ÉDITORIAL : Canons à eau, cyanure et silence — la Chine torture les pêcheurs philippins impunément
Quelque part en mer de Chine méridionale, à quelques miles nautiques d'un rocher qu'un tribunal international a confirmé appartenir à la zone économique exclusive des Philippines, des pêcheurs philippins tentent de gagner leur vie. Ils pêchent comme leurs pères, comme leurs grand
- Quelque part en mer de Chine méridionale, à quelques miles nautiques d'un rocher qu'un tribunal international a confirmé appartenir à la zone économique exclusive des Philippines, des pêcheurs philippins tentent de gagner leur vie. Ils pêchent comme leurs pères, comme leurs grand
- Introduction : Une violence ordinaire que le monde a appris à ignorer
- Des pêcheurs sous les canons d'une superpuissance
Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.
Introduction : Une violence ordinaire que le monde a appris à ignorer
Des pêcheurs sous les canons d'une superpuissance
Quelque part en mer de Chine méridionale, à quelques miles nautiques d'un rocher qu'un tribunal international a confirmé appartenir à la zone économique exclusive des Philippines, des pêcheurs philippins tentent de gagner leur vie. Ils pêchent comme leurs pères, comme leurs grands-pères. Et depuis plus d'une décennie, régulièrement, des garde-côtes d'une superpuissance de 1,4 milliard d'habitants leur tirent dessus avec des canons à eau. Les blesser. Couler leurs bateaux. Saisir leurs prises. Et parfois, selon les accusations récentes, empoisonner les poissons avec du cyanure.
En décembre 2025, lors d'un incident documenté près du Shoal de Sabina, trois pêcheurs ont été blessés et deux embarcations endommagées par les canons à eau de la Garde côtière chinoise. En avril 2026, les Philippines ont accusé la Chine d'avoir utilisé du cyanure pour empoisonner les poissons près du Second Thomas Shoal. Ce ne sont pas des incidents isolés. C'est une politique. Une politique systématique, documentée, délibérée — et qui se poursuit parce que la communauté internationale a décidé qu'elle n'était pas vraiment scandaleux.
Le silence comme complicité passive
Mon éditorial aujourd'hui n'est pas un reportage. C'est une prise de position. Je suis convaincu que le silence collectif du monde face à ce que la Chine fait dans la mer de Chine méridionale constitue une forme de complicité passive. Pas parce que nous approuvons ce qui se passe. Mais parce que notre incapacité à le nommer clairement, à le condamner fermement et à en tirer des conséquences concrètes dit à Pékin qu'il peut continuer. Et Pékin continue.
Ce n'est pas un dossier complexe où les torts sont partagés. Un tribunal international — la Cour permanente d'arbitrage — a rendu une décision claire en 2016 : la Chine n'a aucun droit souverain sur le Scarborough Shoal, le Second Thomas Shoal ni sur la plupart des récifs qu'elle contrôle en mer de Chine méridionale. La Chine ignore cette décision. Dix ans plus tard. Et les pêcheurs philippins continuent de se faire arroser aux canons à eau par les garde-côtes de la puissance qui nie la légitimité du tribunal qui l'a condamnée.
La chronologie d'une agression méthodique depuis 2012
2012 : la prise de contrôle du Scarborough Shoal
Tout commence en 2012. La Chine saisit le contrôle effectif du Scarborough Shoal — un récif corallien situé à seulement 230 kilomètres des côtes philippines, bien dans la zone économique exclusive de Manille. Elle le fait progressivement, par une politique dite de « zone grise » : des bateaux de pêche, puis des navires des garde-côtes, puis une présence militaire qui se solidifie progressivement. Pas d'invasion spectaculaire. Pas d'engagement militaire frontal. Une occupation par l'usure et la présence continue.
Depuis 2012, les pêcheurs philippins ont été systématiquement chassés du Scarborough Shoal. Un récif où ils pêchaient depuis des générations. Des études ont documenté l'importance économique de ce seul récif : en 2023, lors d'une courte période d'accès rétablie, des pêcheurs philippins ont capturé 164 tonnes de poissons en une seule journée. Ce chiffre dit tout sur ce que la Chine a volé aux Philippins depuis 2012 : des décennies de subsistance, des générations de revenus de pêche, une ressource naturelle de première nécessité pour des communautés côtières.
