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La ChroniqueReportage· N° 3334

Le président lituanien espère un mot sacré de Trump sur l'Article 5 à Ankara

À quelques jours du sommet de l'OTAN prévu à Ankara les 7 et 8 juillet 2026, le président lituanien Gitanas Nausėda a

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À retenir
  1. À quelques jours du sommet de l'OTAN prévu à Ankara les 7 et 8 juillet 2026, le président lituanien Gitanas Nausėda a
  2. Introduction : un mot qui pourrait tout changer
  3. Une attente suspendue à un seul terme
Transparence

Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.

Introduction : un mot qui pourrait tout changer

Une attente suspendue à un seul terme

À quelques jours du sommet de l'OTAN prévu à Ankara les 7 et 8 juillet 2026, le président lituanien Gitanas Nausėda a formulé, lors d'une interview accordée à la télévision publique LRT dans son émission Dienos tema, une attente aussi simple que lourde de sens : entendre Donald Trump qualifier l'Article 5 du traité de l'Atlantique Nord de « sacré ».

« Nous attendons toujours une déclaration très claire selon laquelle l'Article 5 est incontestable, sacré », a déclaré Nausėda, ajoutant : « J'espère que cela sera dit sous une forme ou une autre à Ankara ». Cette phrase, en apparence modeste, résume à elle seule l'anxiété persistante d'un pays balte qui vit à quelques dizaines de kilomètres de l'enclave russe de Kaliningrad.

Une clause invoquée une seule fois dans l'histoire

Il faut rappeler que l'Article 5, cette clause de défense collective qui stipule qu'une attaque contre un membre de l'OTAN équivaut à une attaque contre tous, n'a été invoquée qu'une seule fois dans toute l'histoire de l'Alliance atlantique : après les attentats du 11 septembre 2001 contre les États-Unis. Ce précédent unique donne toute sa gravité symbolique à la demande formulée par Vilnius.

Je comprends parfaitement cette anxiété lituanienne. Quand on vit à côté de Kaliningrad, un simple mot prononcé ou omis par le président américain peut littéralement changer la perception qu'a Moscou du risque à prendre. Ce n'est pas de la sensiblerie diplomatique, c'est du calcul de survie pure et simple.

Ankara, sommet sous tension avant même son ouverture

Trente-deux membres attendus dans la capitale turque

Les 32 membres de l'OTAN sont attendus à Ankara pour ce sommet crucial, qui doit notamment acter une promesse collective de 70 milliards d'euros, soit environ 80 milliards de dollars, d'aide militaire à l'Ukraine pour l'année 2026, avec un engagement à fournir « au moins équivalent » en 2027. Selon Reuters, les ambassadeurs de l'OTAN ont déjà approuvé, le 3 juillet 2026, un texte de déclaration où Trump et les autres dirigeants affirmeraient un « engagement inébranlable » envers l'Article 5.

Cette annonce, si elle se matérialise dans les faits lors du sommet, représenterait un signal de fermeté collective particulièrement bienvenu pour les pays du flanc oriental, qui scrutent chaque déclaration américaine avec une attention presque obsessionnelle depuis plusieurs années de tensions croissantes avec Moscou.

Un contexte assombri par des critiques venues de Washington

Ce climat d'attente positive est toutefois assombri par des déclarations récentes de Donald Trump, qui a qualifié la relation de dépenses de défense au sein de l'OTAN de « pas réciproque » et de « ridicule » sur son réseau Truth Social, jeudi, à quelques jours seulement de l'ouverture du sommet. Il a également critiqué les niveaux de dépenses de l'Allemagne, l'un des piliers économiques de l'Alliance atlantique.

Je note, une fois de plus, ce grand écart caractéristique de la présidence Trump : d'un côté des critiques budgétaires souvent légitimes sur le fond, de l'autre une tendance à les formuler au pire moment possible, juste avant un sommet où l'unité affichée compte énormément pour la crédibilité de toute l'Alliance.

L'héritage tumultueux du sommet de La Haye

Le « tigre de papier » de 2025

Cette inquiétude lituanienne ne sort pas de nulle part : en 2025, Donald Trump avait qualifié l'OTAN de « tigre de papier » et avait publiquement questionné les « définitions multiples » de l'Article 5 lors du sommet de La Haye. Ces propos avaient provoqué une onde de choc parmi les alliés européens, avant que le président américain ne déclare finalement « je le soutiens pleinement », dans un revirement caractéristique de son style diplomatique imprévisible.

