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La ChroniqueReportage· N° 550

RÉCIT : Trump remodèle la justice fédérale américaine en accéléré — le pouvoir judiciaire en jeu

Le 24 juin 2026, le Sénat américain vote pour pourvoir tous les postes de juges fédéraux du district du Kansas avec des

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  1. Le 24 juin 2026, le Sénat américain vote pour pourvoir tous les postes de juges fédéraux du district du Kansas avec des
  2. Le 24 juin 2026 , le Sénat américain vote pour pourvoir tous les postes de juges fédéraux du district du Kansas avec des nominés de Donald Trump .
  3. C'est un vote qui passerait inaperçu dans d'autres contextes — les nominations judiciaires sont rarement des événements médiatiques majeurs.
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Introduction : Le Kansas, la Maison Blanche et 100 juges

Le 24 juin 2026 : le Sénat vote pour le Kansas

Le 24 juin 2026, le Sénat américain vote pour pourvoir tous les postes de juges fédéraux du district du Kansas avec des nominés de Donald Trump. C'est un vote qui passerait inaperçu dans d'autres contextes — les nominations judiciaires sont rarement des événements médiatiques majeurs. Mais dans le contexte de 2026, il raconte une histoire plus grande : celle d'une transformation systématique et accélérée de la magistrature fédérale américaine, conduite avec une vitesse et une cohérence que même les républicains les plus avertis n'avaient pas entièrement anticipée.

Ce même jour, la Maison Blanche a publié une nouvelle liste de nominations judiciaires envoyée au Sénat — une pratique devenue quasi-quotidienne dans les premiers dix-huit mois de Trump 47. Selon le tracker de Demand Justice, l'organisation qui surveille les nominations judiciaires trumpistes, plus de 100 juges ont été nommés et confirmés au cours du premier semestre 2026. Ce rythme est sans précédent dans l'histoire récente des nominations judiciaires américaines.

Pourquoi la magistrature compte plus que jamais

Pour comprendre pourquoi ce récit des nominations judiciaires est crucial, il faut rappeler un principe fondamental de la gouvernance américaine : les juges fédéraux ont des mandats à vie. Un juge nommé par Trump à 45 ans sera potentiellement encore sur le banc dans trente ans. Ce que Trump construit dans la magistrature fédérale n'est pas une politique d'une législature — c'est un héritage institutionnel qui dépassera de loin la durée de son mandat. C'est la réforme la plus durable de toute la présidence Trump, même si elle est la moins visible dans les médias quotidiens.

Les décisions judiciaires fédérales touchent à tout : droits civils, politique d'immigration, réglementation environnementale, droit du travail, droit électoral, libertés individuelles. Quand Trump nomme un juge conservateur qui interprétera le droit différemment d'un juge progressiste, il ne change pas les lois — il change la manière dont elles s'appliquent concrètement sur les décennies à venir. C'est peut-être le changement le plus profond et le moins réversible de toute la présidence Trump 47.

Les nominations judiciaires — c'est le dossier qui me préoccupe le plus sur le long terme dans la présidence Trump. Pas les tweets, pas les coupes DOGE, pas même les réconciliations budgétaires. Les juges à vie. Parce que les tweets passent, les budgets changent à chaque mandat, mais les juges restent. Et si certains de ces juges ont une conception du droit qui marginalise les droits des minorités, des travailleurs ou des immigrants — les conséquences se mesureront en décennies, pas en cycles électoraux.

La Maison Blanche publie des listes quasi-quotidiennement

Un rythme de nomination sans précédent

Le 23 juin 2026, la Maison Blanche a publié sur le site officiel de la présidence (whitehouse.gov) une nouvelle liste de nominations envoyées au Sénat. Cette publication n'est pas une exception — elle illustre un rythme qui s'est installé depuis le début du mandat Trump 47 : des listes de nominations judiciaires publiées à intervalle presque régulier, couvrant des postes dans des districts fédéraux à travers tout le pays.