L'escalade progressive de l'arsenal d'intimidation
La palette des outils d'intimidation chinois s'est élargie et durcie au fil des années. Les premiers incidents documentés impliquaient des barrières flottantes bloquant l'accès aux zones de pêche. Puis sont apparus les lasers — des lasers militaires pointés sur les yeux des marins philippins, causant des dommages temporaires à la vision. Puis les canons à eau, utilisés à répétition depuis 2023, capables de blesser grièvement et de couler de petites embarcations. Puis les couteaux utilisés pour sectionner les cordages et saisir les équipements des pêcheurs philippins.
Et maintenant, si les accusations philippines d'avril 2026 sont fondées, le cyanure. L'utilisation de cyanure pour tuer les poissons dans les eaux revendiquées par les Philippines serait une escalade d'une gravité différente — non seulement une violence contre les pêcheurs, mais une destruction délibérée des ressources halieutiques dans les eaux contestées. Une logique de terre brûlée appliquée à l'océan. Ce n'est plus de l'intimidation. Si confirmé, c'est un crime environnemental.
La décision de 2016 : quand le droit international existe et n'est pas appliqué
Un verdict clair que Pékin refuse d'accepter
Le 12 juillet 2016, la Cour permanente d'arbitrage de La Haye a rendu une décision historique : la Chine n'a aucune base légale à ses revendications sur la quasi-totalité de la mer de Chine méridionale. La « ligne en neuf traits » — la frontière maritime revendiquée par Pékin qui englobe environ 90% de cette mer — n'a aucun fondement en droit international de la mer. Le tribunal a été explicite : les Philippines ont le droit souverain d'exploiter les ressources dans leur zone économique exclusive, y compris au Scarborough Shoal et au Second Thomas Shoal.
La réponse de la Chine a été immédiate et sans ambiguïté : elle refuse de reconnaître la décision. Elle l'a qualifiée de « nulle et non avenue ». Elle n'a jamais modifié son comportement en conséquence. Dix ans après cette décision, les faits sur le terrain sont exactement comme si le tribunal n'avait jamais rendu son verdict. Pékin contrôle toujours le Scarborough Shoal. Ses garde-côtes tirent toujours des canons à eau sur des pêcheurs philippins. Et le monde regarde.
Ce que ce refus dit de l'ordre mondial
Je veux m'arrêter sur ce que signifie concrètement le refus chinois d'appliquer la décision de 2016. Le système international repose sur un principe fondamental : les États acceptent de soumettre leurs différends à des mécanismes tiers de résolution, et respectent leurs décisions même quand elles leur sont défavorables. C'est la base du droit international. C'est ce qui distingue l'ordre international basé sur des règles de la loi du plus fort.
Quand la Chine ignore souverainement une décision internationale, elle ne dit pas seulement qu'elle n'est pas d'accord. Elle dit que les règles ne s'appliquent pas à elle. Elle dit que sa puissance économique et militaire lui confère le droit d'ignorer les mécanismes que les États plus faibles sont tenus de respecter. C'est une position qui, si elle est normalisée, sape les fondements de l'ordre international — le même ordre qui protège les États plus petits contre l'arbitraire des plus puissants. Les Philippines aujourd'hui. Qui demain ?
La stratégie philippine : filmer, publier, résister sans reculer
La transparence comme arme diplomatique
Face à une puissance disposant de moyens militaires infiniment supérieurs, les Philippines sous le président Marcos Jr. ont développé une stratégie originale et remarquablement efficace : tout filmer, tout publier immédiatement. Chaque incident en mer est documenté par des caméras embarquées. Les images des canons à eau, des lasers, des saisies d'équipements sont publiées sans délai sur les réseaux sociaux et transmises aux médias internationaux. L'objectif : rendre chaque agression chinoise visible, internationale, incontestable.
Cette stratégie a plusieurs effets. Elle empêche la Chine de nier ce qui se passe — les images sont là, documentées, horodatées. Elle mobilise l'opinion publique internationale en faveur des Philippines — difficile de ne pas prendre le parti de pêcheurs sur une petite barque face aux canons à eau d'un navire de garde-côtes de plusieurs milliers de tonnes. Et elle crée une pression diplomatique sur les alliés des Philippines — notamment les États-Unis, le Japon et l'Union européenne — pour qu'ils prennent des positions publiques.
Les alliances défensives qui se construisent
En janvier 2026, les Philippines et le Japon ont conclu un accord de sécurité renforcé, accompagné d'une assistance américaine de 6 millions de dollars pour équiper les garde-côtes philippins. C'est une somme modeste comparée aux budgets militaires des acteurs en jeu — mais elle est symboliquement significative. Le Japon, qui a ses propres contentieux territoriaux avec la Chine en mer de Chine orientale, a un intérêt direct à voir les Philippines maintenir leur résistance aux pressions de Pékin. Une Philippines qui cède est un précédent dangereux pour Tokyo.
