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La ChroniquePortrait· N° 271

PORTRAIT : Guo Jiakun, la voix du déni — le porte-parole qui défend Pékin face à Moscou

Le 6 janvier 2025, un homme de 44 ans prend place derrière le pupitre du ministère des Affaires étrangères de la République

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À retenir
  1. Le 6 janvier 2025, un homme de 44 ans prend place derrière le pupitre du ministère des Affaires étrangères de la République
  2. Introduction : Un homme au pupitre, un empire à défendre
  3. Le 35e porte-parole de la diplomatie chinoise
Transparence

Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.

Introduction : Un homme au pupitre, un empire à défendre

Le 35e porte-parole de la diplomatie chinoise

Le 6 janvier 2025, un homme de 44 ans prend place derrière le pupitre du ministère des Affaires étrangères de la République populaire de Chine. Il s'appelle Guo Jiakun, 郭嘉昆 en caractères chinois, et il devient officiellement le 35e porte-parole du MAE de Pékin. Son prédécesseur Lin Jian le présente ce jour-là comme quelqu'un doté d'une expérience diplomatique de 23 ans et d'excellentes aptitudes de communication. À première vue, rien d'extraordinaire : un fonctionnaire de plus au service de la machine communicationnelle de Xi Jinping. Mais derrière le sourire mesuré et le mandarin impeccable se cache un rouage central de la propagande stratégique de Pékin dans la guerre en Ukraine.

Depuis son intronisation, Guo Jiakun a multiplié les conférences de presse régulières, les déclarations ciselées, les formules toutes faites qui décrivent un monde où la Chine est toujours neutre, toujours constructive, toujours du bon côté de l'histoire. Il est Directeur général adjoint du Département de la presse, de la communication et de la diplomatie publique du MAE. Sa mission : façonner le récit global de la politique étrangère chinoise et l'emballer dans un langage compatible avec les normes internationales. C'est précisément ce double jeu — l'art de dire sans dire — qui en fait une figure fascinante à décortiquer.

Un profil diplomatique soigneusement construit

Né en août 1980, d'ethnie mongole, membre du Parti communiste chinois, Guo Jiakun a obtenu en 2002 un diplôme en langues étrangères — spécialisation anglais — de l'Université Nankai de Tianjin, l'une des meilleures universités chinoises. Dès sa sortie des bancs, il rejoint le corps diplomatique. Son parcours au MAE l'a conduit à occuper le poste de troisième secrétaire de la Mission permanente de la Chine à l'ONU, puis de directeur adjoint de la quatrième division du Département des affaires africaines, et enfin de directeur du Département de planification des politiques. Chaque étape a forgé une maîtrise du langage institutionnel international, cette capacité à formuler des positions nationales dans la grammaire de la diplomatie multilatérale.

Il parle couramment l'anglais, ce qui lui permet de répondre directement aux journalistes anglophones lors des points presse — un avantage non négligeable pour un régime qui cherche à contrôler son image dans les médias occidentaux. Son profil, soigneusement construit sur deux décennies, fait de lui non pas un idéologue mais un technicien du discours, un spécialiste de la traduction des impératifs politiques de Pékin en formules diplomatiquement acceptables pour le reste du monde.

Le contexte d'une déclaration explosive

Le 8 août 2025, le président américain Donald Trump menace d'imposer des tarifs douaniers supplémentaires sur la Chine en raison de ses achats de pétrole russe sanctionné. La réponse de Pékin ne se fait pas attendre. Guo Jiakun, debout derrière son pupitre lors d'une conférence de presse régulière, déclare que l'ensemble du commerce de la Chine avec la Russie est "légitime et légal". Six mots. Deux adjectifs. Une ligne de défense absolue. C'est la formule maîtresse de la diplomatie chinoise dans le dossier russe, et c'est Guo Jiakun qui la prononce avec la placidité d'un fonctionnaire récitant un règlement intérieur.

Cette déclaration, désormais documentée et archivée par la Commission américaine d'examen de l'économie et de la sécurité avec la Chine (USCC), dans son rapport de suivi mis à jour le 17 juin 2026, dit tout ce qu'il y a à savoir sur la posture officielle de Pékin. Elle ne nie pas les échanges commerciaux avec Moscou — ils dépassent 227,9 milliards de dollars en 2025, selon le ministère chinois du Commerce, ce qui fait de la Chine le premier partenaire commercial de la Russie pour la 16e année consécutive. Elle les embrasse, les revendique, les inscrit dans un cadre juridique international que Pékin défend avec acharnement : celui des règles de l'Organisation mondiale du commerce et du refus de toute sanction unilatérale non autorisée par le Conseil de sécurité de l'ONU.

