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La ChroniqueOpinion· N° 695

CHRONIQUE : Netanyahu trois fronts, une guerre sans fin programmée au Moyen-Orient

Le 25 juin 2026, devant une promotion d'officiers de combat dans le sud d'Israël, Benjamin Netanyahu a prononcé les mots qui confirment ce que beaucoup refusaient encore d'admettre : Israël restera en Liban, en Syrie et à Gaza sans limite de temps. Pas une déclaration de guerre.

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  1. Le 25 juin 2026, devant une promotion d'officiers de combat dans le sud d'Israël, Benjamin Netanyahu a prononcé les mots qui confirment ce que beaucoup refusaient encore d'admettre : Israël restera en Liban, en Syrie et à Gaza sans limite de temps. Pas une déclaration de guerre.
  2. Introduction : La déclaration qui change tout
  3. Un discours de cérémonie, une doctrine de conquête
Transparence

Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.

Introduction : La déclaration qui change tout

Un discours de cérémonie, une doctrine de conquête

Le 25 juin 2026, devant une promotion d'officiers de combat dans le sud d'Israël, Benjamin Netanyahu a prononcé les mots qui confirment ce que beaucoup refusaient encore d'admettre : Israël restera en Liban, en Syrie et à Gaza sans limite de temps. Pas une déclaration de guerre. Pas une déclaration de victoire. Une déclaration d'occupation permanente. Une doctrine gravée dans le marbre devant des soldats qui applaudissent, pendant que le monde continue de parler de cessez-le-feu.

La phrase exacte de Netanyahu : « Nous resterons au Liban, en Syrie et à Gaza aussi longtemps que nécessaire ». Traduit sans filtre diplomatique : il n'y a pas de fin planifiée. Il n'y a pas de calendrier de retrait. Il n'y a pas de frontière politique entre la guerre et l'occupation. Ce n'est plus une opération. C'est une politique d'État assumée, déclarée, revendiquée.

Le ministre Katz en écho : la posture devient doctrine

Dans la même journée, le ministre de la Défense Israel Katz a confirmé publiquement la position de son gouvernement : « Tsahal restera dans les zones de sécurité au Liban, en Syrie et à Gaza pour une période illimitée ». Ce n'est pas Netanyahu seul. C'est la position unanime du cabinet de sécurité israélien. Une voix, deux ministres, un seul message : Israël n'a pas l'intention de partir.

Ce qui frappe, c'est la synchronisation. Netanyahu parle devant des officiers. Katz confirme pour la presse internationale. Le message est coordonné, calibré, intentionnel. Ce n'est pas un dérapage verbal d'un leader sous pression. C'est une communication de stratégie nationale — à destination des alliés, des ennemis, et du peuple israélien à la fois.

La doctrine « Une bataille après l'autre » : quand la guerre devient un mode de vie

L'origine d'une stratégie sans horizon

La doctrine « One Battle After Another » — une bataille après l'autre — n'est pas née du 7 octobre 2023. Elle a été théorisée progressivement par Netanyahu au fil de ses mandats, mais elle a trouvé son expression la plus claire dans les mois qui ont suivi les attaques du Hamas. L'idée centrale : Israël ne peut pas se permettre la paix si la paix signifie la vulnérabilité. Chaque menace doit être éliminée. Chaque front doit être contrôlé. Et si une nouvelle menace émerge, on y va.

L'institut JINSA (Jewish Institute for National Security of America) a analysé cette doctrine en détail. Elle repose sur trois piliers : la préemption (frapper avant d'être frappé), la projection de force (maintenir une présence militaire projetée loin des frontières reconnues d'Israël), et la durée illimitée (ne pas fixer de date de retrait car cela signalerait une faiblesse). C'est une doctrine cohérente. C'est aussi une doctrine qui rend la paix structurellement impossible.

Ce que disent les experts israéliens eux-mêmes

Le journaliste Amos Harel du quotidien Haaretz a qualifié à quatre reprises les discours de victoire de Netanyahu de « promesses creuses ». Ce n'est pas un commentateur de gauche radicale. C'est le correspondant militaire historique du journal le plus respecté d'Israël. Quand Harel dit que Netanyahu promet des victoires qui ne viennent pas, on écoute.

