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La ChroniquePortrait· N° 6028

PORTRAIT : la guerre des dépôts et la flotte fantôme

Il y a des guerres qui se racontent par leurs généraux, et il y en a qui se racontent par leurs cibles. Celle qui s'est intensifiée en juillet 2026 entre l'Ukraine et la Russie appartient à la seconde catégorie : ses…

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  1. Il y a des guerres qui se racontent par leurs généraux, et il y en a qui se racontent par leurs cibles. Celle qui s'est intensifiée en juillet 2026 entre l'Ukraine et la Russie appartient à la seconde catégorie : ses…
  2. Il y a des guerres qui se racontent par leurs généraux , et il y en a qui se racontent par leurs cibles.
  3. Celle qui s'est intensifiée en juillet 2026 entre l' Ukraine et la Russie appartient à la seconde catégorie : ses figures centrales ne sont pas seulement des hommes en uniforme, mais des dépôts pétroliers , des pétroliers vieillissants immatriculés sous pavillon de complaisance , et un commandant de drones qui a fait de la mer Noire son terrain de chasse personnel .
Transparence

Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.

Introduction

Il y a des guerres qui se racontent par leurs généraux, et il y en a qui se racontent par leurs cibles. Celle qui s'est intensifiée en juillet 2026 entre l'Ukraine et la Russie appartient à la seconde catégorie : ses figures centrales ne sont pas seulement des hommes en uniforme, mais des dépôts pétroliers, des pétroliers vieillissants immatriculés sous pavillon de complaisance, et un commandant de drones qui a fait de la mer Noire son terrain de chasse personnel. Ce portrait tente de dresser les traits de cette guerre-là, celle qui se joue loin des tranchées, à travers les visages, les navires et les décisions qui la définissent.

Le personnage le plus visible reste le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui a confirmé lui-même, dans la nuit du 19 au 20 juillet 2026, une série de frappes contre un dépôt pétrolier et des installations logistiques dans l'oblast de Moscou, à plus de 400 kilomètres de la frontière ukrainienne, ainsi que contre six navires en mer Noire, selon un compte-rendu du Kyiv Independent. Mais derrière cette confirmation présidentielle se cache un second personnage, moins connu du grand public occidental : le commandant Robert « Madyar » Brovdi, à la tête des forces de systèmes sans pilote, dont le nom revient sans cesse dans les bilans de frappes navales. On retient toujours le nom du président qui confirme la frappe ; on oublie trop souvent celui du commandant qui l'a rendue possible, nuit après nuit, avec des drones lancés depuis des bateaux sans pilote.

Ce portrait choisit de s'attarder sur les figures les moins spectaculaires de cette guerre : la flotte fantôme elle-même, ses pétroliers sans âge et sans transparence, et les infrastructures pétrolières russes qui, frappe après frappe, deviennent les véritables enjeux stratégiques de l'été 2026.

Robert « Madyar » Brovdi, l'homme derrière les chiffres

Un commandant qui communique par bilans

Le commandant Brovdi s'est imposé, au fil des mois, comme la voix officielle des frappes navales ukrainiennes contre la flotte fantôme russe. Ses déclarations, relayées régulièrement par le Kyiv Independent, prennent la forme de bilans chiffrés précis : sept navires touchés une nuit, sept installations énergétiques en Crimée une autre, jusqu'à un cumul de 183 navires visés depuis le début du mois de juillet, selon un décompte cité par Al Jazeera. Cette manière de communiquer, presque comptable, tranche avec la rhétorique plus large de la doctrine présidentielle.

Les opérations qu'il supervise portent des noms de code qui suggèrent une volonté de marquer symboliquement chaque campagne : « MoLoCHKa » et « Crimean Switch Off », deux appellations qui accompagnent les frappes du 20 juillet contre la flotte fantôme et les infrastructures énergétiques de Crimée occupée. Nommer une opération, c'est déjà raconter une histoire ; « Crimean Switch Off » dit, en trois mots, l'ambition d'éteindre une région entière plutôt que de simplement l'endommager.

