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La ChroniquePortrait· N° 2288

Dmytro Lubinets, l'homme qui traque chaque nom disparu en captivité

Introduction : le visage discret d'un combat sans fin

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À retenir
  1. Introduction : le visage discret d'un combat sans fin
  2. Un accord signé au cœur d'un échange
  3. Le 27 juin 2026 , alors que des dizaines d'anciens prisonniers ukrainiens retrouvaient enfin leurs familles, un accord technique bien moins spectaculaire mais tout aussi crucial a été conclu entre deux hommes que la guerre a placés face à face.
Transparence

Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.

Introduction : le visage discret d'un combat sans fin

Un accord signé au cœur d'un échange

Le 27 juin 2026, alors que des dizaines d'anciens prisonniers ukrainiens retrouvaient enfin leurs familles, un accord technique bien moins spectaculaire mais tout aussi crucial a été conclu entre deux hommes que la guerre a placés face à face. Le Commissaire parlementaire ukrainien aux droits de l'homme, Dmytro Lubinets, et son homologue russe, Yana Lantratova, se sont entendus pour échanger des listes complètes de militaires portés disparus dans des circonstances particulières, selon RBC-Ukraine.

« Nous avons échangé de vastes listes de militaires des deux camps disparus dans des circonstances particulières afin de vérifier s'ils sont détenus en captivité », a déclaré Lubinets, cité par RBC-Ukraine. Cette phrase, en apparence bureaucratique, cache une réalité humaine déchirante : celle de milliers de familles ukrainiennes qui ne savent toujours pas si leur fils, leur mari ou leur frère est mort, vivant, ou détenu quelque part dans le vaste appareil carcéral russe.

Un homme au centre d'une machine humanitaire

Depuis sa nomination, Dmytro Lubinets s'est imposé comme l'une des figures les plus actives et les plus visibles de la diplomatie humanitaire ukrainienne. Contrairement aux ministres et aux généraux qui négocient les grandes lignes stratégiques du conflit, lui négocie des noms, des dates de naissance, des numéros de dossiers — la matière première de la survie administrative de milliers de familles brisées par la guerre russo-ukrainienne.

Son bureau documente, vérifie, recoupe et transmet, jour après jour, des dizaines de milliers de cas individuels. Selon le rapport de son bureau consulté via ombudsman.gov.ua, environ 100 000 personnes figurent au registre ukrainien des personnes disparues dans des circonstances particulières, dont près de 43 352 civils.

Le troisième échange du grand pacte "1000 contre 1000"

160 soldats ukrainiens rentrent enfin chez eux

L'accord sur les listes de disparus est survenu au lendemain du troisième volet de l'échange « 1000 contre 1000 », négocié initialement lors du cessez-le-feu de trois jours orchestré par les États-Unis en mai. Le 26 juin 2026, 160 militaires ukrainiens ont été libérés de captivité russe, selon le président Volodymyr Zelensky, cité par RBC-Ukraine. Tous avaient été détenus depuis 2022.

Parmi les libérés figuraient 115 défenseurs de Marioupol, des combattants de l'usine Azovstal et des unités ayant combattu dans les directions de Donetsk, Louhansk, Kharkiv, Zaporijjia, Kyiv, Tchernihiv et Soumy. Le plus jeune avait 26 ans, le plus âgé 66 ans, selon les chiffres relayés par RBC-Ukraine.

Une médiation émiratie devenue routinière

Comme lors des précédents échanges, les Émirats arabes unis ont assuré la médiation humanitaire de l'opération, un rôle qu'Abou Dhabi occupe de façon quasi systématique depuis le début du conflit. Selon Euronews, cet échange marquait le 76e échange de prisonniers entre les deux pays depuis 2022, un chiffre qui illustre à quel point ce mécanisme est devenu, paradoxalement, l'une des seules formes de coopération stable entre Kyiv et Moscou.

Le ministère russe de la Défense a confirmé de son côté avoir récupéré 160 militaires russes, transférés en Biélorussie pour y recevoir des soins médicaux et psychologiques avant leur retour définitif en Russie, selon l'agence Xinhua.