L'organisation J Street, regroupant d'importants experts sécuritaires israéliens, a publié un rapport clair rejetant la doctrine de « guerre permanente » de Netanyahu. Leur argument : cette stratégie épuise les ressources humaines et financières d'Israël, radicalise les populations civiles dans les territoires occupés, et détériore les alliances internationales à long terme. Ce ne sont pas des pacifistes naïfs. Ce sont des stratèges qui voient les limites d'une doctrine sans fin.

Gaza : 40 postes militaires permanents, une population assiégée

Les images satellite qui ne mentent pas

Le 3 juin 2026, Al Jazeera publiait des images satellite révélant qu'Israël construisait de nouveaux postes militaires permanents à Gaza. Quarante positions identifiées. Des structures en béton. Des routes d'accès. Des zones tampons balisées. Ce ne sont pas des campements temporaires de guerre. Ce sont des installations conçues pour durer. La terminologie militaire israélienne les appelle « zones de sécurité ». La terminologie du droit international les appelle occupation.

Israël contrôle aujourd'hui plus de 60% du territoire de Gaza, selon les évaluations d'organisations humanitaires internationales. Les déplacements de population ont concentré des centaines de milliers de civils dans des zones réduites, sans infrastructure sanitaire suffisante. Netanyahu parle de sécurité. Les rapports de terrain parlent de conditions humanitaires critiques. Les deux réalités coexistent, et c'est précisément cette coexistence qui rend le débat international si difficile à trancher.

Aucun plan politique, aucune sortie visible

La question que personne dans le cabinet de Netanyahu ne pose publiquement : quel est le plan politique pour Gaza après l'occupation militaire ? Qui gouvernera ? Comment se reconstruira une économie dans un territoire dévasté ? Qui assurera la sécurité civile si Tsahal reste mais que le Hamas est éliminé ? L'absence de réponse à ces questions n'est pas un oubli. C'est un choix politique — délibérément éviter de planifier la sortie pour ne pas avoir à l'annoncer.

Des experts américains et européens ont averti à répétition qu'une occupation sans plan politique génère inévitablement une résistance armée de nouvelle génération. Le vide laissé par le Hamas sera comblé — par qui, selon quelles méthodes, avec quel degré de radicalisation ? Ces questions restent sans réponse dans la doctrine Netanyahu. Une bataille après l'autre. Sans demander ce qu'il y a après la dernière bataille.

Le Liban : quatrième occupation, quatrième cycle de violence

1978, 1982, 2006, 2024 : une histoire qui bégaie

Israël a envahi ou occupé le Liban à quatre reprises depuis 1978. À chaque fois, la justification sécuritaire était réelle : des missiles, des bombes, des attaques transfrontalières. À chaque fois, l'occupation a duré plus longtemps que prévu. À chaque fois, elle a généré exactement le type de résistance armée qu'elle prétendait écraser. Le Hezbollah lui-même est né en grande partie en réaction à l'occupation israélienne de 1982. C'est une leçon que l'histoire a enseignée quatre fois. Et voilà qu'on s'apprête à l'ignorer une cinquième.

L'accord de cessez-le-feu de novembre 2024 prévoyait un retrait israélien en 60 jours. Ce délai n'a pas été respecté. Netanyahu a prolongé la présence militaire. Le ministre Katz a déclaré explicitement : « Nous nous opposons à un retrait de Tsahal de la zone de sécurité au Liban, malgré toutes les pressions existantes et futures ». Toutes les pressions. Y compris celles des alliés. Y compris celles des États-Unis.

La zone tampon qui devient zone de contrôle

Les forces israéliennes ont établi une zone tampon de 15 kilomètres en territoire libanais. Ce que Tel Aviv appelle zone de sécurité, Beyrouth et la communauté internationale appellent violation de la souveraineté. Des villages libanais se trouvent dans cette zone. Des agriculteurs ne peuvent pas accéder à leurs terres. Des familles déplacées ne peuvent pas rentrer chez elles. La résolution 1701 du Conseil de sécurité de l'ONU exigeait le retrait israélien. Elle est ignorée.

