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La ChroniqueReportage· N° 81

REPORTAGE : Soudan — L'ONU sonne l'alarme sur el-Obeid, 29 pays au Conseil des droits

Le 18 juin 2026, depuis Genève, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Volker Türk, a lancé un cri d'alarme retentissant : « Arrêtez cette folie ». Derrière ces trois mots, une réalité terrible — une ville de quelque 500 000 civils, el-Obeid,…

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  1. Le 18 juin 2026, depuis Genève, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Volker Türk, a lancé un cri d'alarme retentissant : « Arrêtez cette folie ». Derrière ces trois mots, une réalité terrible — une ville de quelque 500 000 civils, el-Obeid,…
  2. Introduction : le monde regarde, et el-Obeid attend l'assaut
  3. Une ville encerclée, une catastrophe annoncée
Transparence

Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.

Introduction : le monde regarde, et el-Obeid attend l'assaut

Une ville encerclée, une catastrophe annoncée

Le 18 juin 2026, depuis Genève, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Volker Türk, a lancé un cri d'alarme retentissant : « Arrêtez cette folie ». Derrière ces trois mots, une réalité terrible — une ville de quelque 500 000 civils, el-Obeid, capitale de l'État du Kordofan du Nord au centre du Soudan, se retrouve encerclée de toutes parts par les forces paramilitaires des Forces de soutien rapide (RSF), armées jusqu'aux dents, leurs drones vrombissant jour et nuit au-dessus des quartiers résidentiels. La guerre civile soudanaise, déclenchée en avril 2023 entre les RSF et les Forces armées soudanaises (FAB), est entrée dans une phase nouvelle d'horreur.

Cette fois, la communauté internationale ne peut pas dire qu'elle n'était pas avertie. Vingt-neuf pays se sont levés au Conseil des droits de l'homme de l'ONU, en session depuis le 15 juin à Genève, pour dénoncer les menaces imminentes d'atrocités. Une coalition conduite par la Norvège, au nom du Groupe pour la prévention des atrocités et la justice pour le Soudan — réunissant la Grande-Bretagne, le Canada, la France, l'Allemagne, l'Irlande, les Pays-Bas et la Sierra Leone, auxquels se sont joints 21 autres États — a exigé, avec une rare unanimité diplomatique, l'arrêt immédiat de l'assaut. La question n'est plus de savoir si el-Obeid peut tomber, mais de savoir si le monde aura la volonté d'empêcher le prochain massacre de masse.

Un scénario déjà vu, une mémoire qui brûle

Volker Türk n'a pas mâché ses mots : « Nous avons déjà vu ce scénario. Nous ne pouvons pas permettre la répétition des atrocités évitables que nous avons documentées à el-Fasher et au camp de personnes déplacées de Zamzam, au Darfour, l'an passé. » El-Fasher — l'une des grandes villes du Darfour occidental — est tombée en octobre 2025 après dix-huit mois de siège. La Mission d'enquête des Nations Unies a conclu que les événements qui s'y sont déroulés portaient « les caractéristiques du génocide » : massacres de masse, viols collectifs, pillages systématiques. Au moins 6 000 personnes ont été tuées en trois jours lors de l'offensive finale, selon les chiffres de l'ONU. El-Obeid est la prochaine case sur l'échiquier sanglant des RSF — et ses habitants le savent.

Depuis plus de dix-huit mois, la population d'el-Obeid vit dans des conditions proches d'un siège : ravitaillement perturbé, services de base fragilisés, commerce étranglé. Les FAB avaient réussi à briser le premier blocus en février 2025, transformant la ville en quartier général avancé des opérations militaires pour les régions du Kordofan et du Darfour. Mais depuis l'automne 2025, après la chute d'el-Fasher, les RSF ont redéployé massivement leurs forces vers le centre du Soudan, réimposant une pression de plus en plus étranglante autour d'el-Obeid, par le nord depuis Bara (à 60 km), par le sud depuis la zone de Kazgil (à 70 km) et par l'ouest depuis le massif de Jabal Abu Sunun (à 40 km).

El-Obeid : carrefour stratégique, cible prioritaire des RSF depuis avril 2023

Une ville-verrou au cœur du Soudan

El-Obeid n'est pas une ville ordinaire. C'est le quartier général des Forces armées soudanaises au Kordofan central, le nœud logistique par excellence : la ville se trouve à la jonction de deux autoroutes majeures, l'une orientée est-ouest, l'autre nord-sud, qui relient les lignes de front à Khartoum, contrôlée par les FAB, et à la Vallée du Nil, la région la plus densément peuplée du Soudan. Perdre el-Obeid pour les FAB, ce serait perdre leur colonne vertébrale logistique en Afrique centrale soudanaise — et compromettre leur capacité à alimenter en hommes et en matériel l'ensemble du théâtre occidental. Pour les RSF, s'en emparer, c'est briser l'impasse militaire qui dure depuis deux ans.

