PORTRAIT : Kateryna Lykhohliad — la journaliste du 425e régiment que les soldats ont appelée ennemie
Il y a une symétrie glaçante dans cette histoire : une journaliste qui documente des morts réelles dans un régiment réel se retrouve désignée comme la menace. Pas le commandant. Pas les conditions qui
- Il y a une symétrie glaçante dans cette histoire : une journaliste qui documente des morts réelles dans un régiment réel se retrouve désignée comme la menace. Pas le commandant. Pas les conditions qui
- Introduction : une enquête de deux mois, une menace filmée et un dossier qui brûle
- Babel, le 425e régiment et 25 morts hors combat
Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.
Introduction : une enquête de deux mois, une menace filmée et un dossier qui brûle
Babel, le 425e régiment et 25 morts hors combat
En juin 2026, la journaliste Kateryna Lykhohliad du média d'investigation ukrainien Babel publie les résultats de deux mois d'enquête sur le 425e régiment d'assaut Skelia — la plus grande unité d'assaut de l'armée ukrainienne. Son enquête documente 25 décès non liés au combat au sein du régiment depuis sa création. Ce ne sont pas des morts au front. Ce sont des soldats morts dans des circonstances que leurs familles et leurs camarades désignent comme le résultat des conditions imposées à l'intérieur de la structure — et que les documents officiels auraient enregistrées sous des diagnostics médicaux bénins.
La réponse ne vient pas sous forme d'un démenti institutionnel ou d'une demande de rectification officielle. Elle vient d'un soldat du régiment, Mykola Kharkhan, qui publie le 25 juin 2026 une vidéo dans laquelle il désigne nommément Lykhohliad comme une « tueuse de médias » et accuse Babel d'agir dans l'intérêt de l'agresseur. La vidéo circulera. Le Bureau d'enquête de l'État (SBI) ouvrira une enquête criminelle. Et le régiment Skelia se retrouvera au centre d'un débat qui dépasse largement ses frontières : peut-on enquêter sur l'armée ukrainienne en temps de guerre sans être accusé de trahison?
Qui est Kateryna Lykhohliad — une journaliste d'investigation en zone de risque
Kateryna Lykhohliad travaille pour Babel, un média ukrainien indépendant reconnu pour ses enquêtes approfondies depuis sa fondation en 2018. Son travail sur le 425e régiment illustre un type de journalisme particulièrement difficile en temps de guerre : enquêter sur des dysfonctionnements institutionnels à l'intérieur d'une armée que la nation soutient massivement et dont l'image publique est protégée par une culture du silence collectif née de la menace existentielle. C'est ce type de travail qui, dans d'autres contextes, vaut des prix. En Ukraine en 2026, il vaut une menace filmée diffusée sur les réseaux sociaux.
Le profil de Lykhohliad dans ce dossier est celui d'une journaliste qui a fait le travail que le système judiciaire militaire n'avait pas fait : recueillir les témoignages des familles, croiser les déclarations officielles avec les rapports médicaux disponibles, identifier les victimes par leur nom et les circonstances de leur mort. C'est un travail factuel. Et c'est précisément ce travail factuel qui a déclenché une réponse — celle d'un soldat utilisant une vidéo publique pour la désigner comme ennemie.
Les victimes nommées — trois hommes, trois histoires, un dénominateur commun
Volodymyr Tsukanov, Vitalii Karat, Dmytro Koval — les noms derrière les chiffres
L'enquête de Babel ne s'arrête pas à 25 morts anonymes. Elle nomme des victimes. Volodymyr Tsukanov, 32 ans. Vitalii Karat, 38 ans. Dmytro Koval, 50 ans. Ces trois hommes sont documentés avec des preuves médicolégales : côtes fracturées, traumatismes thoraciques contondants officiellement enregistrés comme pneumonie dans leurs dossiers militaires. Ce glissement entre la lésion physique documentée et le diagnostic officiel est au cœur de ce que l'enquête expose — non pas une simple négligence médicale, mais potentiellement un travail de documentation orienté pour effacer les traces.
Ce que ces trois noms représentent — au-delà de leur cas individuel — c'est la possibilité que l'enquête de Lykhohliad ne soit pas le résultat d'une exagération journalistique mais d'un problème documenté. Les preuves médicolégales cités par Babel ont une qualité particulière : elles ne reposent pas sur des témoignages seuls, mais sur des documents médicaux qui contredisent les diagnostics officiels. C'est ce type de preuve matérielle qui rend l'enquête difficile à simplement réfuter.