Yana Lantratova, la nouvelle interlocutrice de Moscou

Un changement de garde chez l'ombudsman russe

Yana Lantratova a remplacé Tatiana Moskalkova au poste de Commissaire aux droits de l'homme de la Fédération de Russie en mai 2026. Sa nomination a marqué le début d'une nouvelle phase de communication entre les deux ombudsmans sur les dossiers des prisonniers et des otages civils, selon The Kyiv Independent.

Dès leur première rencontre en Biélorussie le 5 juin 2026, Lubinets et Lantratova ont convenu de « repartir de zéro » sur la vérification de toutes les listes de prisonniers de guerre et d'otages civils, une négociation qui a duré plus de trois heures, selon The Kyiv Independent.

Des priorités humanitaires clairement établies

Lubinets a insisté sur plusieurs catégories prioritaires pour les futurs rapatriements : les prisonniers grièvement blessés ou malades, ainsi que ceux détenus depuis le plus longtemps. Il a également transmis à la partie russe une liste de colonies pénitentiaires et de centres de détention provisoire où, selon Kyiv, les droits des prisonniers de guerre ukrainiens sont le plus gravement violés.

En retour, il a obtenu des assurances préliminaires que la Russie était prête à effectuer des visites de surveillance dans ces installations et à en communiquer les résultats, un engagement dont la mise en œuvre concrète reste, à ce jour, à démontrer sur le terrain.

Le calvaire documenté des prisonniers ukrainiens

Une torture systémique dénoncée devant l'ONU

En mars 2026, Lubinets a livré un témoignage glaçant devant le Conseil des droits de l'homme des Nations unies : selon des données onusiennes, plus de 95 % des prisonniers de guerre ukrainiens ont subi des actes de torture systématique en captivité russe, et au moins 337 prisonniers ukrainiens avaient été délibérément exécutés par la Russie à la fin de 2025, selon The Kyiv Independent.

« La Russie a transformé la torture en politique d'État », a affirmé Lubinets, cité par RBC-Ukraine, appelant la communauté internationale à renforcer les mécanismes de reddition de comptes contre Moscou.

Le projet "Made in Russia. Livré en captivité"

Pour documenter systématiquement ces exactions, le bureau de Lubinets a lancé le projet baptisé « Fabriqué en Russie. Livré en captivité », présenté à Kyiv en mai 2026. Ce programme vise à développer de nouveaux outils de lutte contre les crimes de guerre commis envers les prisonniers ukrainiens, incluant des négociations directes entre les ombudsmans des deux pays, selon Interfax-Ukraine.

Ce projet illustre une approche typique de Lubinets : plutôt que de se contenter de dénoncer, il tente de construire des mécanismes concrets, mesurables, qui pourraient un jour servir de preuves devant des tribunaux internationaux pour crimes de guerre.

Les civils, l'angle mort le plus difficile à résoudre

Près de 1 900 civils confirmés, jusqu'à 16 000 suspectés

Selon Lubinets, cité par RBC-Ukraine, la Russie détient actuellement près de 1 900 civils ukrainiens confirmés dans ses prisons, mais le nombre réel de civils enlevés pourrait atteindre jusqu'à 16 000 personnes. De ces cas vérifiés, seulement 892 ont été officiellement confirmés par l'intermédiaire du Comité international de la Croix-Rouge.

Le registre ukrainien des personnes disparues dans des circonstances particulières contient environ 16 000 civils supplémentaires dont on ignore actuellement s'ils sont vivants ou dans quel statut ils sont détenus, une zone d'ombre qui pèse lourdement sur des dizaines de milliers de familles ukrainiennes.

Un obstacle plus grand que celui des militaires

« Le rapatriement des civils reste la partie la plus difficile du processus d'échange de prisonniers », a insisté Lubinets, cité par RBC-Ukraine. Contrairement aux militaires, dont le statut est encadré par les Conventions de Genève, les civils détenus par la Russie échappent souvent à tout cadre juridique clair, ce qui complique considérablement leur identification et leur retour.