Le commerce Chine-Russie en chiffres, sous les bombes ukrainiennes

Les données sont accablantes pour quiconque cherche à croire en la neutralité chinoise. Au cours des cinq premiers mois de 2026, selon les données des douanes chinoises publiées en juin, le commerce bilatéral Chine-Russie a progressé de 22,9 % en glissement annuel pour atteindre 109,53 milliards de dollars. Les exportations chinoises vers la Russie ont bondi de 26,4 %, à 49,17 milliards de dollars. Pendant que Kyiv est frappée par 681 vecteurs aériens en une seule nuit de mi-juin 2026 — 70 missiles et 611 drones selon la lettre de l'Ukraine au Conseil de sécurité de l'ONU —, les marchandises chinoises continuent de s'acheminer vers Moscou à un rythme soutenu. Et Guo Jiakun appelle ça "légitime et légal".

Plus grave encore : un rapport de mars 2026 de l'Australian Strategic Policy Institute (ASPI) identifie une coopération militaire croissante entre la Chine et la Russie, avec une multiplication des exercices conjoints depuis l'invasion de 2022. Bloomberg rapporte, selon le suivi de l'USCC, que plus de 90 % des importations russes de technologies sanctionnées utilisables dans la production d'armements transitent par la Chine, en hausse par rapport aux 80 % de 2025. Le tout emballé dans le discours du "commerce normal" que défend quotidiennement le porte-parole du MAE.

La grammaire du déni : décoder le langage diplomatique de Pékin

Les formules récurrentes et leur traduction réelle

Le langage de Guo Jiakun — et de ses collègues Lin Jian et Mao Ning — obéit à un répertoire limité mais terriblement efficace. "Le dialogue et la négociation sont la seule voie viable." "La Chine maintient une position objective et juste." "Nous n'avons fourni d'armes létales à aucune des parties au conflit." "Les sanctions unilatérales n'ont pas de base en droit international." Ces formules, répétées à l'identique depuis le 24 février 2022, constituent ce que les linguistes appellent un lexique de verrouillage : elles admettent une interprétation bienveillante, repoussent toute critique factuelle et ne s'engagent sur rien de concret. C'est du génie diplomatique au service du statu quo.

Prenons la formule "non-alignement, non-confrontation, non-ciblage de tierces parties", que Guo Jiakun a utilisée le 9 mars 2026 lorsqu'on lui a demandé si la "coordination stratégique" Chine-Russie signifiait que Pékin soutenait les actions de Moscou en Ukraine. La réponse n'est ni oui ni non — c'est une troisième voie rhétorique qui affirme sans affirmer, qui décrit une relation sans en révéler la nature. Cette formule est utilisée simultanément pour qualifier les relations avec la Russie et avec le Canada, avec l'Afrique et avec l'OTAN. Elle dit tout et ne dit rien. C'est sa force.

Le "dialogue et la négociation" comme paralysant diplomatique

La Chine appelle constamment au "dialogue et à la négociation" en Ukraine. Le 8 juin 2026, lorsqu'une journaliste d'Ukrinform demande à Lin Jian de commenter l'attaque russe sur une installation de stockage de combustible nucléaire usagé près de Tchernobyl, la réponse est identique : "dialogue et négociation". Le 26 mai 2026, face aux menaces russes de frappes massives sur Kyiv, Mao Ning répond : "dialogue et négociation". Devant l'ONU, devant la presse, devant les alliés de Zelensky, c'est toujours la même refrain. Ce qui est remarquable, c'est que cette formule n'impose aucune contrainte sur la Russie : elle n'exige pas de cessez-le-feu, ne nomme pas l'agresseur, ne défend pas l'intégrité territoriale de l'Ukraine.

Le 23 janvier 2026, c'est Guo Jiakun lui-même qui déclare, lors d'une conférence de presse, que la position de la Chine sur la guerre en Ukraine est "cohérente" et que "les négociations sont la seule façon de résoudre le conflit" — en réponse à une question sur les pourparlers de paix en cours aux Émirats arabes unis entre la Russie, les États-Unis et l'Ukraine. Pas un mot sur les positions des parties. Pas une mention de la souveraineté ukrainienne. Juste "négociations". C'est le discours de la non-position habillée en position, et Guo Jiakun en est le meilleur interprète.

Le pivot de mai 2026 : quand Xi reçoit Poutine à Pékin

Un sommet qui illumine la réalité de la relation sino-russe

Le 20 mai 2026, Vladimir Poutine effectue sa 25e visite en Chine. Xi Jinping l'accueille avec tous les honneurs d'un chef d'État allié. Les deux hommes signent une déclaration commune sur le "renforcement de la coordination stratégique globale et l'approfondissement de la coopération de bon voisinage". La semaine précédente, Xi avait rencontré Donald Trump. Les coïncidences de calendrier en politique étrangère ne sont jamais anodines. C'est Guo Jiakun, lors du point presse du 19 mai 2026, qui répond à une question sur la signification de ce timing : il refuse de confirmer que la chronologie a une signification particulière. Tact diplomatique ou déni calculé ? Les deux, probablement.

