À l'administration Trump, sur l'acharnement contre John Brennan
Monsieur le Président, Monsieur le procureur général par intérim, je vous écris au sujet d'un dossier qui devrait alarmer quiconque croit encore
- Monsieur le Président, Monsieur le procureur général par intérim, je vous écris au sujet d'un dossier qui devrait alarmer quiconque croit encore
- Introduction : une lettre qui s'impose
- Pourquoi je vous écris aujourd'hui
Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.
Introduction : une lettre qui s'impose
Pourquoi je vous écris aujourd'hui
Monsieur le Président, Monsieur le procureur général par intérim, je vous écris au sujet d'un dossier qui devrait alarmer quiconque croit encore à l'indépendance de la justice américaine: la poursuite déposée le 1er juillet 2026 par l'ancien directeur de la CIA, John Brennan, devant un tribunal fédéral de Washington. Cette poursuite ne demande rien de révolutionnaire. Elle demande simplement que le département de la Justice préserve les documents liés aux enquêtes qui le visent, avant qu'un éventuel acte d'accusation ne soit déposé.
Le simple fait qu'un ancien haut responsable du renseignement américain doive se tourner vers les tribunaux pour garantir que des courriels et des messages ne soient pas détruits devrait, à lui seul, faire réfléchir. Ce n'est pas une demande partisane. C'est une demande de transparence élémentaire.
Ce que dit exactement la plainte
Selon la plainte de 46 pages déposée par les avocats de Brennan et rapportée par Reuters, l'ancien directeur affirme que les documents internes du DOJ risquent d'être perdus, notamment parce que des responsables de l'administration utilisent des applications de messagerie éphémère comme Signal, sans respecter les obligations légales de conservation des dossiers gouvernementaux. Sa demande vise à obtenir une ordonnance de la juge fédérale Jia Cobb forçant la préservation de plus de dix catégories de documents internes.
Ce n'est pas un détail technique anodin. C'est la condition même pour qu'un futur tribunal puisse un jour évaluer si les poursuites contre Brennan relèvent d'une décision de justice légitime ou d'un règlement de comptes politique.
L'origine de cet acharnement
Une enquête qui remonte à 2016
Pour comprendre l'ampleur de ce dossier, il faut remonter à l'évaluation de la communauté du renseignement de 2017, qui concluait que la Russie avait cherché à favoriser la candidature de Donald Trump lors de l'élection de 2016. Brennan dirigeait alors la CIA sous l'administration de Barack Obama. Depuis, Trump n'a jamais cessé de qualifier cette évaluation de « canular russe » et de désigner Brennan comme l'un de ses adversaires les plus détestés.
En octobre 2025, le président du comité judiciaire de la Chambre, Jim Jordan, a officiellement recommandé au DOJ d'engager des poursuites criminelles contre Brennan, l'accusant d'avoir menti lors de son témoignage devant le Congrès en 2023. Le directeur de la CIA actuel, John Ratcliffe, a lui-même transmis un renvoi criminel visant Brennan au directeur du FBI, Kash Patel.
Un procureur retiré pour excès de zèle inversé
Ce qui rend ce dossier encore plus troublant, c'est ce qui s'est passé en coulisses. Selon des informations rapportées par CNN et le Washington Post, la procureure de carrière Maria Medetis Long, qui supervisait initialement l'enquête sur Brennan dans le district sud de la Floride, a été retirée du dossier après avoir exprimé des réserves sur la solidité du dossier et sa réticence à porter rapidement des accusations. Elle a été remplacée par Joe DiGenova, un avocat pro-Trump connu pour avoir promu des théories sur la fraude électorale de 2020, nommé « conseiller du procureur général » en avril 2026 avec pour mission explicite d'accélérer les accusations contre Brennan.
Remplacer un procureur de carrière parce qu'il ne va pas assez vite dans une direction politiquement souhaitée n'est pas de la justice. C'est de l'ingénierie judiciaire au service d'un objectif présidentiel.
Ce que dénonce Brennan concrètement
Une poursuite qualifiée de vindicative
Dans sa plainte, Brennan affirme sans détour que « le président Trump condamne et réclame [sa] poursuite depuis des années », selon des extraits cités par Bloomberg. Ses avocats vont plus loin, accusant certains responsables du DOJ de se livrer à « une activité procédurale manifestement irrégulière afin de fabriquer un dossier qui satisfera les directives du président ». Ce sont des mots lourds, mais ils s'appuient sur une chronologie publique et documentée, pas sur des insinuations vagues.