Cette cadence est délibérée. Trump et son équipe ont tiré les leçons du premier mandat, où des postes de juges fédéraux sont restés vacants trop longtemps. En 2025-2026, la coordination entre la Maison Blanche, le Département de la Justice et la Federalist Society — le think tank conservateur qui a fourni depuis les années 1980 les candidats aux nominations judiciaires républicaines — est rodée et efficace. Les candidats sont vettés, préparés, prêts à passer les confirmations sénatoriales rapidement.

La Federalist Society comme incubateur de juges

Le rôle de la Federalist Society dans la transformation judiciaire trumpiste ne peut être surestimé. Cette organisation, fondée en 1982, a construit pendant quarante ans un réseau de juristes conservateurs formés dans les meilleures facultés de droit américaines, partageant une philosophie d'interprétation constitutionnelle cohérente — l'originalisme ou le textualisme — et prêts à servir dans la magistrature fédérale quand le moment politique serait venu.

Ce moment est arrivé. La Federalist Society dispose maintenant d'un pipeline de candidats judiciaires suffisamment riche pour alimenter le rythme de nominations sans précédent de Trump 47. Ces juristes partagent des positions cohérentes sur les questions les plus controversées de la jurisprudence américaine : le droit à l'avortement (post-Dobbs), la réglementation environnementale, les droits des immigrants, le pouvoir exécutif. Leur cumul sur les bancs fédéraux représente une transformation philosophique du droit américain qui sera mesurable dans les décennies à venir.

La Federalist Society et son pipeline de juges — c'est l'une des plus grandes réussites stratégiques de la droite américaine sur quarante ans. Construire patienment un réseau de juristes, les former, les préparer, et attendre le moment politique favorable. Quand Trump est arrivé en 2016, puis en 2024, le pipeline était prêt. C'est une leçon de patience stratégique que les progressistes américains ont mis du temps à comprendre — et qu'ils tentent maintenant de répliquer.

Le New York Southern District : un poste stratégique

McDonald et les enjeux du district le plus influent

Parmi toutes les nominations judiciaires de juin 2026, l'une attire une attention particulière : la confirmation urgente de McDonald pour le New York Southern District (SDNY). Ce district fédéral n'est pas ordinaire. Il couvre Manhattan et est traditionnellement l'un des tribunaux les plus influents du pays en matière de droit des affaires, de droit pénal des cols blancs et de droit financier. Il est aussi celui qui a eu des relations les plus tendues avec Trump — plusieurs enquêtes majeures sur Trump et son entourage sont passées par ce district.

La nomination d'un juge Trump au SDNY n'est pas seulement un recrutement judiciaire — c'est un signal politique sur le contrôle de l'une des jurisdictions les plus stratégiques du pays. Un juge sympathique aux positions de l'administration Trump au SDNY pourrait influencer des affaires touchant à Wall Street, aux médias new-yorkais, aux organisations de la société civile qui ont souvent été en conflit avec la Maison Blanche. Le contrôle du SDNY est une pièce dans un jeu plus large de repositionnement du pouvoir judiciaire.

L'accélération sénatoriale : 8 nominations en un jour

La vitesse du processus de confirmation est aussi révélatrice. Le 19 juin 2026, selon Legis1, la Senate Judiciary Committee (Commission judiciaire du Sénat) a avancé 8 nominations judiciaires en une seule journée. Ce rythme — quasi-industriel — contraste fortement avec le rythme habituel des confirmations judiciaires qui, sous des administrations précédentes, prenait parfois des années pour chaque poste.

Cette accélération est possible grâce à une majorité républicaine au Sénat qui a décidé de faire des confirmations judiciaires une priorité absolue — et qui a simplifié les procédures pour permettre ce rythme accéléré. La règle nucléaire — abaissement du seuil de confirmation des nominations judiciaires à 51 voix — adoptée en 2017 sous Trump 45 et maintenue depuis, est l'outil procédural qui rend cette accélération possible. Le fruit empoisonné d'un précédent démocrate de 2013 est maintenant utilisé à plein régime par les républicains.

8 nominations judiciaires en un jour — c'est une chaîne de montage juridique. Et quand on pense que chacun de ces juges aura un mandat à vie, c'est une chaîne de montage qui produit des effets sur trente à quarante ans. Je ne critique pas l'efficacité — je souligne la portée. Ce qui se passe dans les salles de commission judiciaire du Sénat en juin 2026 n'est pas moins important que ce qui se passe au G7 de Versailles. C'est juste moins photogénique.

