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La ChroniqueReportage· N° 7705

RÉCIT : Petchersk, 8 h, un Shahed à réaction lancé par le Kremlin et la place vide d'un garçon de 14 ans

Un garçon de 14 ans manque ce soir à Kyiv. On ne connaît pas son prénom. Les autorités ne l'ont pas publié. Je ne le chercherai pas.

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  1. Un garçon de 14 ans manque ce soir à Kyiv. On ne connaît pas son prénom. Les autorités ne l'ont pas publié. Je ne le chercherai pas.
  2. Un garçon de 14 ans manque ce soir à Kyiv.
  3. On ne connaît pas son prénom.
Transparence

Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.

La place vide

Vendredi, Petchersk

Un garçon de 14 ans manque ce soir à Kyiv.

On ne connaît pas son prénom. Les autorités ne l'ont pas publié. Je ne le chercherai pas.

On connaît l'immeuble. Une tour d'habitation de 16 étages, dans le district de Petchersk, au centre de la capitale, selon la police citée par Reuters. On connaît le jour. Le vendredi 25 septembre 2026. On connaît l'heure, à peu près. Vers 8 h.

Seize étages. C'est l'unité de ce texte. Pas les kilomètres du front. Pas les cumuls. Pas les axes. Les étages.

L'étage qu'aucune source ne donne

On ne sait pas à quel étage il se trouvait. Aucune source ne le dit. Je ne l'inventerai pas.

On sait seulement ce qu'un vendredi de septembre fait dans une tour de Kyiv vers 8 h. Les sacs d'école près de la porte. Un téléphone qui charge par terre. Des souliers achetés un peu trop grands, pour tenir l'année. Rien de rare. C'est justement ça.

On sait aussi ce que fait une ville en guerre à la même heure. Elle compte ceux qui ont traversé la nuit.

Ce soir, quelque part dans ces seize étages, une chaise reste où elle était ce matin. Personne ne la range.

Seize étages, et une chaise qui ne bougera plus.

Dix-huit heures, la veille

Le 24 septembre, 18 h

L'attaque commence le jeudi 24 septembre à 18 h, heure de Kyiv. C'est l'Air Force ukrainienne qui la date. Son bilan tombe le lendemain, à 7 h 33.

Ils sont partis d'Orel. Ils sont partis de Koursk. Ils sont partis de Millerovo. Ils sont partis de Primorsko-Akhtarsk. Ils sont partis de Chatalovo.

D'autres ont décollé de Donetsk occupé, et de Hvardiïske, en Crimée occupée.

Cinq points de départ en Russie. Deux en territoire ukrainien occupé. La géographie d'une décision, pas d'un accident.

Une carte entière. Tournée vers les villes d'Ukraine. Toute une nuit.

295 moins 267

Selon l'Air Force, la nuit compte 295 drones d'attaque de type Shahed, des Gerbera, des Banderol et des leurres de type Parodia. Parmi les Shahed, 52 sont à réaction.

À 7 h 30, la défense en a abattu ou brouillé 267. Aviation, missiles sol-air, guerre électronique, unités de drones, groupes de tir mobiles. Le bilan les nomme tous. Il note des impacts sur 16 sites. Des débris sur quatre autres.

Puis une dernière phrase. L'attaque continue. Plusieurs drones sont encore dans le ciel.

Vingt-huit engins manquent au compte des abattus. Où sont-ils ?

Le bilan ne le dit pas.

À 7 h 30, la nuit n'était pas finie.

Moscou dit usine

Le communiqué du 25 septembre

Le même vendredi, le ministère russe de la Défense donne sa version de la nuit. Reuters la rapporte.

Le ministère revendique un site d'assemblage et de stockage de drones dans la région de Kyiv. Le ministère revendique des centres logistiques dans la région d'Odessa. Le ministère revendique des installations portuaires à Reni. Le ministère revendique un cargo chargé, selon lui, de biens militaires et à double usage.

Reuters précise qu'elle n'a pas pu vérifier. Elle rappelle aussi que la Russie nie viser délibérément des civils.

La liste ne contient aucune tour d'habitation à Petchersk. Aucune.

Ce que la police a mesuré

La police nationale, citée par le Kyiv Independent, situe l'impact entre le dixième et le onzième étage. Un immeuble résidentiel. Pas un entrepôt.

Moscou dit usine. La police dit dixième étage.

Je suis du côté des familles des tours de Kyiv. Contre la décision du commandement russe de lancer 295 drones sur l'Ukraine dans la nuit du 24 au 25 septembre. Parce qu'un Shahed à réaction, selon l'Air Force, a frappé vers 8 h une tour de seize étages. Et qu'un garçon de 14 ans en est mort.