Une figure qui grandit avec les chiffres

La stature publique de Brovdi s'est construite progressivement, à mesure que les bilans qu'il annonce prenaient de l'ampleur : de 25 à 36 navires frappés début juillet en mer d'Azov selon BBC News, à 136 navires sur dix jours selon Euromaidan Press, jusqu'au chiffre cumulé de 183. Cette progression rapide, si elle se confirme dans la durée, ferait de lui l'un des artisans les plus visibles de la campagne navale ukrainienne, même si aucune source indépendante n'a pu vérifier chaque frappe individuellement.

Il reste difficile de dresser un portrait complet d'un homme qui communique presque exclusivement par des statistiques militaires. Ce que l'on peut affirmer, avec la prudence que ce type de portrait impose, c'est que sa fonction — et non nécessairement sa personne — est devenue centrale dans le récit ukrainien de cette guerre économique menée en mer. Une fonction militaire peut devenir un symbole sans que l'homme derrière elle cherche jamais la lumière ; c'est peut-être la forme la plus discrète d'influence que produit cette guerre.

La flotte fantôme, portrait collectif d'une flotte sans visage

Des noms de navires plutôt que des visages

La flotte fantôme russe n'a pas de porte-parole ni de commandant identifiable publiquement ; elle se compose plutôt d'une accumulation de noms de navires qui circulent dans les bilans successifs : le Sanar, l'Alexey Rasov, le Penelopa, selon des informations rapportées par BBC News début juillet. Ces pétroliers, souvent vieillissants et immatriculés sous des pavillons qui compliquent leur traçabilité, transportent le pétrole russe malgré les sanctions occidentales, en s'appuyant sur un système d'assurance opaque et des transbordements en haute mer.

Le 15 juillet, une seule nuit de frappes a visé vingt navires — dix-sept pétroliers, deux gaziers et un remorqueur — selon Euromaidan Press, illustrant l'ampleur de cette flotte informelle qui continue d'opérer malgré les pertes répétées. Une flotte fantôme n'a pas besoin de visage pour exister ; elle a besoin de routes, d'assurances complaisantes et de silence international, et c'est précisément ce triptyque que les frappes ukrainiennes cherchent à briser.

Un système plus qu'une flotte

Ce qui frappe, dans les portraits successifs dressés par les agences de presse, c'est la nature systémique de cette flotte : elle ne dépend pas d'un armateur unique ni d'un pavillon unique, mais d'un réseau de sociétés-écrans, de courtiers et d'assureurs qui permettent à la Russie de contourner le plafonnement des prix du pétrole imposé par les pays occidentaux. Frapper un navire ne suffit pas à démanteler ce système ; c'est l'accumulation des pertes, semaine après semaine, qui pourrait finir par le rendre économiquement intenable.

Aucune source consultée ne permet d'affirmer que ce seuil de rentabilité a déjà été atteint en juillet 2026. Ce que les chiffres cumulés suggèrent, avec la prudence qu'impose ce type d'estimation, c'est que la flotte fantôme opère désormais sous une pression opérationnelle sans précédent depuis le début du conflit.

Les dépôts pétroliers russes, portrait d'une infrastructure assiégée

Podolsk et la fumée qui ne trompe personne

Le dépôt pétrolier et les installations logistiques touchés dans la nuit du 19 au 20 juillet se trouvent, selon des images diffusées sur les réseaux sociaux, dans la région de Podolsk, à environ 40 kilomètres au sud du Kremlin. Cette proximité avec la capitale russe, documentée par une épaisse fumée noire visible sur plusieurs vidéos, donne à cette infrastructure un rôle presque symbolique dans le récit de la guerre : elle n'est plus seulement un site industriel, elle devient la preuve visuelle que la profondeur du territoire russe ne protège plus automatiquement ses actifs stratégiques.

Cette frappe fait suite à une opération distincte menée deux jours plus tôt, les 17 et 18 juillet, contre un centre logistique et un autre dépôt pétrolier dans la même oblast, selon un rapport de Ukrainska Pravda. La répétition de la cible, dans un intervalle aussi court, dessine le portrait d'une infrastructure devenue une cible récurrente plutôt qu'un objectif ponctuel.

