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La ChroniquePortrait· N° 114

PORTRAIT : Cubains déportés sous Trump — la peur d'un coup à la porte vers l'enfer qu'ils ont fui

Le 11 juillet 2021, May Díaz était dans la rue à Cuba, parmi des milliers de manifestants qui défiaient le régime communiste au prix de leur liberté, parfois de leur intégrité physique. Les batons de la police s'abattaient sur les corps. Elle a tenu bon. Trois mois plus tard,…

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  1. Le 11 juillet 2021, May Díaz était dans la rue à Cuba, parmi des milliers de manifestants qui défiaient le régime communiste au prix de leur liberté, parfois de leur intégrité physique. Les batons de la police s'abattaient sur les corps. Elle a tenu bon. Trois mois plus tard,…
  2. Introduction : Un soir, des agents ICE.
  3. Le lendemain, une île dictatoriale.
Transparence

Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.

Introduction : Un soir, des agents ICE. Le lendemain, une île dictatoriale.

May Díaz, 36 ans, Camagüey — et la trahison d'une promesse américaine

Le 11 juillet 2021, May Díaz était dans la rue à Cuba, parmi des milliers de manifestants qui défiaient le régime communiste au prix de leur liberté, parfois de leur intégrité physique. Les batons de la police s'abattaient sur les corps. Elle a tenu bon. Trois mois plus tard, elle fuyait vers Cancún, puis traversait tout le Mexique jusqu'à Mexicali, et entrait sur le sol américain le 13 octobre 2021, avec une quinzaine d'autres migrants. Elle demandait l'asile politique. C'était là, sur ce sol, la promesse tacite d'un siècle : l'Amérique accueille ceux qui fuient la dictature, en particulier cubaine. Historiquement, les ressortissants cubains bénéficiaient d'une entrée légale quasi automatique, héritage de décennies d'opposition idéologique au castrisme.

Quatre ans plus tard, en mars 2026, des agents de l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) ont frappé à la porte de son appartement à Houston. May Díaz a emballé ses affaires en quelques heures et s'est enfuie à Miami. Elle n'a pas été déportée ce jour-là — mais elle vit, selon ses propres mots rapportés par The Guardian, dans une peur permanente d'un nouveau coup à la porte. Sa demande d'asile avait été rejetée, son permis de travail révoqué. Elle est désormais une sans-papiers traquée dans le pays qui lui avait tendu la main.

Un chiffre qui dit tout : 8 000 expulsés en 17 mois

L'histoire de May Díaz n'est pas un cas isolé. Elle est le visage humain d'un phénomène massif et documenté. Selon les statistiques de l'ICE citées par The Guardian, près de 8 000 Cubains avaient été expulsés des États-Unis depuis le retour de Donald Trump à la présidence, soit en l'espace de ses 17 premiers mois au pouvoir. C'est plus du double des 3 385 déportations qui avaient eu lieu durant l'ensemble de son premier mandat, entre 2017 et 2021. La mécanique de l'expulsion s'est emballée, mais son coût humain reste largement invisible.

Ces hommes et femmes, souvent âgés, souvent malades, souvent établis depuis des décennies sur le sol américain, sont renvoyés vers un régime que l'Occident lui-même désigne comme autoritaire — ou vers le Mexique, où ils se retrouvent abandonnés sans papiers, sans argent, sans filet de sécurité, dans des villes gangrenées par la violence des cartels. C'est cette réalité que cet article entend documenter : pas pour relativiser la politique d'immigration de Trump, mais pour poser une question morale que même ses partisans ne peuvent esquiver.

Le système de déportation vers le Mexique — la "décharge" secrète de l'administration Trump

Un accord non divulgué entre Washington et Mexico City

La grande majorité des Cubains expulsés sous Trump ne sont pas renvoyés directement à Cuba. Cuba, depuis des décennies, refusait d'accepter les déportés ayant un casier judiciaire grave. L'administration Trump a contourné cet obstacle avec une ingéniosité bureaucratique inquiétante : elle a conclu avec le Mexique un accord confidentiel permettant d'y expédier les ressortissants de pays tiers indésirables. Ni Washington ni Mexico City n'ont rendu publics les termes de cet accord. En mars 2026, le Département de Justice américain l'a lui-même qualifié, dans un acte judiciaire, d'"accord non écrit mais permanent" (standing unwritten agreement) avec le Mexique, sans en préciser la base légale.

Ce mécanisme a été mis en lumière lors d'une audience fédérale, lorsque le juge William Young a réagi avec une stupéfaction non dissimulée : "Quoi ? Est-ce possible ? Il existe un accord secret entre deux États souverains par lequel 6 000 ressortissants cubains ont déjà été envoyés au Mexique ?" Ces mots, rapportés par le Miami Herald, résument la nature opaque de cette politique. Des milliers de vies sont réorientées vers l'inconnu en vertu d'un accord que personne ne peut lire.