Le texte de la plainte souligne aussi que des responsables, du procureur général par intérim jusqu'au directeur du FBI, ont publiquement qualifié Brennan de criminel avant même qu'une inculpation formelle n'ait été déposée, un renversement complet de la présomption d'innocence qui devrait, en principe, protéger tout citoyen américain.
Le spectre d'une « conspiration » élargie
La plainte de Brennan ne s'arrête pas à son propre cas. Elle demande aussi la préservation de documents liés à une enquête plus large sur une prétendue « grande conspiration » que le DOJ chercherait à monter contre plusieurs anciens responsables fédéraux ayant, comme lui, participé aux enquêtes sur l'ingérence russe de 2016. Cette enquête plus vaste inclut également l'ancien directeur du FBI, James Comey, subpoena depuis mars 2026 dans le cadre de la même investigation, ainsi que l'ancienne directrice adjointe du FBI, Andrew McCabe, entre autres anciens responsables.
Plus de 130 personnes auraient déjà reçu des citations à comparaître dans le cadre de cette enquête tentaculaire, selon des informations rapportées par CBS News et relayées par plusieurs médias américains. C'est l'ampleur d'une chasse aux sorcières institutionnelle, pas d'une enquête ciblée et proportionnée.
Le silence de la Maison-Blanche
Aucun commentaire, beaucoup de sous-entendus
Face à cette poursuite, la Maison-Blanche est restée silencieuse, selon les informations disponibles au moment d'écrire ces lignes. Mais ce silence contraste violemment avec les déclarations passées de Trump lui-même, qui affirmait en juillet 2025 que Brennan et Comey étaient « corrompus jusqu'à l'os » et qu'ils devraient « en payer le prix », des propos rapportés par Fox News.
Un président qui exprime publiquement son désir de voir un adversaire politique puni, puis dont l'administration lance effectivement une enquêtecriminelle contre cette même personne, ne peut pas prétendre à la neutralité judiciaire. La chronologie parle d'elle-même.
Le précédent Comey, un signal d'alarme
Le cas de James Comey offre un aperçu inquiétant de ce qui pourrait attendre Brennan. Une tentative d'inculpation de Comey a déjà essuyé un revers judiciaire en décembre 2025, un juge fédéral ayant bloqué une nouvelle tentative du DOJ de le poursuivre, selon PBS NewsHour. Deux tentatives précédentes de poursuivre Comey et Brennan, en Virginie et en Pennsylvanie, avaient déjà échoué, poussant le DOJ à chercher un terrain plus favorable en Floride, où un juge nommé par Trump et un jury potentiellement plus favorable pourraient, selon plusieurs observateurs, changer l'issue.
Le fait même de chercher un tribunal perçu comme plus accommodant illustre à quel point cette affaire semble guidée par la recherche d'un résultat plutôt que par la solidité des preuves.
Pourquoi la transparence doit primer
Le principe qui dépasse la personne de Brennan
Je ne prétends pas ici juger de l'innocence ou de la culpabilité de John Brennan sur le fond des accusations de fausses déclarations au Congrès. Ce n'est pas mon rôle, et aucun tribunal n'a encore tranché cette question. Mais je peux affirmer sans réserve que le principe défendu par sa poursuite est juste: dans une démocratie fonctionnelle, les documents gouvernementaux pertinents à une enquête ne devraient jamais être à risque de disparaître simplement parce que l'administration en place préfère communiquer par des applications qui ne conservent aucune trace.
Ce principe protégerait n'importe quel citoyen américain, peu importe son affiliation politique, contre l'utilisation arbitraire du pouvoir de l'État. C'est précisément pour cette raison que cette poursuite mérite d'être suivie de près, au-delà des sympathies ou antipathies personnelles envers Brennan lui-même.
Ce que l'histoire retiendra
Aucun des adversaires politiques visés par les enquêtes de cette administration — de Liz Cheney à Adam Schiff, en passant par Letitia James et Jack Smith — n'a pour l'instant été formellement condamné après des années d'enquêtes tous azimuts. Ce constat, documenté par de multiples analyses journalistiques, soulève une question simple: si ces enquêtes étaient fondées sur des preuves solides plutôt que sur une volonté de représailles, pourquoi n'ont-elles produit aucun résultat judiciaire tangible après tant de temps?