Moscou nie l'intention. Soit. Une frappe n'a pas besoin d'intention pour avoir un signataire. On lance 52 engins à réaction sur des villes. Chaque étage entre dans le calcul.

Ce n'est pas un verdict sur un peuple. C'est un verdict sur une nuit que le ministère russe de la Défense revendique lui-même. Avec d'autres mots.

Un communiqué peut oublier un étage entier.

Un moteur fait pour la vitesse

Au-dessus de la capitale

Après son bilan de 7 h 30, l'Air Force continue d'écrire. Un message pour Kyiv. Drone à réaction au-dessus de la ville. Restez dans les abris.

Un autre message. Un drone à réaction passe par Kotsiubynske. Direction : le centre.

Selon l'Air Force, citée par le Kyiv Post, c'est un Shahed à réaction qui a visé la capitale, signalé au-dessus d'elle vers 8 h.

Le Shahed classique tourne à l'hélice. Celui-là pousse au turboréacteur.

Reuters le résume ainsi. Depuis des semaines, Kyiv reçoit des drones plus rapides, qui volent plus haut. On les intercepte plus mal.

Une minute, six secondes

Le premier modèle russe de ce type, le Geran-3, volait entre 300 et 370 km/h, selon Euronews. Les suivants montent jusqu'à 600 km/h, selon Euromaidan Press.

À ces vitesses, écrit Euromaidan Press le 22 septembre, le temps de réaction d'un groupe de tir mobile tombe d'environ une minute à six secondes. Six secondes. Le temps de lever la tête.

Un groupe de tir mobile, c'est une équipe au sol. Une arme sur un véhicule. Des oreilles tendues vers le bruit du moteur. La défense qui entend avant de voir.

Autrement dit, le turboréacteur n'ajoute pas seulement de la vitesse. Tout indique qu'il retire du temps à ceux qui tirent.

Et pourtant, cette nuit, la défense a tenu. 267 sur 295, au bilan de 7 h 30.

Ce moteur ne sert pas à voler. Il sert à voler la minute.

Trois étages pour un seul trou

Sept, neuf, dix, onze

À 8 h 19, le maire Vitali Klitschko écrit. Un drone a frappé un immeuble de Petchersk, entre le septième et le dixième étage.

Le Service d'urgence de l'État à Kyiv écrit autre chose, dans un message relayé par l'administration militaire de la ville. Entre le neuvième et le dixième. Un incendie. Des destructions.

La police nationale, selon le Kyiv Independent, dit entre le dixième et le onzième.

Trois institutions. Trois fourchettes. Un seul trou dans la façade.

Ce que la fourchette avoue

Personne ne ment. On compte depuis la rue, dans la fumée. Puis on monte. Le chiffre se précise.

Dans une tour, on vit en étages. Combien entre soi et le toit. Combien entre soi et la rue. Combien de marches, la nuit, avec un enfant contre soi.

Ce vendredi, à Petchersk, l'étage a cessé d'être une distance. Il est devenu une adresse d'impact. Une coordonnée.

Seize étages, et trois façons d'écrire le même trou.

L'explosion sourde

Deux voisins au Kyiv Independent

Une résidente a parlé au Kyiv Independent. Selon elle, il n'y a pas eu d'alerte. Seulement une explosion sourde.

Elle raconte qu'ils dormaient. Qu'ils se sont réveillés d'un coup. Qu'elle a pris le chien. Qu'ils ont couru dans le corridor.

Un voisin dit qu'il n'a même pas pensé que c'était leur immeuble. Pas de secousse, selon lui. Une forte détonation. Rien d'autre.

Une explosion sourde, puis le réveil. Dans cet ordre-là.

Le corridor

Le corridor, c'est la règle des deux murs. On se met là où aucune fenêtre ne donne sur le dehors. Tout Kyiv la connaît.

Et pourtant, ce matin-là, l'Air Force avait écrit qu'un drone à réaction survolait la ville. Selon le Kyiv Independent, la capitale a connu sept alertes aériennes dans la journée. La première vers 4 h 50.

L'alerte existe. L'oreille, elle, n'a reçu que la fin.

Le verre qui craque sous une semelle. Le chien qui tire sur sa laisse. La poignée qu'on touche du dos de la main avant d'ouvrir.

L'alerte sonne pour une ville. L'explosion, pour un palier.

Notre retard

Deux essais sur soixante-sept

Il faut écrire ceci. C'est vrai, et ça dérange notre camp.