Demand Justice : le tracker des 100+ nominations

Un outil de surveillance citoyenne dans une bataille judiciaire

Demand Justice — organisation progressiste de défense du pouvoir judiciaire — suit depuis le début du mandat Trump 47 toutes les nominations judiciaires avec un tracker publiquement accessible sur son site. Selon les données disponibles au 23 juin 2026, plus de 100 juges Trump ont été nommés et confirmés depuis janvier 2025. Ce chiffre représente une transformation déjà visible du profil idéologique de la magistrature fédérale américaine.

Le travail de suivi de Demand Justice est précieux pour la transparence démocratique. Il permet aux organisations de défense des droits, aux chercheurs en droit, aux journalistes et aux citoyens de suivre qui siège dans quels tribunaux, avec quels antécédents et quelles positions connues. Dans un système où les décisions judiciaires affectent directement les droits de millions d'Américains, cette transparence est une condition minimale de la responsabilité démocratique des nominés.

La bataille des candidatures alternatives

La réponse progressiste aux nominations Trump prend plusieurs formes. D'un côté, des organisations comme Demand Justice qui préparent des listes de candidats alternatifs pour le cas où les démocrates reviendraient au pouvoir. De l'autre, des efforts légaux pour contester certaines confirmations sur des bases procédurales ou de conflits d'intérêts. Et dans une vision à plus long terme, la réflexion sur d'éventuelles réformes structurelles du système judiciaire américain — terme de mandat limité pour les juges de la Cour suprême, rotation entre les cours d'appel, agrandissement de certains tribunaux.

Ces propositions de réforme, autrefois jugées trop radicales même dans les rangs démocrates, trouvent un écho croissant dans le débat public. La transformation accélérée de la magistrature par Trump a créé une pression politique pour une réponse structurelle. Si un président démocrate revient en 2028 et si les démocrates contrôlent le Sénat, certaines de ces réformes pourraient devenir réalité. Le jeu de la magistrature fédérale entre dans une phase d'escalade qui pourrait fondamentalement modifier la nature du pouvoir judiciaire américain.

Les réformes structurelles du pouvoir judiciaire — terme limité pour les juges de la Cour suprême, rotation des cours d'appel — j'y réfléchis depuis longtemps. Il y a quelque chose de sain dans l'idée que des juges à vie dans un pays qui change aussi rapidement que les États-Unis est un modèle daté. Mais toucher à cette architecture risque d'ouvrir une boîte de Pandore que ni camp ne peut vraiment contrôler une fois ouverte. La prudence institutionnelle me retient d'en être enthousiaste — même si l'argument est sérieux.

Le clivage judiciaire : Pitts contre Trump

À découvrir

La décision Pitts comme symbole du dualisme judiciaire

L'ironie du calendrier de juin 2026 est saisissante. Alors que Trump et le Sénat républicain accélèrent les nominations judiciaires conservatrices, c'est précisément le 23 juin 2026 qu'un juge nommé par Biden — le juge P. Casey Pitts — invalide la politique d'arrestations ICE dans les tribunaux. Le clivage judiciaire s'est manifesté dans toute sa netteté : les juges Biden résistent aux politiques Trump pendant que les juges Trump se préparent à remplacer progressivement les premiers.

Cette coexistence de deux jurisprudences parallèles — les vieux juges progressistes qui freinent l'agenda trumpiste, les nouveaux juges conservateurs qui le valident — créé une instabilité juridique réelle pour les citoyens et les entreprises. Le droit américain devient imprévisible selon la juridiction : ce qui est légal dans le 9e circuit peut être illégal dans le 5e, et vice versa. Cette fragmentation géographique du droit est un problème structurel croissant pour la cohérence du système juridique américain.