C'est cette question, plus que toute autre, qui devrait guider l'évaluation publique de ce dossier Brennan dans les mois à venir.
Ce que je vous demande, concrètement
Une préservation totale et sans exception
Monsieur le procureur général par intérim Todd Blanche, je vous demande, comme le demande Brennan lui-même devant la jugeJia Cobb, de vous engager publiquement à préserver l'intégralité des communications internes liées à cette enquête, y compris les courriels, messages textes, requêtes sur des plateformes d'intelligence artificielle et entrées d'agenda pertinentes. Une administration qui n'a rien à cacher ne devrait avoir aucune réticence à s'engager formellement dans cette voie.
Cette préservation ne devrait pas nécessiter une ordonnance judiciaire. Elle devrait être une évidence pour toute administration respectueuse des obligations légales fédérales en matière de conservation des dossiers gouvernementaux.
Une clarification publique attendue
Je vous demande également, Monsieur le Président, de clarifier publiquement si vos déclarations passées sur Brennan et Comey ont, d'une quelconque manière, influencé les décisions de poursuites de votre département de la Justice. Le remplacement d'une procureure de carrière par un avocat ouvertement partisan mérite une explication publique, pas un silence prolongé.
La confiance du public dans l'indépendance de la justice américaine ne se reconstruit pas par des communiqués vagues, mais par des actions concrètes de transparence.
La dimension internationale de ce dossier
L'image de l'Amérique en jeu
Ce dossier dépasse les frontières américaines. Dans un monde où la Chine, la Russie, l'Iran et la Corée du Nord cherchent constamment à discréditer les démocraties occidentales en pointant leurs contradictions internes, chaque exemple de justice instrumentalisée à des fins politiques aux États-Unis devient une munition de propagande pour ces régimes autoritaires. Une Amérique qui prétend défendre l'État de droit à l'international doit d'abord le respecter chez elle.
Les alliés occidentaux, eux aussi, observent attentivement ce genre de dérive. La crédibilité de l'Amérique comme leader du monde libre repose en partie sur sa capacité à démontrer que ses propres institutions judiciaires restent indépendantes du pouvoir exécutif, peu importe qui occupe la Maison-Blanche.
Le paradoxe d'une présidence à deux vitesses
Je reste convaincu que Trump a raison de pousser les alliés de l'OTAN à investir davantage dans leur défense collective face à la Russie, et que sa fermeté sur ce terrain sert les intérêts de l'Occident. Mais cette même fermeté, quand elle se retourne contre les institutions judiciaires internes pour punir des adversaires politiques, devient une menace pour les fondements mêmes de la démocratie qu'il prétend défendre à l'étranger.
On ne peut pas prêcher la primauté du droit à Kyiv tout en la piétinant à Washington. Cette contradiction mérite d'être nommée sans détour.
Les voix qui résistent encore
Le courage des procureurs de carrière
Il faut saluer, dans ce contexte trouble, le courage de procureurs de carrière comme Maria Medetis Long, qui ont refusé de céder à la pression politique pour précipiter des accusations sur un dossier qu'ils jugeaient fragile. Ce genre de résistance interne, silencieuse et rarement médiatisée, constitue l'un des derniers remparts contre la politisation complète du système judiciaire américain.
Des juges fédéraux, nommés autant par des présidents républicains que démocrates, ont également commencé à documenter des cas de conduite jugée irrégulière de la part d'avocats du DOJ, selon un rapport du Brennan Center for Justice publié en octobre 2025. Ce rapport note qu'un juge a même accusé des avocats du département de « manipuler » sa cour.
Le rôle irremplaçable des tribunaux
C'est précisément parce que ces mécanismes de résistance interne existent encore, même fragilisés, que la démarche judiciaire de Brennan garde un sens. En s'adressant à une juge fédérale plutôt qu'en se contentant de dénonciations publiques, il mise sur la capacité des tribunaux à maintenir un minimum de contrepoids face à l'exécutif, un pari qui reste risqué mais nécessaire dans le climat actuel.
Le résultat de cette demande de préservation, attendu dans les prochaines semaines, sera un indicateur précieux de la vigueur restante de l'indépendance judiciaire américaine.
