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La ChroniqueReportage· N° 557

REPORTAGE : SMIC produit des puces 5nm sans machines EUV — la Chine contourne l'Occident

Depuis des années, la stratégie occidentale de containment technologique de la Chine reposait sur un pari : les Chinois ne pourraient pas

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  1. Depuis des années, la stratégie occidentale de containment technologique de la Chine reposait sur un pari : les Chinois ne pourraient pas
  2. Depuis des années, la stratégie occidentale de containment technologique de la Chine reposait sur un pari : les Chinois ne pourraient pas produire des puces avancées sans les machines EUV (ultraviolet extrême) fabriquées exclusivement par le Néerlandais ASML , dont les exportations vers la Chine sont bloquées par des réglementations américaines et européennes.
  3. Ce pari vient d'être mis à l'épreuve — et il n'a pas tenu.
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Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.

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Introduction : l'exploit que Washington craignait

Un verrou technologique qui ne tient plus

Depuis des années, la stratégie occidentale de containment technologique de la Chine reposait sur un pari : les Chinois ne pourraient pas produire des puces avancées sans les machines EUV (ultraviolet extrême) fabriquées exclusivement par le Néerlandais ASML, dont les exportations vers la Chine sont bloquées par des réglementations américaines et européennes. Ce pari vient d'être mis à l'épreuve — et il n'a pas tenu.

En 2026, SMIC (Semiconductor Manufacturing International Corporation), le principal fondeur de puces chinois, a réussi à produire en grand volume des puces de classe 5nm en utilisant des machines DUV (ultraviolet profond) avec une technique de multi-patternage. Sans EUV. Sans ASML. Sans l'Occident.

Ce que « classe 5nm » signifie vraiment

Une puce de classe 5nm est un composant de haute performance utilisé dans les téléphones haut de gamme, les accélérateurs d'intelligence artificielle et les systèmes de défense. Jusqu'à présent, cette performance était considérée comme inaccessible sans les machines EUV dont seul ASML dispose le savoir-faire exclusif. La démonstration de SMIC réfute cette hypothèse et oblige Washington à reconsidérer entièrement sa stratégie de contrôle des exportations technologiques.

Je me souviens d'avoir lu des analyses confiantes affirmant que l'interdiction des machines EUV condamnerait la Chine à rester en retard d'une génération technologique. Ces analyses se sont trompées. Pas parce qu'elles étaient mal raisonnées — mais parce qu'elles sous-estimaient la capacité chinoise d'innovation dans la contrainte. C'est une erreur d'évaluation systémique qui doit être corrigée.

La technique DUV multi-patternage : comment ça marche

La contrainte EUV et le contournement DUV

Les machines EUV d'ASML utilisent un faisceau de lumière à une longueur d'onde d'environ 13,5 nanomètres pour graver des motifs extrêmement fins sur les puces. Cette précision est ce qui permet les nœuds de fabrication à 7nm, 5nm, 3nm. Sans EUV, les machines DUV utilisent des longueurs d'onde plus longues (193nm typiquement) — théoriquement insuffisantes pour atteindre les mêmes nœuds de fabrication.

Mais le multi-patternage est une technique qui consiste à effectuer plusieurs passes successives de gravure pour atteindre une finesse qui, par une seule passe, serait impossible avec des machines DUV. C'est plus lent, plus coûteux, plus complexe — mais c'est possible. Et SMIC a démontré qu'avec une flotte de plusieurs centaines de machines DUV, il peut produire des millions de logiques haut de gamme en 2026.

Les implications industrielles

SMIC dispose d'une capacité industrielle considérable. Avec ses centaines de machines DUV, sa maîtrise du multi-patternage et ses ingénieurs de haut niveau, il peut désormais approvisionner Huawei — qui a commandé des accélérateurs IA basés sur ces puces — et potentiellement d'autres acteurs de l'écosystème technologique chinois. Ce n'est pas la même performance que TSMC ou Samsung au nœud 3nm, mais c'est suffisamment avancé pour les applications d'IA que la Chine cherche à développer.