L'autoroute nord-sud qui part d'el-Obeid descend vers le sud à travers des zones de population contestées — notamment Dilling, à environ 160 kilomètres — avant d'atteindre le plus grand hub pétrolier du Soudan, situé à la frontière avec le Soudan du Sud, que les RSF ont capturé en décembre 2025. Contrôler el-Obeid permettrait aux RSF de relier leurs positions d'ouest en est, d'unifier leur commandement territorial et de couper définitivement les FAB de leurs alliés potentiels dans le sud. C'est pourquoi les RSF avaient classé el-Obeid comme objectif prioritaire depuis le premier jour du conflit, en avril 2023.

Un siège reimposé après un espoir bref

La brève résurrection d'el-Obeid, en février 2025, quand les FAB avaient brisé le premier blocus, n'aura duré qu'une saison. Dès l'automne 2025, après avoir consolidé leur emprise sur tout l'ouest du Soudan, les RSF ont redéployé des colonnes entières de combattants — du Darfour et du Kordofan occidental — vers le centre du pays. Selon les analystes de Critical Threats, ces forces comprennent plusieurs dizaines de véhicules blindés et pourraient inclure des systèmes de défense antiaérienne, d'après de multiples analystes open-source. Les RSF ont repris leurs positions à Kazgil et à um Sumeima au sud, verrouillant ainsi le siège partiel depuis le nord, le sud et l'ouest.

Depuis le 10 juin 2026, les RSF mènent des frappes de drones quotidiennes sur el-Obeid — une cadence que l'organisation Armed Conflict Location & Event Data (ACLED) n'avait pas enregistrée depuis mars 2026. La stratégie est méthodique : affaiblir les défenses avant l'assaut terrestre, comme cela s'est passé avant les offensives réussies sur Babanusa et sur el-Fasher. L'histoire se répète avec une précision glaçante.

Dix jours de drones : la terreur systématique sur les civils

Un bilan qui s'alourdit chaque jour

La coalition des 29 pays au Conseil des droits de l'homme a dénombré, dans sa déclaration commune, dix jours consécutifs de frappes de drones ayant causé la mort d'au moins 50 civils dans et autour d'el-Obeid et du Kordofan du Nord, avec des dommages considérables sur les infrastructures civiles. Des rapports locaux cités par le réseau Ayin Network confirment que les drones RSF ciblent en priorité les stations d'essence et les camions-citernes — non pas par hasard, mais délibérément, pour provoquer une crise aiguë de carburant qui paralyse les transports publics, perturbe les installations de traitement de l'eau et force les habitants à se déplacer à pied ou en charrette à ânes.

Le 11 juin 2026, une frappe de drone RSF sur des quartiers résidentiels d'el-Obeid a tué au moins 16 personnes et en a blessé plusieurs dizaines, selon les médecins de l'hôpital universitaire de la ville. Les témoins ont décrit des explosions dans plusieurs secteurs en même temps, notamment les quartiers d'Al-Muwazafin et d'Al-Matar. Le groupe Emergency Lawyers a en outre documenté une frappe sur des personnes rassemblées lors d'un enterrement au cimetière Dalil — quatre morts, sept blessés —, ainsi qu'une attaque sur un camion transportant des vivres vers la ville. Le Washington Post a rapporté que, dans la seule nuit du 10 au 11 juin, au moins 15 personnes avaient été tuées et de nombreuses autres grièvement blessées.

Un travailleur humanitaire parmi les victimes

Parmi les civils tués par les frappes de drones dans des quartiers résidentiels d'el-Obeid au cours de la semaine précédant le 18 juin, figure un travailleur humanitaire, selon le communiqué du Secrétaire général Guterres. Son porte-parole Stéphane Dujarric a rappelé que « les travailleurs humanitaires et les fournitures doivent pouvoir circuler en sécurité. Les opérations humanitaires doivent être protégées et facilitées. » El-Obeid est le principal hub de la réponse humanitaire pour l'ensemble de la région du Kordofan — ce qui en fait, aux yeux des RSF, une cible d'autant plus stratégique : priver les civils de secours, c'est accélérer leur reddition.

La Mission d'enquête des Nations Unies sur le Soudan, dans son rapport présenté au Conseil des droits de l'homme le 15 juin, a documenté depuis le début de l'année plus de 1 000 civils tués par des frappes de drones entre janvier et mai 2026 — soit environ 80 % de toutes les morts liées au conflit recensées sur cette période. Au moins 16 frappes sur des centres de santé et 33 attaques sur des marchés ont été répertoriées. La cheffe adjointe aux droits de l'homme de l'ONU, Awa Dabo, a averti que « le conflit s'est approfondi et élargi » et que « la communauté internationale doit agir urgemment — pour protéger le peuple soudanais et éviter une crise encore plus large ».

La crise du carburant et l'effondrement des services de base

Des camions-citernes détruits, une ville à bout

Les frappes de drones RSF ont, selon les données compilées par Critical Threats, détruit au moins huit dépôts de carburant des FAB et plusieurs camions-citernes en route vers el-Obeid. Résultat : des pénuries généralisées d'essence qui paralysent les transports publics, rendent inaccessibles les stations d'eau et mettent en danger les générateurs des hôpitaux. Le réseau Ayin Network, cité par Middle East Eye, décrit une ville où les habitants fuient vers l'État du Nil Blanc voisin à pied ou en charrettes tirées par des ânes, faute de pouvoir alimenter leurs véhicules. Ce n'est pas une métaphore de la régression — c'est la réalité d'el-Obeid en juin 2026.