Les forces russes détiennent fréquemment civils et prisonniers de guerre dans les mêmes cellules, ce qui brouille encore davantage les efforts de vérification menés par le bureau de Lubinets et ses partenaires internationaux.

Le poids de la propagande et des arnaques

Les services russes ciblent les familles endeuillées

Le Quartier général de coordination pour le traitement des prisonniers de guerre a révélé, dès janvier 2025, que les services secrets et l'armée russes tentent d'influencer les proches des prisonniers ukrainiens en les contactant immédiatement après leur capture, selon Ukrainska Pravda. Cette pratique vise clairement à exploiter la détresse psychologique des familles à des fins de propagande ou de désinformation.

Par ailleurs, des réseaux d'escroquerie exploitent également la vulnérabilité de ces familles en leur promettant, contre paiement, d'ajouter le nom de leur proche à des listes d'échange, une fraude odieuse qui prospère sur l'espoir désespéré de gens déjà dévastés par l'incertitude.

Un appel téléphonique comme symbole d'humanité

Le 1er juillet 2026, Lubinets a proposé à Lantratova d'instaurer un droit réciproque permettant aux prisonniers de guerre de téléphoner à leurs proches pendant au moins trois minutes, selon Ukrainska Pravda. « Si cela est garanti pour les prisonniers de guerre ukrainiens, ce sera aussi garanti pour les prisonniers de guerre russes », a-t-il précisé.

Cette proposition, modeste en apparence, symbolise bien la méthode de Lubinets : avancer pas à pas, par petites victoires humanitaires concrètes, plutôt que d'attendre une résolution politique globale du conflit qui, pour l'instant, demeure hors de portée.

Un bilan qui s'alourdit malgré les échanges

Environ 4 000 militaires ukrainiens toujours captifs

Malgré les multiples vagues d'échanges organisées depuis le début de l'année, la Russie détient toujours environ 7 000 Ukrainiens captifs, dont plus de 4 000 militaires, selon les chiffres cités par le président Zelensky et relayés par The Kyiv Independent. De son côté, l'Ukraine détient environ 4 000 prisonniers de guerre russes et a réitéré sa disponibilité à procéder à un échange selon un format « tous contre tous ».

En 2025, l'Ukraine a mené 10 échanges de prisonniers, ramenant chez eux 2 080 militaires mais seulement 230 civils, selon les données du Quartier général de coordination pour le traitement des prisonniers de guerre citées par The Kyiv Independent. Ce déséquilibre persistant confirme que, malgré les progrès, le chemin reste long avant un règlement complet de la question humanitaire.

Le traumatisme durable des survivants

Au-delà des chiffres, Lubinets insiste régulièrement sur la détresse psychologique profonde vécue par les prisonniers libérés. Lors d'un précédent échange, il avait souligné que de nombreux Ukrainiens libérés souffraient de troubles psychologiques significatifs après leur captivité, selon des témoignages relayés par RFE/RL.

Ce traumatisme, souvent invisible aux yeux du public qui célèbre le retour des prisonniers, constitue un défi majeur pour les services sociaux et médicaux ukrainiens, déjà submergés par les besoins créés par plus de quatre ans de guerre à grande échelle.

L'ombre persistante d'Olenivka

Une tragédie qui n'a jamais été élucidée

Lors de sa dernière rencontre avec Lantratova, Lubinets a personnellement remis une lettre rédigée par les mères et les familles des jeunes hommes qui avaient souffert à Olenivka, selon Interfax-Ukraine. Cette prison, tristement associée à une explosion meurtrière ayant coûté la vie à des dizaines de prisonniers ukrainiens en 2022, demeure un symbole de l'opacité russe sur le sort réservé aux captifs.

Lubinets a d'ailleurs appelé à plusieurs reprises les Nations unies à relancer les enquêtes sur cette tragédie, sans qu'aucune conclusion définitive n'ait jamais été rendue publique par un organisme international indépendant.