Ce qui est particulièrement frappant, c'est que même Trump — pourtant l'allié le plus inconditionnel d'Israël depuis des décennies — a poussé pour un accord au Liban. L'accord de novembre 2024 était en partie une initiative américaine. Et Netanyahu l'a contourné. Quand vous ignorez même votre principal allié et protecteur financier et militaire, vous mesurez à quel point la doctrine du gouvernement israélien actuel est déconnectée de toute contrainte diplomatique.

La Syrie : l'opportunisme territorial au nom de la sécurité

La chute d'Assad comme fenêtre d'expansion

La chute de Bachar al-Assad en décembre 2024 a ouvert un vacuum politique et militaire en Syrie. Israël a agi immédiatement. Dans les jours qui ont suivi la chute du régime, des forces israéliennes ont pris le contrôle de la zone tampon du Golan et ont avancé au-delà de la ligne de démarcation établie depuis 1974. Au total, Israël contrôle aujourd'hui une zone de 15 kilomètres en territoire syrien reconnu, au-delà du Golan annexé.

La justification officielle : empêcher des groupes armés pro-iraniens de s'installer dans la zone, récupérer des armes chimiques et conventionnelles laissées par l'armée syrienne en déroute. Ce sont des préoccupations sécuritaires légitimes. Mais Israël a aussi frappé des centaines de cibles en Syrie en quelques semaines — des bases militaires, des dépôts d'armes, des infrastructures — bien au-delà de ce que la sécurité immédiate exigerait. C'est l'exploitation stratégique d'un moment de faiblesse du voisin.

Le nouveau gouvernement syrien proteste, le monde regarde

Le nouveau gouvernement syrien dirigé par les forces qui ont renversé Assad a formellement protesté contre la présence militaire israélienne en Syrie. La Ligue arabe a condamné. L'Union européenne a exprimé des préoccupations. Les États-Unis ont été beaucoup plus discrets. Et Netanyahu a maintenu le cap : présence illimitée, justification sécuritaire, discussions diplomatiques conditionnelles à la démilitarisation de la zone par le gouvernement syrien — une condition que ce dernier n'a ni les moyens ni la légitimité interne de satisfaire immédiatement.

Ce qui se passe en Syrie ressemble dangereusement à un fait accompli territorial habillé en mesure temporaire. On occupe. On sécurise. On déclare qu'on ne part pas. On attend que le monde s'habitue. C'est précisément la logique que Netanyahu a appliquée en Cisjordanie depuis des années, avec les colonies illégales selon le droit international. La Syrie n'est peut-être que le prochain chapitre d'un livre dont la fin est écrite depuis longtemps.

L'accord États-Unis/Iran et Israël : une rupture dans l'alliance

Le MoU du 17 juin et la réaction de Tel Aviv

Le 17 juin 2026, les États-Unis et l'Iran ont signé un mémorandum d'entente (MoU) nucléaire. L'accord prévoyait une réduction significative du programme nucléaire iranien en échange d'un allègement progressif des sanctions. Pour Washington, c'est une victoire diplomatique qui éloigne le scénario d'un Iran nucléarisé. Pour Tel Aviv, c'est une trahison potentielle.

Netanyahu a réagi en maintenant sa déclaration d'occupation permanente — comme un signal direct à Washington que l'accord américano-iranien ne change pas la politique israélienne. Le timing n'est pas un hasard. Huit jours après la signature du MoU, Netanyahu répète publiquement : Israël ne se retire de nulle part. Le message sous-jacent est clair : même si les États-Unis ont trouvé un terrain d'entente avec Téhéran, Israël conserve sa liberté d'action totale et ne se considère pas lié par les implications diplomatiques de cet accord.

Une alliance qui s'effiloche sous la pression

La relation entre Israël et les États-Unis est en train de se transformer. Sous Trump, elle a connu une phase d'alignement quasi total. Mais l'accord avec l'Iran, les pressions pour un retrait du Liban, les critiques croissantes au Congrès américain — même chez certains républicains — sur le coût humanitaire de la guerre à Gaza : tout cela crée des frictions nouvelles. Netanyahu semble calculer qu'Israël peut maintenir son cap indépendamment des préférences de Washington, tant que l'aide militaire continue de circuler.