Le sommet Poutine-Xi produit des déclarations communes sur presque tous les sujets imaginables : énergie, commerce, technologie, culture, sécurité mondiale, multilatéralisme. Deux anniversaires sont célébrés : le 30e anniversaire du partenariat stratégique sino-russe et le 25e anniversaire du traité de bon voisinage. Le commerce bilatéral a dépassé les 200 milliards de dollars pour la troisième année consécutive. Et pour les 40 accords signés lors de ce sommet, aucun ne porte sur la pression à exercer sur Moscou pour mettre fin à la guerre. La Chine a annoncé l'extension du régime d'exemption de visa pour les ressortissants russes jusqu'au 31 décembre 2027. Guo Jiakun l'a annoncé lui-même lors d'une conférence de presse. "Pour continuer à faciliter les échanges de personnes entre la Chine et la Russie", dit-il.

La Chine profite de la guerre tout en refusant d'en être responsable

L'analyse de la Carnegie Endowment for International Peace publiée en mai 2026 est sans ambiguïté : le commerce entre la Russie et la Chine n'a pas besoin d'accords de haut niveau pour croître — les deux économies sont complémentaires. Les ressources naturelles russes contre les produits manufacturés chinois. En janvier-avril 2026, les échanges bilatéraux ont augmenté de 19,7 % en glissement annuel pour atteindre 85,2 milliards de dollars. Les exportations russes de pétrole vers la Chine ont bondi de 35 % au premier trimestre 2026. L'objectif affiché est de porter le commerce bilatéral à 300 milliards de dollars d'ici 2030.

Pendant ce temps, le magazine The Diplomat relevait en mai 2026 que la Chine a exporté vers la Russie des composants électroniques, des machines-outils, des drones et d'autres produits à double usage qui ont été déterminants dans la capacité de Moscou à soutenir sa guerre. Un rapport de The Insider de mars 2026 a identifié les entreprises chinoises comme le groupe le plus important parmi les 6 000 exportateurs de biens à double usage restreint vers des entreprises russes et des contractants de l'industrie de défense. Cela inclut des petits turboréacteurs qui peuvent être utilisés pour des drones militaires de grande taille. C'est ce contexte que Guo Jiakun appelle "commerce normal".

Les sanctions occidentales : le bouc émissaire rhétorique de Pékin

La Chine transforme chaque sanction en preuve d'agression occidentale

Dès que l'Union européenne ou les États-Unis sanctionnent des entités chinoises pour leur soutien à la Russie — et cela arrive régulièrement en 2026 — le mécanisme de défense de Pékin s'enclenche avec une précision mécanique. Le 10 juin 2026, Liu Pengyu, porte-parole de l'ambassade de Chine aux États-Unis, déclare que le gouvernement chinois "rejette fermement les sanctions unilatérales illégales imposées par les États-Unis" et que la coopération économique et commerciale entre Pékin et Moscou "est conforme aux réglementations de l'Organisation mondiale du commerce et aux principes du marché". La rhétorique est identique à celle de Guo Jiakun, déclinée à tous les niveaux de la hiérarchie diplomatique chinoise.

Le 16 juin 2026, lorsque le Royaume-Uni annonce de nouvelles sanctions ciblant quatre entités chinoises pour fourniture d'équipements militaires clés à la Russie, l'ambassade de Chine à Londres sort la même partition : "La Chine s'oppose fermement à l'imposition par le Royaume-Uni de sanctions unilatérales dénuées de toute base en droit international." Le 17 juin 2026, l'UE adopte son nouveau paquet de sanctions contre la Russie qui inclut plusieurs entreprises chinoises supplémentaires. La mission de Chine à Bruxelles répond avec une "forte insatisfaction et une ferme opposition". Ce ballet rhétorique, dans lequel chaque mesure coercitive occidentale est présentée comme une agression illégale, est l'une des armes les plus efficaces de la diplomatie de Pékin.

La logique perverse : Pékin se pose en victime

Ce qui est remarquable dans cette stratégie, c'est le retournement de la victimisation. La Chine, puissance qui aide matériellement un État agresseur à mener une guerre d'annexion en violation du droit international, se présente comme la victime des "sanctions illégales" d'Occidentaux qui ne respectent pas "les règles du commerce international". La Haute Représentante de l'UE Kaja Kallas a déclaré en juin 2026 que la Chine forme secrètement du personnel militaire russe pour combattre en Ukraine — ce que Lin Jian a qualifié de "pure calomnie". Reuters, citant des agences de renseignement européennes, rapporte que la Chine a formé discrètement environ 200 soldats russes déployés en Ukraine. Pékin nie. Et le porte-parole du MAE transforme chaque accusation en occasion de se présenter comme la cible d'une "guerre d'information" occidentale.

Cette posture de fausse victime est d'autant plus cynique que la Chine siège en permanence au Conseil de sécurité de l'ONU, l'instance même qui serait compétente pour autoriser des sanctions collectives. En refusant d'utiliser ce droit de vote contre la Russie — au nom des mêmes principes de non-ingérence qu'elle brandit pour bloquer les sanctions occidentales —, Pékin s'assure que jamais aucune mesure de contrainte collective ne pourra être imposée à Moscou. La "légitimité" du commerce sino-russe est ainsi doublement protégée : par le discours du MAE et par l'architecture même du droit international que la Chine prétend défendre.

