Aller au contenu
La ChroniqueOpinion· N° 7681

OPINION : L'argent avant Hormuz, c'est l'erreur que Riyad et Abou Dhabi refusent

Les pays qui prennent les coups veulent que la pression continue. Ceux qui sont loin veulent signer vite.

Lecture premium
MadMax
À retenir
  1. Les pays qui prennent les coups veulent que la pression continue. Ceux qui sont loin veulent signer vite.
  2. Les pays qui prennent les coups veulent que la pression continue.
  3. Ceux qui sont loin veulent signer vite.
Transparence

Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.

Le septième jour

Les coups et la pression

Les pays qui prennent les coups veulent que la pression continue.

Ceux qui sont loin veulent signer vite.

Malgré un diesel américain passé au-dessus de 200 dollars le baril début septembre, selon l'Agence internationale de l'énergie, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis demandent à Washington de garder son blocus naval contre l'Iran. Jusqu'à un accord. Pas jusqu'à une promesse.

Pendant ce temps, des équipages attendent au mouillage. Le moteur au ralenti. La chaleur du pont sous les semelles. La radio qui grésille les consignes du jour.

Un plan en sept jours

Le 25 septembre, des sources citées par Reuters et l'AFP disent que Washington et Téhéran discutent d'un accord par étapes, à New York.

Avant le septième jour, Washington lèverait son blocus. Avant le septième jour, Washington lèverait les sanctions sur le pétrole iranien. Avant le septième jour, au moins 12 G$ US d'avoirs iraniens seraient dégelés. Avant le septième jour, les armes se tairaient sur tous les fronts, Liban compris. Avant le septième jour, rien n'obligerait encore Téhéran à rouvrir quoi que ce soit.

Au septième jour, le détroit d'Hormuz.

Pas avant.

L'argent d'abord, le détroit au septième jour.

Tout l'accord tient dans l'ordre des jours.

Ce que Téhéran propose

La conférence du 24 septembre

Le 24 septembre, à New York, en marge de l'Assemblée générale de l'ONU, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a présenté son plan à la presse.

Il dit l'avoir transmis aux États-Unis par des intermédiaires, selon Al Jazeera et le New York Times.

Si certaines conditions sont remplies, dit-il, le détroit serait ouvert à la fin du septième jour. Puis les discussions reprendraient.

Puis Hormuz. Puis le nucléaire.

Dans cet ordre. Pas un autre.

Le président iranien, Massoud Pezeshkian, a résumé la chose sur Fox News. C'est à l'Amérique de choisir si elle veut en finir, a-t-il dit.

Le calendrier américain

Les deux camps préféreraient conclure avant les élections de mi-mandat américaines, selon les sources de Reuters.

Elles ont lieu le 3 novembre.

Un accord avant le scrutin pourrait contenir les prix du pétrole et l'essence américaine, note la dépêche.

Téhéran le sait. Il ne parle pas seulement de paix. Il parle du prix à la pompe.

Téhéran connaît notre calendrier mieux que nous.

Ce que le Golfe demande

Le prince héritier et le blocus

Le 25 septembre, le Wall Street Journal rapporte que le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a dit à des responsables américains que le blocus devait rester en place. Jusqu'à ce que l'Iran soit contraint de signer un nouvel accord. Iran International a repris l'information.

Les responsables émiriens, selon le même journal, jugent que les nouvelles violences et les attaques contre les navires montrent une chose. Téhéran n'est pas pressé de revenir à la diplomatie.

C'est un virage. Cet été, Riyad et d'autres capitales arabes poussaient pour la négociation. Elles envisageaient même un accord reconnaissant une certaine influence iranienne sur Hormuz.

Le paradoxe complet

Et pourtant, ces mêmes dirigeants du Golfe ont pressé Washington de désescalader, rapporte la dépêche de Reuters. Ils ne veulent pas d'une nouvelle guerre chez eux.

Ils veulent que la guerre s'arrête. Ils veulent que le détroit rouvre. Ils veulent que l'ordre soit inversé.

Ce n'est pas une contradiction. C'est une séquence.

Je le dis nettement : sur ce point précis, l'ordre des étapes, ils ont raison.

Ils veulent la paix. Pas la paix payée d'avance.

Le Golfe n'est pas un bloc

Doha passe les messages

Il faut éviter un contresens.

Le Golfe ne parle pas d'une seule voix.

Le Qatar fait passer les messages entre Washington et Téhéran à New York, écrit Al Jazeera. Selon le Wall Street Journal, des médiateurs qataris cherchent à organiser une nouvelle ronde de discussions à Oman, dès la semaine prochaine.

Doha négocie. Riyad durcit. Abou Dhabi doute.