Ce calcul peut être fondé à court terme. Il est risqué à moyen terme. L'aide militaire américaine à Israël représente plusieurs milliards de dollars annuellement. Elle nécessite des votes au Congrès. Et le soutien inconditionnel à Israël n'est plus une position aussi monolithique au sein du Parti républicain qu'il y a cinq ans. Si Netanyahu pousse trop loin son indépendance de facto, il risque de se retrouver un jour sans le soutien militaire qui la rend possible.

La pression internationale : rejetée, ignorée, contournée

Le droit international comme décor de fond

Les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU s'accumulent. La résolution 1701 sur le Liban. Les multiples résolutions sur Gaza. Les décisions de la Cour internationale de Justice. Netanyahu les considère, selon ses propres déclarations, comme des contraintes inacceptables sur le droit d'Israël à se défendre. Ce n'est pas une position nouvelle d'Israël — elle remonte à la fondation de l'État. Mais l'ampleur du rejet actuel, sur trois fronts simultanés, est sans précédent depuis des décennies.

La Cour pénale internationale a émis un mandat d'arrêt contre Netanyahu pour crimes de guerre présumés à Gaza. Plusieurs pays européens se trouveraient légalement contraints de l'arrêter s'il se rendait sur leur territoire. Netanyahu ne voyage plus librement en Europe. Ce n'est pas une sanction symbolique. C'est une rupture réelle avec la normalité diplomatique des cinquante dernières années.

L'Union européenne divisée, les États arabes silencieux

L'Union européenne est profondément divisée sur Israël. Des pays comme la Hongrie et la République tchèque soutiennent inconditionnellement Tel Aviv. Des pays comme l'Espagne, l'Irlande et la Belgique ont reconnu l'État palestinien et condamné les opérations israéliennes. Il n'y a pas de politique européenne unifiée, ce qui signifie concrètement qu'il n'y a pas de pression européenne cohérente. Netanyahu exploite cette division magistralement.

Quant aux États arabes qui avaient entamé une normalisation avec Israël — les Accords Abraham signés sous Trump — la situation est délicate. L'Arabie saoudite a suspendu ses discussions de normalisation. Les Émirats arabes unis maintiennent leurs relations mais évitent les déclarations de soutien publiques. Bahreïn se tait. La dynamique régionale qui semblait pointer vers une intégration d'Israël dans le Moyen-Orient arabe est gelée. Peut-être définitivement gelée.

La stratégie de communication d'Israël : filmer pour justifier

La guerre de l'image comme front parallèle

L'armée israélienne a développé une stratégie de communication sophistiquée depuis le 7 octobre 2023. Chaque frappe sur une cible militaire est documentée, expliquée, accompagnée d'une carte ou d'une vidéo. Chaque opération est présentée avec son contexte tactique. Tsahal dispose d'une machine de communication en anglais, en français, en espagnol, en arabe — conçue pour les audiences internationales. C'est une réponse directe aux leçons de 2006 et 2009, où Israël avait perdu la bataille de l'opinion publique mondiale.

Cette stratégie est efficace sur certains publics. Elle l'est moins sur d'autres. Les images de destruction à Gaza circulent tout autant sur les réseaux sociaux, souvent amplifiées par des acteurs pro-Hamas ou pro-iraniens mais aussi par des journalistes indépendants et des organisations humanitaires crédibles. La guerre de narration est aussi intense que la guerre sur le terrain. Et dans cette guerre, Netanyahu gagne des batailles ponctuelles mais perd du terrain à long terme dans l'opinion mondiale.

Le contrôle de l'information dans les zones occupées

L'accès des journalistes indépendants à Gaza reste extrêmement restreint. La plupart des reportages sur la situation humanitaire à Gaza proviennent de journalistes palestiniens locaux, souvent au péril de leur vie — plusieurs dizaines ont été tués depuis le début du conflit. L'organisation Reporters sans frontières a documenté Israël comme l'un des pays ayant causé le plus de décès parmi les journalistes dans ce conflit.

