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La ChroniqueBillet· N° 1012

BILLET : Deux ans d'alliance Moscou-Pyongyang : l'amitié des tyrans

Le 19 juin 2024, dans la grande salle de cérémonie de Pyongyang, Vladimir Poutine et Kim Jong-un signaient le Traité de partenariat stratégique global entre la Russie et la Corée du Nord. Ce document incluait une clause de défense mutuelle obligeant chaque partie à fournir une assistance militaire «sans délai» en cas d'agression. Deux ans plus tard, ce traité n'est plus une déc

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  1. Signé le 19 juin 2024 à Pyongyang, le traité comporte une clause de défense mutuelle (article 4) calquée sur celui de 1961, entré en vigueur le 4 décembre 2024.
  2. La Corée du Nord a fourni obus, missiles KN-23 et soldats (14 000 à 15 000 selon Séoul), la Russie fournissant technologies, soutien financier et énergie.
  3. Un plan de coopération militaire pour 2027-2031 a été conclu en avril 2026, ce que l'auteur juge être une alliance structurelle.
  4. Les soldats nord-coréens ont reçu l'ordre de s'auto-détruire plutôt que d'être capturés, selon l'auteur, qui y voit la preuve du mépris du régime pour ses hommes.
  5. Selon l'auteur, la Russie bloque l'ONU par son veto, et la Chine maintient une complicité discrète ; il appelle à des coalitions alternatives.
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Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.

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Introduction : Le 19 juin, une date qui restera

Un pacte signé à Pyongyang devant le monde

Le 19 juin 2024, dans la grande salle de cérémonie de Pyongyang, Vladimir Poutine et Kim Jong-un signaient le Traité de partenariat stratégique global entre la Russie et la Corée du Nord. Ce document incluait une clause de défense mutuelle obligeant chaque partie à fournir une assistance militaire «sans délai» en cas d'agression. Deux ans plus tard, ce traité n'est plus une déclaration d'intention — c'est une réalité opérationnelle prouvée par des milliers de soldats nord-coréens combattant aux côtés de l'armée russe en Ukraine.

Le 19 juin 2026, pour marquer le deuxième anniversaire de ce pacte, le journal officiel du Parti des travailleurs de Corée, le Rodong Sinmun, a publié une déclaration saluant le traité comme «une arme juridique essentielle» promettant «un nouvel ordre mondial». La formulation est révélatrice : ce n'est pas une alliance défensive, c'est un projet de transformation de l'ordre international — le renversement du monde libéral qui a émergé après la Guerre froide.

Deux ans d'exécution fidèle

En deux ans, ce traité a produit des résultats concrets. La Corée du Nord a fourni à la Russie des obus d'artillerie par millions, des missiles balistiques KN-23, des lanceurs multiples de roquettes, et entre 14 000 et 15 000 soldats déployés en Kursk selon les estimations de Séoul. En échange, la Russie a fourni des technologies militaires, un soutien financier contournant les sanctions, de l'énergie et de la nourriture. C'est le pacte le plus concret et le plus opérationnel entre deux régimes autoritaires depuis des décennies.

Deux ans d'alliance et déjà des milliers de soldats morts dans une guerre qui n'est pas la leur. Deux ans d'échanges de technologies qui rendent le monde plus dangereux. Deux ans de défi ouvert à l'ordre international. L'«amitié» de Poutine et Kim a un coût que paient d'autres — des Ukrainiens, des soldats nord-coréens inconscients, des populations civiles.

Ce que dit le traité : les mots et leur portée

Article 4 : la clause qui change tout

L'Article 4 du traité — la clause de défense mutuelle — stipule que si l'une des parties «se retrouve dans un état de guerre», l'autre «fournira une assistance militaire et autre avec tous les moyens dont elle dispose sans délai». Cette formulation, calquée sur le traité soviéto-nord-coréen de 1961, a été analysée par le Center for Strategic and International Studies (CSIS) comme le rétablissement d'une alliance de type Guerre froide, fondée non sur une idéologie commune mais sur une opposition partagée aux États-Unis et à l'Occident libéral.