Omsk, le portrait d'une distance qui rétrécit

À près de 2 500 kilomètres de l'Ukraine, la raffinerie d'Omsk a elle aussi été visée début juillet par des drones, provoquant d'épaisses colonnes de fumée selon des images citées par CNBC. Le président Zelensky a qualifié cet événement de preuve que la Sibérie est désormais « à portée » des capacités ukrainiennes — une affirmation qui, si elle relève d'une communication stratégique assumée, repose sur un fait vérifiable : la distance parcourue dépasse largement ce qui était opérationnellement envisageable lors des premières années du conflit. Un portrait de cette guerre ne peut plus se limiter à une carte du Donbass ; il doit désormais inclure la Sibérie, à des milliers de kilomètres, comme un territoire redevenu vulnérable.

La raffinerie de Moscou, endommagée par une frappe antérieure, ne devrait probablement pas reprendre ses activités avant la fin de l'année 2026, selon une information relayée par Reuters le 24 juin. Ce type de dommage durable, s'il se confirme, dessine le portrait d'une infrastructure pétrolière russe qui accumule des blessures dont la guérison prend des mois plutôt que des semaines.

Le prix humain, portrait des visages sans nom

Podolsk, Domodedovo, Odintsovo : dix blessés dans l'ombre des chiffres

La même nuit du 20 juillet, une frappe russe en représailles a touché la région de Moscou, blessant, selon le gouverneur Andrei Vorobyov cité par Al Jazeera, au moins dix personnes, dont un enfant et trois citoyens chinois, dans les districts de Podolsk, Domodedovo et Odintsovo. Un entrepôt du géant du commerce en ligne Wildberries a dû être évacué par précaution avant de reprendre ses activités.

Ces dix blessés n'ont pas de nom dans les dépêches consultées ; ils existent comme un chiffre agrégé, une note de bas de page dans un récit dominé par les tonnages et les kilomètres. Un portrait honnête de cette guerre doit résister à la tentation d'oublier ceux que les bilans réduisent à un nombre : un enfant blessé reste un enfant blessé, même quand la dépêche qui le mentionne parle surtout de barils de pétrole.

Odesa, le miroir inversé

Le même 20 juillet, une attaque russe distincte a frappé un navire près d'Odesa, faisant au moins dix morts selon Al Jazeera. Ce bilan, survenu le même jour que les frappes ukrainiennes sur l'oblast de Moscou, complète un portrait à double face : chaque camp compte ses propres victimes, chaque camp revendique ses propres cibles stratégiques, et aucun récit unilatéral ne suffit à rendre compte de l'ensemble.

Il serait malhonnête de dresser le portrait de cette guerre en n'accordant un visage qu'aux victimes d'un seul camp. Les sources consultées documentent des pertes civiles des deux côtés de la ligne de front, dans des circonstances différentes, mais avec une gravité comparable pour les familles concernées.

Les forces spéciales, portraits sans visage assumé

Une artère logistique paralysée en Crimée

Les forces spéciales ukrainiennes ont revendiqué, dans la même fenêtre temporelle du 20 juillet, avoir paralysé une artère logistique clé utilisée par les troupes russes en Crimée occupée, selon RBC-Ukraine. La même source signale l'utilisation, pour la première fois selon ce rapport, de drones FPV lancés depuis des bateaux sans pilote — une innovation tactique qui enrichit le portrait technologique de cette guerre navale et terrestre combinée.

Ces unités opèrent dans un anonymat presque total, sans que les dépêches consultées ne fournissent de noms de commandants ou de témoignages directs des opérateurs. Ce silence n'est pas un oubli journalistique ; il reflète, plus probablement, une discrétion opérationnelle délibérée propre à ce type d'unité.

Une innovation qui mérite d'être nuancée

Présenter cette utilisation de drones FPV lancés depuis des bateaux sans pilote comme une première absolue mérite une prudence méthodologique : la source qui rapporte cette information est ukrainienne et non vérifiée de façon indépendante par une agence tierce. Le portrait technologique de cette guerre continue donc de s'écrire avec des zones d'ombre que seules des vérifications ultérieures pourront combler.

Le commandement d'impact à longue portée, portrait d'une structure naissante

Une création institutionnelle datée du 11 juillet

Cette accélération de la mi-juillet s'inscrit dans la création, annoncée le 11 juillet selon le New Voice of Ukraine, d'un nouveau commandement d'impact à longue portée par le président Zelensky, accompagné de la mise en place de forces de réaction rapide. Ce portrait institutionnel, encore jeune, ne dispose pas encore d'un historique suffisant pour évaluer pleinement son efficacité propre par rapport aux structures de commandement préexistantes.