Les États-Unis, en vertu du Traité de défense mutuelle avec les Philippines, ont réaffirmé que ce traité s'applique aux forces armées philippines, y compris aux garde-côtes, dans la mer de Chine méridionale. C'est une formulation qui n'était pas explicite avant 2023 — elle a été clarifiée sous pression des incidents répétés. Concrètement : si des personnels philippins étaient tués dans un incident avec des forces chinoises, les États-Unis seraient théoriquement obligés d'intervenir. Cette clause de dissuasion est réelle. Mais l'histoire dit aussi que la dissuasion a des limites quand les intérêts économiques pèsent lourd.
La plateforme flottante de juin 2026 : une escalade supplémentaire
Une installation « scientifique » armée d'antennes de communication
En juin 2026, la Washington Times a documenté l'apparition d'une nouvelle plateforme flottante de la Chine près du Scarborough Shoal. Dimensions approximatives : environ 300 pieds carrés. Équipement visible : des antennes de communication. Justification officielle de Pékin : recherche scientifique. Réalité perçue par les Philippines et leurs alliés : une nouvelle étape dans la création d'une infrastructure permanente de contrôle sur des eaux que la Chine n'a aucun droit légal de contrôler.
Cette plateforme s'inscrit dans le schéma classique de la stratégie de la zone grise chinoise. D'abord une présence légère, présentée comme inoffensive. Puis une permanence qui s'installe. Puis des installations supplémentaires. On a vu ce schéma à grande échelle avec la construction des îles artificielles en mer de Chine méridionale — des récifs coralliens transformés en bases militaires complètes avec pistes d'atterrissage et systèmes de missiles. La plateforme flottante de juin 2026 est peut-être le début d'un nouveau cycle du même processus.
La réponse philippine : protestation, transparence, continuité
Les Philippines ont formellement protesté contre cette installation. Elles ont publié des photos et des informations détaillées. Le gouvernement de Marcos Jr. a convoqué l'ambassadeur chinois. Ces mesures sont réelles mais insuffisantes à elles seules. La Chine a répondu par ses formules habituelles : souveraineté incontestable, activités légitimes, ingérence étrangère inacceptable. Le même script répété depuis dix ans.
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Ce qui est différent en 2026, c'est l'attention internationale portée à ces développements. La stratégie de transparence philippine a progressivement construit une audience mondiale pour ces incidents. Là où des rapports similaires il y a cinq ans passaient inaperçus dans les pages intérieures des journaux, ils font maintenant la une de médias comme la Washington Times, le Guardian, Reuters. La normalisation du harcèlement chinois est mise en échec, partiellement, par la persistance philippine à le rendre visible.
La sanction de voyage contre le ministre philippin : une menace personnelle inédite
Cibler le ministre Teodoro et sa famille
En juin 2026, la Chine a franchi une ligne supplémentaire : elle a imposé une interdiction de voyage sur le ministre philippin de la Défense Gilbert Teodoro et sur sa famille. Cette mesure est personnelle, ciblée, et conçue pour envoyer un message d'intimidation directe à un responsable gouvernemental qui avait été particulièrement vocal dans sa dénonciation des agissements chinois en mer.
Cette escalade vers la personne privée du ministre — incluant des membres de sa famille qui n'exercent aucune fonction politique — marque une évolution préoccupante. On ne parle plus seulement de harceler des pêcheurs anonymes en mer. On parle de cibler nommément et personnellement des décideurs politiques et leurs proches. C'est une tentative de faire payer personnellement à ceux qui résistent un coût suffisamment élevé pour les dissuader de continuer à résister.
L'effet dissuasif sur les décideurs régionaux
Le message de cette sanction n'est pas seulement destiné à Teodoro. Il est destiné à tous les décideurs politiques de la région qui pourraient être tentés de durcir leur position face à la Chine. Si être trop vocal sur les violations chinoises en mer de Chine méridionale signifie voir son passeport invalidé pour la Chine et Hong Kong, et y exposer sa famille, certains choisiront la prudence sur le courage. C'est précisément l'effet recherché.