La quête de vérité comme fil conducteur

Ce refus d'abandonner le dossier Olenivka, année après année, illustre une constante dans le travail de Lubinets : il ne classe jamais un dossier tant qu'une vérité complète n'a pas été établie, même lorsque les chances d'obtenir une réponse claire de Moscou semblent minces.

Cette persistance, qui pourrait sembler vaine à certains observateurs extérieurs, constitue précisément la valeur ajoutée de son rôle : maintenir une pression constante, dossier par dossier, nom par nom, jusqu'à ce que justice soit rendue ou que la vérité éclate.

Le rôle central des Émirats arabes unis

Une diplomatie de coulisses devenue indispensable

Depuis le début du conflit, les Émirats arabes unis ont bâti une réputation de médiateur fiable entre Kyiv et Moscou, un rôle que ni les Nations unies ni aucune puissance occidentale n'ont réussi à occuper aussi durablement. Abou Dhabi a facilité l'échange de mai dernier, un accord portant sur 205 personnes de chaque côté, ainsi que celui de février impliquant 314 prisonniers, selon Euronews.

Cette neutralité affichée par les Émirats repose sur des relations économiques et diplomatiques entretenues simultanément avec Washington, Moscou et Kyiv, une position d'équilibriste qui permet à ce petit État du Golfe de jouer un rôle disproportionné dans la résolution humanitaire de ce conflit majeur.

Un modèle que d'autres pays observent de près

Plusieurs diplomates occidentaux ont salué, en privé, l'efficacité de cette médiation émiratie, qui contraste avec la lenteur et la lourdeur des canaux onusiens traditionnels. Ce modèle pourrait, selon certains observateurs, inspirer d'autres tentatives de médiation humanitaire dans des conflits futurs où la confiance entre les parties belligérantes est quasiment inexistante.

Reste que cette dépendance à un seul médiateur comporte aussi des risques : toute détérioration des relations entre Abou Dhabi et l'une des deux parties pourrait fragiliser l'ensemble du mécanisme d'échange qui, à ce jour, demeure l'un des rares points de contact fonctionnels entre Kyiv et Moscou.

La dimension juridique internationale du dossier

Vers des poursuites pour crimes de guerre

Le travail documentaire mené par Lubinets et son bureau ne vise pas uniquement à faciliter les échanges immédiats : il constitue également la base d'un dossier juridique potentiel devant des instances internationales. Les témoignages de torture systématique, recueillis auprès de 95 % des prisonniers ukrainiens libérés, pourraient un jour servir de preuves devant la Cour pénale internationale ou d'autres tribunaux compétents.

Cette dimension juridique donne un sens supplémentaire à chaque témoignage recueilli, chaque date consignée, chaque lieu de détention identifié : au-delà de l'urgence humanitaire immédiate, il s'agit de construire une mémoire documentée qui pourrait, à terme, permettre de tenir les responsables russes redevables de leurs actes.

Les limites actuelles de la justice internationale

Malgré l'ampleur des preuves accumulées, aucune condamnation significative n'a encore été prononcée contre des responsables russes de haut rang pour les crimes documentés contre les prisonniers ukrainiens. Cette lenteur judiciaire, typique des mécanismes internationaux face à des États puissants protégés par leur siège au Conseil de sécurité de l'ONU, alimente une frustration légitime chez les familles de victimes.

Pour l'Occident, ce dossier représente un test crucial de la crédibilité de l'ordre juridique international : si les crimes documentés contre les prisonniers ukrainiens restent impunis, cela enverrait un signal dangereux à tous les régimes qui pourraient être tentés de violer impunément les Conventions de Genève dans de futurs conflits.

L'impact psychologique sur la société ukrainienne

Des familles suspendues à chaque annonce

Chaque nouvelle vague d'échange de prisonniers déclenche, dans toute l'Ukraine, un mélange d'espoir intense et d'angoisse profonde chez les familles de disparus qui scrutent les listes publiées dans l'attente d'y reconnaître un nom familier. Cette tension émotionnelle collective, répétée depuis plus de quatre ans, façonne une partie importante du tissu social ukrainien en temps de guerre.