Villahermosa, Tapachula : les terminus du cauchemar

Concrètement, selon le rapport de 66 pages de Human Rights Watch publié le 27 mai 2026 et intitulé "Casting Us Aside to Die" ("Rejetés pour nous laisser mourir"), les Cubains déportés vers le Mexique sont acheminés en bus vers deux villes du sud du pays : Tapachula, dans l'État du Chiapas, et Villahermosa, dans le Tabasco. Deux villes marquées par une violence extrême, des opportunités économiques quasi nulles pour des étrangers sans papiers, et une quasi-absence de services publics accessibles. Entre le 20 janvier 2025 et le 9 mars 2026, 4 353 Cubains ont été déportés au Mexique dans ce cadre — le plus grand groupe national de toutes les nationalités tierces ainsi expulsées.

Le rapport documente en détail leurs conditions à l'arrivée : sans papiers, sans argent, sans effets personnels. Certains dorment dans des parcs publics. D'autres s'entassent près des entrées d'hôpitaux pour survivre. Alcira Silva Hava, chercheuse à la division Droits des réfugiés de Human Rights Watch, résume la situation sans détour : "L'administration Trump utilise le Mexique comme une décharge pour les personnes qu'elle ne peut pas expulser vers leur pays d'origine." Le gouvernement mexicain, de son côté, n'offre aucun moyen d'obtenir un statut juridique durable en dehors du système d'asile, laissant ces hommes et femmes dans un vide légal permanent.

Harold A., 58 ans — "Ils nous rejettent pour nous laisser mourir"

Un témoignage documenté par Human Rights Watch

Dans son rapport de mai 2026, Human Rights Watch cite le témoignage de Harold A., un ressortissant cubain de 58 ans — dont le nom complet a été remplacé par un pseudonyme pour des raisons de sécurité. Deporté au Mexique en février 2026, cet homme vivait aux États-Unis depuis de nombreuses années, avait construit une vie, avait une famille. En quelques heures, tout a basculé. Les agents ICE l'ont appréhendé lors d'une vérification de routine — ces fameuses visites périodiques que les Cubains en situation précaire devaient effectuer eux-mêmes auprès de l'ICE, piège administratif qui s'est refermé sur beaucoup d'entre eux.

Sa phrase, citée verbatim dans le rapport, est devenue le symbole de cette politique : "Ils nous rejettent pour nous laisser mourir." Et il poursuit : "Il n'y a aucune aide. Nous ne pouvons pas travailler parce que nous n'avons pas de papiers. Ils ne nous donnent rien, absolument rien… Comment sommes-nous censés manger, payer notre loyer ?" Ces mots ne proviennent pas d'une organisation militante : ils ont été recueillis directement par des enquêteurs de Human Rights Watch au cours d'interviews menées entre février et mars 2026, dans les villes de Tapachula et Villahermosa.

Un grand-père, des enfants américains, et le Mexique comme impasse

Un autre homme, dont l'identité n'est pas révélée par le Miami Herald mais que le journal décrit comme un grand-père avec plusieurs enfants et petits-enfants citoyens américains, a utilisé une formule qui fait écho à Harold A. : "Ils nous envoient ici pour mourir." Cet homme avait une vie établie, une famille aux États-Unis, et se retrouve désormais dans un pays étranger où il ne peut ni travailler légalement, ni retourner chez lui à Cuba, ni rejoindre sa famille en Amérique. Il est pris dans un "vide juridique indéfini", selon la terminologie du rapport de Human Rights Watch.

Les chiffres confirment que ces profils ne sont pas des exceptions marginales. Sur les 4 353 Cubains déportés au Mexique entre janvier 2025 et mars 2026, 26 % n'avaient aucun antécédent judiciaire aux États-Unis. Parmi ceux qui en avaient, seulement 16 % avaient une condamnation pour crime violent ou potentiellement violent. Plus de la moitié des condamnations concernaient des délits non violents. Ce n'est pas une politique de sécurité publique ciblée. C'est un filet de pêche jeté dans une communauté entière.

Emilio Nieves — Expulsé malgré un habeas corpus en cours

Chauffeur de camion, sans casier, déporté à Cuba le 21 mai 2026

Emilio Nieves travaillait comme chauffeur de camion dans la région d'Orlando, en Floride. Selon les informations publiées par CiberCuba le 5 juin 2026, des agents ICE l'ont arrêté pendant ses heures de travail, au volant de son véhicule, sans antécédent judiciaire. Sa compagne a confirmé publiquement qu'un habeas corpus avait été déposé devant un tribunal fédéral au moment de sa déportation. Le tribunal n'avait pas encore pu statuer. ICE a procédé à l'expulsion avant que la justice n'ait eu le temps d'intervenir.