Des organisations internationales de défense des droits de l'homme ont condamné cette mesure. Les États-Unis et l'Union européenne ont exprimé leur préoccupation. Mais condamner verbalement une sanction de voyage est une réponse symbolique sans conséquence pratique. Si la communauté internationale veut vraiment décourager ce type de tactique d'intimidation personnelle, elle doit répondre avec des mesures de réciprocité : des sanctions ciblées sur les responsables chinois qui prennent ces décisions. Pas des déclarations. Des actes.
L'économie de la pêche philippine : ce que la Chine a réellement volé
164 tonnes en un jour : le symbole d'une abondance niée
Le chiffre mérite qu'on s'y arrête : lors d'une brève période en 2023 où l'accès au Scarborough Shoal avait été temporairement rétabli pour les pêcheurs philippins, ces derniers ont capturé 164 tonnes de poissons en une seule journée. Ce n'est pas une anecdote. C'est la mesure concrète de ce que la Chine a soustrait aux communautés côtières philippines depuis 2012. Multipliez ce potentiel par les jours de pêche perdus depuis douze ans, et vous commencez à mesurer l'ampleur du préjudice économique.
Les pêcheurs philippins qui dépendent de ces zones ne sont pas des intérêts abstraits dans un débat géopolitique. Ce sont des familles concrètes qui ont vu leur source de revenus principale coupée par décision d'une puissance étrangère dont les revendications ont été jugées illégales par un tribunal international. Le droit leur appartient. Les ressources leur appartiennent. Et pourtant, depuis douze ans, ils ne peuvent pas accéder à ces ressources sans risquer des canons à eau, des lasers, ou pire.
L'impact sur les communautés côtières et la sécurité alimentaire
La pêche représente un pilier économique essentiel pour plusieurs provinces philippines — notamment dans la région de Zambales, la plus proche du Scarborough Shoal. Des milliers de familles dépendent directement ou indirectement de cette industrie. La restriction d'accès imposée par la Chine depuis 2012 a forcé les pêcheurs à chercher des zones alternatives, souvent moins productives, ou à s'endetter pour acheter des carburants supplémentaires pour atteindre des zones plus éloignées.
La sécurité alimentaire est aussi en jeu. Les Philippines sont un pays de 115 millions d'habitants où le poisson constitue une source protéique majeure pour les populations à revenu modeste. Quand la Chine soustrait des zones de pêche productives à l'économie philippine, elle n'affecte pas seulement des revenus — elle affecte la disponibilité et le prix d'une denrée alimentaire de première nécessité pour des millions de personnes. Cette dimension humaine concrète est trop rarement mentionnée dans les analyses géopolitiques qui préfèrent les cartes de droit maritime aux tables de pêche.
La réponse internationale : entre condamnations verbales et inaction pratique
Les alliés qui condamnent mais ne sanctionnent pas
Les États-Unis, le Japon, l'Australie, l'Union européenne et d'autres démocraties condamnent régulièrement les actions chinoises en mer de Chine méridionale. Ces condamnations sont réelles, publiques, parfois fermes dans leurs formulations. Mais elles restent presque exclusivement verbales. Aucune mesure économique ciblée n'a été prise contre les entités chinoises responsables des incidents en mer. Aucune sanction personnelle n'a été imposée aux officiers de la Garde côtière chinoise qui commandent les opérations de harcèlement.
La raison est simple et franchement cynique : la dépendance économique vis-à-vis de la Chine. Le commerce bilatéral entre l'Union européenne et la Chine se chiffre en centaines de milliards d'euros. Le commerce américano-chinois, malgré les tarifs de Trump, reste colossal. Les entreprises qui fabriquent en Chine, les chaînes d'approvisionnement qui traversent les ports chinois, les dettes souveraines détenues par des fonds d'investissement ayant des participations en Chine : tout cela crée des intérêts qui pèsent lourd face aux droits des pêcheurs philippins sur un récif en mer de Chine méridionale.
L'ASEAN paralysée par ses divisions internes
L'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) est structurellement incapable d'agir de façon unifiée face à la Chine dans ce dossier. Des membres comme le Cambodge et le Laos — dont les gouvernements sont économiquement et politiquement très dépendants de Pékin — bloquent systématiquement toute formulation de communiqués communs qui condamnerait explicitement les actions chinoises. L'ASEAN fonctionne par consensus, et le consensus est impossible quand deux de ses membres sont de facto des porte-voix de la position chinoise au sein de l'organisation.