Le traité va au-delà de la défense mutuelle. Il appelle à une coopération dans les domaines militaire, de politique étrangère et commercial. Il engage les deux pays à prendre des «mesures contraignantes» — terme qui se réfère aux sanctions internationales imposées aux deux régimes, signalant leur intention coordonnée d'y résister. C'est une alliance explicitement anti-Occident, conçue pour durer.

La ratification et l'entrée en vigueur

Le traité a été ratifié par la Corée du Nord en novembre 2024 et est officiellement entré en vigueur le 4 décembre 2024 après l'échange des instruments de ratification. En avril 2026, lors de la visite du ministre russe de la Défense Andrey Belousov à Pyongyang, les deux pays ont conclu un nouveau plan de coopération militaire pour la période 2027-2031. Le traité de 2024 n'est donc pas un plafond — c'est un plancher sur lequel une architecture de coopération militaire à long terme est en construction.

Ce plan 2027-2031 est ce qui me frappe le plus. Ce n'est pas une relation de circonstance liée à la guerre en Ukraine — c'est une alliance structurelle, planifiée sur cinq ans. Kim et Poutine construisent quelque chose de durable. Et les démocraties répondent comme si c'était un phénomène temporaire.

Les soldats de Kim : héros officiels, victimes réelles

La cérémonie mémorielle d'avril 2026

En avril 2026, une délégation russe conduite par le ministre de la Défense Belousov s'est rendue à Pyongyang pour participer à l'inauguration d'un complexe mémoriel dédié aux soldats nord-coréens tués en Russie. Kim Jong-un a loué les soldats de son pays qui avaient combattu «sur une terre étrangère» pour la Russie. Le président de la Douma d'État russe a de son côté remercié Kim pour la «libération de Kursk».

Derrière cette rhétorique glorificatrice se cachent des chiffres dévastateurs. Les services de renseignement sud-coréens estiment à environ 2 000 soldats nord-coréens tués depuis le début du déploiement. La BBC a rapporté une estimation similaire. L'ISW évalue les pertes totales — tués et blessés — entre 6 000 et 7 000 soldats. Ces hommes, envoyés combattre sans comprendre pleinement la nature de la guerre où ils se retrouvaient, sont morts pour les ambitions impériales d'un dirigeant étranger et pour les bénéfices stratégiques d'un régime qui les traitait comme un atout négociable.

La doctrine du martyr forcé

Les soldats nord-coréens déployés en Russie avaient reçu l'ordre de s'auto-détruire à la grenade plutôt que de se laisser capturer. Ce n'est pas une mesure exceptionnelle — c'est la doctrine standard de l'armée nord-coréenne pour protéger les secrets militaires et éviter la honte de la capture. En avril 2026, Kim Jong-un avait même officiellement confirmé une «politique d'auto-détonation» pour ses soldats en cas de risque de capture, selon les rapports de presse.

Cette doctrine révèle ce que le régime de Pyongyang pense vraiment de ses soldats : ils sont des ressources à exploiter et à consommer, non des citoyens à protéger. L'amitié entre Poutine et Kim se construit sur la mort de soldats que ni l'un ni l'autre ne considèrent vraiment comme des êtres humains à part entière.

L'ordre de s'auto-détruire plutôt que d'être capturé — je dois m'arrêter sur cette réalité. Des gouvernements démocratiques entraînent leurs soldats à survivre, à se rendre si nécessaire, à être protégés par la Convention de Genève. Kim Jong-un entraîne les siens à mourir pour ne pas révéler que des Nord-Coréens sont présents en Russie. La différence entre ces deux doctrines dit tout sur la nature de ces régimes.

L'anniversaire célébré, le monde ignoré

Pyongyang glorifie, l'ONU ne peut rien

Le 19 juin 2026, le Rodong Sinmun a décrit le traité comme fournissant «un cadre juridique puissant» pour résister à une «situation internationale confuse et volatile». Cette description illustre comment Pyongyang perçoit le traité : non comme une alliance de circonstance, mais comme un pilier de son projet politique de long terme. La Corée du Nord «a promis de soutenir activement» les politiques russes en vertu du traité.

L'ONU, censée être le garant de l'ordre international, est structurellement incapable de répondre. La Russie, membre permanent du Conseil de sécurité, oppose son veto à toute résolution de condamnation du déploiement nord-coréen ou du traité lui-même. En violant les sanctions qu'elle a elle-même contribué à adopter contre la Corée du Nord, Moscou détruit méthodiquement la crédibilité du mécanisme de non-prolifération international.