Cette alternance entre déclarations inquiétantes et assurances rassurantes constitue, pour de nombreux dirigeants européens, l'un des principaux défis de la gestion des relations transatlantiques sous cette présidence, où chaque sommet devient l'occasion d'une nouvelle incertitude sur la solidité réelle de l'engagement américain.

L'objectif de 5 % du PIB, issu de ce même sommet

C'est également lors de ce sommet de La Haye 2025 qu'a été fixé l'objectif collectif de 5 % du PIB consacré à la défense d'ici 2035, réparti entre 3,5 % de dépenses militaires directes et 1,5 % d'infrastructures. Cet objectif ambitieux structure désormais l'ensemble des débats budgétaires au sein de l'Alliance atlantique, y compris les critiques récurrentes de Washington envers les alliés jugés trop lents à s'y conformer.

Je pense que cet objectif de 5 % du PIB, aussi contraignant soit-il pour certaines économies européennes, reste la seule réponse crédible à la menace russe durable. Les pays qui traînent des pieds sur ce dossier prennent une responsabilité historique qu'ils regretteront peut-être un jour.

Une ambition nucléaire inédite pour la Lituanie

Vers un amendement constitutionnel historique

Au-delà de la seule question de l'Article 5, la Lituanie cherche aujourd'hui à lever l'interdiction constitutionnelle qui l'empêche d'accueillir des armes nucléaires sur son territoire. Le président Nausėda a lui-même annoncé une initiative d'amendement constitutionnel visant à intégrer pleinement son pays dans le dispositif de dissuasion nucléaire occidentale face à la Russie, une démarche sans précédent depuis l'indépendance lituanienne.

Cette ambition traduit une évolution profonde de la doctrine sécuritaire balte, qui considère désormais que la seule protection conventionnelle, aussi renforcée soit-elle, ne suffit plus à garantir une dissuasion totale face à une Russie dotée de l'arme nucléaire et directement voisine par le biais de l'enclave de Kaliningrad.

Merz observe la démarche avec un respect prudent

Le chancelier allemand Friedrich Merz a réagi à cette initiative en indiquant l'avoir « notée avec respect », une formule diplomatique qui traduit à la fois une reconnaissance implicite de la légitimité de la demande lituanienne et une prudence assumée face à un dossier aussi sensible que celui de l'élargissement du parapluie nucléaire occidental en Europe orientale.

Je trouve cette prudence allemande compréhensible mais un peu frustrante. Si l'Occident veut vraiment dissuader durablement la Russie, il devra à un moment donné trancher clairement ce genre de questions nucléaires, plutôt que de se contenter de formules diplomatiques élégantes mais peu engageantes.

Budrys et la conviction d'une Alliance renforcée par Trump

Un ministre lituanien qui défend le bilan de Trump

Le ministre des Affaires étrangères lituanien Kęstutis Budrys a livré, dans une tribune publiée le 27 mai par Foreign Policy, une analyse résolument positive du bilan de Donald Trump sur le dossier de l'OTAN : « Je suis convaincu que la conclusion sera que le président Trump a rendu cette alliance plus forte, pas plus faible », a-t-il écrit, une affirmation qui tranche avec les inquiétudes plus généralement associées à la présidence américaine actuelle.

Cette position, venue d'un responsable politique directement exposé à la menace russe, mérite d'être prise au sérieux : elle suggère que, malgré ses provocations verbales répétées, l'administration Trump a effectivement obtenu des résultats concrets en matière de réarmement collectif européen, un bilan que les seules déclarations tapageuses du président américain tendent parfois à occulter.

Des résultats tangibles malgré le style clivant

Les chiffres de dépenses de défense en hausse constante dans la quasi-totalité des pays européens de l'OTAN semblent effectivement donner raison à cette lecture : quel que soit le jugement porté sur le style de Donald Trump, la pression exercée sur les alliés européens a indéniablement accéléré leur réarmement collectif au cours des dernières années.

Je dois admettre, même si cela me coûte de le reconnaître, que sur ce point précis Budrys n'a pas tort. La pression, parfois brutale, exercée par Trump sur les dépenses de défense européennes a produit des résultats concrets que des années de diplomatie plus feutrée n'avaient pas réussi à obtenir.

