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La ChroniqueReportage· N° 7640

REPORTAGE : Washington envoie 26,5 millions à la Colombie en ruine, mais garde ses tarifs sur les décombres

Abelardo de la Espriella a prêté serment le 7 août.

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  1. Abelardo de la Espriella a prêté serment le 7 août.
  2. Trois jours plus tard, la terre lui a répondu.
  3. Le 10 août, un séisme de magnitude 7,4 frappe la côte pacifique de la Colombie.
Transparence

Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.

Trois jours de mandat

Abelardo de la Espriella a prêté serment le 7 août.

Trois jours plus tard, la terre lui a répondu.

Le 10 août, un séisme de magnitude 7,4 frappe la côte pacifique de la Colombie. L'épicentre se loge près de San José del Palmar, dans le département du Chocó, selon l'institut géologique américain.

Le plus fort séisme du siècle dans le pays, rapporte Reuters. Un choc parti de très profond sous la cordillère, là où aucune caméra ne descendra jamais.

La secousse traverse tout.

Elle réveille Bogotá à quatre cents kilomètres de l'épicentre. Puis elle se fait sentir jusqu'au Panama, au Venezuela, en Équateur, au Pérou : cinq pays suspendus à la même onde.

Un président de soixante-douze heures regarde son pays se fissurer en direct.

Aucun manuel ne prépare à ça.

Ni les meetings de campagne, ni le second tour remporté en juin, ni les slogans sur le bouclier des Amériques, ni les photos d'investiture encore chaudes sur les bureaux des ministères.

La géologie ne lit pas les programmes électoraux.

Elle est arrivée la première, sans préavis, sans campagne, sans le moindre respect pour le calendrier politique, et elle a tout redéfini.

Les mains nues

Les premières heures appartiennent aux voisins.

Avant les pelleteuses, avant les équipes cynophiles, avant les caméras, ce sont des habitants qui creusent dans le béton avec leurs mains nues, rapporte le Guardian.

Des ongles contre des dalles.

À Cali, à Armenia, à Manizales, les autorités décrètent des couvre-feux pour libérer les rues, pendant que les hôpitaux de cinq villes passent en alerte rouge.

Une soixantaine de bâtiments se sont effondrés d'un coup, environ mille six cents autres sont endommagés selon les premiers recensements du Guardian, et des centaines tiennent debout sans qu'on sache pourquoi.

Debout jusqu'à la prochaine réplique, peut-être.

Carmen Yasmin Garcia, quarante-trois ans, bénévole, dit à Reuters ce que tout le monde pense : la première priorité, c'est de sortir les gens coincés sous les gravats.

Une phrase simple. Une phrase qui organise des milliers de vies pendant des jours.

Le gouvernement déclare l'état d'urgence, envoie un millier d'agents en renfort à Cali, promet des subventions de loyer aux déplacés de Quibdó.

Le festival Petronio Alvarez, la grande fête de la culture afro-colombienne, est reporté.

La musique attendra.

Dans un pays où la fête est une forme de résistance, reporter le Petronio, c'est admettre que cette fois, la blessure dépasse tout ce que la musique sait guérir.

Les répliques, elles, n'attendent pas : plus de vingt secousses secondaires dans les jours qui suivent, chacune vidant les immeubles encore habitables.

Ce pays connaît la partition par cœur, et c'est ce qui serre la gorge.

En 1999, un séisme bien plus faible avait tué plus de mille personnes dans les mêmes montagnes du centre du pays.

Chaque famille d'ici porte un mort de la terre quelque part dans sa mémoire.

Le bébé du cinquième étage

Puis il y a Cali, et cet immeuble de cinq étages plié sur lui-même.

Dessous, une mère et son bébé de six mois.

Des secouristes les sortent vivants tous les deux, raconte Reuters. La vidéo fait le tour d'un pays qui avait besoin d'exactement cette image-là.

Un bébé de six mois ignore ce qu'est un séisme.

Il saura un jour qu'il a survécu à celui du siècle. Quelque part entre le cinquième étage et le rez-de-chaussée d'un immeuble que les cartes ne montrent plus.

Le maire de Cali, Alejandro Eder, résume la scène d'une phrase après cent vingt heures de recherches : les miracles existent.