Ce que cette affaire révèle sur notre époque
La normalisation de l'anormal
Ce qui devrait choquer dans cette affaire est en train de devenir presque banal: un ancien haut fonctionnaire doit poursuivre son propre gouvernement pour s'assurer que des preuves potentielles ne soient pas détruites avant un procès qui n'a même pas encore commencé. Il y a cinq ans, une telle situation aurait dominé les manchettes pendant des semaines. Aujourd'hui, elle s'ajoute à une longue liste de dossiers similaires touchant d'autres anciens responsables.
Cette normalisation progressive de pratiques autrefois considérées comme extraordinaires est peut-être le danger le plus insidieux de cette période politique américaine, plus encore que n'importe quel dossier individuel.
Le rôle de la presse et du public
Face à cette normalisation, le rôle de la presse indépendante et d'un public informé devient encore plus crucial. Chaque article, chaque analyse, chaque question posée publiquement sur ce dossier contribue à maintenir une pression nécessaire pour empêcher que ces pratiques ne deviennent définitivement la norme acceptée du système politique américain.
C'est dans cet esprit que cette lettre ouverte a été écrite: non pas pour prendre parti dans un débat partisan, mais pour rappeler des principes qui devraient transcender les lignes politiques.
Sur le même sujet
OPINION : Merz contesté, la CDU découvre le prix…
Le 29 juillet 2026 , Le Monde décrit une fronde «…
ENQUÊTE : Epstein agent étranger ? La lettre qui…
Le 21 juillet 2026 , Jamie Raskin, Ranking Member de la…
BILLET : Vaccins — Trump presse Kennedy d'aller plus…
Personne ne signe de mémo. Personne n'écrit noir sur blanc «…
L'urgence d'une réponse judiciaire claire
Ce que la juge Cobb doit trancher
La juge fédérale Jia Cobb, nommée par l'ancien président Joe Biden, se retrouve désormais avec la responsabilité de statuer sur cette demande de préservation. Sa décision, quelle qu'elle soit, enverra un signal important sur la capacité du système judiciaire fédéral à encadrer les pratiques administratives en matière de conservation des dossiers, indépendamment des pressions politiques entourant ce dossier particulier.
Une décision favorable à Brennan ne préjugerait en rien de sa culpabilité ou de son innocence sur le fond des accusations éventuelles. Elle affirmerait simplement un principe de base: la preuve doit être préservée avant d'être jugée, pas sélectivement détruite selon la convenance de ceux qui mènent l'enquête.
Un test pour l'ensemble du système
Au-delà du sort personnel de John Brennan, cette décision judiciaire deviendra un test symbolique pour l'ensemble du système de contrepoids américain. Si les tribunaux fédéraux parviennent à imposer une discipline de conservation des dossiers même à contrecœur de l'exécutif, cela enverra un signal rassurant sur la résilience des institutions démocratiques américaines face à une pression politique soutenue.
Si, au contraire, cette demande échoue ou traîne indéfiniment sans résolution claire, ce sera un signal tout aussi révélateur, mais dans la direction inverse.
Un appel à la cohérence, pas à la complaisance
Ce que je ne demande pas
Je ne demande pas ici l'abandon des enquêtes légitimes sur la conduite passée de responsables du renseignement américain, si des preuves solides de fautes réelles existent. Aucun ancien fonctionnaire, aussi haut placé soit-il, ne devrait être au-dessus de la loi simplement en raison de son passé de service public.
Ce que je demande, c'est que ces enquêtes suivent un processus régulier, transparent, et libre de toute ingérence politique directe du sommet de l'exécutif, avec des preuves solides plutôt que des déclarations publiques prématurées de culpabilité.
La ligne que l'Amérique ne doit pas franchir
Une démocratie digne de ce nom peut poursuivre ses anciens fonctionnaires pour de véritables crimes. Elle ne peut pas, en revanche, transformer son appareil judiciaire en instrument de vengeance personnelle contre des critiques politiques, sans risquer de perdre ce qui la distingue fondamentalement des régimes autoritaires qu'elle prétend combattre à l'international.
C'est cette ligne, ténue mais essentielle, que cette administration doit impérativement respecter dans le traitement du dossier Brennan et de tous les dossiers similaires en cours.