Les installations de traitement de l'eau ont été perturbées par la crise du carburant. Dans une ville qui endure des conditions proches d'un siège depuis plus de dix-huit mois, le manque d'eau potable est une arme à part entière. L'OCHA a rappelé que la guerre a déjà déplacé plus de 13 millions de personnes à l'intérieur du Soudan et poussé des millions d'autres au bord de la famine. L'accès humanitaire reste gravement restreint dans une grande partie du pays — et el-Obeid, malgré son rôle de hub régional, est elle-même sous pression constante depuis la reprise du siège partiel.

Dilling : avant-poste d'un effondrement possible

La ville de Dilling, à environ 160 km au sud d'el-Obeid, illustre parfaitement la mécanique du siège progressif que les RSF maîtrisent désormais à la perfection. Les FAB avaient partiellement brisé le siège de deux ans imposé à Dilling en janvier 2026, en ouvrant une route secondaire vers el-Obeid. Mais les RSF ont depuis lors presque doublé leurs tirs d'artillerie et frappes de drones mensuels sur la ville depuis mars, comparé à janvier-février. Des opérations terrestres répétées tentent d'avancer jusqu'aux faubourgs de Dilling, que les FAB ont jusqu'ici repoussées. Le redéploiement RSF récent dans la zone de Kazgil, au sud d'el-Obeid, pourrait servir aussi bien une offensive vers le nord sur el-Obeid que vers le sud sur Dilling — une ambiguïté stratégique délibérée.

Selon les analystes de Critical Threats, les RSF cherchent peut-être à s'emparer d'une ville-clé au sud d'el-Obeid pour resserrer l'étau avant tout assaut final sur la capitale du Kordofan. La prise de Dilling permettrait de couper la dernière route d'approvisionnement terrestre reliant el-Obeid au sud. Dans ce contexte, chaque frappe de drone sur Dilling n'est pas un bombardement isolé — c'est une pièce d'un puzzle stratégique qui vise à l'asphyxie totale d'el-Obeid.

29 pays au Conseil des droits de l'homme : une mobilisation diplomatique inédite

La déclaration de Genève et ses signataires

Le 18 juin 2026, à Genève, lors de la 62e session régulière du Conseil des droits de l'homme de l'ONU, l'ambassadeur de Norvège, Tormod Endresen, a présenté au nom de la Coalition pour la prévention des atrocités et la justice pour le Soudan une déclaration commune réunissant 29 pays — la Grande-Bretagne, le Canada, la France, l'Allemagne, l'Irlande, les Pays-Bas, la Norvège, la Sierra Leone, auxquels s'ajoutent 21 autres États. La déclaration exprime une « profonde préoccupation face aux menaces imminentes d'atrocités et de meurtres intentionnels au Soudan » et exige l'arrêt immédiat de l'assaut RSF sur al-Obeid.

« Nous sommes profondément alarmés par le risque d'escalade imminente sur le terrain, qui met environ 500 000 civils en danger de devenir victimes d'atrocités à grande échelle, dont plus de 100 000 personnes déplacées à l'intérieur du pays », a déclaré l'ambassadeur Endresen devant le Conseil. La déclaration cite dix jours consécutifs de frappes de drones, mentionne les « nombreux témoignages crédibles de violences à motivation ethnique, y compris sexuelles et de genre », et appelle tous les États à exercer une pression maximale sur les RSF, les FAB et leurs alliés respectifs pour prévenir les atrocités et protéger les civils. L'accès humanitaire sans entraves est également exigé.

L'Union européenne emboîte le pas

Le lendemain, 19 juin 2026, le porte-parole du Service européen pour l'action extérieure (SEAE) a publié une déclaration aux termes sans ambiguïté : « El-Obeid ne doit pas devenir un autre el-Fasher. L'Union européenne appelle les Forces de soutien rapide à mettre immédiatement fin à leur assaut sur el-Obeid. Les meurtres de civils, la violence à l'égard des groupes ethniques et le ciblage des infrastructures civiles doivent cesser. Les civils doivent pouvoir partir librement et en sécurité, et les acteurs humanitaires disposer d'un accès rapide, sûr et sans entrave. » La formule est identique à celle employée par Volker Türk — et ce n'est pas une coïncidence.

La Grèce, s'exprimant lors du dialogue interactif du 16 juin au Conseil des droits de l'homme, a condamné « les attaques continues contre les civils, y compris les travailleurs humanitaires et de santé, ainsi que les infrastructures civiles, qui dans le cas d'el-Fasher pourraient être caractérisées comme un génocide ». Cette convergence de condamnations diplomatiques — ONU, UE, coalition de 29 États — est remarquable. Elle souligne l'unanimité du diagnostic. Ce qui manque, c'est l'action.