Les menaces hybrides s'intensifient dans la Baltique

Ballons de contrebande et drones suspects

Sur le terrain, les menaces hybrides continuent de se multiplier dans la région balte : ballons de contrebande franchissant la frontière depuis la Biélorussie, incursions répétées de drones russes dans l'espace aérien des pays voisins, incidents maritimes suspects en mer Baltique. Ces provocations, bien que limitées individuellement en gravité, contribuent à maintenir une pression psychologique constante sur les populations et les autorités locales.

Cette guerre hybride, menée sans franchir ouvertement le seuil du conflit armé conventionnel, complique considérablement la tâche des autorités baltes, qui doivent répondre avec fermeté sans pour autant offrir à Moscou le prétexte d'une escalade militaire directe qu'elles cherchent précisément à éviter.

Les missions Eastern Sentry et Baltic Sentry en renfort

Face à cette pression continue, les missions Eastern Sentry et Baltic Sentry déployées par l'OTAN ont contribué, selon le président Nausėda lui-même, à réduire les actions hostiles observées dans la région, un bilan positif qui justifie leur maintien et, potentiellement, leur renforcement futur dans le cadre des discussions d'Ankara.

Je considère que ces missions de surveillance méritent davantage de visibilité médiatique. Elles ne font pas la une des journaux comme un sommet international, mais elles constituent la première ligne de défense concrète contre une guerre hybride que la Russie mène quotidiennement contre les pays baltes.

Bulgarie et fractures potentielles au sein de l'Alliance

Des voix discordantes sur la cohésion future

Des rapports de presse bulgare ont évoqué la crainte, exprimée par certains analystes, que l'OTAN puisse se fragiliser face à des dépenses militaires inégales entre ses membres, un scénario redouté qui alimente les appels répétés à une convergence budgétaire plus rapide entre alliés, notamment ceux du flanc oriental le plus exposé.

Ces inquiétudes, bien que minoritaires dans le débat public occidental, rappellent que la cohésion de l'Alliance atlantique n'est jamais totalement acquise, et que chaque sommet, y compris celui d'Ankara, constitue une occasion de réaffirmer ou de fragiliser cette unité collective face à la Russie.

La nécessité d'un message unifié

C'est précisément pour cette raison que la demande lituanienne d'un mot clair de Donald Trump sur le caractère sacré de l'Article 5 prend tout son sens stratégique : un tel message, prononcé publiquement à Ankara, enverrait un signal de cohésion difficile à ignorer, tant pour les opinions publiques alliées que pour les dirigeants du Kremlin qui observent attentivement chaque fissure potentielle.

Je pense que cette question de cohésion collective est sous-estimée par une partie de l'opinion occidentale. Ce n'est pas seulement une question de chiffres budgétaires : c'est la perception même de l'unité de l'Alliance qui détermine si Moscou considère une attaque comme risquée ou envisageable.

Ce que l'histoire retiendra de cette séquence

Un moment charnière pour la crédibilité transatlantique

Le sommet d'Ankara s'annonce donc comme un moment potentiellement charnière pour la crédibilité de l'engagement américain envers ses alliés européens, à un moment où la Russie continue d'observer attentivement chaque signe de division ou d'hésitation au sein de l'Alliance atlantique. La demande lituanienne, aussi modeste puisse-t-elle paraître sur le plan formel, cristallise en réalité un enjeu stratégique majeur pour l'ensemble du continent européen.

Cette séquence diplomatique s'inscrit dans un contexte plus large de recomposition des équilibres transatlantiques, où les pays européens, tout en continuant de compter sur le parapluie sécuritaire américain, investissent massivement dans leurs propres capacités de défense pour ne plus dépendre exclusivement des humeurs changeantes de Washington.

Un test pour l'avenir de la dissuasion collective

Quelle que soit l'issue précise du sommet, cette séquence aura au moins eu le mérite de clarifier les attentes des pays du flanc oriental envers leurs alliés les plus puissants, tout en rappelant que la dissuasion collective repose autant sur des paroles publiques rassurantes que sur des capacités militaires concrètes déployées sur le terrain.

Je crois que cette clarification des attentes, même si elle prend la forme d'une simple demande de mot rassurant, constitue en soi un progrès diplomatique. Mieux vaut une demande explicite et publique qu'une inquiétude tue qui finirait par miner la confiance collective de l'intérieur.