Ce que Brennan lui-même reconnaît
Une défense qui n'esquive pas le débat de fond
Il est important de noter que Brennan ne prétend pas être au-dessus de tout examen judiciaire. Ses avocats précisent explicitement que si un acte d'accusation est un jour déposé, il le contestera vigoureusement comme le produit d'une poursuitevindicative et sélective, mais cette contestation se ferait devant un tribunal, selon les règles établies, et non par simple déclaration publique.
C'est une posture qui respecte les institutions tout en cherchant à s'en protéger, un équilibre difficile mais nécessaire dans le climat politique actuel.
Une demande limitée et précise
La demande actuelle de Brennan reste volontairement limitée: elle ne cherche pas à faire arrêter l'enquête elle-même, ni à obtenir un jugement préalable sur le fond du dossier. Elle vise uniquement à garantir que les preuves nécessaires à une future défense légitime ne disparaissent pas avant qu'un tribunal ne puisse les examiner. C'est une demande d'une modestie remarquable, compte tenu de la gravité des accusations qui pèsent potentiellement sur lui.
Cette modération dans la demande devrait, en toute logique, faciliter son acceptation par la cour, à moins que l'administration n'ait des raisons de s'y opposer qui devraient elles-mêmes être rendues publiques.
Le précédent Comey comme avertissement
Des échecs judiciaires répétés
Le fait que deux tentatives précédentes de poursuivre Comey aient déjà échoué en Virginie et en Pennsylvanie, avant qu'une nouvelle tentative ne soit bloquée par un juge fédéral en décembre 2025, devrait servir d'avertissement clair. Un dossier qui ne cesse d'échouer devant différents tribunaux, dans différentes juridictions, n'est probablement pas simplement victime de la malchance judiciaire.
Ce schéma répété de recherche du tribunal le plus favorable, documenté par plusieurs médias sérieux, illustre une stratégie qui privilégie le résultat politique souhaité par-dessus la solidité juridique du dossier lui-même.
Le risque d'un précédent dangereux
Si cette stratégie venait à réussir dans le cas de Brennan, elle créerait un précédent dangereux pour tout futur gouvernement, de quelque tendance politique qu'il soit, tenté d'utiliser le même mécanisme pour poursuivre ses propres adversaires politiques une fois arrivé au pouvoir. C'est un cycle de représailles judiciaires qui, une fois enclenché, devient extrêmement difficile à arrêter.
C'est précisément pour cette raison que la résistance judiciaire actuelle, incarnée par la demande de préservation de Brennan, mérite d'être soutenue sur le principe, indépendamment de toute sympathie personnelle envers l'homme lui-même.
La responsabilité du Congrès dans ce dossier
Un pouvoir de surveillance largement inutilisé
À découvrir
TÉMOIGNAGE : Assam, 700 000 déplacés et un État…
Le 20 juillet 2026 , Al Jazeera indiquait qu'au moins 25…
ANALYSE : Gaza, phase deux, au Caire un cessez-le-feu…
Le 28 juillet 2026 , une délégation du Hamas est partie…
BILLET : Altman et Huang au Sénat, quand l'IA…
Selon Boursorama , Sam Altman d'OpenAI et Jensen Huang de Nvidia…
Le Congrès américain dispose en théorie de pouvoirs de surveillance considérables sur les pratiques du département de la Justice, y compris la capacité de convoquer des audiences publiques sur des allégations de poursuites politiquement motivées. Pourtant, la majorité républicaine actuelle est restée largement silencieuse face aux accusations portées par Brennan et ses avocats, préférant éviter un dossier qui pourrait embarrasser l'administration en place.
Ce silence législatif n'est pas neutre. Il envoie le message implicite que le Congrès considère ce genre de dérive comme acceptable tant qu'elle sert les intérêts politiques de la majorité en place, un précédent dangereux quel que soit le parti au pouvoir à l'avenir.
L'opposition démocrate et ses limites
Du côté démocrate, plusieurs élus ont publiquement dénoncé ce qu'ils qualifient de campagne de représailles politiques, mais leur capacité d'action concrète reste limitée tant qu'ils demeurent minoritaires dans les deux chambres du Congrès. Leurs déclarations, bien que sincères, peinent à se traduire en mécanismes de contrôle réels face à un exécutif déterminé à poursuivre sa stratégie judiciaire.