Une nouvelle structure de commandement ressemble toujours, au moment de sa création, à une promesse ; elle ne devient un portrait fidèle de la réalité qu'après des mois d'opérations qui confirment, ou infirment, l'ambition affichée au départ.

Ce que cette structure dit de la priorité stratégique de Kyiv

La création d'une structure de commandement dédiée constitue, en elle-même, un indicateur institutionnel fort de la priorité désormais accordée à la campagne de frappes en profondeur et à la lutte contre la flotte fantôme. Ce choix organisationnel dessine le portrait d'un commandement ukrainien qui traite cette dimension de la guerre non comme un complément tactique, mais comme un théâtre à part entière, doté de ses propres ressources et de sa propre chaîne de décision.

Le gouverneur Vorobyov, portrait d'un porte-parole obligé

Une fonction qui impose la transparence chiffrée

Le gouverneur de la région de Moscou, Andrei Vorobyov, occupe une position singulière dans ce récit : contraint par sa fonction de communiquer sur les conséquences des frappes ukrainiennes, il devient, malgré lui, l'une des rares voix officielles russes à confirmer publiquement l'ampleur de certains dégâts, même partiels. Ses déclarations, relayées par Al Jazeera, offrent un contrepoint rare aux silences plus généraux du Kremlin sur ce type d'incident.

Ce rôle de porte-parole régional, obligé par la proximité géographique des cibles frappées, illustre un aspect souvent négligé de cette guerre de l'information : certaines vérités émergent moins par choix éditorial que par nécessité administrative locale. La vérité, parfois, ne fuite pas par courage journalistique ; elle fuite parce qu'un fonctionnaire local n'a plus le choix de la taire.

Les limites de cette transparence forcée

Il serait excessif de présenter Vorobyov comme une source dissidente ou critique du pouvoir central russe. Ses déclarations restent strictement factuelles et limitées aux conséquences immédiates des frappes sur sa juridiction, sans jamais remettre en question la conduite de la guerre par Moscou. Ce portrait reste donc celui d'un fonctionnaire exécutant sa mission de communication de crise, rien de plus.

Ce que ce portrait collectif révèle de la guerre elle-même

Une guerre sans héros individuels dominants

Contrairement à d'autres phases de conflits historiques, cette campagne de frappes en profondeur et de harcèlement naval ne produit pas, à ce stade, de figure héroïque unique et dominante dans le récit occidental. Zelensky reste la voix politique, Brovdi la voix opérationnelle, mais aucun des deux n'incarne seul cette guerre des dépôts et des navires. Ce portrait choral, plutôt qu'individuel, reflète peut-être la nature même de ce théâtre : diffus, technique, réparti entre de multiples acteurs.

Cette absence de figure dominante rend, paradoxalement, le récit plus difficile à raconter pour les médias occidentaux habitués aux portraits de généraux ou de chefs d'État. Elle explique aussi, en partie, pourquoi cette dimension du conflit reste moins couverte que les combats terrestres, malgré son impact économique potentiellement considérable. Les guerres sans visage dominant intéressent moins les caméras, même quand elles pèsent, en silence, plus lourd sur l'issue du conflit que la ligne de front elle-même.

Un portrait qui reste, par nature, incomplet

Ce portrait ne prétend pas épuiser la complexité de cette guerre des dépôts et de la flotte fantôme. Il tente, plus modestement, de donner un visage — ou une absence de visage assumée — aux acteurs qui la façonnent, du commandant qui communique par bilans chiffrés aux blessés anonymes de Podolsk, en passant par les pétroliers sans identité claire qui continuent de sillonner la mer Noire malgré les pertes.

Les alliés occidentaux, portraits en toile de fond

Un soutien financier qui rend cette guerre possible

Aucun portrait de cette campagne ne serait complet sans mentionner les alliés occidentaux dont le soutien financier et militaire rend possible la construction de drones à longue portée et le maintien d'une flotte de bateaux sans pilote. Le sommet de l'OTAN à Ankara, début juillet, a vu les alliés s'engager sur des montants de dépenses de défense significatifs pour soutenir l'Ukraine en 2026 et 2027, selon des informations disponibles publiquement. On ne voit jamais, dans les images de fumée noire au-dessus d'un dépôt pétrolier russe, les réunions de financement qui ont précédé, des mois plus tôt, la construction du drone qui a rendu cette frappe possible.