La réponse de la communauté internationale : fragmentée

Les États-Unis, la Corée du Sud, le Japon et leurs alliés ont condamné le traité et imposé des sanctions supplémentaires. Mais ces mesures se heurtent à la réalité d'une relation bilatérale russo-nord-coréenne qui s'est affranchie des contraintes multilatérales. La Russie utilise sa position internationale pour protéger Pyongyang des conséquences de ses actions. Beijing maintient une complicité discrète. Le résultat est une impunité de fait pour les deux régimes.

Je n'ai pas de solution miracle à offrir face à cette impasse institutionnelle. Ce que je peux dire, c'est que l'Occident doit cesser de traiter l'ONU comme si elle fonctionnait encore normalement sur ces dossiers. Elle est bloquée. Il faut construire des coalitions alternatives, des mécanismes de pression hors cadre onusien. C'est moins élégant, mais c'est réaliste.

Les bénéfices de l'alliance : un calcul froid

Ce que Pyongyang a gagné

En deux ans d'alliance, la Corée du Nord a tiré des bénéfices considérables. Sur le plan financier, des revenus substantiels contournant les sanctions, estimés par certains analystes à plusieurs milliards de dollars en équivalent transferts de valeur. Sur le plan technologique, les améliorations du KN-23, les systèmes de guerre électronique, les technologies de défense aérienne, et le soutien au programme satellite. Sur le plan opérationnel, une expérience de combat réelle pour des milliers de soldats qui sont rentrés en instructeurs.

Sur le plan politique, la reconnaissance internationale de facto comme acteur militaire de premier rang, la validation de sa doctrine d'alliance avec une grande puissance, et le signal envoyé à la Corée du Sud et aux États-Unis que Pyongyang n'est plus seul. La valeur symbolique de tout cela pour le régime de Kim est immense — et les bénéfices concrets le sont tout autant.

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Ce que Moscou a gagné

La Russie a de son côté obtenu des munitions en quantité massive à un moment critique de la guerre en Ukraine. Selon plusieurs estimations, des millions d'obus d'artillerie nord-coréens ont rejoint les stocks russes, contribuant à maintenir le rythme des frappes sur l'Ukraine. Les soldats nord-coréens ont apporté une force humaine supplémentaire sur des fronts difficiles. Et la relation avec Pyongyang renforce l'image d'une Russie capable de construire des alliances alternatives à l'Occident — un narratif politique utile pour Poutine en interne.

Ce calcul froid de bénéfices mutuels est ce qui rend cette alliance durable. Ce n'est pas l'amitié entre deux dirigeants — c'est un accord d'intérêts bien compris. Et tant que ces intérêts convergent, l'alliance tiendra. La question est de savoir comment en modifier les calculs — rendre les bénéfices trop coûteux pour l'un ou l'autre.

Le modèle pour d'autres alliances autoritaires

L'Iran, spectateur attentif

L'alliance russo-nord-coréenne est observée avec intérêt par d'autres acteurs autoritaires, à commencer par l'Iran. Téhéran a déjà fourni des drones Shahed à la Russie et a reçu en retour des technologies militaires et un soutien économique. Le modèle d'échange bilatéral contournant les sanctions fonctionne — et d'autres pourraient l'imiter. L'axe des régimes sanctionnés est en train de devenir un réseau de soutien mutuel qui affaiblit progressivement l'efficacité des sanctions occidentales.

La Chine, pour sa part, maintient une position ambiguë : officiellement neutre sur le conflit ukrainien, elle observe et bénéficie de la déstabilisation de l'Occident sans prendre de risque direct. Beijing ne fournit pas d'armes létales à la Russie, mais son commerce avec Moscou fournit les ressources économiques et technologiques civiles qui alimentent indirectement l'effort de guerre russe. Cette complicité par l'économie est moins visible mais tout aussi réelle.

L'axe autoritaire comme phénomène structurel

Ce que nous observons n'est pas une série d'alliances opportunistes — c'est l'émergence d'un axe autoritaire structurel qui partage une vision du monde : celle d'un ordre multipolaire où les grandes puissances autocratiques disposent de sphères d'influence incontestables, où les normes internationales libérales sont des outils d'oppression occidentale à rejeter, et où la souveraineté des régimes l'emporte sur les droits des individus. Ce projet politique cohérent mérite une réponse cohérente de la part des démocraties.