La Cour suprême comme arbitre final

Dans ce contexte de fragmentation judiciaire, la Cour suprême — dont six des neuf membres ont été nommés par des présidents républicains, dont trois par Trump — est plus que jamais l'arbitre final des grandes controverses juridiques. Son rôle s'est élargi, ses décisions sont plus politiquement chargées, et son acceptabilité par la moitié de l'Amérique qui se retrouve systématiquement du mauvais côté de ses arrêts est en question.

La légitimité de la Cour suprême — sa capacité à être acceptée comme arbitre au-dessus des partis — est un actif précieux que la politisation des nominations a progressivement érodé. Quand les Américains ne font plus confiance à la Cour suprême pour arbitrer impartialement les grandes questions constitutionnelles, l'un des derniers mécanismes de résolution des conflits profonds de la démocratie américaine est compromis. C'est peut-être le risque institutionnel le plus grave de toute cette séquence de nominations.

La légitimité de la Cour suprême — je la vois s'éroder en temps réel, et c'est profondément inquiétant. Une institution dont la moitié des Américains ne croit plus à l'impartialité n'est plus un arbitre — c'est un acteur politique comme un autre. Et quand le dernier arbitre devient un acteur, qui reste pour résoudre les conflits constitutionnels profonds ? C'est une question à laquelle la démocratie américaine n'a pas encore de bonne réponse.

La transformation à long terme : ce que 100+ juges Trump changent

Les domaines du droit en transformation

Cent juges fédéraux nommés par Trump en un semestre — quel est l'impact réel sur le droit américain ? Plusieurs domaines sont directement affectés. Le droit de l'immigration : des juges qui interprètent strictement les limites du droit d'asile, qui valident des politiques de détention et d'expulsion que des juges progressistes auraient invalidées. La réglementation environnementale : des juges qui suivent la doctrine « major questions » de la Cour suprême pour limiter le pouvoir réglementaire des agences fédérales comme l'EPA. Le droit du travail : des juges qui penchent vers les employeurs dans les litiges avec les syndicats.

Ces changements jurisprudentiels ne sont pas spectaculaires — ils s'opèrent décision par décision, dans des arrêts que peu de gens lisent. Mais leur cumul sur des années redessine silencieusement les contours des droits et des obligations dans la société américaine. C'est la révolution conservatrice la plus durable, parce qu'elle est la plus discrète. Et elle se poursuit indépendamment des aléas électoraux futurs.

L'impact international de la transformation judiciaire

Pour les partenaires internationaux des États-Unis, la transformation judiciaire a des implications indirectes mais réelles. Des décisions judiciaires américaines sur la réglementation technologique, le droit des données, les droits de propriété intellectuelle ou les normes environnementales ont des effets transfrontaliers immédiats. Une magistrature plus dérégulatoire et plus favorable aux entreprises crée des pressions sur les partenaires commerciaux qui maintiennent des normes plus strictes dans ces domaines.

Pour l'Ukraine et les alliés de l'OTAN, la transformation judiciaire américaine est moins directement menaçante — les questions de sécurité nationale et d'aide militaire sont rarement tranchées par les cours fédérales. Mais elle s'inscrit dans un tableau plus large d'une Amérique qui se remodèle institutionnellement à une vitesse qui rend sa trajectoire difficile à prédire. Un allié dont les institutions changent fondamentalement sur tous les fronts simultanément est un allié dont la fiabilité à long terme est plus difficile à calculer.

Une magistrature plus dérégulatoire, des agences affaiblies par DOGE, une politique étrangère imprévisible — l'Amérique de Trump 47 est en train de se remodeler à une vitesse qui dépasse la capacité d'analyse de la plupart des commentateurs. Je fais partie de ceux qui n'ont pas toujours vu venir la prochaine surprise. Ce qui me retient d'être catégorique sur les conséquences à long terme. Les institutions américaines ont une résilience que leurs critiques ont souvent sous-estimée. Mais les tester simultanément sur tous les fronts, c'est une prise de risque dont les conséquences ne se mesurent que dans la durée.

Perspectives : le Grand Remplacement judiciaire est-il irréversible ?