Les EAU au cœur du système d'armement des RSF

Des livraisons documentées à travers trois pays

Derrière la puissance de frappe des RSF se trouve un réseau logistique sophisticated dont le principal bailleur de fonds est, selon de multiples sources, les Émirats arabes unis (EAU). Selon l'analyse de Critical Threats, les EAU constituent le soutien « indispensable » des RSF depuis le début de la guerre, en fournissant équipements, personnel et armements — dont des drones et des véhicules blindés — via des routes d'approvisionnement passant principalement par le Tchad, l'Éthiopie et la Libye. Des vols liés aux Émirats transportant des chargements d'armes présumées ont continué d'atterrir dans plusieurs aéroports du Tchad et de Libye, avant de transiter vers l'ouest du Soudan contrôlé par les RSF.

À la fin du mois de mai 2026, l'analyste open-source Rich Tedd a signalé que les RSF avaient reçu plusieurs livraisons de véhicules blindés présumés d'origine émiratie via la Libye. Ces blindés pourraient faire partie des forces actuellement déployées autour d'el-Obeid, bien que la corrélation directe reste incertaine selon Critical Threats. Un rapport de Human Rights Watch publié le 25 mai 2026 va plus loin : intitulé « De Bogotá à el-Fasher », il documente en 83 pages le rôle d'une société de sécurité liée à Abou Dhabi qui aurait recruté des centaines de mercenaires privés colombiens, les faisant transiter par des bases émiraties avant de les déployer aux côtés des RSF — y compris lors de la prise d'el-Fasher en octobre 2025, où la Mission de l'ONU a constaté les signes caractéristiques du génocide.

Réseaux et routes : Libye, Tchad, Éthiopie, Ouganda, Somalie

Selon Middle East Eye, le réseau logistique des EAU vers les RSF inclut la Libye, le Tchad, l'Ouganda et les régions sécessionnistes de Somalie. Ces routes permettent de contourner les restrictions sur les livraisons d'armes directes et d'acheminer du matériel militaire en profitant de la porosité des frontières et de la faiblesse des institutions dans ces États. La mission d'enquête de l'ONU a également documenté le rôle de Al-Goney Hamdan Dagalo — frère du chef des RSF, Mohamed Hamdan « Hemedti » Dagalo, et directeur de l'approvisionnement des RSF — dans la gestion des achats d'armes et de matériel militaire, ce qui lui a valu une inscription aux sanctions de l'ONU via une notice spéciale Interpol.

Du côté soudanais, les FAB ont conduit le 9 juin 2026 une frappe de drone près de la frontière tchadienne, endommageant un pont identifié par Rich Tedd comme un point clé de la chaîne d'approvisionnement RSF depuis le Tchad. Cette frappe a été condamnée par les États-Unis et l'ONU au motif qu'elle perturbait l'acheminement de l'aide humanitaire — illustrant la complexité tragique du terrain, où routes militaires et corridors humanitaires se superposent souvent.

Le spectre d'el-Fasher : un précédent qui hante el-Obeid

Dix-huit mois de siège, une ville martyre

Pour comprendre ce qui attend el-Obeid si la communauté internationale reste sans réaction, il suffit de regarder ce qui s'est passé à el-Fasher, capitale du Darfour du Nord. Cette ville d'environ un million d'habitants avait résisté pendant dix-huit mois à l'encerclement des RSF — dernière grande ville du Darfour encore sous contrôle des FAB. L'offensive finale a débuté le 25 octobre 2025. En quelques jours, les RSF ont submergé les défenses, commettant selon l'ONU des actes qui portent « les caractéristiques du génocide » : meurtres de masse ciblant les groupes ethniques Masalit, viols collectifs systématiques, pillages généralisés.

La Straits Times et l'U.S. News rapportent que la coalition des 29 pays a explicitement cité la chute d'el-Fasher comme le scénario qu'ils veulent éviter de voir se répliquer à el-Obeid. Volker Türk a insisté : « Nous connaissons les conséquences. Nous ne pouvons pas permettre la répétition des atrocités évitables que nous avons documentées. » Le Secrétaire général Guterres a été encore plus direct : « Nous ne devons pas permettre que les horreurs d'el-Fasher se répètent à el-Obeid. » Ces formulations ne sont pas rhétoriques — elles s'appuient sur une documentation précise d'exactions caractérisées.

La mécanique répétée des RSF avant les offensives

Ce qui rend la situation d'el-Obeid particulièrement alarmante, c'est que les RSF appliquent exactement le même plan opérationnel que celui utilisé avant les offensives sur Babanusa et el-Fasher : d'abord, des semaines de frappes de drones intenses sur les infrastructures de carburant, de communication et de commandement militaire, pour affaiblir les capacités de résistance ; ensuite, un redéploiement de forces blindées sur plusieurs axes ; enfin, une offensive terrestre sur plusieurs fronts simultanés. ACLED a documenté que la cadence de frappes de drones depuis le 10 juin 2026 sur el-Obeid atteint un niveau sans précédent depuis mars 2026 — signe que l'on se trouve dans la phase préparatoire d'une offensive imminente.