Cette paralysie de l'ASEAN laisse les Philippines essentiellement seules face à la Chine dans les mécanismes régionaux. Manille a cherché et trouvé des appuis bilatéraux — les États-Unis, le Japon, l'Australie — mais l'absence d'une voix régionale unifiée affaiblit considérablement la position philippine. La Chine exploite magistralement ces divisions : elle peut toujours pointer vers les membres de l'ASEAN qui ne soutiennent pas les Philippines pour nier l'idée d'un consensus régional contre ses pratiques.
Pourquoi la mer de Chine méridionale est cruciale pour l'Occident
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3 500 milliards de dollars de commerce maritime annuel
La mer de Chine méridionale n'est pas une préoccupation régionale lointaine. Elle est au cœur de l'économie mondiale. Environ 3 500 milliards de dollars de marchandises transitent par ces eaux chaque année — soit environ un tiers du commerce maritime mondial. Les exportations de pétrole du Moyen-Orient vers l'Asie. Les containers de produits manufacturés asiatiques vers l'Europe et l'Amérique. Les matières premières d'Australie et d'Afrique du Sud vers les usines d'Asie de l'Est. Toutes ces routes passent par la mer de Chine méridionale.
Si la Chine parvient à établir un contrôle effectif de navigation sur ces eaux — pas seulement de pêche, mais de transit commercial — elle disposera d'un levier économique d'une puissance extraordinaire sur l'ensemble des économies mondiales. Une Chine capable de menacer ou de perturber le trafic maritime en mer de Chine méridionale est une Chine capable d'exercer une pression économique sur des pays qui n'ont pas de frontière avec elle et qui pourraient penser n'avoir rien à craindre de ses prétentions territoriales. Ce n'est pas une hypothèse théorique. C'est la logique géopolitique de ce que Pékin construit méthodiquement depuis 2012.
La liberté de navigation : un principe que l'Occident doit défendre activement
Les États-Unis maintiennent une politique de liberté de navigation (FON operations) en mer de Chine méridionale — des passages réguliers de navires militaires américains dans les zones revendiquées par la Chine pour affirmer que ces eaux sont des eaux internationales. Ces opérations sont importantes symboliquement et légalement. Mais elles ne protègent pas les pêcheurs philippins. Elles n'appliquent pas la décision de 2016. Elles n'ont pas empêché la construction des îles artificielles. Elles ne sont pas une politique complète — elles sont un signal régulier que les États-Unis suivent de peu.
Une politique complète exigerait des composantes économiques : des sanctions ciblées contre les entités de la Garde côtière chinoise impliquées dans les incidents documentés. Des mécanismes de compensation pour les dommages subis par les pêcheurs philippins. Un soutien financier et matériel substantiel aux capacités de surveillance maritime des Philippines. Et une volonté de lier explicitement les relations commerciales avec la Chine à son respect du droit maritime international. Aucun de ces éléments n'existe pleinement aujourd'hui.
La posture éditoriale : pourquoi il faut nommer la Chine clairement
Contre le « deux camps ont tort » sur ce dossier spécifique
Je veux être explicite sur ma position éditoriale, parce que je pense que c'est nécessaire sur ce dossier précis. Dans beaucoup de conflits internationaux, les torts sont partagés, les narratives contradictoires, les vérités multiples. Dans le cas de la mer de Chine méridionale et des actions de la Garde côtière chinoise contre les pêcheurs philippins, ce n'est pas le cas. La décision de 2016 est claire. La documentation des incidents est abondante. Les victimes sont identifiées. L'agresseur est identifié.
Pratiquer un faux équilibre sur ce dossier — présenter les positions chinoises et philippines comme également légitimes — serait une déformation de la réalité documentée. La Chine n'a pas tort dans une opinion parmi d'autres. Elle viole un droit établi par un tribunal qu'elle a accepté de reconnaître en signant la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (UNCLOS). Elle harcèle des pêcheurs civils avec des moyens militaires. Elle crée des installations permanentes dans des eaux internationales sans droit légal de le faire. Nommer cela clairement n'est pas du parti pris. C'est de la précision factuelle.
Ce que notre silence normalise pour demain
Chaque incident en mer de Chine méridionale qui passe sans réponse internationale substantielle est une leçon apprise par tous les acteurs qui regardent. La Chine apprend que la méthode fonctionne. Les autres États qui nourrissent des ambitions territoriales — dans d'autres régions du monde — apprennent qu'une puissance économique suffisante protège de toute conséquence réelle. Et les petits États qui défendent des droits légaux face à des voisins plus puissants apprennent que la communauté internationale n'a pas les reins assez solides pour les soutenir concrètement quand ça coûte quelque chose.