La réversibilité partielle par le jeu électoral

La transformation judiciaire trumpiste est-elle irréversible ? La réponse honnête est : en partie. Les juges fédéraux nommés à vie ne peuvent pas être « dénommés » par une administration ultérieure — sauf dans des cas exceptionnels d'impeachment. Chaque juge confirmé en 2025-2026 siégera jusqu'à sa retraite ou son décès, indépendamment des résultats électoraux futurs. Dans ce sens, la transformation est irréversible à court et moyen terme.

Mais elle est partiellement contrebalançable sur le long terme. Si les démocrates reviennent au pouvoir avec une majorité sénatoriale et nommant leurs propres juges pour pourvoir les postes qui se vacanceront naturellement, le rééquilibrage peut s'opérer progressivement — sur des décennies. C'est le cycle long du droit américain : chaque administration construit la magistrature qui lui ressemble, et les administrations suivantes déconstruisent et reconstruisent. Ce qui est différent en 2025-2026, c'est l'accélération du rythme — et la jeunesse relative de certains nominés, qui prolonge d'autant l'horizon de leur influence.

Ce que ce récit dit de la démocratie américaine

Ce récit des nominations judiciaires de juin 2026 illustre en réalité quelque chose de plus fondamental sur la nature de la démocratie américaine. Le système constitutionnel américain a été conçu pour être lent — des freins et contrepoids, des procédures longues, des majorités qualifiées. Cette lenteur était censée prévenir les changements trop rapides imposés par des majorités de passage.

Trump et ses alliés républicains ont trouvé comment accélérer dans les interstices de ce système — la réconciliation budgétaire, le rythme accéléré des nominations judiciaires, les décrets exécutifs, les réinterprétations réglementaires. Ce n'est pas illégal. Mais c'est une tension avec l'esprit du système constitutionnel. Et quand les partis apprendront tous à jouer ce jeu à vitesse maximale, le système de freins et contrepoids perdra de sa substance — jusqu'à peut-être ne plus fonctionner comme ses fondateurs l'avaient conçu.

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Justice, politique et société : les juges qui feront demain

Des décisions de banc qui touchent la vie quotidienne

La plupart des Américains ne connaissent pas le nom d'un seul juge fédéral dans leur district. Pourtant, les décisions de ces juges — sur le droit du travail, les réglementations environnementales, les droits des locataires, l'accès aux soins — touchent concrètement la vie de millions de gens. Quand Trump nomme 100 juges fédéraux en un semestre, il ne joue pas aux échecs géopolitiques abstraits — il définit les interprétations juridiques qui gouverneront les disputes entre employeurs et employés, entre pollueurs et victimes, entre gouvernement et citoyens pendant des décennies.

Prenons un exemple concret : un juge fédéral nommé par Trump qui interprète strictement la doctrine des « major questions » limitera la capacité de l'EPA à réguler les émissions de carbone sans autorisation explicite du Congrès. Un autre juge qui favorise l'interprétation restrictive de la portée du Voting Rights Act facilitera des législations étatiques qui compliquent l'accès au vote pour certaines communautés. Ces décisions ne font pas la une des journaux. Mais elles remodèlent silencieusement le pays pour une génération.

La question de la légitimité dans une démocratie polarisée

La transformation judiciaire accélérée pose finalement une question de légitimité démocratique. Dans une démocratie où 50 % de la population désapprouve profondément un président et ses politiques, comment des juges nommés par ce président et confirmés par une majorité sénatoriale étroite peuvent-ils prétendre à une légitimité suffisante pour arbitrer les conflits constitutionnels les plus profonds ? Cette question n'a pas de réponse facile dans le système américain — la Constitution ne prévoit pas de légitimité populaire directe pour les juges.

La légitimité judiciaire dans une démocratie repose sur la qualité du raisonnement juridique, l'indépendance perçue par rapport aux partis politiques, et le respect des précédents qui donnent une continuité rassurante au droit. Quand ces trois piliers sont fragilisés simultanément — par la vitesse des nominations, la perception d'idéologie partisane forte, et les renversements de précédents majeurs — la légitimité de l'institution judiciaire elle-même se fragilise. C'est peut-être le risque le plus grave de la séquence de nominations de 2025-2026.