Manama refuse la table

Bahreïn, lui, a refusé le 12 septembre de participer à une réunion ministérielle proposée par l'Iran à Mascate sur le passage dans Hormuz, rapportent Al Jazeera et l'AFP.

La sécurité régionale, disait son ministère des Affaires étrangères, ne peut pas se préserver par une politique d'apaisement. Le détroit doit rester ouvert sans discrimination, sans frais, sans permis.

Sans frais. Sans permis.

Des voix différentes. Une même ligne sur le péage.

Ils ne s'entendent sur rien, sauf sur le péage.

Juin, déjà

Le mémorandum du 17 juin

Ce plan n'est pas neuf.

Selon Al Jazeera, il reprend le mémorandum d'entente signé le 17 juin entre Washington et Téhéran, sous médiation du Pakistan et du Qatar.

Ce texte prévoyait l'arrêt des opérations militaires. Une période de négociation de 60 jours. Des dérogations pour le pétrole iranien. Le retour du trafic dans le détroit.

Quelques semaines

Il s'est effondré en quelques semaines. Motif : des différends sur le contrôle de la navigation, écrit Al Jazeera.

Le contrôle de la navigation. Exactement ce qu'on propose aujourd'hui de régler au septième jour.

Juin : un mémorandum signé. Quelques semaines plus tard : un mémorandum mort. Septembre : le même mémorandum, en plus court.

Trois mois. Le même texte. La même faille.

La dernière diplomatie date de trois mois. Elle a échoué sur le point même qu'on renvoie à la fin.

La prudence, ici, n'est pas du bellicisme.

Si le même texte revient avec la même faille…

On ne resigne pas les yeux fermés ce qu'on a vu se déchirer.

Le détroit comme arme

Le premier but de guerre

L'Institute for the Study of War, dans sa mise à jour du 24 septembre, évalue les buts de guerre iraniens.

Le premier de la liste : obtenir la reconnaissance internationale du contrôle iranien sur le détroit d'Hormuz.

Ce n'est pas la fin des frappes. Ce n'est pas la levée des sanctions. Ce n'est pas le nucléaire. C'est le contrôle du détroit.

Les frais de passage

Selon des sources régionales citées par Reuters, Téhéran serait prêt à retirer du texte principal sa demande de frais de passage dans Hormuz. Pour la glisser dans une annexe.

Retirer du texte. Garder dans l'annexe.

Les États du Golfe ont rejeté ces frais, rapporte la même dépêche. La liberté de navigation doit être rétablie, disent-ils. Le détroit ne doit pas devenir un outil de coercition contre eux.

Un péage glissé en annexe reste un péage.

Un pouvoir qui veut qu'on reconnaisse son contrôle ne rend pas un détroit. Il le prête.

Un détroit qu'on rend contre paiement n'a jamais été rendu.

L'allié étranglé

Le pays qui paie le plus

Il y a un pays qui paie ce détroit plus que les autres. Ce n'est pas un ennemi de Téhéran.

L'Irak.

Le premier ministre irakien, Ali al-Zaidi, a parlé au New York Times dans un entretien publié le 21 septembre. Son pays aurait perdu environ 60 % de ses revenus mensuels d'exportation de pétrole à cause des restrictions dans Hormuz. Environ 60 G$ US depuis le début de la guerre, selon lui.

L'Irak paie en barils. L'Irak paie en salaires publics. L'Irak paie en hôpitaux, en retraites, en écoles financées par un pétrole qui ne sort plus.

Le refus de Téhéran

Et voici le détail qui renverse tout.

Malgré les liens étroits entre Bagdad et Téhéran, dit al-Zaidi, l'Iran a refusé de laisser passer les pétroliers irakiens.

« Leur objectif est de faire monter les prix mondiaux du pétrole », a-t-il ajouté, selon le Times.

Bagdad a demandé. Téhéran a refusé.

Al-Zaidi cherche d'autres routes : davantage de pétrole par la Turquie, et des projets d'oléoducs vers l'Europe, selon le Times.

L'allié n'est pas épargné. L'allié sert de levier.

Si la République islamique ferme Hormuz à l'Irak, que fera-t-elle d'un détroit rouvert au septième jour, avec douze milliards en poche ?

Même ses amis paient le péage.

Ce que le blocus a obtenu

Zéro baril

Le blocus américain a un bilan. Il est chiffré.

Le 19 septembre, l'amiral Brad Cooper, chef du Commandement central américain, a fait une déclaration rapportée par l'agence Anadolu. Ses forces auraient soutenu la sortie de plus de 1 milliard de barils de brut du Golfe. Elles auraient aidé plus de 2 000 passages de navires commerciaux dans le détroit.