L'African Center for Strategic Studies a rapporté, le 15 juin, que des sources militaires décrivaient un déploiement de renforts RSF « sans précédent » autour d'el-Obeid, avec des concentrations majeures dans les zones de Kazgail et Al-Rayash au sud, et dans les zones de Bara et Jurayjikh au nord. Un assaut multi-axes était anticipé dans les 72 heures à compter de ce rapport — soit autour du 18 juin. La date à laquelle 29 pays ont justement déclenché leurs appels à l'ONU.

La guerre des drones : une nouvelle doctrine de terreur au Soudan

Plus de 1 000 civils tués par des drones en cinq mois

Le Soudan est en train de devenir l'un des théâtres mondiaux les plus meurtriers de la guerre des drones contre les civils. Selon les données présentées par l'ONU au Conseil des droits de l'homme le 15 juin 2026, plus de 1 000 civils ont été tués par des frappes de drones entre janvier et mai 2026, soit environ 80 % de l'ensemble des morts civiles liées au conflit sur cette période. Le représentant britannique à l'ONU Genève, Kumar Iyer, a cité, de son côté, le chiffre de « plus de 880 civils tués par des frappes de drones cette année » — un chiffre légèrement inférieur portant sur les quatre premiers mois. ACLED a enregistré une hausse de 600 % des décès civils liés aux drones sur les deux dernières années.

Les deux parties au conflit — les FAB et les RSF — ont recours aux drones armés. Mais les RSF ont été plus systématiques dans le ciblage de populations civiles : marchés, centres de santé, camps de déplacés, cérémonies funèbres, camions alimentaires. La cheffe adjointe aux droits de l'homme de l'ONU, Awa Dabo, a dénoncé clairement que « les schémas répétés de frappes aériennes, y compris par drones, sur les marchés, les établissements de santé, et les infrastructures hydrauliques et énergétiques soulèvent de graves préoccupations au regard du droit international humanitaire ». Ce n'est pas une évaluation ambiguë — c'est une qualification de crimes de guerre.

L'escalade vers des frappes dans des régions auparavant épargnées

Le rapport de la Mission d'enquête de l'ONU note que les frappes de drones, concentrées initialement au Darfour et au Kordofan, se sont étendues au Nil Bleu, au Nil Blanc et à Khartoum. Même des régions qui avaient jusqu'alors été relativement épargnées sont désormais touchées. Le 6 mai 2026, des drones RSF ont frappé l'aéroport international de Khartoum alors même que des vols civils et des opérations d'aide humanitaire étaient en cours — la première attaque de ce type en sept mois. La Human Rights Foundation, qui a documenté cet événement, a noté que l'attaque coïncidait avec l'arrivée d'un vol civil en provenance du Caire, causant des dommages à une annexe administrative et l'évacuation du personnel aéroportuaire.

Le gouvernement militaire soudanais a formellement accusé l'Éthiopie et les EAU de participation directe, présentant des preuves selon lesquelles les drones RSF tirés depuis le 1er mars 2026 provenaient de l'aéroport de Bahir Dar en Éthiopie et avaient été fournis par les EAU. Khartoum a rappelé son ambassadeur d'Éthiopie en signe de protestation. Ces accusations, si elles sont confirmées, constitueraient une grave violation du droit international — et expliqueraient la sophistication technologique croissante des drones RSF, qui dépassent largement ce que des groupes armés non étatiques ordinaires peuvent acquérir.

Le Conseil des droits de l'homme en session : un mécanisme sous pression

La 62e session et les demandes d'extension de la Mission d'enquête

La 62e session régulière du Conseil des droits de l'homme, ouverte le 15 juin 2026 sous la présidence de l'ambassadeur indonésien Sidharto Reza Suryodipuro, a consacré une grande partie de ses travaux au Soudan. Un dialogue interactif renforcé avec la Mission internationale indépendante d'enquête pour le Soudan a eu lieu le 15 juin, permettant à Awa Dabo de présenter l'état des droits humains : plus de mille morts civiles par drones en cinq mois, des arrestations arbitraires, des actes de torture, des disparitions forcées, des violences sexuelles documentées, ainsi que le recrutement et l'exploitation d'enfants par les deux belligérants. La Mission a recommandé de prolonger son mandat d'au moins deux ans afin de pouvoir documenter les causes profondes du conflit.

Lors de ce dialogue, les représentants de plusieurs pays ont exprimé des positions contrastées. La Grèce a condamné les attaques et évoqué le génocide. Les États-Unis maintiennent leur qualification de génocide en cours au Darfour occidental, portée par l'administration précédente, et que Human Rights Watch et d'autres organisations ont renforcée avec leurs nouvelles preuves. La Russie, pour sa part, a déclaré « défendre la préservation de l'unité, de l'intégrité territoriale et de la souveraineté du Soudan » — tout en critiquant les efforts des RSF pour établir des structures gouvernementales parallèles, ce qui représente une subtile prise de distance avec Khartoum plutôt qu'une véritable condamnation des exactions des RSF.