Les conditions décrites — mines, isolement cellulaire, recrues liées
L'enquête de Babel décrit les conditions à l'intérieur du 425e régiment dans des termes qui, s'ils sont vérifiés, représentent des violations graves du droit militaire ukrainien. Des périmètres minés empêchant les soldats de quitter les positions. Des cellules d'isolement où des recrues auraient partagé l'espace avec des patients en sevrage de drogues. Des soldats ligotés comme mesure disciplinaire. Si ces faits sont exacts — et c'est ce que l'enquête du SBI doit déterminer —, ils décrivent un environnement où la brutalité institutionnelle a remplacé la discipline militaire légale.
Ces conditions, si confirmées, expliquent en partie pourquoi le 425e régiment mène le classement des plaintes déposées auprès du Médiateur militaire ukrainien : 5,1 % du total des plaintes auprès de l'ombudsman pour une seule unité. Ce chiffre — que Babel et Euromaidanpress citent — est une anomalie statistique qui mérite une investigation sérieuse indépendamment de tout contexte de guerre. Une unité qui concentre 5,1 % des plaintes nationales n'est pas une unité avec quelques problèmes marginaux.
La menace de Mykola Kharkhan — une vidéo, un article du code pénal, un précédent
Le 25 juin : quand un soldat devient censeur en uniforme
Le 25 juin 2026, Mykola Kharkhan, soldat du 425e régiment, publie une vidéo sur les réseaux sociaux. Dans cette vidéo, il désigne nommément Kateryna Lykhohliad comme une « tueuse de médias » et accuse le média Babel d'agir « dans l'intérêt de l'agresseur ». Cette formulation n'est pas anodine dans le contexte légal ukrainien : accuser un journaliste d'agir pour l'ennemi en temps de guerre est une désignation qui peut exposer la personne visée à des risques allant de l'intimidation à des poursuites pénales pour collaboration ou haute trahison.
La coalition qui s'est constituée en réaction à cette vidéo a exigé la poursuite de Kharkhan en vertu de deux articles du code pénal ukrainien. L'article 345-1 couvre les menaces contre les journalistes. L'article 171 couvre l'obstruction au travail journalistique. Ces demandes ne sont pas symboliques — elles créent un cadre légal dans lequel la vidéo de Kharkhan est une infraction, pas une opinion protégée par la liberté d'expression militaire.
Le commandant suspendu — une réaction institutionnelle tardive mais réelle
La réaction institutionnelle au dossier Skelia a été lente — mais elle a eu lieu. Le commandant du 425e régiment a été suspendu de ses fonctions dans l'attente de l'enquête du Bureau d'enquête de l'État (SBI). Une enquête criminelle a été officiellement ouverte sur les 25 décès documentés. Ces deux mesures — suspension et enquête — constituent une reconnaissance implicite que le dossier présenté par Babel mérite une investigation sérieuse et ne peut pas être rejeté d'un revers de main.
Cette réaction institutionnelle est nécessaire mais insuffisante. Une suspension n'est pas une condamnation. Une enquête ouverte n'est pas une enquête conclue. Le risque bien documenté dans des contextes similaires est que ces procédures s'étirent suffisamment longtemps pour que l'attention publique se détourne, que les preuves deviennent inaccessibles, et que les responsables finissent par réintégrer leurs fonctions ou être transférés vers d'autres unités. C'est le scénario que les organisations de défense de la liberté de la presse et les familles des victimes cherchent à prévenir par une pression publique maintenue.
Le 425e régiment dans le contexte de la crise des effectifs ukrainiens
200 000 déserteurs — les chiffres d'une armée sous tension
Pour comprendre le contexte dans lequel s'inscrit le dossier Skelia, il faut regarder la crise des effectifs qui traverse l'armée ukrainienne depuis 2024. Le nombre de soldats en situation d'absence non autorisée (AWOL) est estimé à environ 200 000 — un chiffre qui reflète l'épuisement d'une force combattante engagée depuis plus de quatre ans dans une guerre d'usure intense, avec des rotations insuffisantes et des congés réduits. Cette pression sur les effectifs crée des incitations institutionnelles perverses : retenir les soldats par la force là où la motivation fait défaut, combler les déficits humains avec des recrues insuffisamment formées, maintenir l'ordre par des méthodes qui débordent du cadre légal.
Le 425e régiment — comme beaucoup d'unités d'assaut ukrainiennes — opère dans ce contexte de pression maximale. Cela ne justifie pas ce que l'enquête de Babel documente. Mais cela l'explique partiellement. Les comportements documentés — périmètres minés pour prévenir les fuites, mesures disciplinaires brutales — sont des réponses illégales à un problème réel : comment maintenir la cohésion et le niveau d'effectifs d'une unité dans une guerre d'une telle intensité? La bonne réponse est la rotation, la formation, le soutien psychologique. La mauvaise réponse est la brutalité institutionnelle. Le régiment Skelia a apparemment choisi la mauvaise.