Dans le même message, il affirme que l'Iran a exporté « zéro baril ».

Cooper ajoute que les principaux couloirs du détroit ont été déminés, et que les volumes des deux dernières semaines sont les plus élevés depuis six mois, selon Anadolu.

Zéro. Le mot est de lui.

C'est un belligérant qui parle. Je le rapporte comme tel.

Ce que l'Agence confirme

L'Agence internationale de l'énergie, dans son rapport du 11 septembre, note que des escortes militaires américaines protègent les flux dans Hormuz. Les pertes de brut dans le détroit se sont réduites juste sous 45 %.

Les barils du Golfe passent sous escorte. Ceux de Téhéran restent à quai.

C'est un acte de Donald Trump. Sur ce point précis, c'est un bon coup : un levier réel, mesurable, qui ne dépend d'aucune promesse iranienne.

Le seul levier qui marche est celui qu'on propose de lâcher en premier.

Ce que le blocus coûte

La facture mondiale

Maintenant, la meilleure objection. Elle est sérieuse.

La guerre et le détroit coûtent au monde entier. Selon l'Agence internationale de l'énergie, la production mondiale est tombée à 100,1 millions de barils par jour en août. Plus de 10 millions de barils par jour restaient à l'arrêt dans le Golfe. Les exportations du Golfe tournaient autour de 13 millions de barils par jour, la moitié de leur niveau d'avant-guerre.

Les stocks mondiaux observés ont fondu de 507 millions de barils depuis février.

Chaque semaine de blocus prolonge cette facture. Chaque semaine de blocus vide un peu plus les réserves. Chaque semaine de blocus se lit à la pompe.

Le risque d'escalade

Alan Eyre, ancien négociateur américain sur l'Iran, l'a dit à Reuters. Le blocus leur fait mal, mais il risque de les pousser à l'escalade plutôt qu'à la souplesse.

C'est l'argument le plus fort. Il a un défaut.

L'Irak n'est pas sous blocus américain. Téhéran lui ferme quand même le détroit.

Le levier américain n'a pas créé la coercition iranienne. Il y répond.

On ne désarme pas un péage en payant le péage.

La pompe et nous

Ce que le lecteur paie

L'objection a un deuxième visage. Le nôtre.

Nous aussi, nous payons.

Le diesel américain a dépassé 200 dollars le baril début septembre, soit 94 % de plus qu'avant la guerre, selon l'Agence internationale de l'énergie. Le Brent se négociait autour de 105 dollars, 45 % au-dessus de son niveau d'avant-guerre.

Les marges de raffinage ont atteint des records dans le bassin atlantique, note l'Agence.

En mars déjà, l'essence américaine avait bondi de plus de 40 % et dépassé 4 dollars le gallon, relevait NBC News.

La tentation du plein

Le plein d'essence est un argument électoral. Tout le monde le sait à Washington. Tout le monde le sait à Téhéran.

Et pourtant, un accord qui fait baisser le plein en octobre et rouvre le péage en décembre ne nous aura rien fait économiser.

J'avoue que je comprends la tentation. Moi aussi, je regarde le prix affiché à la station.

Le plein d'aujourd'hui ne vaut pas le détroit de demain.

Le Golfe n'est pas désintéressé

Des barils sous escorte

Maintenant, ce que Riyad préférerait que je taise.

Tant que le blocus tient, les barils saoudiens et émiriens sortent sous escorte américaine. Ceux de l'Iran ne sortent pas. Le blocus arrange aussi leurs parts de marché.

Et leur virage de septembre suit des attaques iraniennes contre des navires saoudiens, écrit le Wall Street Journal. C'est une position de victime. C'est aussi une position de concurrent.

Riyad perd aussi

C'est vrai. Et cela ne change pas ceci : l'Arabie saoudite produisait 5,97 millions de barils par jour en août. Soit 4,45 millions de moins que son objectif, selon l'Agence internationale de l'énergie.

Un pays qui perd plus de quatre millions de barils par jour n'a pas intérêt à faire durer la fermeture. Il a intérêt à ce qu'elle ne revienne pas.

Riyad perd aussi. Beaucoup.

Intéressé, oui. Aveugle, non.

Un témoin intéressé peut quand même dire vrai.

Les cartes de Trump

Ce que dit la Maison-Blanche

« L'Iran a désespérément besoin d'un accord, le président Trump a toutes les cartes », a dit un responsable de la Maison-Blanche, selon Reuters.

Un autre responsable a parlé à Al Jazeera de discussions positives et constructives. Washington ne se précipitera pas, a-t-il assuré.

Selon le Wall Street Journal, des responsables américains ont aussi fait savoir que Trump n'avait aucune intention de lever l'embargo maritime.