Le Shahed à réaction n'a surpris personne. En août, le porte-parole de l'Air Force, Iouri Ihnat, disait que l'usage des drones à réaction avait été multiplié par cinq environ en juillet par rapport à juin, rapporte Euromaidan Press.

Le renseignement militaire ukrainien estime que la Russie produit jusqu'à 500 Geran-4 et Geran-5 par mois, selon la même publication. Cinq cents. Chaque mois.

En face, le président Zelensky dit que 67 entreprises travaillent sur des intercepteurs. Deux ont terminé leurs essais au combat.

Deux.

Ce que le retard n'a pas fait

Un intercepteur à réaction ukrainien, l'Alexa Spatium, est entré en service le 21 août 2026, selon Euronews. Il y a un mois et quatre jours. C'est hier, à l'échelle d'une usine.

L'Ukraine et ses partenaires ont vu la vitesse monter tout l'été. Ils ont couru derrière. Ils courent encore.

C'est vrai. Et cela ne change pas ceci : un intercepteur en retard n'a jamais lancé un drone sur une tour d'habitation.

Le retard est à nous. Le drone ne l'est pas.

Neuf heures quatre

Trois blessés, un grave

À 9 h 04, le maire publie un premier compte pour la capitale. 3 blessés, tous hospitalisés. Un dans un état grave.

Le message ne contient pas encore de mort.

Le Service d'urgence écrit que ses secouristes ont sauvé 7 personnes dans l'immeuble. Ils les ont conduites à l'air libre. L'incendie est éteint.

Une autre adresse à 9 h 51

À 9 h 51, le maire signale un autre impact. Un immeuble non résidentiel de cinq étages, dans le district de Chevtchenko. Des blessés, d'après les premières informations.

La matinée n'attend pas Petchersk. Elle ajoute des adresses.

Entre 9 h 04 et le message suivant, il y a quatre-vingt-quatre minutes. Pour une famille au pied d'une tour, quatre-vingt-quatre minutes, c'est…

Le premier compte n'avait pas encore de mort.

Dix heures vingt-huit

La ligne du maire

À 10 h 28, Vitali Klitschko écrit de nouveau.

Neuf blessés dans la capitale. Sept à Petchersk. Huit hospitalisés.

Puis une ligne, sans adjectif : un garçon de 14 ans est mort dans l'attaque ennemie.

Puis des condoléances à la famille et aux proches de l'enfant.

C'est tout.

Le maire d'une capitale en guerre n'a pas le temps d'un adjectif. Il a des blessés à compter, et une ligne à écrire.

J'ai relu la ligne trois fois. Je cherchais une erreur de traduction. Un chiffre mal placé. N'importe quoi. Il n'y en avait pas.

Quatorze ans

Quatorze ans, c'est l'âge où l'on ferme la porte de sa chambre.

Quatorze ans, c'est l'âge des écouteurs et des messages envoyés trop tard le soir.

Quatorze ans, c'est un corps qui grandit plus vite que ses chandails.

Quatorze ans, c'est encore l'âge où quelqu'un vient vous réveiller le matin.

Quatorze ans, c'est l'âge où l'on croit avoir le temps.

Lui, on ne sait rien de ce qu'il aimait. On sait l'âge. C'est la seule mesure qui reste.

Quatorze ans ne se comptent pas en étages.

Sans logique militaire

Le président, à 10 h 32

Quatre minutes plus tard, l'administration militaire de Kyiv relaie le message du président Volodymyr Zelensky.

Un garçon de 14 ans mort. Sept blessés. L'incendie éteint. Il parle d'une frappe « absolument sauvage », « dépourvue de logique militaire ».

Il ne nomme pas l'enfant non plus.

Depuis le début de la journée, écrit-il, 8 régions ont été attaquées. Un mort à Odessa, dans une frappe répétée sur un terminal postal. Une clinique touchée à Zaporijjia, avec des gens à l'intérieur. Des blessés dans les régions de Soumy et de Mykolaïv.

Les clés, selon Kyiv

Puis il se tourne vers les capitales. D'ici l'hiver, dit-il, la Russie ne fera qu'aggraver l'escalade si personne ne la presse.

Pour que la diplomatie fonctionne, les sanctions américaines doivent être appliquées. Les sanctions européennes, renforcées. Les partenaires, écrit-il, ont les clés de la paix. Par la force.

Ce n'est pas une plainte. C'est une adresse. Avec des destinataires.

Une tour frappée à Kyiv, et un courrier pour les capitales.