Syrskyi retire les droits de formation — Skelia exclue de la mesure
En juin 2026, le commandant en chef Oleksandr Syrskyi a retiré les droits de formation de base à 8 unités de l'armée ukrainienne — une mesure sanctionnant des défaillances dans les pratiques de formation et de traitement des recrues. Cette décision illustre que le commandement supérieur ukrainien est conscient du problème systémique et commence à y répondre institutionnellement. C'est une mesure significative qui mérite d'être reconnue.
Mais le 425e régiment Skelia ne figure pas parmi ces 8 unités sanctionnées. Ce fait — l'absence de Skelia de la liste des unités sanctionnées par Syrskyi malgré son taux de plaintes anomal et les 25 morts documentés — est un point que les critiques et les familles des victimes ont relevé. Il crée une question légitime : pourquoi une unité qui concentre 5,1 % des plaintes nationales n'est-elle pas incluse dans les mesures disciplinaires institutionnelles annoncées? C'est cette question que l'enquête du SBI devra notamment adresser.
Les familles des victimes — des deuils impossibles dans un système opaque
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Des proches face au vide des explications officielles
Pour les familles de Volodymyr Tsukanov, Vitalii Karat et Dmytro Koval, l'enquête de Babel n'est pas abstraite. Ce sont leurs fils, leurs frères, leurs maris. Ils ont reçu des corps avec des blessures que les certificats officiels n'expliquaient pas. Des côtes fracturées enregistrées comme pneumonie. Des traumatismes contondants classés dans des catégories médicales bénignes. Pour eux, le rapport de Lykhohliad n'est pas un article de presse — c'est la première réponse articulée à des questions qu'ils posaient depuis des mois sans recevoir de réponse institutionnelle.
Le silence institutionnel face aux questions des familles est l'un des éléments les plus accablants du dossier. Une armée qui demande à des familles de sacrifier leurs proches leur doit au minimum une explication honnête quand ces proches meurent hors combat. Ce contrat moral — implicite dans tout lien entre un soldat et son institution — a été rompu dans le cas des familles des victimes documentées par Babel. C'est ce que l'enquête du SBI devra aussi adresser : pas seulement les responsabilités pénales, mais la dette de vérité envers des familles qui attendent.
La dimension collective — des soldats qui n'osent pas témoigner
L'enquête de Babel repose sur des témoignages — des soldats actuellement en service ou récemment démobilisés qui ont accepté de parler. Obtenir ces témoignages dans un contexte militaire, en temps de guerre, avec la pression institutionnelle que cela implique, est un travail d'investigation difficile et risqué. Le fait que des soldats aient accepté de témoigner — même anonymement dans certains cas — suggère que les problèmes documentés au 425e régiment dépassent les cas individuels nommés et reflètent une réalité vécue collectivement.
Mais pour chaque soldat qui a témoigné, combien n'ont pas osé? La vidéo de Kharkhan désignant Lykhohliad comme ennemie a envoyé un message clair à ceux qui hésitaient encore : témoigner contre l'institution, c'est trahir l'institution. Cette pression dissuasive est l'une des raisons pour lesquelles les dysfonctionnements institutionnels militaires restent si difficiles à documenter — et pourquoi le travail de Babel est d'autant plus significatif qu'il ait réussi à recueillir les témoignages nécessaires malgré cette pression.
La liberté de la presse en temps de guerre — le prix du témoignage
Le précédent dangereux d'une menace filmée et non sanctionnée immédiatement
La vidéo de Mykola Kharkhan pose un problème qui dépasse le seul cas Lykhohliad. Si un soldat peut publier une vidéo désignant une journaliste comme ennemie de l'Ukraine sans conséquence immédiate, cela crée un précédent. D'autres journalistes qui enquêtent sur des dysfonctionnements militaires reçoivent le message : documenter les problèmes de l'armée vous expose à être désignés comme traîtres. Ce message, dans un pays en guerre où la désignation d'ennemi n'est pas abstraite mais potentiellement meurtrière, est une forme de censure par l'intimidation.
L'Ukraine se positionne comme une démocratie en lutte pour ses valeurs contre un régime autoritaire. Cette posture exige une cohérence interne : les journalistes qui documentent les dysfonctionnements institutionnels doivent être protégés, pas ciblés. La crédibilité internationale de l'Ukraine — et donc son soutien diplomatique et militaire — dépend en partie de la démonstration que ses institutions civiles et militaires fonctionnent selon des standards démocratiques. Un journalisme d'investigation protégé est l'un de ces standards.