Cent vingt heures.

Des équipes qui creusent, qui écoutent le béton, qui font taire les foreuses pour entendre un souffle.

Des pompiers comme Mauricio Andrade enchaînent les rotations sans dormir, note Reuters au milieu des décombres.

On voudrait que le reportage s'arrête ici, sur le miracle.

Le décompte, lui, continue de monter chaque matin.

Le décompte

294.

C'est le bilan des morts au 15 août, selon l'unité nationale de gestion des risques, citée par Al Jazeera.

Le premier soir, on comptait cent onze victimes.

Puis cent quatre-vingt-une au deuxième recensement officiel, puis deux cent quatre-vingt-neuf, et chaque matin la liste s'allonge de ce que les gravats acceptent enfin de rendre.

294 morts, et des proches qui cherchent encore.

Les disparus officiels se comptent par dizaines, les signalements civils par milliers, rapporte Global News, et personne ne sait où ces deux vérités se rejoindront.

Deux colonnes qui ne se parlent pas.

D'un côté, les registres de l'État, prudents, vérifiés nom par nom ; de l'autre, les appels des familles qui décrivent un visage, un étage, une dernière conversation interrompue à l'heure du séisme.

Le reste du désastre tient dans un seul inventaire administratif : près de quatre mille blessés, plus de quatorze mille maisons détruites, plus de quatre-vingt mille endommagées.

Derrière chaque ligne de cet inventaire, une adresse qui n'existe plus.

Une école, une cuisine, un mur avec des photos.

L'aéroport Matecaña de Pereira ferme, coupant une région entière de ses secours aériens les plus proches.

La Colombie a connu la guérilla, les cartels, les déplacements forcés, un demi-siècle de deuils organisés par des hommes, recensés par des hommes, pleurés maison par maison.

Elle n'avait jamais vu la terre elle-même frapper aussi fort de toute son histoire moderne.

Aucun coupable à juger, cette fois.

Seulement une faille géologique, un inventaire qui enfle, et un État qui découvre en temps réel ce que valent ses plans d'urgence.

Les plans tiennent mieux que ceux de 1999, disent les chiffres ; les cœurs, personne ne les mesure.

294, et ce n'est probablement pas fini.

Les avions de Homestead

Maintenant, regardons ce que Washington a fait, parce que c'est réel et que ça mérite d'être dit.

Dès le 11 août, le lendemain du séisme, le Département d'État annonce quinze millions et demi de dollars d'aide immédiate et déploie une équipe d'intervention rapide, avec des partenaires humanitaires déjà sur place.

Puis onze millions s'ajoutent le 14 août : vingt-six millions et demi au total, engagés en quatre jours.

Le commandement sud de l'armée américaine fait décoller ses avions depuis la base de Homestead, en Floride, chargés de matériel et de kits Starlink pour reconnecter les zones coupées du monde.

Deux équipes spécialisées de recherche en décombres, celle du comté de Fairfax en Virginie et celle du comté de Los Angeles, atterrissent dès le 12 août, précise le Département d'État.

Ces équipes-là comptent parmi les meilleures de la planète.

Ce sont elles qu'on envoie en Turquie, en Haïti, partout où le béton avale des vivants.

Des spécialistes du vide, formés à ramper dans des cages d'escalier écrasées, équipés de caméras-serpents et de micros sismiques capables d'entendre un doigt qui gratte.

Leur métier tient en une règle : tant qu'on n'a pas écouté, personne n'est mort.

Cette fois, elles creusent en Colombie, sous drapeau américain, aux frais du contribuable américain.

Sur le terrain, l'équipe américaine d'intervention s'appuie sur des partenaires humanitaires qui connaissent déjà chaque vallée du Chocó. Les secours catholiques, l'Organisation internationale pour les migrations, le Programme alimentaire mondial, World Vision. Et les ingénieurs en structures de la firme Miyamoto, envoyés évaluer ce qui peut encore être habité.

Une chaîne complète, du chien renifleur à l'ingénieur.

Depuis Homestead, en banlieue de Miami, les rotations s'enchaînent au-dessus des Caraïbes. Chaque appareil qui se pose à Bogotá transporte un morceau de réponse : des tentes, des génératrices, des antennes.