Les appels à couper les flux d'armes

La coalition de 29 pays a également appelé les États à exercer une pression maximale sur les RSF, les FAB et leurs alliés — une formulation diplomatique qui, traduite en langage concret, vise clairement les EAU pour les RSF, et dans une moindre mesure l'Iran et la Russie pour les FAB. Le représentant britannique Kumar Iyer a « déploré le ciblage continu des infrastructures civiles, y compris les écoles, les marchés et les hôpitaux ». L'Organisation internationale pour les droits de l'homme (ISHR) a, de son côté, exhorté les États à « cesser tout soutien alimentant le conflit » et à imposer un cessez-le-feu immédiat. La Commission africaine des droits de l'homme et des peuples a, en mai 2026, voté la prolongation de son propre mécanisme d'enquête pour un an.

Sur le plan des sanctions, des mesures ont déjà été prises contre des personnalités des RSF — notamment via une notice spéciale Interpol-Conseil de sécurité de l'ONU visant Al-Goney Hamdan Dagalo, directeur de l'approvisionnement des RSF. Mais les experts estiment que les sanctions individuelles, aussi symboliques qu'elles soient, ne suffisent pas à interrompre les chaînes logistiques qui alimentent la guerre. Ce qu'il faut, selon une analyse publiée dans la revue The Almendron, c'est une « déproxification » : mettre fin au processus par lequel des acteurs externes alimentent la guerre en utilisant les FAB et les RSF comme leurs proxies.

Les déplacés internes : 14 millions de vies brisées

La plus grande crise de déplacement au monde

La guerre civile soudanaise, déclenchée en avril 2023, a produit la plus grande crise de déplacement interne au monde. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA) estime que le conflit a déplacé plus de 13 millions de personnes à l'intérieur du Soudan. Al Jazeera et le Straits Times citent un chiffre de 14 millions de déplacés, incluant probablement les réfugiés dans les pays voisins. Plus de 100 000 déplacés internes se trouvent spécifiquement à el-Obeid, selon la déclaration des 29 pays devant le Conseil des droits de l'homme, ce qui signifie que parmi les 500 000 civils en danger dans la ville, un cinquième sont déjà des personnes ayant fui d'autres zones de conflit.

Les conditions de vie pour ces personnes sont catastrophiques. Les opérations humanitaires sont sévèrement contraintes par les combats, les refus d'accès et les attaques contre les convois. Un travailleur humanitaire a été tué lors des frappes de drones RSF sur des quartiers résidentiels d'el-Obeid dans la semaine précédant le 18 juin. El-Obeid est le principal hub logistique de la réponse humanitaire pour tout le Kordofan — si la ville tombe ou est assiégée plus complètement, les conséquences humanitaires pour l'ensemble de la région seront dévastatrices, coupant des dizaines de milliers de personnes de leur dernière ligne d'approvisionnement en nourriture, médicaments et eau.

Violences ethniques et risques de nouvelles vagues de déplacement

La déclaration de la coalition des 29 pays mentionne explicitement « de nombreux témoignages crédibles de violences à motivation ethnique, y compris sexuelles et de genre » dans le Kordofan. Les analystes et organisations de défense des droits de l'homme documentent depuis des mois un ciblage préférentiel de certaines communautés ethniques par les RSF, dans la continuité du schéma observé au Darfour. Le groupe tribal Masalit — déjà victime de massacres à el-Fasher — est particulièrement menacé. Des villages et un marché central dans la localité d'Um Baru, au Darfour du Nord, ont été brûlés et pillés lors d'une attaque attribuée aux RSF le dimanche 13 juin, selon Sudan Tribune.

La Mission d'enquête de l'ONU a par ailleurs documenté dans sa présentation du 15 juin au Conseil des droits de l'homme des schémas de détention arbitraire, torture, disparitions forcées perpétrés par les deux parties — mais avec une concentration particulière sur les RSF s'agissant des violences ethniques et sexuelles. Ces actes, s'ils sont commis dans le cadre d'une politique systématique, constituent des crimes contre l'humanité, voire des actes génocidaires au sens du droit international. C'est pourquoi la qualification de génocide, déjà formellement avancée par les États-Unis pour les événements au Darfour occidental, est sur les lèvres de nombreux diplomates qui observent ce qui se prépare à el-Obeid.

Les appels à l'action : de Guterres à Türk, une urgence partagée

Le Secrétaire général tire la sonnette d'alarme

Le 18 juin 2026, le Secrétaire général des Nations Unies António Guterres a exprimé par l'intermédiaire de son porte-parole Stéphane Dujarric une vive inquiétude face aux « rapports faisant état d'importants renforts militaires des RSF autour d'el-Obeid, ce qui pourrait indiquer une offensive terrestre imminente sur la ville ». Cette déclaration, diffusée le même jour que celle de Volker Türk, constitue une double alerte de la plus haute instance onusienne. Guterres a rappelé un constat amer que l'ONU répète depuis le début du conflit : « Bien trop souvent dans ce conflit, des avertissements clairs n'ont pas déclenché une action concertée de la communauté internationale. »

L'appel de Guterres ne s'adresse pas aux belligérants uniquement — il s'adresse surtout à « tous ceux qui ont de l'influence sur les parties » pour qu'ils l'exercent « afin d'éviter de nouveaux effusions de sang ». Cette formulation diplomatique désigne nommément, sans les nommer, les États extérieurs qui alimentent la guerre — les EAU pour les RSF, potentiellement d'autres acteurs pour les FAB. L'ONU sait que les deux parties ont des parrains. Elle leur demande de faire usage de leur influence — pas de continuer à fournir des armes.