Le cas Nieves illustre un phénomène documenté par des experts en droit de l'immigration : le dépôt d'un habeas corpus peut, dans certains cas, inciter l'ICE à accélérer la déportation pour rendre le recours juridique sans objet. L'Institut national de justice pour les immigrants et réfugiés politiques a averti que cette pratique existe et qu'elle prive les détenus de leur droit fondamental à contester leur expulsion. La famille de Nieves attend toujours une réponse du tribunal fédéral pour obtenir son retour aux États-Unis. Le cas est présenté comme paradigmatique d'un système où la déportation peut avoir lieu avant même que la justice ait pesé dans la balance.

Une mécanique judiciaire court-circuitée

Le cas Nieves n'est pas unique. La même semaine, un juge fédéral, Kyle C. Dudek, ordonnait la libération d'un autre Cubain, Mauricio Castellanos-Gorra, détenu depuis près de sept mois par l'ICE, en s'appuyant sur le précédent Zadvydas v. Davis de 2001, qui limite les détentions prolongées lorsque la déportation n'est pas raisonnablement prévisible. Deux décisions judiciaires, prises simultanément, qui illustrent la même tension : un appareil exécutif qui accélère, et un pouvoir judiciaire qui tente de freiner. Entre ces deux forces, des êtres humains réels sont ballottés, expulsés ou maintenus en détention, souvent sans réelle compréhension de ce qui leur arrive.

En Floride, état avec le plus grand nombre d'arrestations de Cubains, 708 cas avaient été enregistrés en décembre 2025, concentrés dans les comtés de Miami-Dade, Broward et Collier. Et les arrestations de Cubains par l'ICE avaient bondi de 463 % entre fin 2024 et fin 2025, selon des données compilées par CiberCuba. 42 084 Cubains disposaient d'ordres de déportation définitifs dans le système d'immigration américain en novembre 2025. La pression systémique est réelle, massive, et accélérée.

Isidro Perez, 75 ans — Mort dans la froideur d'un centre de détention ICE

Près de six décennies aux États-Unis, une fin dans un couloir glacé

Le Miami Herald a rapporté, dans son enquête publiée le 27 mai 2026, le témoignage d'un homme prénommé Antonio, détenu au Centre de détention Krome, dans l'ouest du comté de Miami-Dade. Antonio dit avoir été témoin d'un homme âgé mourant après avoir passé plusieurs jours à dormir à même le sol dans une pièce à température extrêmement basse. La description correspond à celle d'Isidro Perez, un Cubain de 75 ans qui avait vécu près de six décennies aux États-Unis avant d'être appréhendé par l'ICE.

Le Centre Krome est l'un des établissements de détention les plus connus de Floride. Selon le rapport de Human Rights Watch, les personnes qui y ont été détenues ont décrit des conditions incluant surpopulation, températures extrêmes, nourriture insuffisante, accès limité aux soins médicaux, éclairage 24 heures sur 24, et violence verbale et physique de la part des gardiens. L'administration Trump a répondu à ces allegations en publiant sur ses réseaux sociaux que les détenus avaient accès à "trois repas par jour, de l'eau propre, des vêtements, de la literie, des douches, du savon et des articles de toilette". La liste fait penser à un catalogue de droits minimaux brandis comme des preuves de magnanimité.

Des malades chroniques privés de leurs médicaments

Le profil médical des déportés est l'un des aspects les plus saisissants du rapport de Human Rights Watch. Des hommes et femmes souffrant de cancer, de maladies cardiaques, de pathologies chroniques diverses, se sont retrouvés du jour au lendemain sans accès à leurs traitements. Certains avaient pris les mêmes médicaments pendant des années. Expédiés à Villahermosa ou Tapachula sans aucune préparation, sans ordonnances, sans accès au système de santé mexicain, ils ont simplement cessé de se soigner. Le rapport de Human Rights Watch cite le cas d'un homme de 83 ans, le plus âgé des déportés interviewés dans les refuges de ces villes. Un refuge à Villahermosa a accueilli des Cubains déportés aussi âgés que 83 ans au cours de l'année écoulée — une rupture radicale avec le profil habituel des jeunes hommes et des familles que ces structures avaient l'habitude d'accueillir.

Josué Leal, travailleur d'un refuge à Villahermosa interviewé par l'Associated Press, a résumé la situation avec une formule saisissante : "Les États-Unis les jettent. Cuba les jette." Il a appelé ça une "double punition". C'est le mot exact. Ces gens sont rejetés par deux États simultanément : celui qu'ils ont fui par peur, et celui qui leur avait promis la protection.