Au Liban et en Syrie, l'accès aux zones contrôlées par Israël est également limité. Ce contrôle de l'information dans les zones d'occupation n'est pas unique à Israël — d'autres armées font de même. Mais combiné à la déclaration d'occupation permanente, il soulève une question légitime : si la présence est indéfinie, qui documentera ses effets sur les populations civiles ? Le droit de regard international sur une occupation supposément temporaire disparaît quand l'occupation devient permanente et assumée.

Les victimes civiles : le silence du décompte

Des chiffres que l'on conteste sans les réfuter

Le Ministère de la santé de Gaza — administré par le Hamas, ce qui crée un conflit de crédibilité réel — rapporte des dizaines de milliers de morts civils depuis octobre 2023. Des organisations indépendantes comme Airwars et des institutions académiques ont tenté de croiser ces chiffres avec d'autres sources. Les estimations varient, mais la tendance est constante : une proportion élevée des victimes sont des civils, y compris des femmes et des enfants.

Israël conteste méthodiquement ces chiffres — en remettant en question la distinction entre combattants et civils, en soulignant l'usage fait par le Hamas des infrastructures civiles comme boucliers. Ces contestations ont une base factuelle partielle : le Hamas utilise effectivement les populations civiles comme protection. Mais elles n'effacent pas la responsabilité légale de l'armée israélienne d'appliquer le principe de proportionnalité du droit international humanitaire, indépendamment du comportement de l'adversaire.

La normalisation du deuil dans les opinions israélienne et arabe

Ce qui me frappe le plus, c'est la normalisation simultanée du deuil des deux côtés. En Israël, les familles des otages encore détenus à Gaza manifestent chaque semaine. Le trauma du 7 octobre reste vif, présent, douloureux. Et en même temps, dans les pays arabes, dans les communautés palestiniennes de la diaspora, les morts de Gaza sont pleurés, documentés, portés comme un fardeau collectif. Les deux deuils sont réels. Les deux sont légitimes. Et ils ne se parlent pas.

Netanyahu capitalise précisément sur cette séparation des réalités. Il parle à son électorat dans le langage du trauma et de la survie. Les gouvernements arabes parlent à leurs populations dans le langage de la solidarité et de l'injustice. Entre les deux, il n'y a pas de pont. Pas de narration commune. Pas de projet politique partagé qui permettrait d'imaginer quelque chose d'autre que la guerre permanente.

Les otages : l'argument moral qui justifie tout, jusqu'à l'excès

Une cause juste utilisée comme bouclier politique

Il reste des otages israéliens détenus à Gaza depuis le 7 octobre 2023. C'est une réalité humaine d'une gravité absolue. Des familles attendent depuis des mois, parfois depuis plus d'un an et demi, sans savoir si leurs proches sont vivants. Ces familles méritent tout le soutien politique et moral qu'une société peut offrir. Et Netanyahu utilise leur cause — légitimement au départ — comme justification de l'ensemble de sa politique militaire.

Le problème, documenté par plusieurs familles d'otages elles-mêmes, c'est que le gouvernement Netanyahu a à plusieurs reprises refusé ou sabordé des accords de libération qui auraient pu ramener des otages contre un cessez-le-feu. Des membres des familles d'otages ont manifesté contre Netanyahu, l'accusant de prioriser la continuation de la guerre sur le retour de leurs proches. Ce n'est pas une accusation de l'opposition ou de médias hostiles. C'est la plainte de victimes directes.

Quand la protection des otages justifie l'occupation permanente

L'argument avancé par Netanyahu : Israël ne peut pas retirer ses forces tant que les otages ne sont pas libérés. C'est une position qui a sa logique interne. Mais elle crée un cercle vicieux : Israël n'accepte pas de cessez-le-feu sans libération des otages, et le Hamas n'accepte pas de libérer des otages sans cessez-le-feu et engagement de retrait israélien. Ce cercle n'a pas de sortie sans que l'une des parties brise sa position.