La Chine et la Russie observent, encore et toujours

Un axe de puissances révisionnistes aux aguets

Au-delà du seul dossier transatlantique, il convient de rappeler que la Chine, la Russie, l'Iran et la Corée du Nord suivent avec attention chaque signe de fragilité ou de solidité au sein de l'OTAN. Toute impression de division occidentale, réelle ou simplement perçue, pourrait être exploitée par ces puissances révisionnistes pour avancer leurs propres agendas stratégiques respectifs dans leurs zones d'influence.

Cette dimension globale du dossier explique pourquoi la demande de Nausėda dépasse largement le seul cadre bilatéral lituano-américain : elle s'inscrit dans une compétition plus vaste entre un ordre international dominé par l'Occident et des puissances qui cherchent activement à le remettre en cause par tous les moyens disponibles.

Pourquoi la fermeté verbale compte autant que les chars

Dans ce contexte de compétition globale, la fermeté verbale exprimée publiquement par les dirigeants occidentaux compte presque autant que le nombre de chars ou de lanceurs déployés sur le terrain : elle façonne directement la perception qu'ont les adversaires potentiels de la détermination collective de l'Alliance atlantique à défendre chacun de ses membres, sans exception aucune.

Je suis convaincu que cette bataille des perceptions, aussi immatérielle paraisse-t-elle, pèse tout autant que les capacités militaires réelles. Une déclaration ferme de Trump à Ankara vaudrait, à elle seule, plusieurs bataillons supplémentaires en termes de dissuasion psychologique.

Les enjeux économiques cachés derrière la diplomatie

Le poids financier du réarmement collectif

Derrière ces échanges diplomatiques se cache également un enjeu économique considérable : l'objectif collectif de 5 % du PIB pour la défense d'ici 2035 représente des sommes colossales pour l'ensemble des économies européennes, avec des répercussions directes sur les budgets nationaux, les industries de défense et, potentiellement, d'autres secteurs publics comme la santé ou l'éducation.

Cette réalité budgétaire explique en partie les tensions persistantes entre alliés européens sur le rythme de mise en œuvre de ces engagements, certains pays plaidant pour une trajectoire plus progressive tandis que d'autres, comme la Lituanie, ont déjà largement dépassé les objectifs collectifs fixés pour l'ensemble de l'Alliance.

Une opportunité industrielle pour les alliés les plus avancés

Ce réarmement massif représente également une opportunité industrielle significative pour les pays disposant d'une base industrielle de défense solide, notamment les États-Unis, qui bénéficient directement des contrats d'armement signés par leurs alliés européens, comme l'illustre l'acquisition lituanienne de lanceurs HIMARS auprès de Lockheed Martin.

Je note, non sans un certain cynisme assumé, que ce réarmement collectif profite aussi largement à l'industrie de défense américaine. Cela ne rend pas la démarche moins nécessaire face à la Russie, mais il serait naïf de prétendre que les intérêts économiques n'entrent pas en ligne de compte dans ces négociations.

Le rôle discret mais crucial de la diplomatie parlementaire

Des échanges qui dépassent les seuls chefs d'État

Au-delà des déclarations présidentielles très médiatisées, une diplomatie parlementaire discrète continue de se déployer entre les capitales alliées, où des délégations de parlementaires lituaniens, allemands et américains échangent régulièrement sur les modalités concrètes de mise en œuvre des engagements pris lors des sommets successifs de l'OTAN.

Ce travail de fond, moins spectaculaire que les annonces présidentielles, contribue pourtant directement à la solidité durable des engagements pris collectivement, en assurant un suivi technique et budgétaire indispensable à la crédibilité de long terme de toute promesse diplomatique formulée lors d'un sommet international.

Une vigilance qui doit rester constante

Cette vigilance parlementaire, associée à la pression exercée par les opinions publiques des pays les plus exposés, constitue un rempart supplémentaire contre le risque de voir les engagements pris à Ankara rester lettre morte une fois l'attention médiatique retombée sur d'autres sujets d'actualité internationale.

Je pense que cette diplomatie parlementaire mérite davantage d'attention de la part des médias occidentaux. C'est souvent dans ces échanges discrets, loin des caméras, que se joue la solidité réelle des engagements annoncés en grande pompe lors des sommets internationaux.