Ce soutien reste, par nature, moins spectaculaire que les frappes elles-mêmes, mais il constitue une condition nécessaire à leur poursuite dans la durée. Sans lui, la trajectoire ascendante des bilans de frappes navales et terrestres documentée depuis le début de l'été 2026 serait difficilement soutenable pour Kyiv. Aucun drone ne vole sans qu'un budget, voté quelque part loin du front, n'ait d'abord rendu sa construction possible.

Washington, licence Patriot et accélération des livraisons

Le président américain aurait accordé à l'Ukraine une licence pour fabriquer des missiles Patriot localement, selon des informations relayées publiquement lors du sommet de l'OTAN. Cette décision, si elle se confirme dans son exécution concrète, renforcerait la capacité de défense aérienne ukrainienne indépendamment des cycles de livraison américains, souvent sujets à des délais politiques.

Ce que ce portrait laisse volontairement de côté

Les zones d'ombre non résolues

Ce portrait ne prétend pas résoudre certaines zones d'ombre qui demeurent, à ce stade, non vérifiables à partir des sources consultées : l'ampleur exacte des réserves pétrolières russes restantes, la résilience réelle du système d'assurance de la flotte fantôme face à des pertes répétées, et la capacité industrielle ukrainienne à maintenir ce rythme de frappes sur plusieurs mois supplémentaires. Un portrait honnête doit aussi montrer ce qu'il ne peut pas montrer ; prétendre tout savoir d'une guerre en cours serait la première trahison de ce genre journalistique.

Ces zones d'ombre ne discréditent pas les faits rapportés dans les sections précédentes ; elles rappellent simplement que ce portrait reste une photographie prise à un instant précis d'une situation encore mouvante.

Le rôle des réseaux sociaux dans la construction du portrait

Des images qui deviennent preuves

Une part significative de ce portrait repose sur des images diffusées sur les réseaux sociaux, notamment les colonnes de fumée au-dessus de Podolsk et d'Omsk, qui servent de vérification visuelle indirecte aux déclarations officielles. Cette dépendance envers du contenu généré par des utilisateurs anonymes ou semi-anonymes constitue une fragilité méthodologique propre à ce type de couverture, même lorsque les images semblent corroborées par plusieurs sources indépendantes. Une colonne de fumée ne dit jamais tout ; elle confirme qu'un incendie a eu lieu, mais rarement pourquoi, ni exactement où, ni avec quelle précision par rapport au récit officiel qui l'accompagne.

Les journalistes et analystes qui utilisent ces images procèdent généralement à des recoupements géographiques à partir de points de repère visibles, une méthode reconnue mais qui comporte toujours une marge d'erreur, notamment lorsque la source de l'image ne précise pas l'heure ou l'angle exact de la prise de vue.

La vérification indépendante, un maillon encore faible

Le portrait construit à partir de ces éléments reste, par nature, tributaire de la bonne foi des sources primaires ukrainiennes et de la disponibilité limitée d'observateurs indépendants sur le terrain russe. Cette limite méthodologique ne remet pas en cause l'ensemble du récit, mais elle invite à maintenir une distance critique face à chaque chiffre annoncé, même lorsqu'il provient d'une source généralement fiable.

Le portrait économique en toile de fond

Le plafonnement des prix, un cadre qui structure tout

Aucun portrait de la flotte fantôme ne serait complet sans mentionner le plafonnement des prix du pétrole russe imposé par la coalition occidentale depuis 2022, qui constitue la raison d'être économique de cette flotte parallèle. C'est ce mécanisme de sanctions qui a poussé Moscou à constituer une flotte de navires à la traçabilité volontairement opaque, afin de continuer à exporter son pétrole à des prix supérieurs au plafond fixé. La flotte fantôme n'est pas née d'elle-même ; elle est la réponse directe d'un État sanctionné à un plafond de prix qu'il refuse de respecter, et chaque navire frappé est aussi, en creux, une preuve que ce plafond fonctionne suffisamment pour justifier son contournement.