Deux ans après la signature de ce traité, je suis frappé par la rapidité avec laquelle une alliance a pu devenir opérationnelle et productive pour ses membres. Les démocraties mettent souvent des années à conclure des accords de coopération. Poutine et Kim ont transformé un pacte en réalité militaire en quelques mois. Cette efficacité autoritaire est une leçon que les démocraties feraient bien de méditer.

L'impact sur la non-prolifération : un régime fragilisé

Le traité NPT et ses limites pratiques

Le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (NPT) est le pilier du régime international de non-prolifération depuis 1968. La Corée du Nord s'en est retirée en 2003. Mais le NPT interdit également aux États membres de transférer des technologies nucléaires à des États non membres. Les transferts russes vers Pyongyang — qu'ils concernent les missiles, la guerre électronique ou les satellites — s'inscrivent dans une zone grise juridique que Moscou exploite délibérément. En aidant la Corée du Nord à améliorer des vecteurs conventionnels qui peuvent porter des charges nucléaires, la Russie fragilise l'esprit du NPT tout en maintenant une plausible dénégation légale.

La complicité de la Russie dans l'amélioration des capacités militaires nord-coréennes représente une attaque systémique contre le cadre de non-prolifération international. Pour d'autres États qui ont renoncé à leur programme nucléaire contre des garanties de sécurité — comme l'Ukraine avec le Mémorandum de Budapest de 1994 — cette évolution envoie un signal clair : les garanties ne valent rien face à un adversaire déterminé, et le seul moyen de garantir sa sécurité est d'avoir ses propres armes. C'est un précédent catastrophique pour la stabilité mondiale.

La réponse des pays du seuil : la prolifération en cascade ?

L'érosion du régime de non-prolifération par la complicité russo-nord-coréenne crée un risque de prolifération en cascade. Des pays comme l'Iran, qui possède déjà les capacités techniques nécessaires à une arme nucléaire selon plusieurs analyses du IAEA, observent les avantages stratégiques que la Corée du Nord tire de son arsenal. La Corée du Sud elle-même connaît un débat interne croissant sur l'opportunité de développer ses propres capacités nucléaires — un changement d'opinion documenté par plusieurs sondages de 2024-2026 montrant une majorité de Sud-Coréens favorables à cette option.

Washington a jusqu'ici réussi à maintenir son engagement de dissuasion étendue — le «parapluie nucléaire» — comme alternative à la prolifération pour ses alliés. Mais l'administration Trump, avec sa rhétorique sur les «dépenses justes» et ses décisions de retrait partiel de troupes, a semé le doute sur la crédibilité à long terme de cet engagement. Si la dissuasion étendue américaine devient moins crédible, le calcul de prolifération des alliés change radicalement.

La prolifération nucléaire en cascade est le scénario le plus cauchemardesque que la politique internationale puisse produire. Et nous sommes en train de nous en rapprocher, lentement mais sûrement. Chaque transfert de technologie russo-nord-coréen, chaque doute sur la crédibilité du parapluie américain, chaque succès non puni de Kim Jong-un rapproche ce scénario de la réalité. C'est pour cela que les enjeux dépassent largement la péninsule coréenne.

La question de la durabilité : combien de temps cette alliance peut-elle durer ?

Les tensions internes à l'axe russo-nord-coréen

À découvrir

L'alliance Russie-Corée du Nord est robuste à court terme parce qu'elle satisfait des intérêts immédiats des deux parties. Mais des tensions structurelles pourraient émerger sur le long terme. Pyongyang voudra éviter une dépendance permanente à Moscou qui compromettrait son autonomie stratégique — la Corée du Nord a toujours jalousement préservé son indépendance de jugement, même vis-à-vis de son ancien parrain soviétique. Moscou, de son côté, devra gérer des exigences croissantes de Pyongyang à mesure que la Corée du Nord comprend sa propre valeur dans cette alliance.