Le Cuban Adjustment Act — Un droit historique évaporé

Un siècle de protection spéciale pour les fuyards du communisme

Pour comprendre la rupture que représente la politique Trump, il faut remonter à la logique historique qui a gouverné le traitement des Cubains aux États-Unis. Pendant des décennies, les ressortissants cubains bénéficiaient d'un statut unique parmi les immigrés : le Cuban Adjustment Act permettait à toute personne arrivant de Cuba d'obtenir une carte verte un an et un jour après son arrivée sur le sol américain. Ce privilège était fondé sur une logique idéologique claire et cohérente : Cuba est une dictature communiste, ses ressortissants qui fuient sont des réfugiés politiques potentiels. C'était la traduction juridique de décennies de guerre froide, de positionnement pro-démocratie et de solidarité envers ceux qui avaient le courage de briser le rideau de fer caribéen.

Cette logique a été démantelée pièce par pièce. En janvier 2026, seulement 15 cartes vertes avaient été approuvées sous le Cuban Adjustment Act, pour plus de 7 000 dossiers en attente, selon les données compilées par CiberCuba. L'administration Trump a non seulement suspendu l'accueil des Cubains, mais a également mis fin aux protections de déportation temporaire (Temporary Protected Status) pour Cuba et au programme de parole humanitaire qui permettait à des centaines de milliers de ressortissants cubains, haïtiens, nicaraguayens et vénézuéliens de séjourner légalement aux États-Unis pendant deux ans. 532 000 migrants de ces quatre nationalités ont été affectés par ces suppressions.

La juge de Rhode Island contre la "xénophobie" de l'administration

Le 5 juin 2026, le juge en chef John J. McConnell Jr. du tribunal fédéral du Rhode Island a levé le gel des demandes d'immigration pour plus d'un million d'Haïtiens, Cubains et Vénézuéliens. Dans sa décision, il a estimé que le USCIS avait outrepassé ses attributions et avait pris des décisions sans justification adéquate, utilisant la sécurité nationale comme prétexte pour des décisions fondées sur des "sentiments anti-immigration". Sa citation la plus tranchante, rapportée par le Miami Herald : "Cette politique a mis la vie d'innombrables personnes en suspens — uniquement en raison de leur pays de naissance."

La réponse de l'administration a été immédiate et révélatrice. Le secrétaire du DHS, Markwayne Mullin, a refusé de garantir au Congrès que son département obéirait aux décisions des juges fédéraux, affirmant qu'il évaluerait si elles étaient "politiquement motivées". Un secrétaire d'État qui se réserve le droit de ne pas obéir aux tribunaux : voilà une phrase qui devrait alarmer tous ceux qui se préoccupent de la santé des démocraties occidentales, y compris les partisans de Trump.

Marco Rubio et le paradoxe cubain — L'enfant de l'exil contre les exilés

Un Secrétaire d'État fils d'immigrants cubains qui signe les déportations

Marco Rubio, Secrétaire d'État de l'administration Trump, est le fils d'immigrés cubains. Né en Floride, il a construit toute sa carrière politique sur l'identité de l'exil cubain, sur l'anti-castrisme viscéral, sur la promesse implicite que les États-Unis seraient toujours le refuge des dissidents de La Havane. Il est aujourd'hui, selon la professeure Susan Eckstein de l'Université de Boston, citée par The Guardian, l'un des architectes majeurs de la politique cubaine de l'administration Trump — celle-là même qui expulse massivement les Cubains.

Eckstein donne une clé de lecture glaçante : "Il préférerait que les [aspirants] immigrants restent à Cuba et protestent et se soulèvent," a-t-elle déclaré. "Ça devient alors leur problème plutôt qu'une conséquence de la pression extérieure." Autrement dit, Rubio voudrait le changement de régime à Cuba — mais sans que les Cubains arrivent en Floride pour l'attendre. Il veut le renversement du castrisme, mais il veut que ça se passe là-bas, pas ici. C'est une stratégie qui sacrifie les individus sur l'autel d'un projet géopolitique. Rubio, lui, est souvent décrit comme le prochain candidat républicain à la présidentielle de 2028 : un régime tombé à Cuba rehausserait considérablement ses chances.

Rubio face aux questions sur une invasion — une esquive révélatrice

Le 4 juin 2026, lors d'une audition de la Commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants, un parlementaire a demandé directement à Rubio : "Envahirez-vous Cuba ?" Sa réponse, rapportée par Democracy Now! : "Oh, j'ai une seconde pour répondre ? Que dois-je faire ? Je veux dire, dites-moi vos règles ici. J'ai essayé de noter tout ce que vous avez dit." L'esquive est complète. Ni oui, ni non. Et le 22 mai 2026, le président Trump lui-même avait été plus direct : "D'autres présidents ont regardé ça pendant 50, 60 ans en faisant quelque chose. Et il semble que ce sera moi qui le fera." Ces déclarations se déroulent en parallèle des déportations massives.