Le regard des capitales alliées sur la séquence lituanienne

Varsovie et Helsinki suivent le dossier de près

La Pologne et la Finlande, deux autres pays de première ligne face à la Russie, suivent avec une attention particulière les demandes formulées par Vilnius, conscientes que toute clarification obtenue par les Lituaniens sur l'Article 5 ou sur le dossier nucléaire ferait jurisprudence pour l'ensemble du flanc oriental de l'Alliance atlantique.

Cette solidarité informelle entre pays de première ligne, du cercle arctique jusqu'à la mer Noire, illustre la formation progressive d'un bloc régional cohérent, uni par une même lecture de la menace russe et par une même volonté de maintenir la pression sur les alliés les plus puissants de l'Alliance.

Une pression collective plutôt que des démarches isolées

Cette approche collective, plutôt que des démarches bilatérales isolées, renforce considérablement le poids diplomatique de la demande lituanienne, qui ne peut plus être considérée comme une simple inquiétude nationale mais bien comme l'expression d'une préoccupation partagée par l'ensemble du flanc oriental de l'Alliance atlantique face à la Russie.

Cette dynamique collective devrait, selon plusieurs observateurs, peser directement sur le contenu final de la déclaration commune attendue à l'issue du sommet d'Ankara, les rédacteurs du texte devant tenir compte des sensibilités particulières de ces pays les plus exposés géographiquement.

Je vois dans cette solidarité régionale un signe encourageant. Plus les pays de première ligne parlent d'une seule voix, plus il devient difficile pour Washington ou pour n'importe quel allié de minimiser leurs inquiétudes légitimes face à la Russie.

L'équilibre délicat entre fermeté et ouverture diplomatique

Ne pas fermer toute porte à un dialogue futur

Malgré la fermeté affichée par les pays baltes, plusieurs diplomates occidentaux rappellent la nécessité de ne pas fermer totalement la porte à un dialogue futur avec Moscou, ne serait-ce que pour éviter une escalade incontrôlée dont les conséquences seraient imprévisibles pour l'ensemble du continent européen.

Cet équilibre délicat entre fermeté dissuasive et ouverture diplomatique résiduelle caractérise depuis plusieurs années la posture occidentale face à la Russie, une ligne de crête difficile à tenir mais que la plupart des alliés considèrent comme la moins mauvaise option disponible dans le contexte actuel.

Le sommet d'Ankara comme étape d'un processus plus long

Le sommet d'Ankara ne doit donc pas être perçu comme une fin en soi, mais comme une étape supplémentaire d'un processus de long terme visant à construire une dissuasion occidentale crédible et durable, capable de s'adapter aux évolutions constantes de la posture russe dans la région.

Cette vision de long terme, partagée par la plupart des analystes sérieux du dossier, invite à relativiser l'importance d'un seul mot prononcé ou non par Donald Trump, tout en reconnaissant que ce mot garde une valeur symbolique réelle pour les populations les plus directement exposées à la menace russe.

Je pense qu'il faut garder cette perspective de long terme à l'esprit. Un mot rassurant à Ankara serait bienvenu, mais la véritable sécurité du flanc oriental se construira sur des années de constance, pas sur une seule phrase prononcée lors d'un sommet.

Le poids symbolique des mots dans la diplomatie moderne

Quand une phrase vaut autant qu'un traité

Dans la diplomatie contemporaine, une simple phrase prononcée par un chef d'État peut parfois peser aussi lourd qu'un traité formellement signé, surtout lorsqu'elle émane du président des États-Unis, principale puissance militaire de l'Alliance atlantique. C'est précisément ce phénomène que la Lituanie cherche à exploiter en formulant publiquement son attente envers Donald Trump avant même l'ouverture du sommet d'Ankara.

Cette stratégie de pression publique, assumée par Gitanas Nausėda, illustre une évolution intéressante des petites puissances au sein des grandes alliances : plutôt que d'attendre passivement les décisions des grandes capitales, elles choisissent désormais d'exprimer clairement leurs attentes par voie médiatique, forçant ainsi un débat public que la diplomatie feutrée traditionnelle aurait pu maintenir confidentiel.

Une leçon de communication stratégique

Cette approche communicationnelle, qui consiste à formuler une attente précise avant un événement diplomatique majeur, constitue une leçon de stratégie de communication pour d'autres petites puissances confrontées à des enjeux de sécurité similaires face à des voisins autoritaires plus puissants qu'elles sur le plan strictement militaire.