Türk : « Les États avec de l'influence ont le devoir de l'exercer maintenant »

Volker Türk a été plus direct encore dans son choix des mots. Il a exigé que les États coupent court à « cette folie » et a rappelé avec une économie de mots cinglante : « L'offensive imminente contre el-Obeid risque de conduire à la commission de crimes internationaux graves et d'approfondir l'impact catastrophique sur une population civile déjà éprouvée. » La gravité de ce diagnostic est sans équivoque. Türk n'emploie pas le conditionnel pour minimiser — il emploie le terme de « crimes internationaux graves », ce qui implique une responsabilité pénale directe pour les commandants qui ordonneraient ou permettraient de telles actions.

L'appel de Türk s'inscrit dans une longue série d'avertissements que l'ONU a lancés tout au long de ce conflit. Ses prédécesseurs avaient sonné l'alarme sur el-Fasher. Sur Zamzam. Sur le Darfour. À chaque fois, les avertissements ont été documentés avec précision — et ignorés avec la même précision. La différence, cette fois, réside peut-être dans la mobilisation de 29 États membres au Conseil des droits de l'homme le même jour. Mais une mobilisation verbale, aussi nombreuse soit-elle, ne bloque pas des blindés sur la route de Kazgil.

Les États-Unis et l'Occident : entre condamnations verbales et impuissance structurelle

Washington nomme le génocide, mais l'action reste limitée

Les États-Unis ont été parmi les premiers à qualifier les événements au Darfour occidental de génocide, une désignation officielle qui entraîne théoriquement des obligations juridiques d'action. Washington a également condamné les liens entre les EAU et les RSF — tout en maintenant des relations commerciales et stratégiques complexes avec Abou Dhabi. Parallèlement, l'administration américaine a condamné la frappe des FAB sur le pont à la frontière tchadienne le 9 juin, au motif de la perturbation de l'aide humanitaire — une position qui illustre la difficulté de maintenir une cohérence quand les deux parties commettent des violations du droit humanitaire international.

La Grande-Bretagne, membre de la coalition des 29 pays, a été particulièrement active diplomatiquement. Kumar Iyer a pris la parole au Conseil des droits de l'homme pour dénoncer la mort de plus de 880 civils par drones cette année et pour condamner le ciblage des hôpitaux, des marchés et des écoles. London a soutenu la demande de prolongation du mandat de la Mission d'enquête de l'ONU. La France et l'Allemagne ont co-signé la déclaration de la coalition. Mais aucune de ces capitales occidentales n'a, à ce stade, annoncé de nouvelles sanctions contre les EAU ou contre les commandants des RSF — ce qui, aux yeux des ONG de défense des droits de l'homme, constitue une incohérence difficile à défendre.

L'impasse structurelle : intérêts économiques contre impératifs humanitaires

L'analyse publiée par des experts de la politique internationale et reprise par The Almendron en mai 2026 identifie clairement l'obstacle central : « Ce qu'il manque, c'est la volonté » d'interrompre les flux d'armes et d'argent qui alimentent la guerre. Les États-Unis, le Royaume-Uni et l'UE pourraient théoriquement cibler des institutions financières traitant l'argent destiné à l'armement des RSF, sanctionner nommément les fournisseurs d'armes et les intermédiaires financiers, et renforcer les restrictions bancaires. Ces outils existent. Ils ne sont pas utilisés à leur pleine capacité.

L'Union africaine, de son côté, dispose d'un envoyé en Afrique centrale mais se retrouve dans une position délicate face aux États membres qui entretiennent des liens avec l'une ou l'autre partie. La Commission africaine des droits de l'homme a prolongé son mécanisme d'enquête — signe d'une préoccupation croissante — mais l'UA n'a pas de capacité d'intervention militaire directe, et son autorité morale est fragilisée par les ambiguïtés de plusieurs de ses membres. Le paradoxe est cruel : les organes qui ont la légitimité n'ont pas la force ; ceux qui ont la force n'ont pas toujours la volonté.

Kordofan, grenier du Soudan : enjeux économiques d'un conflit mortel

Agriculture, carrefours commerciaux, ressources stratégiques

Le Kordofan n'est pas seulement un théâtre de guerre — c'est le grenier agricole du Soudan, la région qui produit une part essentielle des céréales dont dépend la population soudanaise. La prise de contrôle du Kordofan par les RSF permettrait non seulement de contrôler les routes stratégiques vers Khartoum et vers le sud, mais aussi de s'approprier les ressources agricoles qui constituent la base de la sécurité alimentaire du pays. Dans un pays où des millions de personnes sont au bord de la famine, la militarisation du grenier agricole est une menace existentielle.