Pendant ce temps, trois représentants républicains d'origine cubaine au Congrès — María Elvira Salazar, Mario Diaz-Balart et Carlos Giménez — ont voté pour allouer 70 milliards de dollars au Département de la sécurité intérieure pour financer les opérations d'ICE et de la patrouille frontalière. Trump a signé le texte en loi le lendemain. L'ICE recevra désormais plus de trois fois son budget annuel précédent. Ces trois élus ont refusé de répondre aux demandes d'interview du Guardian. Le silence est éloquent.

La crise humanitaire à Cuba — Renvoyer des gens dans un État qui s'effondre

"La situation là-bas est désastreuse" — Ada Ferrer, historienne cubano-américaine

Pour ceux que l'administration Trump parvient à expulser directement vers Cuba — 1 952 depuis le début du second mandat, dont 612 dans les cinq premiers mois de 2026 selon les données de CiberCuba — le retour s'effectue dans un pays en état d'effondrement accéléré. L'historienne cubano-américaine Ada Ferrer, prix Pulitzer, l'a formulé sans ambiguïté lors d'un entretien avec Democracy Now! le 4 juin 2026 : "La situation là-bas est désastreuse. Ça dure depuis un certain temps, et ça s'est aggravé de plus en plus au cours des cinq derniers mois."

L'administration Trump a lancé, il y a cinq mois, un blocus énergétique contre Cuba, s'ajoutant à l'embargo commercial qui dure depuis plus de six décennies — le plus long de l'histoire des États-Unis. En juin 2026, Democracy Now! a rapporté que l'administration Trump avait bloqué la livraison d'environ 250 000 barils d'essence et de diesel à Cuba, frappant la population civile et les organisations humanitaires qui en dépendaient. Felicia de la Caridad Álvarez, une Cubaine de 64 ans citée dans le même reportage, a témoigné : "Ça fait six mois qu'on n'a pas d'eau. L'eau est essentielle dans une maison. Sans eau, on n'est rien."

20 % de la population a fui — un exode sans précédent dans l'histoire cubaine

L'exode cubain est historique. Ada Ferrer l'a souligné avec précision : Cuba a connu le plus grand exode de son histoire au cours des cinq à huit dernières années. Faute de recensement depuis 2012, les chiffres exacts sont difficiles à établir, mais les estimations indiquent que Cuba a perdu environ 20 % de sa population, majoritairement des jeunes qui voient un avenir impossible dans leur pays. Ce sont précisément ces jeunes, et leurs aînés qui les ont précédés dans l'exil, que l'administration Trump traque désormais sur le sol américain.

Ferrer a également mis en lumière les contradictions du régime castriste lui-même : "La priorité du gouvernement cubain n'est pas le bien-être du peuple cubain." Elle décrit un gouvernement qui continue d'investir dans le tourisme "en ignorant des secteurs tels que l'agriculture, l'éducation, la santé — tous en déclin horrible." Cuba est une dictature qui a failli à ses citoyens sur tous les plans. Y renvoyer des gens qui en ont fui le joug n'est pas seulement cruel : c'est irrationnel au regard des valeurs que l'Occident prétend défendre.

La communauté cubano-américaine — Une loyauté politique qui vacille

68 % de vote Trump en 2024, 53 % d'approbation en 2026

Paradoxe absolu : la communauté cubano-américaine a été l'une des bases électorales les plus solides de Donald Trump. Selon les données citées par The Guardian, environ 68 % des électeurs cubano-américains inscrits en Floride ont voté pour Trump lors de l'élection présidentielle de 2024 — le niveau de soutien le plus élevé que Trump ait reçu de n'importe quel groupe latino aux États-Unis. En échange de ce soutien massif, il les expulse. Certes, pas tous. Mais suffisamment pour que la question se pose.

Le politologue Eduardo Gamarra, professeur à l'Université internationale de Floride et directeur du Forum d'opinion publique latino, a observé une évolution mesurable, rapportée par The Guardian : "Bien que les Cubano-Américains s'alignent toujours avec Trump, il semble y avoir un repli notable parmi certains d'entre eux," a-t-il déclaré. "Le taux d'approbation de Trump est passé de 68 % lors de l'élection de 2024 à 53 % cette année." Ce glissement de 15 points en moins de deux ans est significatif. Mais Gamarra ajoute que "le noyau dur reste aussi trumpiste qu'il y a deux ans."

Salazar, Diaz-Balart, Giménez — Les élus cubains pris en étau

María Elvira Salazar, l'une des trois représentantes républicaines d'origine cubaine au Congrès, a parfois manifesté une certaine indépendance vis-à-vis de la Maison-Blanche sur ce dossier. Elle a publiquement appelé le DHS à continuer de protéger les Cubains, ainsi que les migrants haïtiens, nicaraguayens et vénézuéliens ayant des dossiers en cours et des antécédents judiciaires. Elle a également demandé la reprise du traitement des demandes de naturalisation pour les ressortissants cubains et vénézuéliens dont les dossiers avaient été bloqués. Ces appels sont restés sans réponse concrète de l'administration.

