture critique des événements.

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Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. La règle de méthode est constante : une information factuelle n'est publiée que si une source vérifiable la porte, et les sources effectivement utilisées par cet article sont listées sous Sources, jamais ici.

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Nature de l'analyse

Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d'experts cités dans les sources consultées.

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). TÉMOIGNAGE : 3,2 milliards de l'UE pour l'Ukraine à Gdańsk — la promesse qui ne doit pas être vaine. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/temoignage-3-2-milliards-de-l-ue-pour-l-ukraine-a-gdansk-la-promesse-qui-ne-doit

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