La Chine produit des puces 5nm sans EUV. Ce n'est pas aussi efficace qu'avec EUV — le rendement est plus bas, le coût par puce est plus élevé, la vitesse de production est plus lente. Mais c'est suffisant. Et « suffisant » face à un embargo technologique, c'est tout ce dont on a besoin pour démontrer que l'embargo ne fonctionne pas comme prévu. C'est le message stratégique qui importe.

JCET investit 1,15 milliard USD dans l'emballage avancé

La chaîne d'approvisionnement chinoise se complète

La production de puces avancées ne s'arrête pas à la fabrication du silicium. L'étape d'emballage avancé — le packaging des puces, leur intégration dans des modules complexes — est tout aussi critique pour les performances finales. C'est là qu'intervient JCET, le premier sous-traitant d'emballage de puces en Chine.

JCET a annoncé un investissement de 7,8 milliards CNY (soit environ 1,15 milliard USD) pour construire une nouvelle usine d'emballage avancé à Shanghai. Cet investissement complète la chaîne de valeur des semi-conducteurs avancés en Chine : SMIC fabrique les puces, JCET les assemble dans des modules. L'écosystème se construit, pierre par pierre, en dehors des systèmes d'approvisionnement occidentaux.

La stratégie de la chaîne fermée

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L'investissement de JCET illustre une stratégie cohérente de Pékin : construire une chaîne de valeur semi-conducteurs entièrement chinoise, du silicium brut à l'emballage final, en passant par la fabrication et les outils de conception. Cette stratégie de substitution aux importations dans les technologies critiques est longue, coûteuse et imparfaite — mais elle progresse à un rythme que les analystes occidentaux ont systématiquement sous-estimé.

Chaque milliard investi par JCET, chaque usine SMIC qui ouvre, chaque chercheur chinois qui revient de Silicon Valley avec des années d'expérience — c'est une brique de plus dans le mur de l'indépendance technologique chinoise. L'Occident construit son embargo technologique avec des mains qui fuient. Il faut être honnête là-dessus.

Huawei et les accélérateurs IA : le marché intérieur comme refuge

Huawei reprend son souffle

Huawei, sous le coup des sanctions américaines depuis 2019, a développé une stratégie de repli sur le marché intérieur chinois. Les accélérateurs IA basés sur les puces SMIC de classe 5nm permettent à Huawei de proposer des solutions compétitives pour le cloud et l'IA à des clients chinois qui ne peuvent plus, ou ne veulent plus, utiliser des équipements NVIDIA ou Intel pour des raisons politiques ou réglementaires.

Cette combinaison — puces SMIC 5nm, accélérateurs Huawei, investissements JCET dans l'emballage — crée un écosystème IA chinois capable de fonctionner indépendamment des fournisseurs américains pour une large gamme d'applications. Ce n'est pas aussi puissant que les meilleurs GPU NVIDIA. Mais c'est suffisant pour des applications d'IA de portée nationale et défensive.

La directive BIS du 31 mai 2026

Face à ces développements, le Bureau of Industry and Security (BIS) américain a publié le 31 mai 2026 une nouvelle directive qui ferme les achats de puces avancées via des filiales chinoises à l'étranger. Cette mesure vise à éliminer les contournements via des entités basées à Singapour, Taïwan ou en Europe qui servaient de relais pour acquérir des puces soumises à embargo. Mais si SMIC peut produire des puces 5nm en Chine, ces contournements deviennent de toute façon moins nécessaires.

Des puces 5nm chinoises dans des systèmes d'armes chinois — voilà le scénario que les stratèges américains cherchaient à éviter à tout prix. Il est maintenant en voie de réalisation. La question n'est plus de l'empêcher. La question est de savoir comment l'Occident maintient sa supériorité technologique militaire dans ce nouveau contexte. Et cette question exige des réponses urgentes et des investissements massifs maintenant.

Morgan Stanley et les 50 000 robots humanoïdes

L'IA embarquée dans les corps mécaniques

Les puces avancées de SMIC ne serviront pas uniquement aux serveurs IA. Morgan Stanley a relevé ses prévisions de robots humanoïdes en Chine pour 2026 à 50 000 unités, contre 28 000 prévues en janvier. Cette révision à la hausse illustre la convergence entre la fabrication de puces avancées et le déploiement de robotique IA.