Cette dimension économique, souvent reléguée au second plan dans les récits centrés sur les frappes militaires, reste pourtant la clé de compréhension la plus solide de ce portrait collectif : sans sanctions, il n'y aurait probablement pas de flotte fantôme à combattre.

Le rationnement intérieur, un portrait invisible depuis l'Occident

Le rationnement de carburant qui toucherait plus de 90 % des régions russes, selon BBC News, dessine un portrait économique invisible pour la plupart des observateurs occidentaux, habitués à suivre les conséquences du conflit à travers les bilans de frappes plutôt qu'à travers les files d'attente aux stations-service russes. Ce pan du portrait, moins documenté par manque d'accès journalistique direct au territoire russe, mériterait une attention accrue dans les mois à venir.

Un dernier visage : celui du temps qui passe

Une guerre qui se mesure désormais en semaines cumulées

Le dernier trait de ce portrait collectif est peut-être le plus abstrait : le temps lui-même, qui s'accumule frappe après frappe, semaine après semaine, sans qu'aucun événement unique ne marque de rupture décisive. Cette guerre des dépôts et de la flotte fantôme se raconte en progression cumulative plutôt qu'en moments spectaculaires isolés, ce qui la rend plus difficile à résumer mais peut-être plus significative dans la durée.

C'est ce temps cumulatif, mesuré en navires frappés et en semaines de rationnement, qui constitue peut-être le vrai protagoniste de ce portrait : ni Zelensky, ni Brovdi, ni Vorobyov, mais l'accumulation silencieuse de pertes qui, additionnées, pourraient finir par peser plus lourd que n'importe quelle offensive terrestre ponctuelle.

Conclusion

Ce portrait collectif de la guerre des dépôts et de la flotte fantôme ne dessine pas un visage unique, mais une constellation de figures partielles : un président qui confirme, un commandant qui compte, des navires sans identité claire, des blessés sans nom, des forces spéciales sans visage assumé. C'est peut-être là le trait le plus fidèle de cette guerre économique menée à distance : elle se raconte moins par ses héros que par ses infrastructures et ses bilans cumulés.

Ce que ce portrait permet d'affirmer, avec la prudence que ce type d'exercice impose, c'est que cette dimension du conflit s'est installée durablement dans l'arsenal stratégique ukrainien, portée par une structure de commandement dédiée et des chiffres qui continuent de grimper. Ce que ce portrait ne peut pas affirmer, c'est l'issue finale de cette guerre des barils et des cales, qui reste, à ce stade, une trajectoire ouverte plutôt qu'un verdict acquis. On dresse le portrait d'une guerre pour mieux comprendre qui la mène ; on ne peut pas, à partir d'un portrait, prédire qui la gagnera.

Signature

Signé Maxime Marquette, chroniqueur

Encadré de transparence du chroniqueur

Positionnement éditorial

Ce portrait a été rédigé dans une perspective éditoriale pro-occidentale et pro-ukrainienne, assumée et déclarée. Les faits rapportés sont présentés avec les nuances et les incertitudes que les sources elles-mêmes reconnaissent, et les accusations portées contre des acteurs russes sont formulées au conditionnel ou par attribution explicite lorsque la vérification indépendante fait défaut.

Méthodologie et sources

Ce texte s'appuie sur des dépêches et rapports publiés par des agences de presse et des médias spécialisés dans le suivi du conflit russo-ukrainien, cités nommément à chaque affirmation significative. Aucune information n'a été inventée ; les zones d'incertitude sont signalées comme telles plutôt que présentées comme des faits établis.

Nature de l'analyse

Ce texte constitue un exercice journalistique de portrait collectif, combinant des éléments factuels vérifiables et une mise en forme narrative assumée. Il ne prétend pas à l'exhaustivité et devra être actualisé si de nouvelles informations contredisent ou nuancent les éléments présentés ici.

Sources

Sources primaires

Sources secondaires

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). PORTRAIT : la guerre des dépôts et la flotte fantôme. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/portrait-la-guerre-des-depots-et-la-flotte-fantome

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Maxime Marquette
Chroniqueur indépendant

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