Le rôle de la Chine dans l'architecture de l'impunité russe

Soutien économique comme prolongateur de guerre

Les analystes sont de plus en plus nombreux à documenter le rôle structurel de la Chine dans la capacité de la Russie à poursuivre sa guerre. Le réseau de soutien n'est pas seulement commercial — il est stratégique. En fournissant à Moscou une bouée de sauvetage économique au moment où les sanctions occidentales auraient dû l'asphyxier, la Chine a allongé la guerre d'Ukraine. Sans les achats d'énergie chinois, sans les exportations chinoises de biens à double usage, sans l'aide à contourner le système SWIFT via les transactions en yuans et en roubles — Poutine lui-même a reconnu lors du sommet de Pékin que les règlements se font "presque entièrement en roubles et en yuans" —, la machine de guerre russe aurait été beaucoup plus fragilisée.

Ce calcul est parfaitement compris à Washington, à Bruxelles et à Kyiv. Mark Rutte, secrétaire général de l'OTAN, a déclaré le 18 juin 2026 que l'OTAN "surveille de près" l'aide alléguée de la Chine à la Russie. Le rapport du Japan Institute of International Affairs (JIIA) de juin 2026 note que la Chine a mis en place des contre-mesures pour protéger ses entreprises des sanctions secondaires américaines visant le commerce avec la Russie et l'Iran, dans un cadre juridique qui interdit explicitement à toute entreprise — y compris étrangère — de se conformer aux sanctions américaines sous peine de poursuites en Chine. C'est un système de protection du commerce avec des États sanctionnés, rendu légalement contraignant par la législation nationale chinoise.

La Chine prépare l'architecture du monde d'après

Au-delà de l'économique, il y a une dimension géopolitique plus profonde que Guo Jiakun habille de la rhétorique du "multilatéralisme" et d'un "monde multipolaire". Lors du sommet Poutine-Xi de mai 2026, les deux présidents ont signé une déclaration commune sur la "promotion d'un monde multipolaire et de nouvelles relations internationales". Cette formule, apparemment bénigne, signifie concrètement : un monde où l'Occident ne peut plus imposer ses normes, ses sanctions et son ordre basé sur les règles. C'est un projet de remplacement de l'ordre libéral international par un système où des puissances comme la Chine et la Russie dictent les règles en dehors des institutions existantes.

La Chine mobilise pour ce projet l'OCS, les BRICS, l'APEC et les forums bilatéraux. Et Guo Jiakun est en première ligne pour en vendre la narrative à la presse internationale. "Défendre l'égalité et l'ordre dans un monde multipolaire." "Construire un système de gouvernance mondiale plus juste et équitable." Ces formules, répétées quotidiennement depuis le pupitre du MAE, ne sont pas que de la rhétorique creuse : elles sont la pierre angulaire d'un projet stratégique de long terme qui menace directement les démocraties occidentales.

La formation aux Nations Unies : un apprentissage de la manipulation multilatérale

Le passage par l'ONU comme école de la rhétorique internationale

Le passage de Guo Jiakun en tant que troisième secrétaire de la Mission permanente de la Chine aux Nations Unies n'est pas un détail biographique anodin. C'est à New York que se forge la capacité à utiliser le langage du droit international comme arme défensive. À l'ONU, il a appris comment les formules juridiques peuvent paralyser des décisions collectives, comment les principes de souveraineté et de non-ingérence peuvent être invoqués pour protéger des régimes agresseurs, comment l'art du veto — ou de la menace du veto — transforme les institutions multilatérales en instruments de l'impunité.

Ce n'est pas un hasard si la Chine, en tant que présidente tournante du Conseil de sécurité en mai 2026, a organisé une réunion de haut niveau sur "le maintien des buts et principes de la Charte de l'ONU et le renforcement du système international centré sur l'ONU". Guo Jiakun l'a annoncé lors de sa conférence de presse du 22 mai 2026 avec une solennité appropriée. L'ironie est que ce même système centré sur l'ONU est celui que la Chine bloque systématiquement lorsqu'il s'agit de condamner l'agression russe en Ukraine. Défendre les règles que l'on viole sélectivement : tel est le cœur de la diplomatie chinoise.

La rhétorique de la "coopération normale" face aux preuves accablantes

Face aux accusations de formation de soldats russes, de fourniture de composants militaires, de contournement des sanctions, de soutien économique massif à une économie de guerre, la réponse de Pékin est invariablement la même : ce sont des "échanges et coopérations normaux" qui "ne doivent pas être perturbés ou affectés". Cette formule, utilisée mot pour mot dans les déclarations de plusieurs porte-paroles du MAE en juin 2026, constitue une immunité rhétorique auto-proclamée. En définissant le commerce comme "normal" par définition, on exclut par avance toute critique de sa nature ou de ses effets.