Cinquante et un pays, la veille

Le 23 septembre, à l'ONU

Le mercredi 23 septembre, avant une réunion du Conseil de sécurité, 51 États membres de l'ONU publient une déclaration commune pour un cessez-le-feu, selon United24 Media. Le Canada la signe. L'Ukraine aussi, avec les pays de l'Union européenne, l'Australie, le Japon et la Corée du Sud.

La déclaration rappelle que l'Ukraine avait accepté un cessez-le-feu complet et sans condition en mars 2025. Elle demande à la Russie d'en faire autant.

Les deux nuits suivantes, Kyiv est frappée. La seconde compte 295 drones, selon l'Air Force.

Le Canada a signé. Le courrier du président lui est donc adressé aussi.

Mars 2025, septembre 2026

Mars 2025 : Kyiv dit oui à un cessez-le-feu complet.

Septembre 2026 : un garçon de 14 ans meurt dans une tour de Petchersk.

Entre les deux, dix-huit mois. Et une déclaration qui demande encore à Moscou d'en faire autant. La nuit du 24 au 25, la réponse est venue par les airs.

La paix avait une signature. Le ciel a répondu à sa place.

Le compte de la journée

Un garçon de 9 ans

Le chiffre monte à 14 blessés à 10 h 50, selon l'administration militaire de Kyiv. Parmi eux, un garçon de 9 ans.

Le chiffre monte à 17 à 12 h 27, selon le maire. Huit personnes sont dans les hôpitaux de la ville. Dont un enfant de 9 ans.

Le chiffre monte à 20 à 12 h 44.

Ces comptes couvrent toute la capitale. Pas seulement la tour de Petchersk.

Cinq morts à Kyiv

Dans l'après-midi, un autre drone frappe un immeuble de bureaux à Solomianskyï. C'est une autre adresse. Elle mérite son propre texte.

Plus tard, le maire fait l'addition du 25 septembre. 31 blessés dans la capitale, dont 15 hospitalisés, parmi lesquels deux enfants. 5 morts, dont un enfant.

Un enfant. Le même, depuis 10 h 28.

Chaque mise à jour efface la précédente. Aucune n'efface celle de 10 h 28.

Le total grandit. Sa ligne à lui ne bouge plus.

Le rez-de-chaussée

Des tentes au pied des tours

L'administration du district de Petchersk publie un avis aux résidents. L'administration militaire de Kyiv le relaie.

Des tentes sont dressées sur le lieu de l'attaque, près des immeubles endommagés. On y reçoit des conseils. De l'information sur l'aide disponible. La marche à suivre.

Une bibliothèque, rue Verkhohliad

Pour ceux dont le logement a été touché, un bureau d'aide fonctionne au 8, rue Andriï-Verkhohliad. Dans une bibliothèque, la Knyholioub.

On peut y déposer une demande d'aide matérielle. On peut y demander conseil sur l'indemnisation des biens endommagés. On peut y apprendre quels programmes de l'État existent.

La Croix-Rouge et des organismes de bienfaisance sont sur place, écrit l'administration.

Un vendredi ordinaire, une bibliothèque prête des livres. Celui-là, elle reçoit des dossiers.

Qui remplit le formulaire pour une chambre d'adolescent ?

La tour vivait en hauteur. Ce vendredi, toute sa vie tient au niveau de la rue. Sous une tente. Entre deux rayons de livres.

La tour se comptait en étages. Elle se compte en formulaires.

La minute qu'on doit à Petchersk

267, et une tour

Le commandement russe a lancé 295 drones. Son ministère revendique un site de drones, des centres logistiques, un port. Pas la tour.

La défense ukrainienne en a arrêté 267 avant 7 h 30. C'est beaucoup. Ce n'était pas assez pour un étage.

Et pourtant, la minute perdue n'est pas une loi de la nature. Elle a un prix. Il s'écrit en intercepteurs, en usines, en sanctions que Kyiv réclame à voix haute.

La vitesse se paie toujours. En intercepteurs, ou en étages.

Une minute à racheter

Qu'acceptons-nous de payer, nous, pour rendre à une tour de Kyiv la minute que la vitesse lui a prise ?

Ce soir, les tentes restent au pied de l'immeuble. Aucune tour ne figure dans le communiqué russe.

Le communiqué dira usine. La place, elle, restera vide.

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). RÉCIT : Petchersk, 8 h, un Shahed à réaction lancé par le Kremlin et la place vide d'un garçon de 14 ans. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/recit-petchersk-8-h-un-shahed-a-reaction-lance-par-le-kremlin-et-la-place-vide

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MM
Maxime Marquette
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