Un facteur clé est l'issue de la guerre en Ukraine. Une Russie affaiblie par des années de conflit, soumise à des sanctions économiques croissantes et à une dépense militaire insoutenable, sera un partenaire moins généreux qu'une Russie victorieuse. Si la guerre s'éternise ou si la Russie est contrainte à un accord défavorable, les ressources qu'elle peut offrir à Pyongyang diminueront. Kim Jong-un en est conscient — c'est probablement une des raisons pour lesquelles il cherche à maximiser les transferts technologiques maintenant, pendant que Moscou a encore besoin de ses soldats.

Les scénarios d'évolution pour les démocraties

Pour les démocraties qui font face à cette alliance, plusieurs scénarios sont possibles. Le scénario optimiste : les sanctions économiques croissantes sur la Russie, combinées à des revers militaires en Ukraine, réduisent la capacité de Moscou à soutenir Pyongyang, ralentissant les transferts technologiques. Le scénario médian : l'alliance se maintient au niveau actuel, les transferts continuent à un rythme contrôlé, et les démocraties gèrent une menace croissante sans escalade majeure. Le scénario pessimiste : une Russie stabilisée après un cessez-le-feu en Ukraine dispose de davantage de ressources pour soutenir Pyongyang, accélérant la modernisation nord-coréenne à un rythme qui dépasse les capacités de réponse des alliés.

La politique des démocraties doit viser à maximiser la probabilité du premier scénario tout en se préparant au second et en construisant des barrières contre le troisième. Cela exige de maintenir une pression économique forte sur la Russie, de soutenir l'Ukraine avec les ressources nécessaires pour imposer des coûts militaires à Moscou, et de renforcer la coopération défensive entre alliés européens et asiatiques pour que les deux faces de l'axe autoritaire se sachent contenues.

Deux ans après la signature du traité, une chose est claire : cette alliance sera difficile à briser de l'extérieur. Elle peut en revanche s'user de l'intérieur — si les intérêts des deux parties divergent suffisamment, si les coûts deviennent supérieurs aux bénéfices. Les démocraties ont le pouvoir de modifier ce calcul. La question est de savoir si elles en ont la volonté.

Conclusion : L'amitié des tyrans dure ce que dure l'utilité

Une alliance fonctionnelle mais fragile sur le long terme

L'alliance russo-nord-coréenne est robuste à court terme parce qu'elle sert les intérêts immédiats des deux parties. Mais sur le long terme, des tensions pourraient émerger. Pyongyang voudra s'assurer que les technologies obtenues de Moscou ne créent pas une dépendance permanente. Moscou devra gérer les demandes croissantes de Pyongyang — car les alliances déséquilibrées engendrent des exigences croissantes. Et une Russie affaiblie par la guerre en Ukraine sera un partenaire moins généreux qu'une Russie victorieuse.

Ce que les démocraties doivent faire

Deux ans d'amitié des tyrans, et voilà ce que j'observe : ils avancent, ils construisent, ils s'organisent. Face à eux, les démocraties débattent, hésitent, et arrivent en retard. Cette asymétrie doit cesser. Non pas en abandonnant nos valeurs — mais en les défendant avec la même détermination stratégique que nos adversaires mettent à attaquer l'ordre qu'elles ont construit.

Les démocraties doivent répondre à cette alliance par leur propre cohésion renforcée. Cela signifie un soutien sans failles à l'Ukraine, dont la résistance est la première ligne de défense contre l'axe autoritaire. Cela signifie une coordination plus étroite entre alliés européens et asiatiques — la menace nord-coréenne et la menace russe sont les deux faces d'un même défi. Et cela signifie une volonté politique de répondre aux provocations avec des coûts réels, pas seulement des condamnations rhétoriques. Le deuxième anniversaire de ce traité est un rappel que le temps joue contre la passivité.

Signé Maxime Marquette, chroniqueur

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Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l'observation et l'analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.

Je ne prétends pas à l'objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l'interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d'offrir une lecture critique des événements.

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Cet article décrit un état documenté à sa date de publication, et non une prédiction : une évolution ultérieure peut en déplacer les perspectives. Aucune mise à jour n'est promise d'avance; lorsqu'un article est corrigé ou complété, la modification est datée dans le texte.

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). BILLET : Deux ans d'alliance Moscou-Pyongyang : l'amitié des tyrans. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/billet-deux-ans-d-alliance-moscou-pyongyang-l-amitie-des-tyrans

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