La déclaration du 25 juin ne brise pas ce cercle. Elle le solidifie. Si Israël reste « sans limite de temps », il n'y a aucune incitation pour le Hamas à négocier une libération d'otages contre un retrait qui ne viendra jamais. La logique de la guerre permanente de Netanyahu est peut-être sa pire trahison envers les familles d'otages qu'il prétend protéger.

La réponse du monde arabe : paralysie et complicité

Des gouvernements entre deux feux

Les gouvernements arabes modérés — Égypte, Jordanie, Arabie saoudite, Émirats — sont dans une position impossible. Leurs populations sont profondément solidaires des Palestiniens. Leurs intérêts stratégiques les alignent avec l'Occident et avec la stabilité régionale que représente, à leurs yeux, une relation gérée avec Israël. Cette tension entre opinion publique domestique et politique étrangère pragmatique les paralyse.

L'Égypte, qui partage une frontière avec Gaza et qui négocie régulièrement des accords de libération d'otages, a maintenu ses relations avec Israël tout en condamnant publiquement les opérations militaires. La Jordanie, qui a un traité de paix avec Israël depuis 1994 et une frontière commune de 500 kilomètres, marche sur des œufs. L'Arabie saoudite a conditionné toute normalisation à des progrès concrets vers un État palestinien — une condition que Netanyahu refuse catégoriquement dans le contexte actuel.

L'Iran comme bénéficiaire indirect du chaos

Il y a un paradoxe cruel dans la dynamique actuelle : l'Iran est l'un des principaux bénéficiaires de la politique Netanyahu. En maintenant le conflit actif sur trois fronts, Israël empêche toute normalisation entre États arabes sunnis modérés et Tel Aviv — une normalisation qui aurait isolé Téhéran. En refusant tout plan politique pour Gaza, Israël garantit que la cause palestinienne reste un vecteur de mobilisation pour les mouvements pro-iraniens dans toute la région.

Et pendant ce temps, l'Iran a signé un mémorandum d'entente nucléaire avec les États-Unis. Téhéran a obtenu une reconnaissance implicite de son droit à une présence nucléaire civile encadrée, en échange de garanties de non-prolifération. C'est un résultat que Netanyahu a combattu de toutes ses forces diplomatiques et qu'il n'a pas pu empêcher. La doctrine Netanyahu a maximisé la pression militaire sur ses ennemis proxies — Hamas, Hezbollah, milices syriennes — mais n'a pas empêché la montée en puissance diplomatique de son adversaire principal.

Le coût humain et économique pour Israël lui-même

Une société sous tension depuis octobre 2023

La société israélienne supporte depuis plus de trente mois un état de guerre permanente. Des réservistes mobilisés pour des périodes prolongées, souvent au détriment de leur vie professionnelle et familiale. Des tensions internes entre partisans d'une solution négociée et partisans de la continuation militaire. Une économie touchée par la baisse du tourisme, l'arrêt d'activités dans certaines zones nord, les coûts militaires colossaux et la dégradation de la notation souveraine d'Israël par les agences internationales.

Le budget militaire israélien a atteint des niveaux record. L'aide américaine compense une partie de ce coût, mais pas tout. Les exportations israéliennes d'armement — un secteur économique majeur — ont été perturbées par les boycotts et les restrictions d'exportation imposés par certains pays européens. La tech israélienne, un des piliers de l'économie, connaît des difficultés de recrutement international, certains ingénieurs étrangers refusant de travailler dans un pays sous mandat d'arrêt international.

Les fractures internes que la guerre masque temporairement

Avant le 7 octobre 2023, Israël traversait une crise politique profonde autour de la réforme judiciaire de Netanyahu — une réforme qui avait mis dans la rue des centaines de milliers de manifestants pendant des mois. Cette crise n'a pas disparu. Elle a été suspendue par l'urgence de guerre. Mais les experts politiques israéliens savent qu'elle reprendra avec toute sa virulence quand — si jamais — la guerre se calme.

Netanyahu le sait aussi. Une paix, un vrai cessez-le-feu, un retrait militaire : cela ramènerait en surface la réforme judiciaire, les accusations de corruption contre lui, les enquêtes en cours. La guerre est aussi pour lui un écran. Elle unifie. Elle justifie. Elle reporté. Une bataille après l'autre ne s'applique pas seulement aux ennemis d'Israël. Elle s'applique aussi aux adversaires politiques internes de Netanyahu.