Pourtant, comme ses deux collègues, Salazar a voté pour les 70 milliards de dollars alloués à l'ICE. Et aucun des trois n'a accepté de répondre aux questions du Guardian. Ce silence dit tout. Ces élus sont pris en étau entre leur base électorale cubano-américaine, de plus en plus inquiète, et une administration dont ils dépendent politiquement. Miami est devenue, depuis le début de 2026, la première ville américaine pour les arrestations d'immigrants, dépassant les zones frontalières du Texas, de l'Arizona et de la Californie — une donnée qui sonne comme un paradoxe géographique et politique.

Le profil des déportés — Des anciens, des malades, des pères de famille

Pas des criminels — des gens ordinaires pris dans un filet

L'image que l'administration Trump projette des déportés est celle de criminels étrangers dangereux. La réalité documentée est radicalement différente. Le rapport de Human Rights Watch, fondé sur des interviews directes avec 41 Cubains et une douzaine d'autres ressortissants, dresse un portrait précis : la majorité des Cubains déportés au Mexique étaient des personnes âgées de 60 ans ou plus. Beaucoup avaient vécu aux États-Unis, principalement en Floride, pendant des années ou des décennies. Ils avaient créé des entreprises, possédé des maisons, construit des familles.

Ils avaient fui Cuba pour deux raisons essentielles : la répression politique ou le manque de perspectives économiques sous le régime castriste. Leur point commun est d'avoir suivi les règles — ou du moins de s'être retrouvés dans un système juridique aux règles changeantes. Ils se présentaient périodiquement aux rendez-vous avec l'ICE, comme requis. Ils attendaient la régularisation de leur statut. Et un jour, la régularisation promise s'est muée en arrestation. 97 % des Cubains envoyés au Mexique avaient été détenus dans un centre de rétention ICE avant leur expulsion, selon les données analysées par Human Rights Watch.

Un bus de 38 heures vers Villahermosa — témoignage anonyme

Le New York Times, dans son reportage du 27 mai 2026, a recueilli le témoignage d'un Cubain de 59 ans qui a demandé l'anonymat pour protéger sa famille restée aux États-Unis. Il a décrit un voyage en bus de 38 heures depuis la frontière sud jusqu'à Villahermosa, dans le sud du Mexique. À l'arrivée, les autorités mexicaines leur ont simplement dit de descendre du bus. Aucune prise en charge. Aucune orientation. Dans une ville inconnue, dans un pays étranger, sans documents, sans argent, sans contact.

À Tapachula, l'autre ville de destination, certains déportés ont dû dormir dans un parc public. D'autres ont campé devant les entrées d'hôpitaux. Le New York Times note que plusieurs mois après leur arrivée, des personnes se trouvaient toujours dans cette situation précaire — ni en capacité de régulariser leur statut au Mexique, ni en mesure de retourner à Cuba, ni en mesure d'atteindre leurs proches aux États-Unis. C'est ce que Human Rights Watch appelle le "vide juridique indéfini" : une situation sans sortie visible.

L'accord secret Mexique-États-Unis — Quand la transparence démocratique disparaît

Le gouvernement ne peut pas citer de base légale

Au cœur du dispositif d'expulsion des Cubains vers le Mexique se trouve une réalité juridique troublante : le Département de Justice américain lui-même ne peut pas identifier la base légale de ces expulsions. Dans ses actes judiciaires de mars 2026 relatifs à une pétition d'habeas corpus, le DOJ a décrit un "accord non écrit mais permanent" avec le Mexique — mais n'a fourni aucun fondement légal pour ces expulsions vers un pays tiers. Le rapport complet de Human Rights Watch souligne ce vide : 27 accords bilatéraux ont été négociés par l'administration Trump pour permettre les expulsions vers des pays tiers. Aucun n'a été rendu public.

Cette opacité n'est pas un détail administratif. Elle signifie que des milliers de personnes ont été expulsées vers le Mexique sans qu'un seul tribunal ait pu examiner leur cas individuel, sans que l'accord sous-jacent ait pu être contesté juridiquement, et sans que quiconque — ni les déportés, ni leurs familles, ni leurs avocats — ait pu accéder aux termes de l'arrangement. Le gouvernement mexicain a accepté ces transferts. Ni Washington ni Mexico City n'ont communiqué publiquement sur l'accord. Human Rights Watch demande aux deux gouvernements de rendre l'accord public et de garantir les procédures régulières conformément au droit américain et international.