Ce mécanisme est d'autant plus puissant que la Chine peut invoquer des précédents légaux réels. Les transactions en yuans ne sont pas illégales au regard du droit international. Les exportations de machines-outils ne sont pas toujours catégorisées comme "double usage" dans les réglementations douanières chinoises. L'achat de pétrole russe à prix réduit est — formellement — une décision commerciale souveraine. Guo Jiakun défend cet espace de "légalité formelle" avec la rigueur d'un avocat plaidant dans un tribunal international. Mais la légalité formelle n'épuise pas la question morale et stratégique. Et c'est précisément ce que Pékin ne veut pas que le monde comprenne.

Trump, les tarifs et le test de la cohérence de Pékin

Quand les menaces de tarifs deviennent l'occasion de défendre Moscou

La déclaration du 8 août 2025 de Guo Jiakun sur le commerce "légitime et légal" avec la Russie ne s'inscrit pas seulement dans la logique de défense de Pékin face à Kyiv — elle s'inscrit dans un bras de fer plus large avec Washington. Donald Trump avait menacé d'imposer des tarifs supplémentaires sur la Chine en raison de ses achats de pétrole russe sanctionné. Cela révèle une configuration géopolitique fascinante : la Chine achète du pétrole sanctionné russe, ce qui finance directement la guerre d'Ukraine, et se défend contre les tarifs américains en invoquant les mêmes principes de libre-échange qu'elle prétend défendre face aux sanctions européennes.

Cette cohérence — ou plutôt cette incohérence cohérente — est le cœur de la stratégie de Guo Jiakun. Face à Trump, la Chine invoque les règles du commerce international. Face à l'UE, idem. Face à Zelensky, idem. La même boîte à outils rhétorique est déployée dans chaque direction, ce qui donne l'impression d'une grande cohérence de principe alors qu'il s'agit d'une flexibilité tactique absolue. En juin 2026, la Chine fait face à une nouvelle proposition américaine de tarifs de 12,5 % au titre de la Section 301 sur le travail forcé. Le porte-parole du MAE répond que "le soi-disant travail forcé n'existe pas en Chine". Même logique : nier les faits, invoquer les principes, contre-attaquer avec la rhétorique.

Trump comme variable dans le calcul de Pékin

Il serait faux de dire que Trump fait les affaires de Pékin — mais il complique incontestablement la posture occidentale. Ses menaces de tarifs sur les alliés européens et asiatiques créent des fissures dans le camp occidental que la Chine exploite habilement. Pendant que Washington et Bruxelles négocient des frictions commerciales mutuelles, Pékin consolide ses liens avec Moscou. Guo Jiakun peut se permettre de dénoncer les "guerres tarifaires" américaines comme "contraires aux lois économiques et ne servant les intérêts de personne" tout en maintenant des échanges massifs avec la Russie sanctionnée. La rhétorique du libre-échange est weaponisée : bonne pour la Chine contre les États-Unis, bonne pour la Chine-Russie contre le monde.

Ce qu'il faut retenir, c'est que la montée en puissance commerciale de la Chine en 2026 se produit dans un contexte de turbulences tarifaires américaines majeures — invalidation des tarifs IEEPA par la Cour suprême, décisions Section 301, trêve commerciale jusqu'en novembre 2026. Dans cette zone de turbulences, Guo Jiakun navigue avec une remarquable aisance, transformant chaque attaque en occasion de consolider la position de principe de Pékin : défenseur du multilatéralisme, victime des unilatéralismes, promoteur du dialogue. Pendant que la Russie bombarde l'Ukraine.

Le portrait de la "neutralité" chinoise : une fiction stratégique

Comment Pékin construit la narrative de la non-belligérance

La déclaration de neutralité de la Chine dans la guerre en Ukraine est l'une des fictions stratégiques les plus élaborées de notre époque. Elle repose sur plusieurs piliers que Guo Jiakun et ses collègues entretiennent méticuleusement. Premier pilier : "la Chine n'a fourni d'armes létales à aucune des parties au conflit". Cette affirmation, répétée ad nauseam, définit la neutralité de manière si étroite qu'elle exclut toute la gamme des soutiens indirects — économiques, technologiques, diplomatiques. Deuxième pilier : "la Chine maintient une position objective et juste". Cette objectivité s'évapore dès que l'on note que le représentant permanent de la Chine à l'ONU n'a jamais explicitement condamné l'invasion russe.

L'analyse de China Observers publiée en juin 2026 sur le sommet Poutine-Xi est particulièrement éclairante. La déclaration commune ne reconnaît pas que les frontières ukrainiennes ont été violées. Il n'y a aucune mention de "l'invasion" ou de "l'agression". Pas de demande de restauration de l'intégrité territoriale de l'Ukraine. La déclaration commune déplace le débat des responsabilités de la Russie vers les griefs de la Russie. Et c'est Poutine lui-même qui certifie la "neutralité" de Xi en louant sa "position objective et juste" — la neutralité dont l'authenticité est garantie par l'agresseur. Comme le note l'analyse, "un médiateur dont la neutralité est certifiée par l'agresseur, tandis que la victime voit sa réalité effacée, ne peut simplement pas être accepté comme impartial".