Dans une vallée coupée du monde, une antenne, c'est une mère qui apprend que son fils respire encore.

Qu'on me lise bien : c'est une réponse rapide, concrète, professionnelle.

L'administration Trump a mobilisé en quatre jours ce que d'autres gouvernements mettent des semaines à signer.

Quand c'est bien fait, on l'écrit.

C'est bien fait.

Un allié nommé Trump

Le contexte politique rend cette générosité encore plus naturelle, et c'est là que le décor mérite un arrêt.

Le nouveau président colombien n'est pas un adversaire de Washington.

Avocat de droite, tribun assumé, de la Espriella a remporté son second tour le 21 juin avec l'appui public de Donald Trump, qui voyait en lui un rempart contre la gauche latino-américaine.

Lui-même se présente en bouclier des Amériques.

Son élection a refermé la parenthèse Petro et réaligné Bogotá sur Washington en une seule nuit électorale.

Un basculement offert par les urnes, au début de l'été.

Autrement dit : le séisme du siècle vient de frapper le nouvel allié préféré des États-Unis dans l'hémisphère.

Aider la Colombie, dans ce contexte, c'est de la géopolitique autant que de l'humanitaire.

On consolide un ami, on montre au continent que l'alignement paie, on occupe un terrain que la Chine lorgne depuis des années.

Pékin signe des ports et des lignes de crédit ; Washington, cette semaine, signe des sauvetages.

C'est une compétition d'influence, et pour une fois elle sort des vivants du béton au lieu d'y couler des appâts.

Je ne dis pas ça pour salir le geste.

Les motifs mélangés produisent quand même des vivants sortis des gravats, et les kits de connexion fonctionnent, peu importe l'arrière-pensée.

Je dis ça parce que la suite de l'histoire ne s'explique pas autrement.

Dix minutes au téléphone

Le 15 août, cinq jours après la secousse, de la Espriella décroche son téléphone et appelle la Maison-Blanche.

Dix minutes d'appel, très amical et très cordial selon la présidence colombienne, citée par Al Jazeera. Dix minutes entre le président de la première économie du monde et celui d'un pays qui compte ses morts par centaines.

On ignore ce qui s'est dit exactement dans cet appel, et les deux capitales n'en ont livré que l'adjectif.

Cordial.

Puis le président colombien rend sa demande publique, par écrit, sur X : il demande à Donald Trump de suspendre les droits de douane américains sur les produits colombiens.

Noir sur blanc, devant tout le continent.

Pour donner un peu d'air à nos entrepreneurs, écrit-il, qui traversent des moments très difficiles à cause des effets du séisme.

La phrase est polie, presque timide, calibrée pour ne froisser personne à Washington.

Elle vient d'un homme qui doit reconstruire pour plus de six milliards de dollars, selon les premières estimations rapportées par Al Jazeera.

L'homme est aligné sur Trump, donc il ne peut pas exiger : il suggère, il remercie, il attend.

Un allié qui vient de gagner grâce à votre soutien, dont le pays est à genoux, vous demande une pause tarifaire temporaire.

Pas un chèque. Pas un effacement de dette. Une pause.

Au moment d'écrire ces lignes, rapporte Bloomberg, la Maison-Blanche n'a pas répondu.

La taxe sur les décombres

Parlons-en, de ces tarifs.

Fin juillet, dix jours avant le séisme, Washington a relevé ses droits de douane sur la Colombie de 10 à 12,5 %, avec des exceptions pour le café et le pétrole, rappelle Al Jazeera.

Une décision prise dans un autre monde, un monde d'avant, où la Colombie était un partenaire commercial ordinaire dans une négociation ordinaire.

Ce monde-là s'est effondré le 10 août avec les immeubles de Cali.

Faisons le calcul que personne à Washington ne semble vouloir poser sur la table.

Vingt-six millions et demi d'aide d'urgence, face à une reconstruction estimée à plus de six milliards : la générosité américaine de la semaine couvre moins d'un demi pour cent de la facture qui attend Bogotá.

L'aide sauve la semaine. Les tarifs, eux, taxent la décennie entière, celle de la reconstruction, celle des intérêts composés du malheur.

Ces exemptions adoucissent le choc, c'est vrai, et l'honnêteté oblige à le noter.