El-Obeid contrôle également des carrefours commerciaux essentiels reliant le centre et l'ouest du Soudan. Sa position à la jonction des autoroutes est-ouest et nord-sud en fait un nœud incontournable du commerce intérieur soudanais. La destruction de ces infrastructures par des années de bombardement et de siège représente un coût économique à long terme que le Soudan — déjà l'un des pays les plus pauvres au monde — mettra des décennies à surmonter. Chaque frappe de drone qui détruit un dépôt de carburant, un marché ou une infrastructure de transport ne détruit pas seulement un bâtiment : elle détruit une économie locale déjà à genoux.

L'or et la guerre : les intérêts financiers derrière le conflit

Derrière la violence, il y a aussi une économie de guerre. Le Soudan est l'un des principaux producteurs d'or d'Afrique, et les deux camps cherchent à contrôler les mines aurifères disséminées dans tout le pays, notamment au Darfour et au Kordofan. Les RSF contrôlent plusieurs sites miniers et ont établi des systèmes de taxation parallèles dans les zones sous leur contrôle, finançant ainsi leur effort de guerre. Des analystes cités dans le rapport sur les flux d'armes (The Almendron) estiment qu'il faut une perturbation coordonnée de chaque route d'armes, chaque expédition d'or et chaque couloir logistique qui maintiennent la guerre en vie. Sans couper ces financements, les combats peuvent continuer indéfiniment.

La connexion entre l'or soudanais, les EAU — qui en sont l'un des principaux acheteurs et raffineurs — et le financement des RSF est documentée par plusieurs rapports d'experts de l'ONU et d'organisations non gouvernementales. Ce circuit économique représente l'une des raisons pour lesquelles des pressions diplomatiques isolées ont jusqu'ici eu peu d'effet : tant que les RSF peuvent financer leur guerre grâce à l'or et au soutien des EAU, les appels verbaux à la cessation des hostilités resteront sans prise sur la réalité du terrain.

Conclusion : el-Obeid ne peut pas devenir le prochain génocide annoncé

L'heure de la décision internationale

Les signaux sont tous au rouge. Le Haut-Commissaire aux droits de l'homme de l'ONU, le Secrétaire général, 29 États membres du Conseil des droits de l'homme, l'Union européenne — toutes ces voix convergent vers le même diagnostic : une offensive RSF imminente sur el-Obeid, avec 500 000 civils pris en étau, risque de produire des crimes internationaux graves, potentiellement de la même nature que ce qui s'est passé à el-Fasher. La documentation est faite. Les avertissements sont lancés. Ce qui manque, c'est la transition de la parole à l'acte — des sanctions réelles contre ceux qui arment les RSF, un renforcement des mécanismes d'accountability, une politique de pression coordonnée sur les financeurs du conflit.

L'histoire jugera les capitales qui disposeront de l'influence nécessaire et auront choisi de ne pas l'exercer. Les RSF ont appliqué leur manuel sur Babanusa. Sur el-Fasher. Si rien ne change, el-Obeid sera la prochaine entrée dans ce registre macabre. Le cycle peut être brisé — pas par des déclarations, mais par des mesures concrètes sur les chaînes d'approvisionnement militaires, les circuits financiers de l'or soudanais et les réseaux logistiques qui permettent aux RSF de mener leur guerre. L'urgence est réelle. La fenêtre d'action se rétrécit à chaque frappe de drone.

Une génération soudanaise qui attend une réponse

Derrière les statistiques et les résolutions diplomatiques, il y a une population soudanaise — 14 millions de déplacés, des millions au bord de la famine, des centaines de milliers à el-Obeid qui vivent depuis dix-huit mois sous siège partiel et qui entendent depuis dix jours les drones survoler leurs quartiers. Ces hommes et ces femmes ne demandent pas des discours à Genève — ils demandent la sécurité, de l'eau, de la nourriture, le droit de rentrer chez eux. La communauté internationale a les outils pour au moins tenter de leur répondre. La question est celle de la volonté politique.

El-Obeid ne doit pas devenir un symbole de l'échec collectif — comme el-Fasher l'est devenu. Les mots de Volker Türk résonnent avec une urgence que l'on ne peut pas ignorer : « Que cela serve d'avertissement sévère au monde sur une catastrophe imminente des droits de l'homme et une situation humanitaire qui se détériore. Le monde regarde, et ceux qui sont responsables des violations devront être tenus pour responsables. » Le monde regarde. La question est : qu'est-il prêt à faire ?

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). REPORTAGE : Soudan — L'ONU sonne l'alarme sur el-Obeid, 29 pays au Conseil des droits. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/reportage-soudan-lonu-sonne-lalarme-sur-el-obeid-29-pays-au-conseil-des-droits

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MM
Maxime Marquette
Chroniqueur indépendant

Maxime Marquette écrit l'essentiel des analyses et chroniques publiées sur MadMax — géopolitique, technologie et actualité, sans remplissage.

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