En rendant publique son attente, Vilnius augmente également la pression sur Washington pour honorer cette demande lors du sommet, sachant qu'un silence présidentiel sur ce point précis serait désormais interprété, à juste titre ou non, comme un signal négatif par une large partie de l'opinion publique et des observateurs spécialisés du dossier transatlantique.

Je trouve cette stratégie de pression publique plutôt habile de la part de Nausėda. En formulant son attente ouvertement avant le sommet, il transforme une simple espérance diplomatique en un test public que Trump ne pourra plus totalement ignorer sans conséquence sur son image auprès des alliés européens.

Conclusion : Ankara, un test grandeur nature pour l'Occident

Un mot qui pourrait rassurer tout un continent

Que Donald Trump prononce ou non le mot « sacré » à propos de l'Article 5 lors du sommet d'Ankara, cette attente lituanienne aura eu le mérite de rappeler à quel point la parole présidentielle américaine continue de peser lourdement sur la sécurité de tout un continent. Pour des pays comme la Lituanie, chaque mot compte, chaque nuance est scrutée, chaque silence peut être interprété comme un signal inquiétant par un Kremlin toujours à l'affût de la moindre faille.

Une Alliance qui doit prouver sa solidité par les actes autant que par les mots

Au-delà des paroles, ce sont les 70 milliards d'euros promis à l'Ukraine, les brigades stationnées en Lituanie, les lanceurs HIMARS livrés et les objectifs budgétaires collectifs qui détermineront, sur le long terme, la crédibilité réelle de la dissuasion occidentale face à la Russie. Le sommet d'Ankara constitue, à ce titre, un test grandeur nature pour l'ensemble de l'Alliance atlantique.

Je termine ce récit avec une conviction simple : peu importe le mot exact prononcé à Ankara, c'est la constance de l'engagement occidental dans les mois et les années suivantes qui déterminera réellement si la Lituanie et ses voisins baltes peuvent dormir tranquilles.

Signé Maxime Marquette, chroniqueur

Encadré de transparence du chroniqueur

Qui je suis et mes limites

Je suis chroniqueur et analyste en relations transatlantiques, pas diplomate ni membre d'une délégation officielle ayant participé aux discussions préparatoires du sommet d'Ankara. Ce récit s'appuie exclusivement sur des déclarations publiques, des interviews télévisées et des rapports de presse internationaux, sans accès à des documents confidentiels.

Mon biais assumé est un soutien clair à la posture de fermeté collective de l'OTAN face à la Russie, et une reconnaissance nuancée du bilan de Donald Trump sur ce dossier précis : positif sur le plan militaire et budgétaire, plus critiquable sur d'autres aspects de sa présidence que je n'aborde pas ici. Je ne prétends pas connaître le contenu exact du discours que prononcera le président américain à Ankara.

Ma méthode pour ce récit

Ce texte croise les informations rapportées par LRT, Reuters, Anadolu Agency, Foreign Policy et Deutsche Welle, couvrant à la fois les déclarations du président Nausėda, le contexte préparatoire du sommet d'Ankara et les positions officielles allemandes sur le dossier nucléaire lituanien.

Sources

Sources primaires

LRT — Le président lituanien espère que Trump dira que l'OTAN est sacrée à Ankara

Reuters — Les dirigeants de l'OTAN affirment un engagement inébranlable envers la défense collective, texte du sommet d'Ankara, 3 juillet 2026

Anadolu Agency — Factbox sur les dépenses de défense de l'OTAN avant le sommet d'Ankara

Sources secondaires

Fakti.bg — Le président lituanien évoque le risque de fragmentation de l'OTAN

Wikipedia — Sommet de l'OTAN à Ankara 2026

Forbes — Ce que les responsables de la défense discuteront au sommet de l'OTAN 2026, 1er juillet 2026

Foreign Policy — Tribune de Kęstutis Budrys, ministre lituanien des Affaires étrangères, 27 mai 2026

Deutsche Welle — Merz répond aux critiques de Trump lors d'un événement balte

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). Le président lituanien espère un mot sacré de Trump sur l'Article 5 à Ankara. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/le-president-lituanien-espere-un-mot-sacre-de-trump-sur-l-article-5-a-ankara

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Maxime Marquette
Chroniqueur indépendant

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