Les associations de familles de prisonniers, très actives sur les réseaux sociaux et dans l'espace public ukrainien, jouent un rôle de pression constante sur les autorités pour accélérer les négociations et maintenir la question des prisonniers au sommet de l'agenda politique national, malgré les nombreuses autres urgences liées à la guerre.

Une société qui refuse d'oublier ses captifs

Cette mobilisation citoyenne constante distingue l'Ukraine de nombreux autres pays en conflit, où le sort des prisonniers de guerre finit souvent par s'effacer derrière d'autres priorités nationales. Ici, chaque prisonnier compte individuellement, chaque nom est répété publiquement, chaque anniversaire de capture est commémoré par les proches et parfois relayé par les médias nationaux.

Cette culture du souvenir actif, entretenue en partie par le travail de communication du bureau de Lubinets, contribue à maintenir une pression diplomatique constante sur Moscou, qui ne peut ignorer indéfiniment l'attention internationale portée à ce dossier humanitaire.

Les leçons tirées des précédents cessez-le-feu

Le fragile cessez-le-feu de mai comme catalyseur

Le cessez-le-feu de trois jours négocié par les États-Unis en mai 2026 a servi de catalyseur pour l'ensemble du processus d'échange « 1000 contre 1000 » actuellement en cours. Bien que ce cessez-le-feu n'ait pas débouché sur une paix durable, il a néanmoins créé un cadre temporaire suffisant pour lancer une dynamique humanitaire qui s'est poursuivie bien après son expiration.

Cette séquence illustre une réalité complexe du conflit : même en l'absence de progrès politique majeur vers la paix, certains mécanismes humanitaires peuvent continuer à fonctionner de façon quasi autonome, portés par l'inertie bureaucratique et la pression internationale plutôt que par une volonté politique renouvelée des deux capitales.

Un modèle réplicable pour d'autres dossiers humanitaires

Certains analystes suggèrent que ce modèle d'échanges séquentiels, découplé des négociations politiques globales, pourrait servir de modèle pour d'autres dossiers humanitaires dans ce conflit, notamment le retour des enfants ukrainiens déportés vers la Russie, un dossier qui demeure nettement moins avancé que celui des prisonniers de guerre adultes.

La différence de progrès entre ces deux dossiers humanitaires révèle sans doute la volonté sélective de Moscou de coopérer uniquement sur les enjeux où elle y trouve un bénéfice diplomatique immédiat, tout en freinant les dossiers plus sensibles politiquement comme celui des enfants déportés.

Le regard de la communauté internationale

Un soutien occidental encore trop timide

Malgré les nombreuses déclarations de soutien émises par les capitales occidentales envers l'Ukraine, l'implication concrète de la communauté internationale dans le dossier spécifique des prisonniers demeure largement en retrait par rapport à l'ampleur du problème documenté par Lubinets et son équipe. Peu de pays occidentaux ont mis en place des mécanismes de pression ciblés spécifiquement sur la question des prisonniers de guerre et des civils détenus.

Cette relative discrétion internationale contraste avec l'ampleur des ressources diplomatiques déployées pour d'autres aspects du conflit, notamment les livraisons d'armes et les sanctions économiques, suggérant une hiérarchisation implicite des priorités qui laisse le dossier humanitaire des prisonniers largement entre les mains des seuls ombudsmans ukrainien et russe.

Le rôle limité mais réel du Comité international de la Croix-Rouge

Le Comité international de la Croix-Rouge continue de jouer un rôle de vérification essentiel, bien que limité par l'accès restreint accordé par les autorités russes à ses représentants. Seulement 892 civils ont pu être officiellement confirmés par cet organisme sur les quelque 1 900 cas déjà recensés par Kyiv, un écart qui illustre les limites structurelles de la vérification humanitaire indépendante dans ce conflit.

Pour l'Occident, renforcer les moyens et l'accès accordés au CICR devrait constituer une priorité diplomatique immédiate, tant ce mécanisme demeure l'un des seuls capables d'apporter une vérification crédible et neutre du sort réservé aux prisonniers et aux civils détenus par la Russie.