Les scénarios pour demain : trois futurs possibles

La continuation indéfinie : le plus probable à court terme

Le scénario le plus probable à horizon six à douze mois est la continuation de la politique actuelle : occupation maintenue sur les trois fronts, faible intensité des combats par rapport aux pics de 2023-2024, pressions diplomatiques absorbées ou ignorées, négociations sporadiques et infructueuses sur les otages. C'est le statu quo de la guerre permanente — ni victoire totale ni défaite, mais une occupation qui se normalise dans les faits tout en restant illégale en droit.

Ce scénario est politiquement viable pour Netanyahu tant que la coalition gouvernementale tient et que l'aide militaire américaine continue. Il est humainement insoutenable pour les populations civiles dans les zones occupées. Et il accumule silencieusement les conditions d'une prochaine explosion — une nouvelle génération radicalisée, des économies dévastées, des infrastructures détruites.

Le changement politique en Israël : nécessaire mais incertain

Le deuxième scénario exige un changement de gouvernement en Israël. Les sondages montrent une opposition forte à Netanyahu — une majorité d'Israéliens souhaitent des élections anticipées, selon plusieurs sondages réalisés en 2025-2026. Mais le système électoral israélien, proportionnel et fragmenté, rend la formation d'un gouvernement alternatif extrêmement complexe. Et les partis d'opposition israéliens ne sont pas nécessairement partisans d'un retrait rapide — ils critiquent souvent la gestion de la guerre, pas ses objectifs.

Un gouvernement différent en Israël ne signifie pas automatiquement une paix. Mais il pourrait significativement changer la dynamique diplomatique. Un Premier ministre israélien qui n'est pas sous mandat d'arrêt international, qui n'a pas besoin de ministres d'extrême droite pour maintenir sa coalition, et qui peut voyager librement à Washington et en Europe aurait beaucoup plus de marge de manœuvre pour explorer des sorties négociées.

La jeunesse palestinienne et israélienne : deux générations prisonnières du conflit

Des enfants nés dans la guerre qui ne connaissent que la guerre

Il y a une dimension de cette crise que les analyses géopolitiques peinent à saisir pleinement : l'impact sur les générations qui grandissent dans ce conflit. Des enfants nés à Gaza après le 7 octobre 2023 n'ont connu que la guerre, les destructions, le déplacement. Des enfants nés en Israël après le 7 octobre grandissent avec la mémoire traumatique des attaques, la peur des roquettes, l'absence des réservistes dans leurs familles. Ces deux jeunesses parallèles, qui ne se parlent pas, qui ne se connaissent pas, sont la matière humaine de la prochaine génération du conflit.

La radicalisation n'est pas un phénomène abstrait. Elle se fabrique dans les écoles bombardées, dans les familles endeuillées, dans les humiliations subies aux checkpoints, dans les récits de peur transmis de parents à enfants. Une occupation militaire qui durera — selon Netanyahu — « aussi longtemps que nécessaire, sans limite de temps » ne crée pas les conditions d'une désescalade de ces radicalités. Elle les garantit. Chaque année supplémentaire d'occupation prolongée est une année supplémentaire de radicalisation de la prochaine génération.

Ce que l'avenir commun exigerait — si quelqu'un osait l'imaginer

Les rares programmes de coexistence judéo-arabe qui existent encore — associations civiles, projets éducatifs, initiatives artistiques communes — sont marginaux dans le contexte actuel. Mais ils persistent. Des Israéliens et des Palestiniens continuent, en dehors de toute structure politique, de travailler ensemble, de partager des espaces, d'imaginer un autre futur. Ce n'est pas une solution politique. C'est un signe de vie. Un refus de laisser le conflit des gouvernements définir entièrement la relation entre les peuples.