Une augmentation de 42 % des déportations vers des pays tiers sous Trump

Les chiffres de l'ampleur du phénomène sont vertigineux. Entre le 20 janvier 2025 et le 9 mars 2026, les États-Unis ont expulsé 12 977 ressortissants de pays tiers au Mexique, sur un total de 18 453 expulsions vers des pays tiers. Depuis le début du second mandat de Trump, il y a eu une augmentation de 42 % du rythme mensuel moyen des expulsions vers le Mexique par rapport aux 27 mois précédents. En janvier 2026, le pic a atteint plus de 2 000 déportations en un seul mois. Depuis juin 2025, plus de Cubains sont déportés chaque mois au Mexique qu'à Cuba — une inversion qui illustre le changement structurel de la politique américaine.

Cette machinerie expulsive s'est accélérée aussi dans les centres de détention. Miami est devenue la première zone métropolitaine du pays pour les arrestations d'immigrants depuis le début de 2026, dépassant les secteurs frontaliers historiques du Texas, de l'Arizona et de la Californie. Entre mars 2025 et avril 2026, le secteur de Miami de la patrouille frontalière a enregistré 12 599 arrestations, soit 10 % du total national de 125 199 appréhensions sur cette période de 14 mois.

Susan Eckstein — "Trump ne veut pas des Cubains, il veut un changement de régime"

La logique géopolitique derrière l'expulsion humanitaire

La professeure émérite Susan Eckstein, spécialiste de Cuba à l'École Pardee des études mondiales de l'Université de Boston et auteure de plusieurs livres sur l'île, offre une grille de lecture particulièrement éclairante dans l'article du Guardian du 14 juin 2026. "Trump ne veut pas des Cubains, mais il veut le changement de régime," dit-elle. "Il est obsédé par l'immigration, et les Cubains sont l'un des plus grands groupes de ressortissants étrangers entrant aux États-Unis." La déportation massive n'est donc pas une fin en soi : c'est un outil de pression géopolitique visant à déstabiliser le régime cubain en lui renvoyant ses ressortissants, en coupant le flux de devises que ces derniers envoyaient à leurs familles, et en resserrant l'étau économique et diplomatique.

Cette lecture est cohérente avec l'ensemble de la politique Cuba de l'administration Trump en 2025-2026 : blocus énergétique, renforcement des sanctions, indictement de Raúl Castro (annoncé le 20 mai 2026, jour de l'indépendance cubaine, par le Département de Justice), menaces d'action militaire. Le 22 mai 2026, Trump a déclaré : "D'autres présidents ont regardé ça pendant 50, 60 ans. Il semble que ce sera moi qui le fera." Il s'exprimait sur Cuba. La pression est totale, sur tous les fronts.

Ada Ferrer — "Ce sont les Cubains qui paient la facture des deux gouvernements"

L'historienne Ada Ferrer, lors de son entretien avec Democracy Now! le 4 juin 2026, a mis le doigt sur la vérité fondamentale de cette situation : "Il n'y a pas de question que ce sont les Cubains qui supportent le poids des politiques des deux gouvernements." C'est la phrase clé. Le régime castriste laisse son peuple sans eau, sans électricité, sans perspectives. L'administration Trump, de son côté, expulse ceux qui avaient eu le courage de fuir. Les Cubains ordinaires — May Díaz, Harold A., Emilio Nieves, Isidro Perez — se retrouvent écrasés entre deux machines politiques qui se servent d'eux comme de variables d'ajustement.

Ferrer, elle-même d'origine cubaine, a confié lors de cet entretien avoir une nièce rendue sans papiers rétroactivement par les politiques de Trump, et un cousin qui a passé six mois dans le centre de détention "Alligator Alcatraz" des Everglades avant d'être transféré au centre Krome. Ces personnes, a-t-elle précisé, "n'ont commis aucun crime, et essaient simplement de vivre." Ce témoignage personnel d'une voix académique reconnue illustre à quel point cette crise touche, dans la chair, même les Cubanos-Américains les plus intégrés, les plus reconnus, les plus citoyens.

Ce que cela dit de l'Occident — Une contradiction insupportable

Pro-démocratie en parole, anti-réfugiés cubains en acte

La contradiction est là, nette, documentée, irréfutable. L'administration Trump, par la voix du Secrétaire d'État Rubio, désigne Cuba comme "une bande de communistes incompétents" dirigeant un "État en faillite" à 90 miles des côtes américaines, représentant une "menace pour la sécurité nationale des États-Unis". Elle indique l'ancien président Raúl Castro pour meurtre. Elle impose un blocus énergétique qui prive des millions de civils cubains d'eau et d'électricité. Simultanément, elle expulse les victimes de ce même régime vers ce même pays en faillite, ou vers le Mexique des cartels.