Ce n'est pas abstrait. Les décisions que la communauté internationale prend — ou ne prend pas — aujourd'hui sur la mer de Chine méridionale façonnent les calculs de risque de tous les acteurs dans tous les conflits futurs. Si Pékin peut torturer impunément des pêcheurs philippins avec des canons à eau, si elle peut ignorer une décision internationale pendant dix ans sans conséquence, alors chaque traité, chaque tribunal, chaque norme internationale devient un peu moins contraignant pour tout le monde. C'est le vrai enjeu. Et c'est pour cela que je refuse de traiter ce sujet comme un conflit territorial ordinaire.
Ce que l'Occident doit faire différemment : propositions concrètes
Des sanctions ciblées sur les responsables des incidents documentés
La première mesure concrète que l'Occident devrait prendre est simple : des sanctions personnelles ciblées sur les officiers supérieurs de la Garde côtière chinoise qui commandent les opérations dans les zones litigieuses. Le modèle existe — les sanctions Magnitsky permettent d'imposer des interdictions de voyage et des gels d'avoirs sur des responsables étrangers qui violent des droits fondamentaux. Les officiers qui ordonnent l'utilisation de canons à eau contre des civils, ou l'utilisation de cyanure pour empoisonner des zones de pêche, tombent clairement dans cette catégorie.
Ces sanctions seraient symboliquement puissantes et pratiquement mesurées. Elles n'affecteraient pas le commerce bilatéral avec la Chine — elles cibleraient des individus spécifiques pour des actes spécifiques documentés. Elles créeraient un coût personnel pour les décideurs qui choisissent les tactiques les plus agressives. Et elles enverraient un signal clair que la communauté internationale n'accepte pas la normalisation de la violence contre des civils, même habillée en opération de surveillance maritime.
Un fonds international d'indemnisation pour les pêcheurs victimes
La deuxième mesure : créer un fonds international de compensation pour les pêcheurs philippins et de tout autre pays victimes de dommages documentés causés par des forces étatiques en violation de décisions internationales. Ce fonds ne remplacerait pas la responsabilité de la Chine — il la rendrait visible économiquement. Il signifierait que les victimes ne sont pas abandonnées à leur sort le temps que la diplomatie fasse son travail pendant des décennies.
Ces propositions ne sont pas des solutions magiques. Elles ne forceront pas la Chine à accepter la décision de 2016 demain matin. Mais elles sont des actions concrètes, proportionnées, qui changent le calcul coût-bénéfice de l'agressivité chinoise en mer. Ce que nous faisons actuellement — condamner verbalement, surveiller militairement, et ne rien changer économiquement — ne change pas ce calcul. Et si rien ne change dans le calcul, rien ne changera dans les comportements. C'est une évidence que nous semblons résister à admettre.
La Chine que nous choisissons de voir et celle qui existe vraiment
Deux images contradictoires d'une même puissance
La Chine que nous voulons voir, en Occident, est celle des investissements, de la croissance, des marchés de consommation, du partenaire commercial indispensable. C'est une image réelle — la Chine est effectivement toutes ces choses. Mais la Chine qui existe aussi, simultanément, c'est celle qui construit des îles artificielles sur des récifs appartenant à d'autres pays, qui tire des canons à eau sur des pêcheurs civils, qui impose des sanctions personnelles à des ministres étrangers pour leurs déclarations politiques légitimes, et qui refuse d'appliquer des décisions de tribunaux internationaux depuis dix ans.
Ces deux Chines ne sont pas contradictoires. Elles sont deux facettes du même État. Et notre erreur analytique collective — en Occident — est de croire que nous pouvons traiter séparément la Chine économique et la Chine géopolitique. Que nous pouvons commercer avec la première tout en ignorant les comportements de la seconde. Dix ans d'incidents en mer de Chine méridionale devraient nous avoir appris que ces deux dimensions sont indissociables. Le financement que la Chine tire de ses relations économiques avec l'Occident finance aussi ses capacités militaires et sa politique d'expansion maritime.
Le monde que nous voulons laisser à nos enfants
Je termine cet éditorial par une question simple : dans quel monde voulons-nous que nos enfants vivent ? Un monde où les décisions des tribunaux internationaux s'appliquent à tous les États, ou un monde où elles s'appliquent à ceux qui n'ont pas les moyens de les ignorer ? Un monde où des pêcheurs civils peuvent exercer leurs droits légaux sans être arrosés aux canons à eau, ou un monde où la force prime sur le droit aussi longtemps qu'elle n'est pas confrontée à une force supérieure ?