L'Ukraine dans le discours officiel de Pékin : la réalité effacée

Dans les conférences de presse de Guo Jiakun, l'Ukraine n'est pas une nation agressée — c'est une "crise" dont la résolution passe par des négociations entre "les parties". Cette désignation — "crise ukrainienne" plutôt que "guerre d'agression russe" — n'est pas un détail sémantique. Elle place la Russie et l'Ukraine sur un pied d'égalité morale et efface la question de la responsabilité initiale. Elle rend possible la rhétorique du "toutes les parties doivent faire preuve de retenue" qui traite l'agresseur et la victime comme équivalents. Elle permet à Pékin de demander à Kyiv de "négocier" avec Moscou sans exiger de Moscou qu'il retire ses troupes des territoires occupés.

Quand Zelensky déclare en 2026 que "l'implication de la Chine pour mettre fin à la guerre est importante, mais nous ne la voyons pas pour l'instant", la réponse de la porte-parole Mao Ning est de répéter les "Quatre Principes" de Xi Jinping et les activités de médiation de Pékin. Pas un mot sur le soutien concret que la Chine pourrait apporter à l'Ukraine — que ce soit en cessant les exportations militairement utiles, en conditionnant son commerce à une exigence de cessez-le-feu, ou en utilisant son influence sur Poutine. L'Ukraine est présente dans le discours de Pékin uniquement comme l'autre bout d'un conflit bilatéral que la Chine offre de médiatiser — tout en aidant un camp à gagner.

La rhétorique anti-OTAN : un autre front du discours de Guo Jiakun

"L'OTAN doit réfléchir à son rôle dans la paix mondiale"

Le 18 juin 2026, le secrétaire général de l'OTAN Mark Rutte affirme que l'Alliance "surveille de près" l'aide alléguée de la Chine à la Russie, citant la fourniture de technologies à double usage et l'aide au contournement des sanctions. La réponse du porte-parole Lin Jian — qui partage le rôle avec Guo Jiakun au MAE — est cinglante : "Il est temps que l'OTAN corrige sa mauvaise perception de la Chine, cesse de provoquer les confrontations, se décharge de la responsabilité et réfléchisse en tant que produit de la Guerre froide à son propre rôle dans la promotion de la paix et de la stabilité mondiales." C'est une contre-attaque caractéristique : face à une critique fondée sur des faits documentés, répondre par une remise en question de la légitimité de l'accusateur.

Cette posture anti-OTAN est cohérente avec la vision sino-russe d'un monde "multipolaire". Pour Guo Jiakun et ses collègues, l'OTAN n'est pas une alliance défensive créée en réponse à l'expansionnisme soviétique puis russe — c'est un "produit de la Guerre froide" dont l'existence même représente une provocation pour Moscou. Cette narrative — que l'OTAN est responsible de la guerre en Ukraine parce qu'elle s'est élargie vers l'Est — est exactement celle que Putin martèle depuis 2007 et le discours de Munich. Pékin l'a adoptée et la diffuse via ses porte-paroles. L'OTAN est le bouc émissaire parfait : une organisation occidentale dont la simple existence peut être présentée comme une "menace" pour justifier les agressions de Moscou.

Taiwan dans l'équation : la vraie priorité de Guo Jiakun

Il ne faut jamais oublier que pour Guo Jiakun, la guerre en Ukraine est toujours vue à travers le prisme taiwanais. Chaque déclaration sur l'Ukraine est aussi un message sur Taiwan. Si l'Occident tolère la rhétorique de Pékin sur la Russie, c'est un précédent pour Taiwan. Si les sanctions ne mordent pas sur les alliés de Moscou, elles ne mordront pas davantage sur ceux qui aideraient une opération militaire contre Taipei. Si le droit international peut être contourné avec les bons arguments, il peut l'être pour Taiwan aussi. Lors de sa conférence de presse du 22 mai 2026, Guo Jiakun répète la position de Pékin sur les ventes d'armes américaines à Taiwan : "constante, claire et ferme" dans son opposition. Le même cadre : la Chine comme défenseur de ses "intérêts légitimes", les États-Unis comme agresseurs.

Le déploiement américain de missiles Typhon en Asie — que Guo Jiakun dénonce comme une menace pour la "sécurité stratégique régionale" — montre comment Pékin gère son environnement géopolitique : opposer toute présence militaire américaine en Asie tout en soutenant une présence militaire russe en Europe. Le double standard est flagrant. Mais dans le système rhétorique de Guo Jiakun, il est rendu invisible par une cohérence de surface : la Chine est toujours contre la "militarisation", toujours pour le "dialogue". Jusqu'à ce qu'elle entoure Taiwan avec ses propres navires de guerre.

La mécanique institutionnelle : comment le MAE chinois fabrique le discours

Un département de presse au service d'une puissance globale

Le Département de la presse, de la communication et de la diplomatie publique (DPCPD) du MAE chinois — dont Guo Jiakun est Directeur général adjoint — est un appareil communicationnel d'une sophistication redoutable. Sa directrice générale est Mao Ning ; ses adjoints incluent Lin Jian et Guo Jiakun lui-même. Ensemble, ils assurent une présence quotidienne à l'écran : deux points presse hebdomadaires au minimum, des centaines de questions répondues chaque année, des communiqués en anglais, français, arabe, espagnol et russe. La Chine a compris, bien avant la plupart des démocraties occidentales, que la guerre de l'information est aussi importante que la guerre sur le terrain.