C'est une contradiction qui mine la crédibilité morale de l'Occident. Comment défendre les droits humains dans le monde si l'on renvoie ceux qui fuient vers les bourreaux qu'on prétend combattre ? Human Rights Watch a été catégorique dans ses recommandations : les États-Unis doivent suspendre ces déportations tant que des garanties de procédure régulière et de protection internationale ne seront pas en place. Le Mexique doit garantir l'accès aux soins, au droit d'asile et à un statut légal durable. La transparence sur les accords bilatéraux est indispensable.

Trump : mal nécessaire ou rupture de valeurs ?

Je défends l'idée que Donald Trump est, pour l'Occident, un mal nécessaire sur certains fronts : la fermeté face à la Chine, à l'Iran, à la Russie, à la Corée du Nord, la pression sur l'Europe pour qu'elle se défende, la lutte contre l'immigration illégale massive qui déstabilise les démocraties occidentales. Ces positions ont une cohérence géopolitique que ses adversaires refusent souvent de reconnaître. Mais il y a une ligne que même la politique du "mal nécessaire" ne peut pas franchir sans perdre son âme.

Cette ligne, c'est celle-ci : renvoyer des personnes vers un régime autoritaire qu'on prétend combattre, sans procédure individuelle, dans le secret, en court-circuitant les tribunaux, en abandonnant les plus vulnérables dans des villes contrôlées par les cartels. Ce n'est plus de la politique d'immigration ferme. C'est une rupture d'humanité. Et cette rupture n'est pas invisible — elle est documentée, chiffrée, attestée par des dizaines de témoignages réels. L'Occident, s'il veut rester le centre du monde et en être digne, ne peut pas se permettre d'y être indifférent.

Conclusion : La porte qu'on craint ne devrait jamais sonner pour un fuyeur de dictature

Le compte moral que l'histoire présentera

May Díaz vit aujourd'hui à Miami dans la peur. Elle ouvre sa porte avec précaution. Elle ne dort pas tranquille. Elle a participé aux manifestations historiques du 11 juillet 2021 à Cuba, risquant sa vie contre le régime que Washington lui-même combat. Elle a traversé un continent pour atteindre les États-Unis. Elle a suivi les procédures, demandé l'asile, attendu dans la légalité. Et aujourd'hui, l'Amérique qu'elle avait choisie la chasse. Ce n'est pas un cas pathétique isolé. C'est le symbole d'une politique qui a perdu son nord moral. La force d'une démocratie libérale ne se mesure pas seulement à la rigueur de ses frontières, mais aussi à la manière dont elle traite ceux qui frappent à sa porte en fuyant l'oppression.

L'administration Trump a le droit, et même le devoir, de contrôler ses frontières. Elle a le droit d'expulser des personnes en situation irrégulière. Elle a le droit de mettre la pression sur le régime de La Havane. Mais elle n'a pas le droit moral de le faire en abandonnant les victimes de ce régime dans les villes du Mexique des cartels, sans procédure, sans transparence, sans humanité. Les statistiques sont là : 8 000 Cubains expulsés en 17 mois, 4 353 abandonnés au Mexique, 26 % sans aucun antécédent judiciaire, des hommes de 83 ans dormant dans des parcs publics. Ces chiffres ne mentent pas. Et l'histoire ne pardonne pas ceux qui les ont produits en regardant ailleurs.

Ce que l'Occident doit se rappeler

L'Occident a construit sa légitimité morale sur une idée simple : les individus qui fuient l'oppression méritent protection, non pas parce qu'ils sont tous sans reproche, mais parce que la dignité humaine est une valeur universelle que l'on défend précisément quand c'est difficile. Cette idée n'est pas une faiblesse. C'est sa force. Si l'Occident abandonne les rescapés de Cuba — une dictature qu'il combat lui-même — pour des raisons de commodité politique ou de calcul électoral, il se prive de l'argument moral qui lui donne le droit de parler au nom des valeurs universelles.

La porte à laquelle May Díaz craint qu'on frappe ne devrait pas sonner. Pas pour elle. Pas pour ceux qui ont eu le courage de défier Castro dans les rues de Camagüey. Pas pour les pères de famille qui ont vécu des décennies en Floride. Pas pour un homme de 83 ans dormant dans un parc de Tapachula. L'Amérique peut être ferme et humaine à la fois. Ce n'est pas une contradiction. C'est une exigence. Et en ce moment, elle y échoue.

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). PORTRAIT : Cubains déportés sous Trump — la peur d'un coup à la porte vers l'enfer qu'ils ont fui. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/temoignage-cubains-deportes-sous-trump-la-peur-dun-coup-a-la-porte-vers-lenfer-quils-ont-fu

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MM
Maxime Marquette
Chroniqueur indépendant

Maxime Marquette écrit l'essentiel des analyses et chroniques publiées sur MadMax — géopolitique, technologie et actualité, sans remplissage.

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