Sauf que l'économie colombienne ne se résume pas à deux produits d'exportation.

Les fleurs, le textile, l'agroalimentaire, tout ce tissu de petites entreprises exportatrices dont parle de la Espriella, tout ça paie la taxe pleine, pendant que les entrepôts sont fissurés et les routes coupées.

D'une main, Washington envoie des équipes de sauveteurs d'élite.

De l'autre, il maintient une majoration tarifaire décidée avant la catastrophe, comme si la catastrophe n'avait rien changé.

La première main sauve des vies cette semaine ; la seconde en hypothèque pour des années.

Reste le plus troublant : le silence.

Un non aurait été brutal mais clair.

Un oui aurait coûté une fraction de ce que la rivalité avec Pékin engloutit chaque mois.

Le silence, lui, dit à tout l'hémisphère que même l'alignement parfait, même l'élection gagnée sous bannière trumpiste, ne suspend pas la logique tarifaire un seul trimestre.

Chaque chancellerie d'Amérique latine a lu ce post sur X, et chaque chancellerie a noté la date de la réponse qui n'est pas venue.

Moscou et Pékin n'ont même pas besoin de propagande cette semaine. Il leur suffit de traduire le fil colombien et de laisser chaque capitale conclure toute seule. L'argument d'influence le plus rentable du monde reste une faveur refusée à un ami.

Les cahiers diplomatiques ont la mémoire longue.

Les deux mains

Alors, que reste-t-il de ces cinq jours ?

D'abord les faits, parce qu'ils sont têtus et qu'ils honorent ceux qui creusent.

Les sauveteurs américains ont sorti des gens vivants du béton colombien. Les avions ont reconnecté des vallées entières. Et vingt-six millions et demi de dollars, engagés plus vite qu'une bureaucratie n'écrit un mémo.

Sur la première semaine, l'administration a réussi son examen.

Je le dis sans ironie, parce que c'est vrai et parce que des familles colombiennes doivent des retrouvailles à cette rapidité-là.

Ensuite, la question qui fâche, et je la pose en soutien, pas en procureur.

À quoi sert de gagner un allié, si on le laisse mendier une pause tarifaire sur un réseau social ? Cinq jours après le pire séisme de son histoire.

La grandeur, en politique étrangère, ce n'est pas seulement l'avion qui décolle de Floride.

La grandeur, c'est aussi savoir ranger la calculatrice le jour où la terre vient de trancher le débat commercial à la place des deux gouvernements.

294 morts ont changé la nature de cette relation commerciale, que Washington le décrète ou non.

Suspendre les tarifs six mois ne ruinerait pas le Trésor américain.

Le commerce colombien tout entier pèse une poussière dans la balance commerciale des États-Unis, et chacun des deux présidents le sait parfaitement.

Ne pas les suspendre pourrait ruiner autre chose : la démonstration, adressée à tout un continent, qu'être l'ami de l'Amérique change quelque chose le jour où tout s'écroule.

Cette démonstration-là vaut plus que douze virgule cinq pour cent de n'importe quoi.

Trump a envoyé les sauveteurs, et c'était la bonne décision, prise vite.

Il lui reste à décider ce que vaut la seconde main, celle qui tient encore la grille tarifaire pendant que l'autre tient une civière.

Un mot de lui suffirait.

Le même homme a pris dix minutes pour un appel très cordial. Il peut signer une suspension en moins de temps qu'une réplique n'en met à vider un quartier de Cali.

Et vous, si votre maison venait de s'effondrer, de quelle main vous souviendriez-vous le plus longtemps : celle qui vous a sorti des gravats, ou celle qui a continué de vous facturer ?

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). REPORTAGE : Washington envoie 26,5 millions à la Colombie en ruine, mais garde ses tarifs sur les décombres. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/reportage-washington-envoie-26-5-millions-a-la-colombie-en-ruine-mais-garde-ses-tarifs-sur

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MM
Maxime Marquette
Chroniqueur indépendant

Maxime Marquette écrit l'essentiel des analyses et chroniques publiées sur MadMax — géopolitique, technologie et actualité, sans remplissage.

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Cet article a été généré avec l'aide de l'IA, avec supervision humaine.

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