Ce département gère aussi les pages officielles sur Facebook, Instagram et Twitter — des plateformes que la Chine bloque sur son territoire mais qu'elle utilise activement pour diffuser son message à l'international. La page officielle de Guo Jiakun sur Facebook, vérifiée, est désignée comme la page officielle du porte-parole du MAE de Chine. Elle diffuse en temps réel les positions de Pékin sur tous les grands dossiers. Ce n'est pas de l'hypocrisie naïve — c'est une stratégie délibérée : utiliser les outils de la démocratie libérale pour diffuser des messages contraires aux valeurs de la démocratie libérale.

La rotation des porte-paroles : une continuité du discours

Un élément clé de la résilience du discours chinois est sa continuité à travers les individus. Guo Jiakun, Lin Jian et Mao Ning utilisent des formulations pratiquement identiques, quel que soit le sujet. Cela n'est pas le fruit d'une coïncidence : c'est le résultat d'un système de coordination interne où les positions officielles sont arrêtées au plus haut niveau du Parti et transmises aux porte-paroles qui les déclinent. Aucun des trois ne s'éloigne jamais du script approuvé. Aucun ne laisse transparaître une opinion personnelle. Aucun ne s'aventure dans la nuance ou le doute. C'est l'antithèse du journalisme ou du débat public occidental — et c'est précisément sa force dans un contexte de guerre informationnelle.

Cette continuité institutionnelle fait que la personne importe moins que la fonction. Guo Jiakun est avant tout le 35e porte-parole d'un système, pas un individu avec ses propres vues. Le fait qu'il soit d'ethnie mongole, qu'il ait étudié à Nankai, qu'il parle un anglais impeccable — tout cela est secondaire par rapport à sa fonction de courroie de transmission du message officiel. C'est ce qui rend difficile toute tentative de "humaniser" le personnage : il est la voix d'un État, pas d'un homme.

Les alliés de la Chine dans l'axe de l'impunité

L'axe sino-russo-iranien-nord-coréen : une coalition contre l'ordre occidental

La Chine n'est pas seule dans son opposition à l'ordre libéral occidental. Elle forme avec la Russie, l'Iran et la Corée du Nord ce que certains analystes appellent l'"axe de l'impunité" — des États qui se soutiennent mutuellement pour résister aux pressions occidentales. La Corée du Nord a fourni des munitions à la Russie. L'Iran a fourni des drones. La Chine fournit des composants électroniques et un soutien économique. Et chacun protège les autres à l'ONU de toute condamnation formelle. C'est un système de solidarité autoritaire qui défie structurellement l'ordre international basé sur les règles.

Guo Jiakun ne mentionnerait jamais la Corée du Nord ou l'Iran dans le même souffle que la Chine. Pour lui, la Chine est une "grande économie responsable" qui "défend la charte de l'ONU". Mais les faits racontent une autre histoire. En mai 2026, Xi Jinping rencontre Kim Jong-un, son premier sommet avec le dirigeant nord-coréen. Ils parlent de "nouvelles relations sino-nord-coréennes à l'ère nouvelle" et de coopération dans les domaines "diplomatiques, de la sécurité et militaires". La Chine organise sa diplomatie régionale pour consolider cet axe autoritaire, pendant que Guo Jiakun parle de "stabilité régionale" et de "dialogue".

L'Europe dans le viseur de la stratégie chinoise

Le rapport de l'USCC mis à jour le 17 juin 2026 documente comment la Chine a proposé de sanctionner deux banques chinoises qui aidaient la Russie à contourner les restrictions commerciales post-invasion. Pékin a menacé de "toutes les mesures nécessaires pour défendre les droits et intérêts légitimes des entreprises chinoises". Simultanément, la Chine tente de renforcer ses liens avec l'Europe — le voyage du ministre des Affaires étrangères Wang Yi au Canada, les déclarations sur le "partenariat stratégique de nouveau type" avec Ottawa — dans une stratégie de triangulation qui vise à déconnecter les alliés occidentaux les uns des autres. Guo Jiakun est en première ligne de cette diplomatie différenciée : une chose pour Washington, une autre pour Bruxelles, une troisième pour Ottawa.

Face à ces manœuvres, la réponse européenne reste insuffisante. Les sanctions frappent des entreprises chinoises au compte-gouttes — quatre de plus en juin 2026 — pendant que les échanges sino-russes continuent de croître de 22,9 % sur cinq mois. Guo Jiakun dénonce chaque sanction comme "illégale" et "sans base en droit international". Et l'Europe hésite, divisée entre ses intérêts commerciaux avec Pékin et ses engagements envers la sécurité de l'Ukraine. Cette hésitation est le terrain favorable sur lequel prospère le discours de Guo Jiakun.