Construire une paix durable — dans dix ans, dans vingt ans, si jamais cette possibilité s'ouvre — exigera précisément cette base : des Israéliens et des Palestiniens capables de se voir comme des êtres humains plutôt que comme des ennemis abstraits. La doctrine Netanyahu ne construit pas cette base. Elle l'érode méthodiquement, occupation après occupation, traumatisme après traumatisme. C'est peut-être là son coût le plus lourd : pas seulement les vies perdues aujourd'hui, mais la paix rendue plus difficile demain.

Conclusion : une doctrine sans sortie, un fardeau pour le futur

Quand « aussi longtemps que nécessaire » signifie pour toujours

La déclaration de Netanyahu du 25 juin 2026 ne sera peut-être pas retenue dans les manuels d'histoire comme le discours qui a tout changé. Elle ne contient aucune révélation : Israël a maintenu ses positions militaires depuis des mois malgré les pressions. Mais elle a mis en mots ce qui n'était que politique de fait. Elle a assumé publiquement ce que les actions sur le terrain laissaient déjà voir. Et dans la politique internationale, les mots ont un poids. Dire « sans limite de temps », c'est fermer officiellement des portes diplomatiques.

Le Moyen-Orient sortira un jour de ce cycle. L'histoire des conflits régionaux profonds — l'Irlande du Nord, les Balkans, l'Afrique du Sud — montre qu'il y a toujours, finalement, un moment de bascule politique qui permet l'impensable. Mais ces bascules exigent des acteurs qui ont une vision au-delà de leur propre survie politique. Elles exigent des leaders capables de parler à leurs adversaires. Elles exigent du courage politique là où la doctrine actuelle ne voit que des batailles à gagner.

La responsabilité des spectateurs : ne pas se résigner

Face à une doctrine de guerre permanente assumée et déclarée, la réponse la plus dangereuse est la résignation. Se dire que c'est trop complexe, que ça dure depuis trop longtemps, que rien ne peut changer. Ce serait abandonner les populations civiles — israéliennes, libanaises, syriennes, palestiniennes — à un destin présenté comme inévitable mais qui est, en réalité, le résultat de choix politiques humains, réversibles, modifiables.

Les chroniqueurs, les journalistes, les citoyens engagés ont un rôle à jouer : refuser la normalisation du désastre. Continuer à poser les questions inconfortables. Continuer à exiger la transparence sur ce qui se passe dans les zones occupées. Continuer à rappeler que la loi internationale n'est pas un ornement décoratif mais le seul cadre qui permette à des peuples différents de coexister sans se détruire. Netanyahu a choisi sa doctrine. L'histoire choisira son verdict.

Signé Maxime Marquette, chroniqueur

Encadré de transparence du chroniqueur

Positionnement éditorial

Cette chronique exprime un point de vue personnel sur la déclaration de Netanyahu du 25 juin 2026 concernant la présence militaire israélienne au Liban, en Syrie et à Gaza. Elle ne prétend pas à la neutralité — une chronique n'est pas un rapport factuel. Elle repose sur des faits vérifiables et des sources citées en section Sources, mais l'interprétation est celle du chroniqueur.

Le chroniqueur considère que la doctrine de guerre permanente de Netanyahu comporte des risques graves pour la stabilité régionale et pour Israël lui-même, indépendamment de la légitimité des préoccupations sécuritaires initiales d'Israël. Cette position est assumée et transparente.

Limites et zones d'incertitude

Plusieurs aspects de la situation au Moyen-Orient restent opaques, notamment ce qui se passe concrètement dans les zones d'occupation au quotidien, les négociations secrètes sur les otages, et les positions réelles de l'administration américaine en privé. Cette chronique travaille avec les informations publiquement disponibles et vérifiables au moment de la rédaction, soit le 26 juin 2026.

Toute erreur factuelle signalée sera corrigée. Les positions interprétatives, en revanche, appartiennent au registre de l'opinion et ne seront modifiées qu'en présence de nouveaux faits substantiels, non de désaccords idéologiques.

Sources

Sources primaires

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). CHRONIQUE : Netanyahu trois fronts, une guerre sans fin programmée au Moyen-Orient. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/netanyahu-trois-fronts-une-guerre-sans-fin-programmee-au-moyen-orient

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Maxime Marquette
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