La percée de SMIC change les règles du jeu, mais elle ne change pas le résultat final si l'Occident réagit intelligemment. La vraie question est : va-t-on enfin investir dans les technologies de demain avec l'urgence qu'elles méritent? Ou va-t-on continuer à gérer cette guerre technologique avec les outils d'hier? La réponse à cette question décidera de l'avenir de la suprématie technologique occidentale.

À découvrir

Les robots humanoïdes requièrent des puces d'IA haute performance pour traiter les flux sensoriels en temps réel, planifier les mouvements et s'adapter à leur environnement. Les puces 5nm de SMIC peuvent alimenter cette demande. L'écosystème technologique chinois — puces, IA, robotique — se renforce mutuellement dans une dynamique d'accélération.

La délégation néerlandaise en Chine : les contradictions du système

Malgré toutes ces tensions, une délégation néerlandaise incluant ASML et NXP est prévue en Chine début juillet 2026. Cette délégation commerciale illustre le paradoxe de la politique occidentale : d'un côté, des interdictions d'exporter les machines EUV vers la Chine ; de l'autre, des entreprises qui maintiennent des relations commerciales actives avec un pays qu'on déclare concurrent systémique. La dépendance économique mutuelle ne disparaît pas par décret.

ASML en Chine en juillet, pendant qu'on interdit les machines EUV à la Chine. C'est l'illustration parfaite de la schizophrénie de la politique technologique occidentale. On veut contenir la Chine ET faire du commerce avec elle. Ces deux objectifs sont de plus en plus incompatibles, et il va falloir choisir. L'Occident n'a pas encore fait ce choix clairement.

Les conséquences géopolitiques de la percée SMIC

La remise en question de l'embargo comme stratégie

La percée de SMIC dans les puces 5nm oblige Washington à réévaluer fondamentalement sa stratégie de containment technologique. Si les embargos sur les machines EUV ne peuvent pas empêcher la Chine d'atteindre les nœuds de fabrication avancés, la logique d'étranglement par les équipements est compromise. Il faut soit élargir les embargos à des machines encore plus basiques — ce qui est économiquement destructeur pour les fabricants occidentaux — soit repenser entièrement la stratégie.

Certains analystes plaident pour un changement d'approche : plutôt que d'essayer d'empêcher la Chine de progresser technologiquement, investir massivement pour que l'Occident garde une avance suffisante dans les générations suivantes. C'est la stratégie de l'accélération plutôt que du barrage.

La dimension militaire des puces avancées

Les puces de classe 5nm ont des applications militaires directes : systèmes de guidage de précision, traitement du signal radar, systèmes de commandement et de contrôle autonomes, IA de ciblage. La capacité de SMIC à produire ces puces en volume signifie que la Chine peut désormais intégrer des composants d'IA avancés dans ses systèmes d'armes sans dépendre des fournisseurs occidentaux. C'est un changement stratégique majeur dans la course aux armements technologiques.

Des puces 5nm chinoises dans des systèmes d'armes chinois — voilà le scénario que les stratèges américains cherchaient à éviter à tout prix. Il est maintenant réalité. La question n'est plus de l'empêcher. La question est de savoir comment l'Occident maintient sa supériorité technologique militaire dans ce nouveau contexte. Et cette question exige des réponses urgentes.

Ce que l'Europe doit comprendre

ASML dans la tourmente

Pour l'Europe, et particulièrement pour les Pays-Bas, la percée de SMIC crée une situation inconfortable. ASML est soumis à des pressions américaines pour ne pas exporter ses machines vers la Chine — mais si la Chine peut produire des puces avancées sans EUV, l'argument principal justifiant ces restrictions s'affaiblit. En même temps, la Chine reste un marché majeur pour ASML, et les restrictions d'exportation représentent un manque à gagner considérable.

L'histoire des semi-conducteurs retiendra peut-être 2026 comme l'année où il est devenu clair que l'embargo technologique seul ne pouvait pas gagner cette guerre. SMIC 5nm sans EUV est le signal d'alarme. La bonne réponse n'est pas de paniquer, mais de réorienter la stratégie : moins de blocage, plus d'accélération. L'Occident a les ressources pour gagner cette course à condition de décider de la courir vraiment.