Les organisations de défense de la presse et la pression internationale
Les organisations internationales de défense de la liberté de la presse — Reporters sans frontières, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), l'Institut de l'information de masse (IMI) — suivent le dossier Lykhohliad. Leur attention est en elle-même une forme de protection : les gouvernements qui se soucient de leur image internationale sont sensibles à ce type de surveillance. Pour l'Ukraine, qui dépend du soutien occidental, cette sensibilité est réelle.
La coalition qui a exigé des poursuites contre Kharkhan inclut des journalistes ukrainiens, des organisations de droits civils et des représentants de la société civile. Cette coalition est visible et structurée. Elle exercera une pression continue pour que l'affaire avance — que ce soit vers des poursuites contre Kharkhan, vers la conclusion de l'enquête du SBI sur les décès, ou vers les deux. L'affaire n'est pas prête de disparaître de l'agenda public.
Le rôle de la société civile ukrainienne — la pression qui maintient l'affaire vivante
La coalition qui réclame justice — journalistes, droits civils, familles
L'affaire Lykhohliad n'a pas avancé spontanément. Elle a avancé parce qu'une coalition structurée de la société civile ukrainienne a exercé une pression continue sur les institutions. Des organisations de journalistes, des ONG de droits civils, des avocats spécialisés dans la protection des témoins — tous ont travaillé pour que l'enquête du SBI soit ouverte, que la suspension du commandant soit prononcée, et que des poursuites soient engagées contre Kharkhan pour menaces contre une journaliste. Sans cette pression coordonnée, les réactions institutionnelles auraient pu être plus lentes, voire inexistantes.
Cette mobilisation de la société civile ukrainienne est l'un des éléments les plus encourageants du dossier. L'Ukraine dispose d'une infrastructure civile active et compétente qui refuse de laisser passer les abus institutionnels sans réponse. C'est cette infrastructure — médias d'investigation, ONG de droits humains, coalitions citoyennes — qui constitue la vraie résilience démocratique d'un pays en guerre. Elle n'est pas parfaite. Mais elle fonctionne suffisamment pour que des affaires comme celle de Skelia ne disparaissent pas dans le silence institutionnel.
Les partenaires internationaux comme garde-fous — leur attention compte
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La présence internationale dans le suivi du dossier Lykhohliad joue un rôle non négligeable. Les partenaires de l'Ukraine — Union européenne, États-Unis, Royaume-Uni — attachent une importance réelle à l'état de droit et à la liberté de la presse comme indicateurs de la qualité démocratique des institutions ukrainiennes. Les rapports des organisations internationales de défense de la presse alimentent l'évaluation que les partenaires font de l'Ukraine comme bénéficiaire de l'aide internationale. Cette sensibilité crée une incitation institutionnelle réelle pour que les autorités ukrainiennes gèrent ce type de dossier avec une rigueur visible.
Ce n'est pas un argument cynique — c'est une observation sur la mécanique réelle du soutien international. L'Ukraine bénéficie d'un capital de symétrie des valeurs avec ses partenaires démocratiques. Ce capital se construit et se perd. Traiter les journalistes d'investigation comme des ennemis est un moyen rapide de l'éroder. Le proteger est un moyen de le consolider. Les décisionnaires ukrainiens le savent. L'issue du dossier Skelia sera une mesure de leur capacité à agir en conséquence.
La réforme militaire ukrainienne — ce que Skelia révèle des insuffisances
Les réformes annoncées — formation, rotation, droits des soldats
Le dossier du 425e régiment ne surgit pas dans un vide. Il s'inscrit dans un contexte de débat intense en Ukraine sur la réforme militaire — les conditions de service, les droits des soldats de longue durée, la rotation des unités et les mécanismes de plainte interne. Des reportages du Kyiv Independent ont documenté comment la réforme militaire ukrainienne, longtemps attendue, a déçu les soldats qui servaient depuis plusieurs années sans perspective de démobilisation ou de rotation régulière.
Dans ce contexte, les 25 morts du régiment Skelia ne sont pas simplement une affaire interne à une unité. Ils s'inscrivent dans un tableau plus large de conditions de service qui poussent des soldats à déserter, à fuir, ou à mourir de causes qui auraient dû être évitables. La réforme militaire ukrainienne — si elle veut être efficace — devra s'attaquer non seulement aux structures de commandement défaillantes, mais aussi aux cultures institutionnelles qui ont permis à une situation comme celle de Skelia de se développer sans correction pendant suffisamment longtemps pour produire 25 morts.