Ce que le portrait de Guo Jiakun nous dit de la Chine contemporaine

La Chine de Xi : un régime qui a transcendé le besoin de cohérence

Le portrait de Guo Jiakun est en définitive le portrait de la Chine de Xi Jinping : une puissance qui a transcendé le besoin de cohérence entre ses déclarations et ses actes, parce qu'elle a compris que dans l'espace médiatique globalisé, répéter un message avec suffisamment de conviction et de régularité crée sa propre réalité. La Chine "défend la charte de l'ONU" tout en bloquant toute résolution condamnant la Russie. Elle "contrôle strictement les exportations à double usage" tout en restant la principale source de technologie militairement utile pour Moscou. Elle "n'a fourni d'armes létales à aucune partie" tout en aidant à former des soldats russes selon les informations de Reuters.

Cette capacité à maintenir simultanément des discours contradictoires sans que cela affecte sa crédibilité internationale est l'une des réussites les plus remarquables — et les plus dangereuses — de la diplomatie chinoise contemporaine. Et Guo Jiakun, avec ses 23 ans d'expérience, son anglais impeccable, son calme imperturbable et son répertoire infaillible de formules diplomatiques, est l'instrument parfait de cette stratégie.

Le monde que Guo Jiakun contribue à construire

Chaque conférence de presse de Guo Jiakun est une brique dans un édifice plus grand : un monde où la puissance économique prime sur le droit, où les formules rhétoriques suffisent à neutraliser les condamnations morales, où les "relations normales" entre États peuvent inclure le soutien à des guerres d'agression pourvu qu'elles soient rentables. C'est un monde fondamentalement incompatible avec les valeurs des démocraties libérales — la protection des plus faibles, la responsabilité des actes, la vérité comme fondement du discours public.

Face à Guo Jiakun, l'Occident a besoin de clarté, pas de naïveté. Il faut nommer les faits : la Chine aide la Russie. Il faut en tirer les conséquences : les sanctions doivent être plus larges, les pressions économiques plus cohérentes, la solidarity atlantique plus solide. Et il faut arrêter de croire que les formules diplomatiques de Pékin représentent autre chose que ce qu'elles sont : un écran de fumée. Guo Jiakun est élégant, professionnel, brillant. Et il sert un régime qui menace la paix mondiale. Ces deux réalités ne sont pas contradictoires — elles sont le visage exact du danger qui nous fait face.

Conclusion : Le sourire du déni, arme de destruction douce

Un homme, une fonction, un système

Guo Jiakun n'est pas un ennemi au sens classique du terme. Il est bien pire : il est le visage humain et compétent d'un système qui détruit la confiance dans le langage diplomatique lui-même. En répétant "légitime et légal" face au commerce avec une Russie en guerre, il ne ment pas au sens juridique strict — mais il trahit la vérité morale et politique avec une élégance redoutable. Il est le 35e porte-parole d'une longue tradition de propagande sophistiquée, dans un pays qui a élevé la dissimulation au rang d'art d'État. Et cette tradition a trouvé en lui un interprète de premier ordre.

Ce portrait ne vise pas à diaboliser un individu — Guo Jiakun est le produit d'un système, pas son architecte. Il vise à comprendre comment ce système fonctionne, comment il parle, comment il justifie l'injustifiable. Car comprendre est la première étape pour y résister. L'Ukraine se bat pour sa survie. L'Occident se bat pour son ordre. Et pendant ce temps, Guo Jiakun se lève chaque matin, met sa cravate, prend place derrière son pupitre, et répète, avec le sourire parfait d'un diplomate de carrière : "Dialogue et négociation sont la seule voie viable."

La vigilance comme réponse à la rhétorique du déni

Ce que le portrait de Guo Jiakun enseigne, c'est que dans la guerre informationnelle du XXIe siècle, les mots sont des armes. La répétition est une stratégie. La cohérence rhétorique est une forme de puissance. Et la "neutralité" peut être la plus efficace des formes de complicité. L'Occident a besoin de narrateurs capables de décoder ce langage — des analystes, des journalistes, des diplomates qui ne se laissent pas impressionner par la fluidité de l'anglais ou la sophistication des formules.

Zelensky a raison : l'implication de la Chine serait importante pour mettre fin à la guerre. Mais tant que des hommes comme Guo Jiakun occuperont le terrain médiatique avec le discours du "commerce légitime et légal" et du "dialogue et négociation", cette implication sera celle du maquillage de la complicité, pas de la construction de la paix. La clarté exige que nous le nommions. Ce portrait est une tentative de faire exactement cela.

Signé Maxime Marquette, chroniqueur

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). PORTRAIT : Guo Jiakun, la voix du déni — le porte-parole qui défend Pékin face à Moscou. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/portrait-guo-jiakun-la-voix-du-deni-le-porte-parole-qui-defend-pekin-face-a-mosc-2

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Maxime Marquette
Chroniqueur indépendant

Maxime Marquette écrit l'essentiel des analyses et chroniques publiées sur MadMax — géopolitique, technologie et actualité, sans remplissage.

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