La négociation entre Washington, Amsterdam et Pékin sur les machines ASML est l'un des jeux diplomatiques les plus complexes de la géopolitique technologique actuelle. Et la percée de SMIC change la donne.

L'investissement européen dans les alternatives

L'European Chips Act, avec ses ambitions de production de 20 % des puces mondiales en Europe d'ici 2030, est d'autant plus urgent face à la percée chinoise. Si la Chine peut s'approvisionner en puces avancées indépendamment de l'Occident, l'Europe doit développer sa propre capacité de production pour ne pas se retrouver coincée entre deux pôles technologiques rivaux dont elle dépendrait des deux sans maîtriser ni l'un ni l'autre.

La réponse stratégique de Washington : entre contrôle et adaptation

Réévaluer la stratégie de containment technologique

La percée de SMIC dans les puces 5nm oblige Washington à réévaluer sa stratégie de containment technologique. Les restrictions sur les machines EUV, les listes noires du Pentagone, les contrôles d'exportation du BIS ont ralenti la Chine sans l'arrêter. Peut-être que la bonne stratégie n'est pas d'empêcher la Chine de progresser — ce qui semble de moins en moins possible — mais de s'assurer que l'Occident progresse plus vite vers les nœuds de fabrication post-3nm et les architectures de puces de prochaine génération.

Cette logique de compétition par l'accélération plutôt que par le blocage est différente du paradigme dominant. Elle requiert des investissements massifs dans la recherche fondamentale, dans les nœuds de fabrication post-3nm, dans les architectures de puces alternatives que la Chine ne maîtrise pas encore. Des investissements que ni le CHIPS Act américain ni l'European Chips Act ne financent encore à la bonne échelle pour cette compétition de long terme.

La coopération entre alliés comme réponse systémique

Face à la montée en puissance de la Chine dans les semi-conducteurs, la coopération entre alliés technologiques — États-Unis, Japon, Corée du Sud, Union européenne, Pays-Bas, Taïwan — est plus critique que jamais. Ces pays ont collectivement les capacités, les investissements, les talents humains et les institutions pour maintenir une avance technologique, à condition qu'ils coordonnent leurs efforts plutôt que de se faire concurrence sur les mêmes ressources.

Cette coordination passe par des accords de partage de technologie, des programmes de R&D communs, des politiques harmonisées de contrôle des exportations, et une vision stratégique commune sur les technologies critiques. Autant de chantiers qui existent mais restent insuffisamment développés face à l'ampleur de la compétition technologique avec Pékin dans les semi-conducteurs avancés.

La réponse au SMIC 5nm ne peut pas être uniquement défensive — plus de restrictions, plus de listes noires, plus de contrôles d'exportation. Il faut aussi une réponse offensive : investir massivement dans les technologies de demain, attirer les meilleurs chercheurs du monde dans les laboratoires occidentaux, et construire les écosystèmes industriels qui feront que les puces avancées du futur seront fabriquées en Europe et aux États-Unis plutôt qu'à Shanghai. C'est une course. L'Occident doit décider de courir pour gagner.

Conclusion : la carte de la dépendance se redessine

SMIC change les règles du jeu

La percée de SMIC dans les puces de classe 5nm via DUV multi-patternage n'est pas seulement un exploit technique. C'est une démonstration stratégique que la Chine peut contourner les embargos technologiques occidentaux sur le plus long terme. Cela ne signifie pas que les restrictions n'ont aucun effet — elles ralentissent, elles renchérissent, elles compliquent. Mais elles n'arrêtent pas.

L'horizon d'une guerre technologique longue

La guerre technologique entre les États-Unis et la Chine sera longue. Elle se jouera sur des décennies, dans les laboratoires, les usines, les universités et les agences de contrôle des exportations. La percée de SMIC rappelle que le résultat n'est pas décidé d'avance — et que la stratégie de l'Occident doit être plus sophistiquée que le simple embargo. La course est ouverte. Et les enjeux pour la démocratie mondiale le sont aussi.

Signé Maxime Marquette, chroniqueur

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). REPORTAGE : SMIC produit des puces 5nm sans machines EUV — la Chine contourne l'Occident. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/reportage-smic-produit-des-puces-5nm-sans-machines-euv-la-chine-contourne-l-occi

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