Trump, lui, répète que l'Iran n'aura jamais l'arme nucléaire, selon Al Jazeera. C'est une ligne. Elle n'a pas de date.

Tenir ou lever avant novembre

Tenir le blocus jusqu'à une réouverture vérifiée : bon coup.

Le lever avant le septième jour pour faire baisser l'essence avant le 3 novembre : ce serait un mauvais coup. Il offrirait à Téhéran l'argent contre une promesse. Il laisserait l'Irak et le Golfe payer la suite.

Dennis Ross, ancien négociateur, ne voit que 30 % de chances d'un accord avant le scrutin, selon Reuters.

La tentation est là. Le calendrier aussi.

Tenir. Vérifier. Payer ensuite.

Un accord pour l'essence de novembre se paierait en détroit l'hiver.

La vitesse comme risque

Le consensus de la vitesse

Le consensus dit : signez, vite, le pétrole baissera.

Je fais l'avocat du diable. Et si la vitesse était le vrai risque ?

Un accord signé en quelques jours, qui paie d'abord et vérifie ensuite, a déjà été essayé. Il a duré quelques semaines.

L'inverse de la séquence

L'inverse existe. Le détroit d'abord, ouvert et vérifié. Les passages comptés. Puis le dégel, par tranches. Puis les sanctions.

Washington veut, selon Al Jazeera, traiter tous les sujets en un seul paquet, nucléaire compris. Téhéran veut les séparer : le détroit d'abord, le nucléaire ensuite.

Les deux capitales parlent d'ordre. Aucune ne parle de vérification.

Vite, oui. À l'aveugle, non.

Et pourtant, c'est la seule étape qui protège ceux qui paient.

Ouvrir, compter, puis payer.

Les équipages et les autres

Au mouillage et à Bagdad

Il y a les équipages au mouillage. Les pétroliers irakiens qui ne passent pas. Les fonctionnaires de Bagdad dont le salaire dépend d'un baril bloqué.

Les équipages ne votent ni à Washington ni à Téhéran. Ils attendent qu'on leur dise quand le couloir est sûr.

Et il y a les Iraniens.

Le blocus restreint fortement le commerce iranien et accroît la pression sur l'économie, rapporte Reuters. Ce sont eux qui paient, au marché, ce que le régime refuse de céder.

Le régime et le peuple

Je ne confonds pas un peuple avec son régime.

L'adversaire, ici, c'est la République islamique. Ses Gardiens de la révolution. Sa décision de faire du détroit une arme.

Selon le Wall Street Journal, repris par Arab Times, les Gardiens de la révolution ont rejeté de nouvelles formules de négociation.

J'avoue une inquiétude. Que la pression voulue contre un régime retombe d'abord sur ceux qui le subissent.

C'est une raison de vérifier plus vite. Pas de payer plus tôt.

Le peuple paie le blocus. Le régime encaisserait le dégel.

Hormuz d'abord

La séquence

Sept jours. Douze milliards au moins. Un détroit rouvert à la fin, sur parole.

Riyad et Abou Dhabi disent : pas dans cet ordre.

Ils ont leurs raisons, et toutes ne sont pas nobles. Sur l'ordre, pourtant, les faits leur donnent raison. Le mémorandum de juin. Les pétroliers irakiens. Le péage glissé en annexe.

Sept jours de confiance

Combien de jours de confiance faut-il accorder, quand le dernier accord est mort en quelques semaines sur la question même du détroit, et qui paiera si l'on se trompe encore une fois ?

L'Irak connaît déjà la réponse, en barils.

Le septième jour ne devrait pas être celui où l'on espère. Ce devrait être celui où l'on paie, parce qu'on a compté les navires.

Hormuz d'abord. L'argent au septième jour.

Recevoir les analyses géopolitiques

Conflits, puissances, alliances: le fil MadMax sans bruit inutile.

Citer cet article

Maxime Marquette (2026). OPINION : L'argent avant Hormuz, c'est l'erreur que Riyad et Abou Dhabi refusent. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/opinion-l-argent-avant-hormuz-c-est-l-erreur-que-riyad-et-abou-dhabi-refusent

Cet article vous fait ressentir quoi ?
MM
Maxime Marquette
Chroniqueur indépendant

Maxime Marquette écrit l'essentiel des analyses et chroniques publiées sur MadMax — géopolitique, technologie et actualité, sans remplissage.

— L’Infolettre

Cette chronique t’a plu ? Reçois la prochaine.

Une chronique par semaine, directement dans ta boîte de réception. Sans bruit.

Commentaires

0 / 2000

Sois le premier à réagir.

Cet article a été généré avec l'aide de l'IA, avec supervision humaine.

Opinion2799 mots13 min de lecture