Ces questions ne sont pas rhétoriques. Elles désignent des choix politiques concrets que les démocraties doivent faire, maintenant, sur le dossier de la mer de Chine méridionale. Nous n'avons pas besoin d'une guerre. Nous n'avons pas besoin d'un embargo commercial total. Nous avons besoin de la volonté politique d'utiliser les outils disponibles — sanctions ciblées, soutien concret aux Philippines, conditionnalité dans les relations commerciales — pour signaler à Pékin que la violence asymétrique contre des civils a un coût. Ce signal n'existe pas aujourd'hui. Il est temps de l'émettre.
Le droit de la mer : UNCLOS et la zone économique exclusive des Philippines
Ce que la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer garantit
La Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (UNCLOS), entrée en vigueur en 1994 et ratifiée par plus de 160 États, établit un cadre clair pour les droits maritimes. Chaque État côtier dispose d'une zone économique exclusive (ZEE) s'étendant jusqu'à 200 milles nautiques de ses côtes, dans laquelle il exerce des droits souverains sur l'exploitation des ressources naturelles — pêche, pétrole, gaz. Ces droits sont exclusifs : aucun autre État ne peut exploiter ces ressources sans consentement de l'État côtier.
Les Philippines ont ratifié l'UNCLOS en 1984. La Chine a ratifié l'UNCLOS en 1996. Ces deux pays sont donc liés par le même traité. Et ce traité dit clairement que le Scarborough Shoal et le Second Thomas Shoal se trouvent dans la ZEE des Philippines, pas dans la ZEE de la Chine. Quand la Cour permanente d'arbitrage a rendu sa décision en 2016, elle n'a pas inventé un nouveau droit. Elle a simplement appliqué l'UNCLOS — un traité que Pékin a librement signé. La Chine ne viole pas seulement la décision du tribunal. Elle viole le traité international qu'elle a elle-même ratifié.
La ligne en neuf traits : une revendication sans base juridique
La ligne en neuf traits — la frontière maritime que la Chine revendique unilatéralement en mer de Chine méridionale — n'a aucune base dans l'UNCLOS, aucune base dans le droit international coutumier, et aucune base dans aucun traité bilatéral reconnu. Elle est basée sur des cartes historiques chinoises datant de la période nationaliste pré-1949 — des cartes qui n'ont jamais été acceptées par les voisins de la Chine et qui ont été rejetées par le tribunal international en 2016.
Cette revendication couvre environ 90% de la mer de Chine méridionale, empiétant sur les ZEE des Philippines, du Vietnam, de la Malaisie, de Brunei et de l'Indonésie. Si la Chine appliquait cette revendication pleinement, elle priverait ces cinq pays d'une partie substantielle de leurs zones économiques exclusives légales. C'est le projet réel derrière les canons à eau, les lasers et les barrières flottantes. Pas simplement harceler des pêcheurs. Construire un fait accompli territorial et maritime que le monde finira par accepter par défaut.
Les investissements chinois en ASEAN : la diplomatie par le chéquier
Comment Pékin divise l'ASEAN depuis l'intérieur
La stratégie de division de l'ASEAN par la Chine passe principalement par des investissements massifs dans les pays membres les plus vulnérables économiquement. Le Cambodge a reçu des milliards de dollars d'investissements chinois en infrastructures — routes, ports, bâtiments gouvernementaux — depuis les années 2000. Ces investissements ont créé une dépendance économique structurelle qui se traduit directement en positions politiques pro-chinoises dans les forums régionaux.
Le Laos est encore plus dépendant : la dette envers la Chine représente une part significative de sa dette externe totale. La construction du chemin de fer Laos-Chine, financé à crédit chinois, a encore approfondi cette dépendance. Le résultat est prévisible : quand l'ASEAN doit se prononcer sur des déclarations relatives à la mer de Chine méridionale, Cambodge et Laos bloquent toute formulation qui pourrait embarrasser Pékin. Une organisation de dix membres paralysée par deux d'entre eux — c'est l'efficacité de la diplomatie par le chéquier.
Ce que l'Occident devrait apprendre de la stratégie chinoise
Je ne préconise pas que l'Occident copie la méthode chinoise — acheter des positions politiques par des prêts assortis de conditionnalités politiques implicites. Mais je préconise que l'Occident comprenne contre quoi il se bat. La Chine utilise l'investissement économique comme instrument géopolitique, délibérément, systématiquement, sur le long terme. Cette stratégie est documentée. Elle est visible. Elle produit des résultats concrets — comme la paralysie de l'ASEAN sur la question de la mer de Chine méridionale.