La doctrine des « major questions » et ses effets sur la réglementation environnementale — voilà une décision de la Cour suprême que peu de gens comprennent mais dont les effets sur le changement climatique seront mesurables en degrés Celsius dans les décennies à venir. Les batailles les plus importantes de notre époque se jouent souvent dans des salles d'audience austères, devant des publics minuscules, sur des questions juridiques absconses. C'est la nature du droit constitutionnel. Et c'est pourquoi les nominations judiciaires méritent autant d'attention que les élections elles-mêmes.La légitimité judiciaire comme bien commun fragile — j'y crois profondément. Une démocratie sans pouvoir judiciaire légitime est une démocratie sans arbitre. Et une démocratie sans arbitre est une démocratie où les conflits profonds ne peuvent plus se résoudre pacifiquement. Que Trump nomme des juges conservateurs est dans la logique du système. Que ce système ne produise plus des juges que 50 % de l'Amérique accepte comme légitimes — ça, c'est une crise institutionnelle qui dépasse le Parti républicain.Cent juges Trump, des mandats à vie, une Cour suprême à six conservateurs — je referme ce récit avec la conscience de ce qui se joue vraiment dans ces salles de commission austères. La transformation judiciaire de l'Amérique de 2025-2026 n'est pas une politique parmi d'autres. C'est le socle sur lequel toutes les autres politiques s'appuieront ou s'effondreront. Et ce socle, une fois coulé dans le béton des mandats à vie, est autrement plus difficile à déplacer que n'importe quelle loi de réconciliation.

Conclusion : Une justice remodèlée pour des décennies — au nom d'une élection de 2024

La durabilité comme legs

Si l'on devait identifier le legs le plus durable de la présidence Trump 47, les nominations judiciaires seraient en bonne place. Pas les réconciliations budgétaires, qui peuvent être défaites. Pas les décrets exécutifs, que les présidents suivants peuvent annuler. Pas même les nominations au DNI ou au Pentagone, qui sont temporaires par nature. Les juges fédéraux à vie nommés en 2025-2026 seront encore sur le banc en 2045 ou 2055. C'est la mesure exacte de ce legs.

Ces juges interpréteront le droit constitutionnel américain — sur les droits civils, l'environnement, l'immigration, les libertés individuelles, le pouvoir fédéral — pendant des décennies. Leurs décisions affecteront la vie de générations d'Américains qui n'avaient pas encore l'âge de voter en 2024. Cette réalité devrait être au cœur du débat public américain. Elle l'est bien moins que les tweets présidentiels ou les batailles budgétaires — et c'est peut-être là l'une des plus grandes ironies de la politique américaine contemporaine.

Ce que les alliés de l'Amérique doivent comprendre

Pour les alliés de l'Amérique — Europe, Ukraine, partenaires asiatiques — ce récit des nominations judiciaires envoie un message important : l'Amérique avec laquelle vous vous alliez en 2026 n'est pas tout à fait la même que celle de 2016 ou de 2020. Ses institutions se remodèlent à un rythme sans précédent récent. Ses tribunaux, ses agences, ses services de renseignement — tout est en transformation simultanée. Cela ne signifie pas qu'elle est un partenaire moins fiable. Mais cela signifie qu'elle est un partenaire plus complexe à lire, dont la politique peut être plus imprévisible selon les circonstances judiciaires et institutionnelles qui évoluent.

L'Ukraine a besoin d'une Amérique solide, cohérente, avec des institutions qui fonctionnent. Zelensky sait que sa survie dépend de la capacité des institutions américaines à maintenir leur engagement — quels que soient les aléas électoraux et les changements de personnes à la tête des agences. C'est pour ça que la robustesse des institutions américaines est aussi une question ukrainienne. Et c'est pour ça que le récit des nominations judiciaires n'est pas qu'une affaire de politique intérieure américaine.

Signé Maxime Marquette, chroniqueur

Encadré de transparence du chroniqueur

Positionnement éditorial

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Je ne prétends pas à l'objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l'interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d'offrir une lecture critique des événements.

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). RÉCIT : Trump remodèle la justice fédérale américaine en accéléré — le pouvoir judiciaire en jeu. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/recit-trump-remodele-la-justice-federale-americaine-en-accelere-le-pouvoir-judic

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