La responsabilité du commandement — une culture à réformer
Les cultures militaires sont persistantes. Une unité où les périmètres minés remplacent la discipline légale, où les diagnostics médicaux effacent les preuves de traumatismes physiques, où les plaintes des soldats sont ignorées — cette culture n'est pas le produit d'un commandant aberrant. Elle est le produit d'une tolérance institutionnelle accumulée, d'une supervision hiérarchique insuffisante et d'une culture de l'impunité qui protège les responsables contre les conséquences de leurs actes.
Briser cette culture ne se fait pas avec une suspension. Cela requiert une enquête sérieuse du SBI qui aboutit à des sanctions réelles contre les responsables documentés, une réforme des mécanismes de supervision militaire interne, et une protection explicite et visible des soldats qui portent des plaintes et des journalistes qui les documentent. C'est un programme de réforme exigeant pour un pays en guerre. Mais c'est précisément ce programme qui distingue une démocratie en guerre d'un État autoritaire qui se bat pour se battre.
Conclusion : ce que l'affaire Lykhohliad dit de la guerre et de la vérité
La tension entre sécurité nationale et transparence démocratique
L'affaire du 425e régiment Skelia cristallise une tension fondamentale de toute démocratie en guerre : la tension entre la nécessité de protéger la cohésion militaire et le soutien moral de la population d'un côté, et le droit à l'information et à la transparence sur les dysfonctionnements institutionnels de l'autre. Cette tension n'a pas de résolution simple. Elle requiert une navigation permanente, au cas par cas, institution par institution, avec la conscience que les deux extrêmes — le secret total et la transparence totale — produisent des résultats également mauvais.
Ce que le cas Lykhohliad illustre, c'est qu'il existe une réponse aux problèmes documentés par le journalisme d'investigation — l'enquête du SBI, la suspension du commandant, l'ouverture d'une procédure criminelle contre l'auteur des menaces — qui est compatible à la fois avec la sécurité nationale et avec les standards démocratiques. Cette réponse n'est ni rapide ni confortable pour les institutions. Mais elle est la seule qui permet de maintenir la confiance publique dans une armée que la nation doit continuer à soutenir.
Kateryna Lykhohliad — un nom à retenir
Quel que soit le résultat des enquêtes en cours, Kateryna Lykhohliad a déjà accompli quelque chose d'important : elle a mis des noms sur des morts qui auraient pu rester des statistiques anonymes dans un rapport qui ne serait jamais sorti. Volodymyr Tsukanov, 32 ans. Vitalii Karat, 38 ans. Dmytro Koval, 50 ans. Ces trois hommes avaient une vie avant de porter un uniforme. Ils méritaient de mourir pour les raisons que leurs familles auraient dû connaître dès le départ.
Le journalisme qui fait ça — qui résiste aux pressions, qui supporte les menaces, qui nomme les morts et demande des comptes aux institutions — est un pilier de la démocratie que l'Ukraine défend. Traiter ce journalisme comme une menace n'est pas seulement une injustice envers une journaliste. C'est un affaiblissement de ce pilier dans le moment même où il est le plus nécessaire.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Encadré de transparence du chroniqueur
Sources, posture et limites
Ce portrait s'appuie sur le reportage d'Euromaidanpress du 1er juillet 2026 documentant le dossier du 425e régiment Skelia, l'enquête de Babel sur les 25 décès non liés au combat, et les données du Kyiv Independent sur la réforme militaire ukrainienne. Ma ligne éditoriale est pro-Ukraine, pro-liberté de presse, pro-transparence institutionnelle. Soutenir l'Ukraine ne signifie pas protéger ses institutions des regards critiques — cela signifie les tenir à un standard démocratique.
Ce que ce portrait ne peut pas affirmer avec certitude
L'enquête du SBI est en cours. Les conclusions définitives sur les responsabilités individuelles dans les décès documentés ne sont pas encore disponibles. Les faits décrivant les conditions internes du régiment — périmètres minés, cellules d'isolement, recrues liées — sont rapportés sur la base de l'enquête de Babel et non vérifiés de façon indépendante par ce texte. Ce portrait présente ces éléments comme des allégations sérieuses documentées, pas comme des faits établis par une procédure judiciaire conclusive.
Sources
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Citer cet article
Maxime Marquette (2026). PORTRAIT : Kateryna Lykhohliad — la journaliste du 425e régiment que les soldats ont appelée ennemie. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/portrait-kateryna-lykhohliad-la-journaliste-du-425e-regiment-que-les-soldats-ont
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Cet article a été généré avec l'aide de l'IA, avec supervision humaine.
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