La réponse occidentale à cette stratégie passe par un engagement économique beaucoup plus proactif dans les pays de l'ASEAN. L'initiative américaine Build Back Better World, le partenariat européen Global Gateway, les investissements japonais en Asie du Sud-Est — ces instruments existent, mais ils ne sont pas déployés avec la cohérence et la persistance stratégique de la Chine. Si l'Occident veut préserver l'unité de l'ASEAN face à la pression chinoise, il doit offrir des alternatives d'investissement attractives. Pas par idéalisme. Par intérêt stratégique bien compris.
Conclusion : la mer que le monde n'ose pas défendre
Un dernier canon à eau avant que le monde se réveille
Un pêcheur philippin quelque part dans la mer de Chine méridionale lance ses filets ce soir. Il sait que les garde-côtes chinois patrouillent à quelques miles. Il sait que s'il s'approche trop du Scarborough Shoal, les canons à eau pourraient l'accueillir à nouveau. Il pêche quand même, parce qu'il faut nourrir sa famille. Il résiste avec ses moyens — un filet, un bateau, une caméra pour documenter ce qui lui arrive.
Cette résistance ordinaire, cette persistance de la vie quotidienne face à l'arbitraire d'une superpuissance, est l'une des formes de courage les plus authentiques que je connaisse. Ces pêcheurs ne demandent pas à l'Occident de se battre pour eux. Ils demandent que le droit qu'un tribunal a reconnu en leur faveur soit respecté. Que la communauté internationale ait le courage de soutenir avec des actes ce qu'elle affirme avec des mots. C'est une demande raisonnable. Et jusqu'à présent, la réponse collective n'est pas à la hauteur.
Ma conviction finale sur ce dossier
Je quitte cet éditorial avec une conviction que j'assume pleinement : la violence chinoise en mer de Chine méridionale contre les pêcheurs philippins est l'un des exemples les plus clairs et les mieux documentés de ce qu'une puissance peut faire quand elle calcule que les règles ne s'appliquent pas à elle. La réponse internationale à cette situation est un test de notre engagement réel — pas rhétorique — envers un ordre basé sur des règles. Jusqu'à présent, nous échouons ce test. Il n'est pas trop tard pour le réussir. Mais chaque jour qui passe sans réponse concrète rend ce test un peu plus difficile à passer.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial assumé
Cet éditorial prend une position explicite et assumée : les actions de la Chine en mer de Chine méridionale constituent une violation documentée du droit international maritime et des droits des pêcheurs philippins. Cette position est fondée sur des faits vérifiables — décision de la Cour permanente d'arbitrage de 2016, incidents documentés par des sources multiples — et sur des valeurs éditoriales claires : défense du droit international, protection des droits civils, refus de la normalisation de la violence contre des civils.
Un éditorial n'est pas un reportage neutre. Il exprime un point de vue. Ce texte le fait explicitement et le revendique. Les lecteurs qui souhaitent entendre la position officielle de Pékin sur ces questions peuvent consulter les communiqués du Ministère des Affaires étrangères de Chine, qui défend ses revendications avec constance et cohérence — même si cette défense est rejetée par le droit international.
Sources et vérifications
Tous les incidents factuels cités dans cet éditorial — les incidents de décembre 2025 et avril 2026, les 164 tonnes de poissons, l'accord Japan-Philippines de janvier 2026, la sanction contre Teodoro, la plateforme flottante de juin 2026 — sont basés sur des sources journalistiques vérifiables citées dans la section Sources. Aucun fait n'a été inventé ou inféré sans base documentaire. Les chiffres commerciaux (3 500 milliards) sont des estimations largement citées dans la littérature économique sur la mer de Chine méridionale.
Toute erreur factuelle signalée sera corrigée avec mention de la correction. Les positions éditoriales, qui relèvent de l'opinion, ne seront révisées que si de nouveaux faits substantiels modifient l'analyse — pas sur la base d'un désaccord idéologique.
Sources
Sources primaires
Sources secondaires
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Citer cet article
Maxime Marquette (2026). ÉDITORIAL : Canons à eau, cyanure et silence — la Chine torture les pêcheurs philippins impunément. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/canons-a-eau-cyanure-et-silence-la-chine-torture-les-pecheurs-philippins-impunem
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Cet article a été généré avec l'aide de l'IA, avec supervision humaine.
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