Cette impuissance législative relative renforce, par défaut, l'importance du pouvoir judiciaire comme dernier véritable contrepoids disponible dans ce dossier, ce qui rend la décision à venir de la juge Cobb encore plus significative.
Conclusion : ce que l'histoire retiendra de ce moment
Un test pour la démocratie américaine
Cette lettre ouverte n'a pas pour but de disculper John Brennan ni de le transformer en martyr. Elle vise plutôt à rappeler un principe simple mais fondamental: dans une démocratie fonctionnelle, personne, ni le citoyen ordinaire ni l'ancien directeur de la CIA, ne devrait avoir à se battre devant les tribunaux simplement pour garantir que des preuves potentielles ne soient pas détruites avant un procès équitable.
La décision de la jugeJia Cobb sur cette demande de préservation, attendue dans les prochaines semaines, sera scrutée bien au-delà du cercle restreint des observateurs juridiques de Washington. Elle dira quelque chose d'essentiel sur l'état actuel de l'indépendance judiciaire américaine face à une pression exécutive soutenue.
Ce que je continuerai de suivre
Je continuerai de suivre ce dossier avec la même rigueur que j'applique à tous les enjeux touchant la primauté du droit, qu'ils concernent Washington, Kyiv ou n'importe quelle autre capitale où la démocratie est mise à l'épreuve. Ce dossier Brennan n'est pas un cas isolé; il s'inscrit dans une tendance plus large qui mérite une vigilance constante de la part de tous ceux qui se soucient de l'avenir des institutions démocratiques occidentales.
L'Amérique reste, malgré ses failles actuelles, un pilier essentiel de l'Occident face aux régimes autoritaires. C'est précisément pour cette raison que ses propres dérives internes méritent d'être dénoncées sans complaisance, par loyauté envers ce que ce pays devrait incarner.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Encadré de transparence du chroniqueur
Qui je suis et mes biais assumés
Je suis un chroniqueur pro-Occident, favorable à une posture ferme face à la Russie, la Chine, l'Iran et la Corée du Nord, et généralement favorable à la fermeté de Trump sur les questions militaires et de défense collective au sein de l'OTAN. Mais je reste critique, voire sévère, envers les dérives judiciaires internes de son administration lorsqu'elles semblent viser des adversaires politiques plutôt que de véritables actes criminels prouvés.
Cette lettre ouverte reflète cette double exigence: soutenir la fermeté occidentale à l'international tout en exigeant la rigueur démocratique à l'intérieur des frontières américaines.
Ce que je ne sais pas et ma méthode
Je ne sais pas si John Brennan a réellement menti au Congrès en 2023, ni si un acte d'accusation sera un jour déposé contre lui. Ces questions restent du ressort exclusif des tribunaux compétents. Ma méthode a consisté à croiser des sources journalistiques reconnues et des documents judiciaires publics pour construire cette analyse, sans jamais inventer de citation ni de témoignage direct. Aucun rapport ou décision judiciaire n'a été présenté comme définitif s'il ne l'était pas au moment de la rédaction.
Sources
Sources primaires
Reuters — Ex-CIA chief Brennan, a Trump target, seeks to force DOJ to preserve records — 1er juillet 2026
Bloomberg — Ex-CIA Chief Brennan Alleges 'Vindictive' DOJ Criminal Probe — 1er juillet 2026
Axios — John Brennan sues to preserve probe records — 1er juillet 2026
Sources secondaires
CNN — Trump foe John Brennan sues administration demanding records be preserved — 1er juillet 2026
The Washington Post — Ex-CIA Director John Brennan seeks court order requiring records preserved — 1er juillet 2026
PBS NewsHour — Federal judge sets back Justice Department's effort to seek new indictment against Comey — décembre 2025
Brennan Center for Justice — The Department of Justice's Broken Accountability System — octobre 2025
Recevoir les analyses géopolitiques
Conflits, puissances, alliances: le fil MadMax sans bruit inutile.
Citer cet article
Maxime Marquette (2026). À l'administration Trump, sur l'acharnement contre John Brennan. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/a-l-administration-trump-sur-l-acharnement-contre-john-brennan
Cette chronique t’a plu ? Reçois la prochaine.
Une chronique par semaine, directement dans ta boîte de réception. Sans bruit.
Cet article a été généré avec l'aide de l'IA, avec supervision humaine.
Commentaires
Sois le premier à réagir.