Le poids diplomatique de Washington dans les négociations

Un rôle d'arrière-plan mais déterminant

Bien que les États-Unis ne participent pas directement aux négociations menées par les deux ombudsmans, leur influence diplomatique demeure déterminante dans l'architecture globale de ces échanges. Le cessez-le-feu de mai, négocié sous pression américaine, a directement ouvert la voie à l'accord « 1000 contre 1000 » qui structure désormais l'ensemble du calendrier des libérations.

Cette implication américaine, bien que discrète sur le dossier spécifique des prisonniers, illustre la doctrine plus large de l'administration Trump à l'égard du conflit : privilégier les résultats tangibles et négociables, même partiels, plutôt que d'attendre un règlement politique global qui demeure, pour l'instant, hors de portée des deux capitales.

Une pression qui pourrait s'intensifier

Certains diplomates occidentaux estiment que Washington pourrait exercer une pression supplémentaire sur Moscou pour accélérer le rythme des échanges, notamment en conditionnant certains allègements économiques à des progrès mesurables sur le dossier humanitaire des prisonniers et des civils détenus.

Une telle stratégie, si elle était mise en œuvre de façon cohérente, pourrait transformer un mécanisme aujourd'hui largement porté par la bonne volonté ponctuelle des deux ombudsmans en un levier diplomatique structurel capable d'accélérer significativement le retour des captifs restants.

Conclusion : une diplomatie humaine dans un conflit inhumain

Le pari d'un dialogue technique malgré la guerre

L'accord conclu entre Dmytro Lubinets et Yana Lantratova le 27 juin 2026 rappelle que, même au cœur d'une guerre d'une brutalité inouïe, certains canaux humanitaires peuvent survivre et produire des résultats tangibles pour des familles désespérées. Ce n'est ni une paix, ni même un cessez-le-feu durable, mais c'est une forme de dignité minimale préservée pour ceux dont le sort demeure suspendu entre deux pays en guerre.

Le travail patient et méthodique de Lubinets illustre une vérité souvent négligée dans la couverture médiatique des conflits armés : derrière les grandes lignes stratégiques et les bilans militaires, il existe des milliers d'histoires individuelles qui exigent une attention tout aussi rigoureuse et continue.

Un combat loin d'être terminé

Avec environ 100 000 personnes toujours répertoriées comme disparues dans des circonstances particulières et des milliers de familles ukrainiennes suspendues à chaque nouvelle liste échangée, le travail de Lubinets ne fait que commencer. Chaque échange, chaque accord technique, chaque nom vérifié représente une victoire modeste mais réelle dans un combat qui, à ce stade du conflit, semble loin d'être achevé.

Signé Maxime Marquette, chroniqueur

Encadré de transparence du chroniqueur

Qui je suis et mes biais assumés

Je signe mes textes sous le nom de Maxime Marquette, chroniqueur-analyste pour mad-m.ca. Je revendique une ligne éditoriale pro-ukrainienne assumée : je considère le président Volodymyr Zelensky comme un dirigeant courageux face à une agression injustifiée, et je condamne sans réserve l'invasion russe et les crimes de guerre documentés contre les prisonniers ukrainiens.

Je m'appuie exclusivement sur des sources journalistiques et institutionnelles vérifiables pour établir les faits de ce portrait. Les chiffres relatifs aux prisonniers, aux disparus et aux échanges évoluent rapidement et pourraient être révisés dans les prochaines semaines. Mes opinions personnelles, toujours signalées par des passages en italique, sont clairement distinguées des faits rapportés et sourcés.

Sources

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). Dmytro Lubinets, l'homme qui traque chaque nom disparu en captivité. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/portrait-dmytro-lubinets-lhomme-qui-traque-chaque-nom-disparu-en-captivite

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Maxime Marquette
Chroniqueur indépendant

Maxime Marquette écrit l'essentiel des analyses et chroniques publiées sur MadMax — géopolitique, technologie et actualité, sans remplissage.

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Cet article a été généré avec l'aide de l'IA, avec supervision humaine.

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